Le festival des Lumières

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Lorsque la nuit tomba sur Saint-Lunaire, elle ne le fit pas comme à l’ordinaire. Elle s’installa lentement, presque respectueusement, laissant à la ville le temps d’allumer ses feux.
Aux fenêtres, les premières bougies apparurent une à une. De petites flammes fragiles, abritées derrière le verre, dessinèrent bientôt une constellation vivante le long des ruelles pavées. Les lanternes suspendues aux portes se balançaient doucement dans le vent marin, projetant sur les murs des ombres mouvantes.
Ronan traversait la ville parmi les autres, sans se presser. Autour de lui, les voix se mêlaient : rires d’enfants, salutations, fragments de conversations interrompues par le froid. Chacun portait quelque chose à la main — une bougie, un lampion, parfois simplement une présence.
Sur la grande place, près de l’église, les guirlandes lumineuses formaient un cercle fragile au-dessus des pavés. Des tables avaient été installées, couvertes de pains encore tièdes, de bols fumants et de boissons épicées. Une odeur de cire chaude et de bois brûlé flottait dans l’air.
Les anciens s’étaient regroupés près du mur de pierre. Emmitouflés dans leurs manteaux, ils parlaient à voix basse, comme s’ils ne voulaient pas troubler quelque chose d’invisible. Les enfants couraient autour d’eux, agitant leurs lampions colorés, leurs joues rougies par le vent et l’excitation.
Lucien arriva un peu plus tard, portant avec précaution le chandelier enveloppé dans un tissu clair. La foule s’écarta presque instinctivement pour lui laisser le passage. Il ne s’agissait pas de respect appuyé, mais d’un accord silencieux, ancien.
Ronan le rejoignit.
— Tu es sûr ? murmura-t-il.
Lucien hocha la tête.
— Ce n’est jamais une question de certitude.
Ils déposèrent le chandelier au centre de la place, sur une table basse préparée à cet effet. Les bougies furent placées avec soin, les mèches redressées. Pendant quelques instants, personne ne parla.
Puis, comme chaque année, les chants s’élevèrent.
Des airs bretons anciens, portés par des voix parfois hésitantes, parfois sûres. Les notes se mêlaient au souffle du vent et au bruit lointain des vagues. La musique ne cherchait pas la perfection. Elle cherchait l’union.
Quand la dernière note se tut, le silence revint, dense, presque palpable.
Lucien alluma la première bougie.
La flamme trembla, puis se redressa. Une seconde bougie fut allumée, puis une troisième. À mesure que les flammes prenaient vie, quelque chose changea dans l’air. Une vibration subtile, difficile à nommer, parcourut la place.
Ronan sentit son cœur battre plus vite.
Le cristal du chandelier frissonna.
Ce ne fut pas spectaculaire. Pas immédiatement. Une lueur dorée apparut au cœur des facettes, douce, profonde, comme un souvenir ancien qui se réveille. Les reflets se multiplièrent, s’intensifièrent, glissant sur les visages tournés vers la table.
Un murmure parcourut la foule.
La lumière grandissait, sans éblouir. Elle semblait respirer.
Les lanternes autour de la place répondirent, s’illuminant d’un éclat nouveau. Même les guirlandes scintillantes parurent plus vives, comme accordées à une source invisible.
Lucien recula d’un pas.
Ronan comprit alors que quelque chose venait de commencer. Que le Festival des Lumières, cette année, n’était plus seulement une célébration.
Au-dessus de la place, le ciel semblait plus proche.
Et la nuit, pour la première fois, hésitait.

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