Chapitre 41 :

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Cinquantaine… Tu les as tous tués… Personnes…Toi… Tuer… Toi… TUER… NON ! NON ! NON ! Laurène ne parvenait pas à effacer les mots dans sa tête. Même la voix d’Ignisaqua lui paraissait trop lointaine. Elle ne l’entendait pas, ne la comprenait pas. Tuer… toi… Tuer… toi… Non ! Elle se souvint de la petite fille qui jouait avec un petit garçon. Elle avait croisé son regard, elle lui avait souri… Une innocente. Qu’elle avait tué sans pitié. MEURTRIÈRE…

Laurène hurla de désespoir, ce n’était même plus sa culpabilité qu’elle exprimait ! C’était aussi toute sa souffrance qui grandissait depuis un an quasiment ! Toutes ses fois où elle avait failli mourir. Toutes ses douleurs marquées sur son corps à jamais lui rappelant les moments les plus longs et atroces de sa vie. Elle devait évacuée. Vite ! Alors que ses jambes la lâchèrent, elle sentit quelque chose la rattraper dans son dos pour la maintenir debout. Elle sentit sa tête contre un torse, une main dans son dos qui remontait jusqu’à son crâne pour le caresser doucement. L’autre, toute chaude qui la fit frissonner quand elle glissa sur son bras meurtri.

Le contact la ramena hors de sa torture mentale, à la réalité. Tout doucement à la réalité.

– Calme-toi Laurène, murmura Aaron avec un ton doux qui se mariait bien avec sa voix d’après son amie.

Il la serra un peu plus fort pour la faire revenir à elle, comme s’il avait peur de la perdre, ce qui était le cas, mais comme si cela pouvait la soulager, l’apaiser.

– Calme-toi Laurène, répéta-t-il. Je suis là maintenant. Tu n’es plus seule.

La Liée empoigna le t-shirt du jeune homme très fort dans ses mains, la gorge brûlante, les yeux larmoyants. Elle aurait tant voulu qu’il ne la voit pas aussi fragile. La Liée détestait être comme ça. Faible. Elle l’était toujours trop. L’adolescente craignait de ne jamais être assez forte.

– Je ne peux pas ! hoqueta-t-elle. Je ne peux pas ! Je ne peux plus ! J’en ai tellement marre de supporter. J’en ai marre. Je suis fatiguée. Je veux dormir.

Laurène pleura doucement mais Aaron appuya sa main sous son menton pour relever sa tête délicatement. Il sécha ses larmes puis lui encadra le visage de ses mains chaudes. Il la fixa dans les yeux longtemps avant de dire :

– C’est fini, Lau. Tu es de retour parmi nous. Je suis là. Nous sommes là. Ensemble.

Le regard du jeune homme calma l’adolescente qui se détacha du cocon réconfortant qu’il lui avait apporté. Elle pressa la main d’Aaron et se rendit compte que la tornade venait de se désintégrer.


« Heureusement qu’Aaron t’as calmé ! Tu aurais pu tout détruire et dire adieu à ton entretien avec le voyant. », la sermonna Ignisaqua.

« Cet entretien est important pour toi… n’est-ce pas ? »

« J’ai besoin de savoir l’étendu de ses connaissances. Pour mieux comprendre où en est l’Imposteur. »


L’Imposteur… la jeune fille redoutait un jour de devoir lui faire face. Le regard de Laurène se posa sur Luc, inconscient, qui saignait de la tête. L’adolescente jura avant de s’approcher de lui sans lâcher Aaron. Si son ami était bien assommé, son cœur battait toujours. La Liée devait lui trouver des soins. Elle refusait qu’il meure ! Aaron appuya sur la plaie mais cela ne serait pas suffisant.

– Il a dû vouloir nous rejoindre quand il m’a vu y aller. La force du tourbillon l’a sûrement projeté contre la paroi. Heureusement, cela n’a pas l’air trop grave, tenta-t-il de rassurer son amie.

Les deux Liés n’osèrent pas le déplacer, mais personne ne viendrait les chercher ! Laurène s’imaginait le pire. Et s’il ne se réveillait pas ? Et s’il oubliait tout, y compris qui il était ? Et si… il ne serait plus vraiment Luc ?

– Laurène !

Lucas sauta de sa dragonne et se jeta dans les bras de sa sœur jumelle. La Liée pleura comme un bébé, heureuse et émue de le voir dans un si bon état. Elle prit aussi Joyce dans ses bras, profondément soulagée qu’elle s’en soit sortie. Sa camarade avait frôlé la mort et durant un an, Laurène n’avait su qu’imaginer. Elle s’était imaginée le pire ! La voir aller aussi bien, lui réchauffait donc le cœur. Enfin la Liée se jeta dans les bras de Clara qui pleurait avec elle. Sa meilleure amie n’allait pas pour le meilleur psychologiquement, Laurène le voyait, mais au moins elle n’était pas blessée ! Laurène lui parlerait après, quand la bataille sera passée, au calme. Elle avait peur de lui avoir laissé trop de responsabilité sur les épaules.

– Comment va ton père ? Et Nana et Val ? s’informa l’adolescente en repoussant les cheveux de Clara.

– Mon père va me tuer pour être partie sans autorisation ! Mais pour le moment il a fort à faire avec le premier ministre. Anna et Valentine vont bien. Elles attendent ton retour avec impatience.

– J’ai si hâte de les revoir ! Je suis si heureuse de te revoir et de vous revoir tous.

Lucas, malgré la situation, ne put résister à la reprendre dans ses bras. Le jeune homme avait tellement angoissé de savoir sa sœur si loin, en danger, par sa faute ! Sa jumelle lui avait terriblement manqué et il se réjouissait de la revoir libre. De la retrouver. Jamais il ne la laisserait s’éloigner de lui à nouveau.

– Et heu… on fait quoi de ce mec que vous avez bien amoché ? demanda Joyce.

– Bien… vous auriez quelque chose pour l’accrocher à un dragon ?

– J’ai des cordes, je peux l’attacher à Terramicus !

– Parfait ! s’exclama Laurène en soulevant Luc avec l’aide de Joyce. On va la ramener auprès des Soigneurs pour qu’il bénéficie de soin, et normalement il restera en vie. J’espère qu’il restera en vie.

Les autres l’observaient surpris, ne comprenant pas pourquoi Laurène sauvait l’ennemi comme s’il s’agissait d’un ami qu’elle connaissait depuis toujours. Aaron paraissait perdu, dépassé par son attitude mais aussi énervé. Cet homme n’avait rien de bon en lui, il en était persuadé ! Lorsque sa camarade laissa Joyce et son frère hisser Luc sur le dragon, il l’empoigna un peu fort et la tourna vers lui doucement.

– Lau, à quoi tu joues putain ? lâcha-t-il un peu sèchement. Ce mec était peut-être ton ami, mais il a voulu te tuer ! J’ai failli mourir ! Pourquoi le protèges-tu ?

– Parce qu’avec moi, il fait partie des trois personnes de la prophétie, révéla-t-elle.

Laurène fixa ses lèvres avant de le regarder dans les yeux. Il savait qu’elle savait qu’il les complétait. Elle savait qu’il savait qu’elle savait. Mais Aaron ne voulait pas le dire et Laurène n’en avait pas besoin. Aaron soupira en replaçant une mèche de cheveux de son amie derrière une oreille.

– Laurène, il va se retrouver en prison…

– C’est déjà mieux qu’avec les ennemis. Ils l’ont tellement maltraité… Je le sortirai de là.

– Heu… ils veulent t’emprisonner aussi, ajouta maladroitement Clara avec une grimace, gênée d’avor épiée la conversation.

La Liée ne répondit rien, cette menace ne serait pas un problème non plus. Elle se fichait de ce que pensait les adultes. Laurène connaissait la vérité. Puis elle gagnait en puissance, elle espérait, bientôt, ne plus être contrainte à obéir à qui que ce soit d’autre qu’elle-même ! Le petit groupe regarda Terramicus partir, escortée par Ignisaqua et Brasier. Laurène croisa les doigts pour que les Soigneurs acceptent de prendre en charge son ami.


« Commencez à vous dépêcher, les ennemis sont arrivés. »

« Préviens moi s’il-te-plaît, si la situation dégénère. »

« Trouvez le voyant. Et protégez-le s’il le faut ! », ordonna Ignisaqua.


Parfois, il y avait quelque chose d’étrange avec Ignisaqua. Ce n’était pas la première fois que sa compagne le réalisait : il pouvait se montrer sympathique et amicale, mais aussi se mettre à lui donner des ordres directs. Ce changement de comportement n’avait parfois même pas de transition…


« Laurène ! », la rappela à l’ordre son dragon.


L’adolescente se précipita donc vers les dessins qu’elle avait vu pour comprendre comment actionner ce mécanisme.

– Heu, Laulau… on fait quoi ici en faites ?

– Les ennemis ont un voyant. C’est pour cela que je suis venue ici. Je veux le rencontrer pour obtenir plus d’informations.

– C’est impossible ! s’écria Clara. Le rassemblement des voyants affirme qu’aucun d’entre eux collabore avec les ennemis.

– Ils mentent alors ! J’ai des preuves et je veux trouver celui-là pour qu’il nous éclaire un peu plus.

– Je crois qu’il nous faut du sang de personnes qui ont été torturées par les ennemis, annonça Aaron juste derrière Laurène en examinant des traces sur le mur. Et je suppose que la plaque plus claire doit le recueillir.

– Mon père l’a été, déclara Clara en dégainant son poignard. Mon sang devrait suffire.

– Attends ! souffla Laurène en mettant ses doigts dans le sang encore frais de Luc. Je voudrais vérifier un truc.

La main imprégnée de sang du Dresseur, elle l’étala sur la plaque qu’Aaron montrait. Après quelques secondes, quelques cliquetis, le mur coulissa doucement. Laurène se pinça la lèvre : les origines de Luc semblaient funestes. Il avait raison depuis le début et elle était vraiment désolée pour lui. Le groupe continua le chemin en pente descendante. La Liée forma une boule de lumière pour les éclairer.

– C’était donc toi, murmura Aaron. D’où détiens-tu cette capacité ?

– Je l’ignore, Ignisaqua ne veut pas me le dire. C’est un peu une source de conflit d’ailleurs…

Elle continua de regarder Aaron perdu dans ses pensées, elle aurait voulu lui prendre la main pour se réconforter, pour se détendre mais aussi pour lui montrer qu’elle était définitivement de retour avec eux, avec lui. Pour sentir qu’elle n’était plus seule. Pour aussi lui montrer qu’elle ne lui mentait pas. Il tourna la tête avant qu’elle puisse fuir. Il l’interrogea du regard, inquiet, mais elle lui assura que tout allait bien. Mais Laurène voyait bien que cela ne l’empêchait de s’inquiéter, et elle sourit.

Arrivés à la deuxième porte, le sang de Luc ne fit rien et il n’y avait pas de dessin cette fois-ci. Pourtant, il s’agissait exactement de la même porte.

– On ne doit pas pouvoir utiliser le même sang à chaque fois, comprit Clara en s’ouvrant légèrement l’avant bras.

Lucas la regard, serrant les dents en voyant le sang de la jeune fille qu’il aimait couler. La Dresseuse ne laissa pas paraître sa souffrance puis laissa le liquide onduler sur la plaque. La même opération se produisit et ils purent continuer leur chemin, s’enfonçant toujours plus. Ils avaient espéré que ce soit terminé, mais un nouveau mur se tenait devant eux.

– On fait comment ? questionna Joyce. On a pris le sang du gars, celui de Clara…

Laurène fixa son bras meurtri, visible de tous malheureusement. Elle chassa cette pensée : elle ne pourrait pas les cacher éternellement. La cicatrice n’avait échappé à personne mais ils ne voyaient qu’elle, ses cheveux cachaient celle dans son cou, unique raison pour laquelle elle ne s’attachait plus les cheveux. La Liée repensa à ses longs mois enfermée, avec la douleur. Laurène ferma les yeux pour ne pas pleurer, mais c’était encore pire. Aaron s’approcha d’elle pour dissimuler aux autres qu’elle pleurait. L’adolescente lui adressa un signe de tête, reconnaissante.

– Mon sang… mon sang fera parfaitement l’affaire, affirma-t-elle la voix cassée en prenant le poignard qu’elle avait.

– Il n’y a pas que toi, l’arrêta Clara en prenant son poignet, ne voulant pas que son amie ait une cicatrice de plus. Quand il s’est fait kidnappé, mon père n’était pas seul. Ton père, et aussi ta mère étaient présents. Le sang de Lucas devrait fonctionner aussi.

Ses parents avaient été torturés ! Laurène ne voulait même pas imaginer… ils devaient sûrement encore être perturbés, meurtris. Et dire qu’elle les blâmait pour avoir fait d’elle une Liée, l’élue… ils cherchaient juste à fuir l’origine de leurs malheurs. Elle fixa son jumeau, sentant que tout était de sa faute. La sienne. Lucas colla la lame à la petite plaque, puis le mur s’ouvrit. Les jumeaux échangèrent un regard entendu : si l’un d’eux ne finissaient pas mort, une discussion s’imposait avec leurs parents.

Le groupa continua son chemin qui déboucha sur une salle plus éclairée, comme une petite maison dans la montagne elle-même. Ils longèrent une grande table pour accéder à la pièce voisine dans laquelle ils trouvèrent des tas et tas de feuilles gribouillées de partout dans tous les sens. Laurène s’agenouilla pour examiner. Ces dessins ne lui paraissaient toujours pas clairs !

– C’est une personne qui tue une autre ? demanda Aaron avec une voix de dégoût en regardant derrière l’épaule de son amie.

– Je crois bien…

– Hey, sœurette, interrompit Lucas serrant son arme. C’est cet homme flippant que tu recherches ?

Laurène releva la tête surprise : pour un voyant, il était jeune, vers la trentaine. Métisse aux yeux bridés, l’homme les fixait avec une telle insistance qu’il les rendait mal à l’aise. Il se leva, replaçant le fidèle bandeau sur un œil. A part les dessins, il semblait respecter les traditions des voyants.

– Je vous attendais, dit-il d’une voix très grave. J’étais certain que c’était ce chemin que vous prendriez. Je ne me suis donc pas trompé ! Suivez-moi.

Il ramassa certaines feuilles avant de s’attabler à la grande table. L’homme tentait de remettre en ordre les dessins comme s’ils avaient réellement un sens.

– C’est moi où il semble encore plus perché que Bérénice ? commenta Joyce.

– Ce n’est pas toi, renchérit Clara.

Laurène prit les devants : c’était elle qui souhaitait le voir. Elle s’installa au côté du voyant, imitée par les autres. Au bout du compte, la jeune fille trépignait d’impatience. Enfin, elle pouvait avoir des réponses qu’elle attendait depuis si longtemps.

– L’avenir n’est pas figée, alerta-t-il soudainement. Vos actions peuvent faire changer le cours de l’histoire, d’où l’existence de plusieurs chemins. Certains n’ont peut-être même pas été découvert ! Je n’ai pas le droit de vous influencer, mais je vous donne toutes les cartes en main pour réussir.

– Heu… comment ça va se passer ? Vous avez besoin d’aide ? proposa Aaron.

– Non, mais je vous prierai tous de ne pas paniquer, des réactions brusques riquent de détourner mes propos.

Laurène ricana intérieurement, comment ne pas stresser un peu ? Les voyants ne savaient pas mettre à l’aise. Le voyant banda son deuxième œil et modula sa respiration. Peu à peu, il se mit à trembler avant de taper du poing sur la table.


« Fait moi une promesse. », demanda soudainement Ignisaqua, la faisant sursauter.


La jeune fille ne s’était pas vraiment attendue à une intervention de son dragon, encore moins pour lui demander ça. Pourtant, ça ne la surprenait même plus.


« Quelle genre de promesse ? »

« Surtout, ne me pose pas de questions ! »

« De toute façon, même si je te posais des questions, tu ne me répondrais pas. », lui reprocha la jeune fille.

« Je suis sérieux, Laurène. Je te demande de ne pas te poser de questions car je sais que tu es suffisamment intelligente pour comprendre à un moment. Je sais que nous aurons une conversation par rapport à ça à l’avenir, même si j’ignore quand. Mais pour le moment, nous n’auras pas le temps d’en parler. »


L’adolescente soupira. Évidemment qu’il ne pouvait pas être clair ! Elle songea un moment à Luc, pensant qu’il aurait dû être ici, il en avait le droit… Laurène espérait qu’il soit déjà pris en charge. Le poing du voyant s’écrasa à nouveau violemment sur la table.

– Le Père sera bientôt là ! s’écria-t-il. La Mère est prête et l’attend pour accomplir son destin ! L’Oublié lui aussi et prêt à passer à l’acte. Le danger sera imminent.

L’homme s’arrêta un instant. Comme s’il était conscient, même dans sa transe, qu’il s’apprêtait à dire quelque chose d’important.

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