Chapitre 27 :

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La première sensation que Laurène ressentit, fut les secousses du véhicule. Les secousses dues à des routes toutes bossées : ils devaient avoir emprunté des chemins. La Liée tapa contre les parois de l’espace dont elle se retrouvait prisonnière. Dès qu’elle reprit conscience, un mal de crâne lancinant l’empêcha de réfléchir correctement. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, aucun rayon lumineux ne fut capté. L’adolescente comprit doucement qu’ils l’avaient sans doute enfermé dans un coffre de voiture ! Pourquoi les ennemis utilisaient-ils ce véhicule à la place des dragons ? Laurène décida de faire le moins de bruit possible afin de garder un effet de surprise. Elle mettrait tout en œuvre pour s’échapper de là. Elle ne les laisserait jamais gagner. La jeune fille se stabilisa et fit naître des flammèches sur sa paume la plus stable, elle n’allait quand même pas enflammer la voiture ! Elle constata qu’on l’avait vraiment jeté dans un coffre. L’élue se rallongea, attendant que le trajet soit terminé pour agir.

« Comment vas-tu ? » demanda Ignisaqua.

« À part un mal de tête, cela ira, je survivrais. Ils ont pris soin de ne pas me blesser. »

« Évidemment… je vous suis du ciel. Malheureusement, je ne peux pas trop m’approcher, ils sont très virulents. Tu es déjà entre leurs mains, avec moi en plus, ça serait fichu. »

« Oui, c’est préférable. Je tenterai de m’échapper et si j’y arrive tu auras juste à me récupérer et on retournera au campus. »

Le silence d’Ignisaqua ne rassura pas Laurène. Pas du tout.

« Quoi ? Ignisaqua… que se passe-t-il ? Réponds-moi ! Pourquoi es-tu si silencieux ? »

« Laurène… dans ta prophétie… c’est ce qui est en train de se réaliser. »

« Je fais partie de la grande prophétie mais ce n’est pas pour cela que je comprends ce que tu viens de me dire. Je ne comprends ni la mienne, ni la grande. Donc ta phrase me paraît bien étrange. Eclaire-moi tes propos s’il-te-plaît. Je suis perdue. »

« Les adultes devaient se douter de ce qui allait se passer. Certains vers de ta prophétie le suggéraient. Je pense donc que tu vas devoir rester avec eux pendant un moment. », expliqua Ignisaqua un peu plus hésitant.

« J’ai toujours du mal avec cette histoire de destin. Mais même destinée à rester prisonnière, si j’ai une occasion de m’enfuir, je n’hésiterais pas. »

« Tu risquerais d’aggraver ton cas avec eux, Lau. »

« Aggravez mon cas ? Je suis actuellement captive ! Comment veux-tu que mon cas empire ? Je t’en prie, dis-moi. »

« Tu ne connais pas bien les ennemis Laurène. Ils sont violents, ils peuvent te faire subir des choses traumatisantes. Tu dois t’y préparer. »

« M’y préparer ? Tout ça parce que je suis l’élue Ignisaqua ? Je sais bien qu’il s’agit d’une conséquence de mon ‘‘job’’ ! J’ai tué des gens qui voulaient me capturer et ça me hante. Mais il est hors de question que je reste avec eux, même si c’est pour accomplir la prophétie. Je… je ne veux pas mourir. J’ai peur. »

« Je le regrette, et j’aimerais que ça se passe différemment mais… tu n’as pas le choix. »

Laurène aurait apprécié un peu plus de compréhension de la part de son dragon. Sauf qu’elle se sentait incroyablement seule à ce moment-là. Ignisaqua n’avait en tête que la prophétie et la jeune fille avait la dérangeante impression de n’être rien à part la personne pouvant l’aider à l’accomplir. Et non une personne voulait aussi vivre sa vie…

La jeune fille préféra ne pas y repenser, la déception lui brûlant la gorge. Alors ses pensées visèrent à toutes les personnes qu’elle avait pu tuer… L’adolescente redoutait ce qui l’attendait, ça l’effrayait… mais tous les actes qu’elle avait commis jusqu’alors ne l’aidait pas non plus à lui donner de l’espoir. Elle ne culpabilisait pas de supprimer ses ennemis. Cependant elle ne pouvait faire comme si tout allait bien. Évidemment, qu’elle y repenserait encore et encore, mais un jour, ses pensées s’atténueraient d’elle même, du moins elle l’espérait.

La voiture s’arrêta et Laurène retint son souffle. Peut-être qu’Ignisaqua souhaitait qu’elle reste pour le bien de la prophétie, cependant, elle ne comptait pas se laisser prendre.

Lorsque le coffre s’ouvrit, la Liée prit juste le temps de s’habituer à la lumière du soleil avant d’enflammer l’homme qui devait la conduire, elle ne savait où. Le Dresseur hurla et Laurène s’élança à l’opposé du petit village qu’elle voyait : dans la forêt. Ne s’étant pas beaucoup battue avant son kidnapping, elle n’eut pas de problèmes à courir même si elle n’était pas spécialement rapide. L’adolescente trébucha sur une grosse branche morte au sol. Elle sentit ses genoux souffrir mais elle se releva vite. Malheureusement deux ennemis la saisirent par les bras pour la ramener dans leur village.

« Rends-toi. Tu vas te faire blesser. », l’avertit sévèrement Ignisaqua.

« Je ne veux pas rester ici ! Je ne peux pas rester ici ! Comment peux-tu ne pas m’aider ? Je vais souffrir avec eux, et tu le sais. Ne me laisse pas avec eux… »

Ignisaqua ne répondit pas à sa supplique. Rien. Laurène poussa un son guttural et elle vit, non des flammes mais de la lumière qui jaillit de ses mains. Ses deux agresseurs étonnés la lâchèrent. Même si elle ignora d’où cette capacité provenait, la Liée n’hésita pas à envoyer toute sa lumière en plein visage de son agresseur. Ils furent brûlés gravement et Laurène en profita pour s’enfuir. L’adolescente ne s’arrêta pas de courir, même lorsqu’un coup de feu retentit. Alors qu’elle progressait entre les arbres, elle entendit un nouveau coup de feu et s’immobilisa un instant à cause de la douleur avant de baisser la tête : elle était touchée à la cuisse droite qui saignait. Laurène jura et tenta de continuer en appuyant sa main sur sa blessure. Sauf que c’était peine perdue. Elle perdait beaucoup trop de sang pour pouvoir échapper à son assaillant. On la saisit par le bras et elle fit volte-face. Un jeune homme d’environ vingt ans avait les mêmes yeux verts qu’elle et des cheveux auburn. Il pointait son revolver contre la tempe de sa rivale.

– Si j’étais toi, je suivrais sans discuter.

– Vous ne comptez pas me tuer, je suis trop importante pour tout le monde. Tu fais juste des menaces en l’air que tu n’as pas le droit d’exécuter.

– Ah oui tu crois ?

La voix de la jeune fille était trop tremblante pour laisser comprendre le contraire. Et quand bien même sa voix aurait paru certaine, son regard l’aurait complètement trahi. Laurène était terrorisée. Alors il leva son arme vers le ciel et tira pour intimider Laurène. Elle tressaillit mais se rembrunit.

– Oui, je le crois.

Se forçant à agir, elle donna un coup de pied dans les parties du jeune homme puis récupéra l’arme avant de le projeter à terre. Elle appuya tout son poids sur le torse du jeune homme et braqua l’arme au niveau de sa tête. Puis elle s’immobilisa : non, elle ne pouvait pas le tuer, elle ne pouvait pas exploser le crâne de quelqu’un d’une balle. Ce n’était pas elle. Ce n’était pas juste.

– Putain mais tu es en première année, pas en troisième, suffoqua-t-il en tentant de se libérer.

– Sauf que j’ai reçu une formation adaptée et intense au niveau combat, expliqua Laurène avec un sourire narquois. Vous qui traquez les Liés, je suppose que vous les avez tous répertoriés. Et je suppose que vous connaissez forcément un des Liés les plus puissant en cette période : Aaron Mackenzie.

Laurène vit le regard de son adversaire qui s’assombrissait. Apparemment les ennemis étaient au courant de la dangerosité du jeune homme : prononcer son nom avait fait de l’effet. Parler d’Aaron lui donnait un peu plus de courage. Elle devait prendre exemple sur son ami qui se serait déjà libéré… il n’aurait pas laisser la peur le paralyser.

– C’est lui mon mentor, ajouta-t-elle. Il m’a enseigné toutes les techniques de combat afin que je sois prête sur un champ de bataille et au cas où je serai attaquée.

– Eh bien tu sais quoi ? Ton copain ne me fait pas peur et toi encore moins.

Il n’y a aucune raison d’avoir peur de moi, je suis faible, pensa Laurène. Il l’envoya valser mais elle tint fermement le revolver et appuya sur la détente avec un cri de surprise. La balle lui toucha le bras. Laurène jeta au loin l’arme. Elle se recroquevilla contre le tronc d’arbre en s’éloignant le plus possible de lui.

– Tu as visé un endroit exprès pour ne pas me tuer, déclara-t-elle. Si tu l’avais voulu, tu aurais visé le cœur ou les organes vitaux. Conclusion : tu n’as pas l’ordre de me tuer et tu ne le feras pas. Tu n’es pas un monstre… s’il-te-plaît, laisse-moi partir !

Laurène avait compris au moment où elle était blessée qu’elle ne pouvait pas aller loin. Encore moins si on la poursuivait. Elle ne fut donc pas étonnée quand on l’immobilisa solidement. Ni quand des larmes coulèrent sur ses joues. La Liée ne voulait pas rester ici !

Des médecins Dresseurs, plutôt âgés se précipitèrent pour soigner son assaillant. Une autre équipe prit en charge Laurène qui se laissa faire. Elle n’avait pas d’autre option, et plus aucune porte de sortie. Puis… autant profiter des soins !

« Je t’avais prévenu. Ils ne vont pas être sympa avec toi maintenant ! »

« Ils m’ont kidnappé. À partir du moment où ils font ça, c’est qu’ils prévoient d’être tout sauf sympa ! Tu crois que je voulais partir pour quoi ? Igni… Igni s’il-te-plaît, tu pourrais m’aider ! Tu es plus fort qu’eux… »

« La prophétie… c’est le seul moyen. », assura froidement Ignisaqua.

Laurène comptait rétorquer qu’elle s’en fichait bien de sa prophétie, sauf que ce n’était pas vrai. La jeune fille y jouait un rôle, elle ne pouvait le nier. Elle se contenta juste de fermer son lien avec Ignisaqua, consciente de ressentir trop de rancœur pour ne pas pourrir sa relation avec son dragon.

Elle reconnut le vieil homme, qui avait enlevé Lucas, débarquer. L’adolescente ne put s’empêcher de lorgner sa cicatrice qui traversait son visage. Il ne lui inspirait pas confiance. Cet endroit ne lui inspirait pas confiance. Laurène suppliait Ignisaqua de ne pas la laisser ici, mais elle n’eut aucune réponse. Le doyen aida le jeune homme à se lever et observa Laurène.

– Merci c’est très bien. Tu ne me décevras donc jamais… tu es digne d’être mon successeur à ma mort.

– Donc il le sera dans quelques mois, souffla Laurène hésistante.

– Et pourquoi ça ?

– Ils viendront me chercher, vous savez ? Je ne sais pas quand, mais ils ne me laisseront pas tomber.

– Tu te considères un peu trop comme importante, la coupa le jeune homme en lui lançant un regard noir. J’ai fait comme vous m’avez dit Monsieur. J’ai visé pour la ralentir sans la tuer.

– Henry a sous-estimé son niveau, pesta le doyen. Elle a réussi à bien te blesser ! Elle est beaucoup plus forte qu’on ne le pensait. En plus de se faire découvrir, il ne rapporte même pas les bonnes informations !

– Vous aviez qu’à choisir quelqu’un de plus compétant que lui, lança Laurène d’un ton glacial.

Laurène avait besoin de décharger sa haine contre celui qu’elle estimait être son ami, et qui au final, ne l’avait jamais vraiment été. Et son ressenti sembla amuser le doyen qui ricana, fier de voir les barrières de Laurène se percer. Il ordonna à ses hommes de la ramener dans leur village. Laurène se laissa faire. Elle n’avait pas encore le niveau pour affronter seule autant de personnes.

La base des ennemis ressemblait à un village normal avec une place au centre et des prés à l’extérieur des habitations, aménagés pour accueillir les dragons. Ils passèrent devant ce que Laurène identifia comme un lieu de culte et on l’emmena dans une grange qui visiblement ne servait pas aux récoltes. On l’attacha à une chaise et le doyen resta, accompagné du jeune homme. Laurène ne parvint pas à taire la pression s’exerçant sur ses poumons, comme si l’air ne reviendrait pas. Son regard se posait sur tout, sauf les deux ennemis en face d’elle. La jeune fille agitait ses jambes dans l’espoir que ça suffirait à s’enfuir. Elle ne pouvait pas rester ici ! Les ennemis étaient capable de biens des choses, tant leurs actes étaient malveillants.

Ricanant, le vieillard s’agenouilla pour regarder Laurène.

– Que savez-vous de la grande prophétie ? demanda-t-il.

Laurène l’observa : il ne blaguait pas, le sérieux de sa question faisait ressortir ses rides. Puis elle se rappela : il n’y avait aucun voyant chez les ennemis. Elle éclata d’un rire nerveux alors que des larmes roulèrent sur ses joues.

– Ah parce que vous croyez que je sais quelque chose ? Vous savez, ils ne sont pas aussi idiots que vous le pensez. À part les vers de la prophétie et le fait que je sois l’élue, je ne connais pas les interprétations. Je ne vous suis d’aucune utilité pour ça.

– Tu mens ! hurla le plus jeune en renversant la chaise de Laurène par terre, elle se retrouva le dos au sol et une vue panoramique sur le plafond de la grange.

– Non, je ne mens pas ! Vous vous apercevrez qu’au final je ne sers à rien car je ne sais rien ! Je ne veux pas collaborer avec vous, et je ne peux pas collaborer avec vous ! Je ne sais rien, d’accord ? Rien ! Laissez-moi partir !

– Mais pour qui tu nous prends ? s’offusqua le vingtenaire.

Malgré sa terreur, Laurène sentit la colère en elle. Des meurtriers ! C’était des meurtriers qui tuaient des gens innocents, des personnes comme son frère, comme Valentine, comme Anna ! Des personnes biens.

– Pour des monstres qui tuent mes semblables sans aucunes raisons valables, asséna Laurène agrémentée d’un regard noir. Et vous ne réussirez jamais à créer une armée de Liés. Je ne vous le dirais pas, et aucun Liés seraient sensibles à votre retournement de cerveaux.

– C’est toi le monstre contre-nature, cracha le jeune homme.

– Je ne le suis pas !

Alors qu’il comptait répliquer, le doyen la rappela à l’ordre d’un ton ferme et glacial. Il lança un regard de tueur à Laurène. L’adolescente venait juste de ridiculiser le futur chef du village. Son pupille se comportait comme un gosse face à Laurène, et cela ne lui plaisait pas du tout.

« Tu es en train d’aggraver ton cas. »

« Où es-tu ? Pourquoi tu ne m’aides pas ? »

« Tu dois rester ici. Pour la prophétie. »

« Je suis ton humaine ! Je ne suis pas une machine. Igni, je t’en supplie, viens me chercher. Viens me chercher, s’il-te-plaît », lança Laurène qui s’entendait presque pleurer dans cette phrase.

L’adolescente avait peur. La Liée ne leur tenait tête car elle savait pertinemment qu’elle leur racontait la vérité, qu’elle ne détenait pas les informations qu’ils souhaitaient. Ils ne pouvaient pas lui faire du mal si elle disait la vérité… si ? Le doyen appela des hommes puis se tourna vers Laurène.

– Je ne sais pas ce que c’est les rayons qui sont sortis de ta main tout à l’heure…

– On est deux, cela ne m’était jamais arrivé, le coupa Laurène.

– Mais tes putains de rayons ont mis deux de mes hommes en danger. Encore plus que celui que tu as brûlé avec tes flammes. Ils sont brûlés au troisième et quatrième degré, gronda le doyen hors-de-lui. Ils vont passer des mois en convalescence ! Des personnes en moins dans notre armée ! On est affaibli ! Par ta faute.

Laurène n’était pas désolée, mais elle tint sa langue, sentant que jouer les fortes têtes pouvait vraiment aggraver son cas. Elle ferma les yeux même si elle n’était pas croyante et supplia pour qu’on vienne la libérer rapidement. La jeune fille appela Ignisaqua sans succès. Elle voulait revoir son frère, ses amis et Aaron un jour. Elle restait intimement persuadée que ce dernier tenterait tout pour la récupérer, du moins, elle l’espérait ardemment.

– Crois-moi, qu’on va se venger pour ce que tu as fait à nos hommes, je ne te laisserai pas indemne.

Deux hommes musclés, vraiment baraqués comme des gardiens arrivèrent.

– Emmenez-là dans le cachot ! Tu ne verras plus la lumière pendant un long moment, chère élue.

– Non, murmura Laurène en levant la tête. Non ! Ne me touchez-pas !

Elle se sentit soulever du sol et se tortilla dans l’espoir de sortir de cette étreinte.

– Laissez-moi ! Je ne sais rien ! Je ne sais rien ! Lâchez-moi ! Hurla-t-elle.

« IGNISAQUA ! IGNISAQUA AIDE MOI ! AIDE MOI ! ».

Elle n’eut aucune réponse.

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