Bonus IV Lucas

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Janvier 2014 :

Lorsqu'il avait eu ses 10 ans l'année dernière, en CM2, juste avant la sixième, Lucas avait ressenti une grande satisfaction. Passer la barre de l'âge à deux chiffres, c'était quelque chose ! Cela l'avait rendu très heureux, il avait l'impression d'être un grand, comme ses parents ! Il avait été beaucoup plus heureux que sa jumelle. Il avait été tout heureux d'arriver au collège, un endroit plus vaste et de nouveaux amis. Tous ses amis d'enfances avaient déménagé et il se retrouvait seul, mais cela ne lui faisait pas peur : il était social, et si jamais il avait du mal, sa sœur était là. Même s'il voulait avoir des amis à lui, et non ceux de sa sœur.

Néanmoins, rien ne s'était passé comme il l'avait prévu. Par fierté, il ne voulait pas se reposer sur les acquis de sa sœur, mais il n'avait pas d'amis. Il n'était pas dans la même classe que sa sœur, donc proche de personne. Et des élèves populaires de sa classe avaient évidemment bien remarqué qu'il ne traînait avec personne. Le cauchemars avait donc très rapidement commencé. Entre moqueries, brimades, vols d'affaires et tout récemment les coup qui partaient... Lucas ne savait plus comment régler le problème. Communiquer ne servait à rien. Ces brutes ne connaissaient pas le langage. Mais Lucas s'était renseigné sur internet : cela ne servait à rien de parler à un adulte. Déjà que les professeurs ne remarquaient pas, les harceleurs n'obtenaient aucune sanction et même si la victime sombrait que ce soit mentalement ou sur le coup, les adultes préféraient changer la victime d'école comme si c'était elle la coupable. Lucas n'était coupable de rien, il n'avait pas à partir. Mais il ne voulait plus subir cela non plus. Il en avait marre, et il savait qu'il n'allait pas tenir très longtemps.

Il allait encore passé la récréation seul dans le vestiaire des garçons après la séance de sport. Mais il ne s'était pas attendu qu'ils l'attendent pour le passer à tabac tous ensemble. Alors que le groupe partait en récréation, il resta un moment immobile avant de se redresser. Il appuya sur son nez pour limiter le saignement avant de chercher un mouchoir, malheureusement, cela avait déjà suffit pour tacher son jogging, sa mère allait lui passer un savon ! Ses bras tout endoloris étaient couverts de bleus, il allait devoir porter des t-shirts longs malgré qu'il ait souvent chaud. Ses jambes n'étaient pas mieux. Sa gorge lui brûla à force de retenir ses larmes. Il n'avait pas la force de se relever pour le moment. Son nez s'arrêta de saigner, il renifla et ramena ses genoux vers lui. Hébété et dépité, il resta là.

Après quelques minutes, une petite fille blonde du même âge débarqua et le regarda horrifiée. Elle ferma la porte, Lucas frémit même si elle savait qu'elle ne lui ferait pas de mal, elle. La préadolescente s'agenouilla à ses côtés et fouilla dans son sac.

– Je savais qu'il n'y avait quelque chose qui n'allait pas, s'énerva-t-elle en sortant une crème qu'elle appliqua sur les bleus de Lucas. J'aurai dû en parler à Laurène, elle aurait su bien avant. Qui sont les bâtards qui ont fait ça ? Lucas, tu dois en parler à un adulte.

– Non... je ne peux pas.

– Comment ça ? Bien sûr que si ! T'as vu ce qu'ils t'ont fait ? Le principal est obligé de les renvoyer.

– J'ai dit que ce n'était pas la peine, Clara ! Il ne le fera jamais.

La jeune Dresseuse le fixa, les yeux brillants. Elle ne savait pas quoi dire d'autres, elle ne savait pas comment le convaincre. Lucas avait toujours été têtu, mais il écoutait toujours les conseils habituellement. Surtout les siens. Il agrippa la manche de Clara qui s'éloignait.

– Clara, s'il-te-plaît, n'en parle pas à Laurène. Elle ne doit pas savoir, et elle ne doit pas le dire à mes parents. Cela ne regarde personne.

– Je ne sais pas.

– Clara, supplia Lucas en lui encadrant le visage de Clara rougi avec ses mains tout en le tenant près du sien. Cela, il faut que cela reste entre nous. Pour mon bien et pour ton bien. Cela doit rester entre nous, tu comprends.

– Non, murmura Clara la voix brisée. Regarde ce qu'ils t'ont fait... reste avec nous Lucas, ils ne feront pas de mal à tout un groupe.

– Je ne peux pas dépendre de vous tout le temps, souffla Lucas. Cela ira pour moi, je trouverai un moyen.

– C'est faux, contesta Clara. Comment veux-tu sortir de là ?

– Je m'en sortirais, assura Lucas qui savait bien que ce ne serait pas le cas.

Il posa furtivement ses lèvres sur celles de la jeune fille et se releva pour partir du vestiaire, la laissant médusée et attristée parce qu'elle venait de découvrir. Pendant un moment, Lucas resta très perturbé par le fait que Clara ait découvert ce qu'il se tramait. Heureusement pour lui, elle ne semblait avoir rien dit, mais cela pesait lourd sur la jeune fille. Cependant, comme elle ne voyait pas Lucas en sang, ou embêté, elle espérait donc que ce soit terminé. Mais ce n'était pas du tout le cas. Cela continuait toujours. Et elle finit par le remarquer pendant les grandes vacances d'étés, mais encore une fois, Lucas l'avait convaincu de ne rien dire. Clara voulait agir. Mais elle ne voulait pas se faire détester par Lucas, or, c'était toujours son cœur qui gagnait le dilemme tiraillant.


Mars 2015 :

Encore une fois, après le sport, le jeune homme se retrouva en sang. Il avait tenu jusqu'à la fin de sixième, mais ses deux trimestres de cinquième pointaient du doigt des notes en chute libres et des absences à répétition. Clara le rappelait toujours à l'ordre. Elle espérait qu'à force de répéter, il finirait par l'écouter. Mais il ne pouvait pas en parler, même si elle pensait que c'était le bon choix. Cela ne l'était pas. Il ne voulait pas voir la tristesse dans les yeux de ses parents. Il préférait les voir énervés de son échec scolaire que de comprendre la réalité de la situation. Il préférait jouer le fils rebelle et tout reléguer à Laurène pour ne pas avoir une pression supplémentaire. Il préférait être le fils ingrat. Pas le fils fragile devant être protégé. Il se trouvait trop pitoyable pour ça. Il ne méritait aucune aide. C'était juste sa faute. Il ne devait juste pas être assez beau ou assez cool pour se faire accepter par les gens.

Lorsque tout le monde fut parti des vestiaires, Lucas se releva, fit son sac et sortit par la gymnase hors du collège, c'était la seule technique pour sortir incognito. Il tomba sur une classe de l'autre collège de la ville et speeda afin de s'éloigner. Il s'appuya contre un arbre et se laissa tomber. Il enfouit sa tête dans ses bras et soupira. Quand est-ce que cela allait enfin s'arrêter ? Il observa les cicatrices sur ses bras, et les suivit d'un doigt. Pour une fois que ce n'était pas les autres qui lui faisaient cela. Ou peut-être indirectement...

– Tu t'es fait amoché dis donc, commenta quelqu'un.

Lucas leva la tête, c'était un garçon de son âge, de la classe qu'il avait vu aller au gymnase. Manifestement, il avait voulu sécher les cours. L'adolescent sortit une cigarette qu'il alluma et porta à sa bouche avant de la proposer à Lucas. Ce dernier hésita mais ne savait dire non aux gens, il la prit et toussa à la première inspiration, ce qui fit rire le jeune garçon qui s'assit à ses côtés.

– Ils n'ont pas le droit de te faire ça tu sais, commença-t-il. Tu sais, on est dans l'autre collège, mais on peut te venger. On peut leur donner une bonne leçon pour qu'ils ne recommencent plus jamais. Les deux collèges qui se bastonnent... cela n'étonnera personne si cela ne va pas hyper loin. Et comme cela tu seras calme.

– C'est gentil, souffla Lucas en laissant échapper de la fumée.

– Je m'appelle Nathan, se présenta le jeune homme en lui tendant sa main après s'être relevé.

– Lucas, répondit-il avant de prendre la main et de se relever avec son aide.

– He ben Lucas, je pense qu'on va faire une bonne team !

Le jeune garçon regarda sa connaissance s'éloigner, il retournait chez lui. Il invita Lucas à venir chez lui, et hésitant au début, il accepta. Pour la première fois, le jeune homme avait un espoir. Un espoir d'être sauvé, un espoir pour que cela s'arrange. Sur le trajet, il rendit la cigarette de Nathan qui la lui laissa, prétextant que pour le moment il en avait plus besoin que lui. Il en sortit même une nouvelle pour lui. Les deux garçons firent leur chemin ensemble et Nathan lui apporta de quoi se soigner une fois chez lui. Pour une fois, depuis plus d'un an et demi, Lucas retrouva l'espoir. L'espoir de retrouver un semblant de vie normale, une vie calme. Une vie sans être moqué, frappé tout les jours. Il ne pouvait pas lâcher cette opportunité.


Octobre 2015 :

La situation de Lucas avait changé, selon lui, cela allait mieux même s'il y avait des points négatifs. Le groupe de Nathan avait réglé leur compte à ses harceleurs, depuis leurs menaces, plus personnes ne l'embêtaient et il pouvait suivre les cours tranquillement, comme si de rien était et que sa vie était magnifique ! Ce qui était faux. Il adorait ses amis et leur était éternellement reconnaissant, cependant, il avait vite remarqué qu'ils ne demeuraient pas les gens les plus fréquentables. Néanmoins, cela allait mieux. Il ne se faisait plus mal mais il fumait à la place, et heureusement ses parents ne remarquèrent rien. Ses notes avaient réaugmenté mais il séchait pour voir ses amis, donc ses parents l'engueulaient toujours. Mais cela ne le touchait plus : il avait  des amis. Des amis peu fréquentables, qu'il devait aussi tenir à distance des personnes qu'il aimait.

Il faisait les cents pas dans une salle de classe que personne utilisait, les surveillants ne vérifiaient jamais si des gens y venaient. Après quelques minutes, Clara débarqua dans la salle. À 12 ans, la jeune fille comme les autres, était frappée par la puberté. Lucas n'avait jamais vraiment fait attention jusqu'à maintenant, mais désormais qu'il la voyait, aussi proche pour la dernière fois, ce détail le frappa.

– Tu voulais me voir, commença Clara en s'approchant avant de saisir les bras de Lucas et de remonter les manches inquiète.

– Cela n'a pas recommencé, assura Lucas en la regardant.

– Alors pourquoi suis-je ici ?

– Il faut qu'on arrête de se voir, annonça Lucas cherchant une justification. Puis, ce n'est pas comme si on était ensemble.

– Ce n'est pas comme si on avait déjà été ami. On ne l'a jamais été, et on ne le sera jamais, rétorqua de suite Clara en reculant, prenant cette nouvelle comme un coup de massue.

La jeune fille pourtant, ne bougea pas d'un pouce. Cela n'aida pas du tout Lucas. Elle avait le droit d'exiger des explications, et il se sentait mal de ne pas pouvoir en fournir.

– Je fais ça pour ton bien. Mes amis ne sont pas fréquentables, et tu ne dois pas t'en approcher.

– Mon bien ? Mais tu te fous de ma gueule là ! s'écria Clara en s'approchant, les larmes coulants. J'ai été là pour toi, j'ai essayé de t'aider, et je n'ai rien dit parce que je ne voulais pas te perdre. Putain ! Je le savais que j'aurai dû le dire aux adultes.

– Ce n'est pas par rapport à nous...

– C'est absolument par rapport à nous ! Et pourquoi parles-tu de nous si tu disais qu'on avait jamais été quelque chose l'un pour l'autre ? Et tu sais quoi... j'crois que je préfère te haïr plutôt que tes fausses excuses bidons là !

Alors qu'elle allait s'en aller, Luca sauta de la table pour attraper le bras de la jeune fille et la tourner vers lui.

– Tu dois me croire. Je ne fais pas ça parce que je ne t'aime pas, je fais ça pour que tu es une bonne vie.

Elle allait se retirer, peu convaincue, mais Lucas ne pouvait pas la laisser partir avant de l'embrasser. Puis il la lâcha. Et elle le regarda, avec un mélange de colère, de tristesse et d'incompréhension qu'elle avait tout le droit de ressentir. Elle leva son doigt pour le pointer et déclara d'une voix tremblante :

– Tu n'as pas le droit de me faire ça. Tu n'as pas le droit de me dire que tu ressens quelque chose, de m'embrasser mais après de me dire que je ne dois plus t'approcher. Ce n'est pas juste Lucas. Ce n'est pas juste de me tourmenter comme ça.

Elle partit à toutes vitesses sans qu'il ait pu ajouter quelque chose. Il avait tant de choses à lui dire. Tant de choses qu'il ne voulait pas lui dire. À la place il la regarda partir, la seule personne à laquelle il comptait le plus au monde. Et il laissa passer sa chance. Ce n'était pas leur moment, peut-être que cela ne le serait jamais... mais tout ce qui importait à Lucas, c'était de ne plus jamais se retrouver dans les vestiaires en sang. Plus jamais.

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