Chapitre 43 (1) - Patrick Swayze

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Tristan réussit à éviter Marianne le reste de la semaine. Leur canapé était devenu son lit. À peine réveillé, il filait dans la salle de bain, prenait un petit déjeuner rapide, direction la faculté, sans attendre Marianne. En dehors des cours, il se réfugiait à la bibliothèque de l’université et lorsqu’il souhaitait s’accorder une pause, en fin d’après-midi, au bar de l’Écluse. Le soir venu, le couple dînait malgré tout ensemble. Leurs conversations se limitaient au strict minimum. Tristan décelait dans les yeux de son amie une rancune tenace et un agacement à peine dissimulé à la moindre de ses paroles. Il la voyait faire et défaire une armée de porte-clés d'animaux en scoubidous alignés sur la table du salon. Je préfère qu'elle passe ses nerfs sur eux en leur tordant le cou plutôt que sur moi sourit-il amèrement.

Le vendredi matin, Zofia qui était arrivée en retard au cours de littérature américaine, s’assit à côté de Marianne, seule sur un banc. Apercevant Tristan à l’autre bout de l'amphithéâtre, elle comprit que la situation ne s'était pas améliorée.

Vers dix sept heures, Tristan monta les marches qui le menait à son appartement. Il ne savait pas encore s’il aurait le courage de mettre à exécution la stratégie qu’il avait échafaudée depuis le début de la semaine. Il rentra et vit Marianne de dos, assise sur le canapé, un magazine dans les mains, imperturbable. Il se planta devant elle et lui annonça sans détour que demain, après sa journée de travail chez le disquaire où il pourrait terminer plus tôt, il attraperait le dernier train pour aller seul chez ses parents.

- Ils vont s’étonner de pas me voir, déclara Marianne distante.

- Je leur ai dit que tu étais malade depuis deux jours et que tu voulais te reposer. Mais comme ce week-end était le dernier où je pouvais récupérer les réservations du chalet pour les vacances…

Tristan décela un trouble dans ses yeux.

- Ça veut dire qu’on part comme prévu tous les deux à la montagne ? se radoucit-elle.

- J’en sais rien, répondit Tristan, calmement mais fermement.

- Comment ça t’en sais rien ? Ah bah super! Remarque vu l’ambiance de merde depuis une semaine, ça ne me dit plus rien d’y aller. Fais comme tu veux, ne put-elle s’empêcher de répondre, en le regrettant instantanément.

Tristan ferma les yeux et serra les dents.

- Écoute Marianne, si c’est comme je veux, très bien. Je ne vais pas dire à mes parents que tu es grippée. Mais la vérité. Car à la montagne, je crois que je vais… Non je ne crois pas, j’en suis sûr à présent. Je vais y aller seul. Ça va me faire le plus grand bien. J’en peux plus. J’ai besoin de respirer, tu vois.

Elle lui demanda s’il était sérieux.

- Me regarde pas comme ça, je ne déconne pas. Si, tu as raison je déconne mais pour une fois, c’est moi qui décide de déconner. Et j’en ai très envie !

- Putain j’y crois pas, tu dis n’importe quoi. Mais qu’est-ce qui t’arrive en ce momen t? C’est Paul qui t’a retourné la tête ou quoi. T’as rencontré une fille ?

- Moi, je dis n’importe quoi ? C’est bien la meilleure. Et qu’est-ce qui m’arrive ? Tu veux vraiment le savoir ? dit-il, plus déterminé que jamais.

Marianne le regarda droit dans les yeux, inquiète.

- Ah tiens, au fait, j’ai croisé Tom à la bibliothèque.

Tristan reconnut dans la parade de Marianne un moyen de changer de sujet pour reprendre l’avantage.

- Tu entends ce que je te dis Marianne ?

- Oui, je ne suis pas sourde. Je crois surtout qu’un week-end chez maman et papa va te faire le plus grand bien. Va respirer ailleurs puisqu’ici tu étouffes. Et puis, ça tombe plutôt bien puisque ce week-end chez tes parents je n’y tenais pas vraiment. Zofia m’avait proposé d’aller voir le dernier film avec le beau Patrick Swayze, je n’ai plus qu’à accepter. Elle va être ravie.

Il fallait qu’elle ait le dernier mot. Il y était habitué.

- Moi aussi je suis sérieuse. Ce week-end va te faire du bien. Quand tu reviendras, nous pourrons avoir une discussion calme et constructive.

- Si tu le dis… dit Tristan, dubitatif.

Il retourna dans la chambre préparer ses bagages.

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