Un tolard
Premiers mois de captivité.
Ma détention se déroule comme elle peut. Je pensais que la greffe prendrait plus simplement. Seulement, les autres detenus sont parfois dur. Ici, c'est la lutte pour la vie.
Mon travail me plaît. Pris dans le rythme de cette prison, je n’ai pas le temps de penser à autre chose. Lorsque je ne suis pas au bureau, je suis dans le métro, et lorsque je ne suis pas dans le métro, je suis au lit, tant les journées sont épuisantes. Cette ville est vicieuse : Elle ne te donne pas le temps de penser aux malheurs qu'elle t'inflige et te donne l'illusion que tout roule.
Il m’arrive pourtant parfois d’oser laisser mon esprit s’envoler vers mes souvenirs de ma vie d’avant, les rares moments où j’y parviens. Alors je repense à la maison et son sapin de Noël, aux sentiers de forêts et leurs traces de sangliers, au silence et à la paix qu’il emportait.
La vie pouvait alors encore être intérieure : nous avions le temps. Dire que je pensais faire quelque chose de simple, en allant simplement me poser, seul, dans un champ, le temps de souffler, observer, flâner.
Tout ça, c’est fini.
Douce liberté, c’est lorsque tu nous es prise que l’on commence à vraiment t’aimer.
Je voyais dans chaque chose un souvenir, une aventure. « T’es un romantique », me chariaient certains. Sans doute avaient-ils raison ! Mais je crains que la prison ne tue ce petit garçon qui, jusqu’à présent, vivait encore en moi. Je râle, ne rêve plus de grand-chose, ne tombe plus amoureux. Désormais, je « consomme », je « végète », je « vivote ».
Cette ville est sans pitié. Elle vous prend les oiseaux, les arbres et les prairies et, en retour, ne vous donne qu’une théorique « intensité ».
Pourtant, je pensais que je me trompais. Je me persuadais que je n’étais pas un amoureux de ces coins de paradis perdus à la campagne, qu’au fond je m’habituerais à cette ville. Je croyais faire un caprice en ne voulant pas me rendre. J'ai compris que non, lorsque, pris dans une nouvelle journée sans répis, une image du feu de cheminé de l'Auvergne m'est apparu. Alors j'ai pleuré.
Là, j'ai su que je ne voulais plus qu'une chose : Revenir à la campagne pour regagner ma liberté.

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