Au bout du fil

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Depuis que papa est parti, c’est moi qui aide maman dans tout. Et j’ai promis à moi-même de ne plus parler de la musique, des pleurs, ni des fils qui pendent devant mes yeux — ils connectent tout le monde avec des couleurs trop jolies. J’aimerais tant montrer à maman que je peux être grand et aussi fort que papa si je le veux, mais elle ne veut pas. Elle dit que ce n’est pas comme ça que les petits garçons agissent. Je crois qu’elle aime surtout me serrer fort dans ses bras quand elle est triste et qu’elle pleure.

Qayin sait qu’il y a des gens qui lui font du mal. Je les ai entendus, je les ai suivis. Et ils font du mal à maman. Je les ai suivis, j’ai tout entendu. Les gens, dehors, ils se moquent ou essaient de m’attraper pour me frapper, mais je suis trop rapide !

Maman ne veut pas que je les tape, pourtant je sais que je pourrais. Les fils deviennent tout rouges quand je suis en colère. Ça fait bobo à la tête, mais il n’y a plus les pleurs. C’est tout doux, comme quand maman m’encourage à faire des choses de petit garçon, à lire et à écrire.

C’est pas avec des mots, maman, que je vais te sauver !

Il pleut aujourd’hui. C’est une nuit sans lune. En plus, maman dit que ce n’est pas bon. Elle me cache dans le placard et murmure tout tout doucement :

—Tu prends le passage secret et tu vas au bout de l’impasse. Tu sais, dans le quartier des tisserands... et tu y crois très, très fort.

Elle sourit. Ses cheveux d’argent brillent, tout tristes. Il y a plein de personnes et de fils en cordages hurlant autour de la maison. Le monsieur que j’aime vraiment pas, il est là.

—Chuuuut...

Un doux baiser de maman sur mon front. Elle me chatouille, je ris. Elle est vilaine, maman, elle sait comment me faire tout sourire.

—Plus de bruit. Tu vas dans l’impasse. Tu y crois très fort.

—À quoi, maman ?

—En toi, Qayin.

Elle m’a poussé dans le placard. Il y a eu des cris. J’ai fui de peur... non, j’ai pas eu peur. J’ai fui, maman, comme tu m’as dit…

Ça fait trois soleils que j’ai fui, mais je ne suis pas loin de maman. Ils l’ont mise dans une grande tour où c’est écrit : Grand Inquisiteur Lorcan. Il n’a de grand que le nom, et je sais qu’il ne fait que du mal à maman. J’ai faim… Je suis en colère… Pourquoi les promesses de maman ?

En ville, ils ont sorti une grosse pierre qui absorbe la magie. Elle aspire toutes les petites particules qui flottent dans l’air. Ça les fait crier. Puis ils ont accroché maman dessus et ils l’ont frappée avec un gros marteau.

J’ai arrêté toutes les vibrations. Il n’y a plus de cris, plus de haine. J’ai arraché le cœur de l’inquisiteur. C’est fragile, un humain. J’essaye de détacher maman. Elle me regarde. Elle se libère de ses liens par elle-même. Comment ? Ses cheveux sont si beaux, et ses yeux d’argent sont tout en colère.

— Que fais-tu là, Qayin ? La haine engendre ceci, Qayin. Repens-toi, Qayin.

Elle est froide et intransigeante. Son fil est tellement fin, il brille d’un éclat de lune mourante. Une semaine que la lune s’est effacée, tout comme les étoiles. J’ai plein de larmes dans les yeux. J’ai du mal à maintenir la stase, ils sont tellement haineux, en colère, effrayés. Horreur.

— Maman, je voulais juste être heureux avec toi. Papa a dit de prendre soin de toi.

— Pas en prenant la vie, Qayin.

— Maman, et la tienne alors ?

— Je serai toujours là, Qayin. Je t’aime, mon enfant. Tu le seras toujours à travers les siècles, la trame et les éthers. Donne-le-moi, Qayin.

— Maman... pardon…

Elle me décoiffe les cheveux. Elle adore faire ça. J’arrache le fil qu’elle me demande — il n’y a que moi qui en ai un comme ça. Mais la stase s’effondre maintenant.

— Maman…. Ça fait mal. La stase, le sang...

— Maman, t’es pleine de sang.

Elle m’embrasse, me caresse de sa main en lambeaux. Elle prononce une incantation. Mon fil disparaît. Je tombe dans des poubelles. Les cris sont tellement loin…

Où suis-je ? Maman ?

Les cloches des beffrois sonnent à tue-tête. Des chevaux s’engouffrent dans toutes les rues.

Maman ? Ils sont déjà là, près de mes poubelles. Je me tais, comme maman l’a dit. Je m’en veux. Si j’avais été sage, tu serais encore vivante ? Je creuse fort dans les poubelles et les déchets. Il y a un mur. Ils vont me trouver.

Je suis désolé, papa. J’ai pas su protéger maman. Ils ont fait tellement de mal à maman. Je pleure, je pleure, je pleure. Le mur... mes ongles s’y brisent. Ça fait trop mal. Ça saigne trop fort. Y croire... j'y crois si fort que j’ai tout cassé, maman et papa.

Et le mur devient mou. Je tombe. Une éternité. Ça fait mal.

Ça sent le café.

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