LES BONNES RECETTES DE MA GRAND-MERE

de Image de profil de Emilie MusseauEmilie Musseau

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Le Ciel s’obscurcit. L’orage menace, mais bizarrement Mathilde est sereine. Appliquée, le sourire aux lèvres, elle frotte avec un torchon de cuisine rose la lame tranchante d’une feuille de boucher.

A la vue de ce liquide rouge éclatant, il miroite dans l’air comme un éclat céleste. Au son d’un glas tortueux, la peau de la malheureuse victime se fige. La criminelle dont les intentions sont ensorcelées d’une noirceur fulgurante ne perd pas son sang froid.

-Oh, quel dommage j’ai mis du sang sur mon beau chemisier de soie molletonné. J’avais pourtant mon tablier ! J’ai plus qu’à me changer !

Les yeux immaculés d’une frayeur grandissante, Teddy de sa voix enfantine s’exclame :

-Mais qu’est-ce qu’elle a dû souffrir !

-T’inquiètes pas mon chéri! Elle aura périt pour la bonne cause. Lui répond sa mère.

Elle rit à gorge déployée et son fils les yeux exorbités sort de la pièce à l’appel désespéré de son père.

-D’abord, je coupe la bague, c’est à dire l’anneau musculaire qui resserre le croupion. Puis je fais une délicate incision le long du cou. Mathilde se plaît à décrire avec attention toutes les actions peu ragoûtantes auxquelles elle s’atèle.

-C’est vraiment très gore, je n’aimerai pas être à sa place, surenchérit Jacob, l'autre témoin de la scène.

-Je retire ensuite le foie, les poumons, le cœur et le gésier. Et dans ses actes barbares, elle passe au-dessus d’une flamme le corps meurtri qui se trouve face à elle.

Une odeur désagréable de peau de porc roussie inonde la petite pièce confinée.

-Je vous aiderais volontiers mais je ne saurais pas m’y prendre aussi bien que vous ! Commente Jacob en vain spectateur.

Mathilde ne se laisse aucunement distraire et continue sa besogne ingrate. 

-Maintenant, je coupe la tête, les ailerons et les pattes.

Elle empoigne une longue aiguille à tricoter pointue qu’elle introduit à l’intérieur du cadavre.

Et s’adressant à Jacob, elle s’empresse de rajouter :

-Vous voyez ce n’est pas bien compliqué ! Il suffit de s’appliquer ! Mais ce qui suit c’est bien plus ardu, croyez-moi ! Cela demande beaucoup d’adresse et d’agilité si on ne veut pas louper l’essentiel !

-C’est à dire ? Questionne t’il à l’encontre de cette femme dont le talent requiert une rigueur et une activation méticuleuse.

-A présent, je dois entailler, découper la peau en travers de la cage thoracique jusqu'à la colonne vertébrale qui doit se briser sans difficulté.

Un air sérieux et professionnel brille dans les yeux de Mathilde et elle empoigne la dépouille dans un élan burlesque, afin de parer à la prochaine étape.

-Parce que c’est toute une préparation, vider cette grosse bébête ! Ensuite place à la farce ! C’est par le cou que je dois d’ailleurs introduire cette savoureuse composition que j’ai faite de mes blanches mains !

Elle se tourne alors vers son invité et s’exclame :

 -Monsieur Legris, vous resterez ce soir fêter cet événement avec nous, n’est-ce pas ?

-Appelez-moi Jacob et hésitant il rajoute,

-Je crois qu’en de pareille circonstance nous pouvons nous tutoyer.

-De toute façon c’est le réveillon ce soir donc il n y’a pas à discuter, tu te joins à nous ! Lui confirme t’elle son hospitalité  d’un ton enjoué.

-C’est une fête de famille tout de même et je ne voudrais pas bousculer le programme ! D’autant plus que c’est Noël, je me sens gêné.

-Mais y’a d’inquiétude, j’ai prévu largement assez. Dit-elle d’une voix rassurante.

Il la contemple alors dans sa cuisine provinciale dont les murs en pierre rappellent les maisons de campagne d’antan. Elle énonce avec une certaine animation et fierté dans la voix :

-Tu sais un bon repas de Noël n’est pas ce qu'il est sans La Dinde aux marrons et c’est Ma Mamy Roselyne qui m’a appris sa recette !

Mathilde s’empare alors de son cahier à spirale aux pages écornées et tâchées, intitulé pour l’occasion : « Les Bonnes Recettes de ma Grand-mère. »

  • Je la tiens de ma mère qui la tenait elle-même de sa propre mère.

Une voix s’invite à cette conversation bien entamée.

-Mathilde a tout à fait raison. Le repas qu’elle nous mitonne est gargantuesque ! La réflexion de son mari Francis enthousiasme un peu plus cet hôte déconcerté.

Quelques heures auparavant celui a en effet rencontré son vieil ami Jacob Legris par un pur hasard de circonstance.

-« Francis Tanneur, s’était écrié Jacob, bien sûr que je me souviens de toi !

La conversation battait son plein au sein de ce supermarché inondé par l’arrivée d’une clientèle nerveuse et agitée en ce jour festif et jovial. L’amoncellement de chalands annonçait l’alerte de cet évènement tant attendu dans un brouhaha incessant.

Parmi tout ce cérémonieux, les esprits semblaient usés d’une fatigue oppressante dû à ce rituel commercial.

  • Je suis en plein des mes achats de Noël, voilà ce que c’est de s’y prendre à la dernière minute ! Se plaignait Francis.

-Que c’est bon de te revoir vieux frère ! Mais qu’est-ce que tu deviens donc ?

-Moi, je bosse comme chauffeur et comme tu vois, je vis toujours dans ma Vendée ! S’anime t’il d’une fierté incongrue.

- C’est vrai qu’il me manque mon petit bocage ! Seulement, moi y’a longtemps que je l’ai quitté et je me suis exilé en Bretagne. S’époumone avec ardeur Jacob.

Et ce pour des raisons professionnelles, je suis commissaire de police à Rennes si tu veux le savoir !

C’est en toute simplicité et de cette amitié retrouvée, que Jacob était bien installé à présent dans le foyer chaleureux de son ami d’enfance.

Tandis que Mathilde poursuit son apologie culinaire, celui-ci a le regard méditatif et figé sur la cheminée éteinte.

-Voilà tout est prêt à cuire et le quart est prêt à être sauté. Lance t’elle à la dérobade.

A cet instant, un bruit sourd brise l’attention des occupants et les font ressortir de leurs gonds.

-Un Noël avec des orages ! On a jamais vu cela n’est-ce pas ? Dénote Jacob. Actuellement seul en compagnie de Mathilde, Francis étant sortit chercher du bois avec son fils Terry afin d’alimenter cet âtre familial. Son esprit est immergé dans des pensées subtiles et énigmatiques. En effet, son ami lui a décliné précédemment une requête bien particulière.

- J’ai une chose à te demander, puisque tu es dans le milieu de la police. J’ai peur que tu me trouves ridicule mais… »

Francis s’était alors lancé dans un récit dramatique et à la fois rocambolesque.

«  -C’est à propos de ma mère vois-tu, elle est décédée il y a un an.

-Tu ne t’en es jamais remis c’est cela ?

-En effet, puis se fut au tour de ma sœur il y a 6 mois …

-Comment sont-elles décédées ?

-C’est bien ce qui m’embête. Les médecins ont conclu qu’elles avaient succombées à une crise cardiaque ! J’ai de quoi m’interroger, toutes les deux de la même manière en si peu de temps ! !

-Je sais bien mon vieux que c’est dur à accepter mais quand la mort vous prend par surprise.

-Je veux que tu enquêtes, supplie Francis en lui coupant directement la parole d’un ton sec.

Sa fonction de commissaire de police s’arrêtant là, c’est en tant qu’ami que celui-ci décide de le raisonner et le rassurer.

Jacob Legris, en effet, est un homme solitaire à l’esprit rabougri vivant en Bretagne et promu depuis quelques années à la Direction interrégionale de la police judiciaire de Rennes. Veuf, il mise à présent toute son attention sur sa vie professionnelle. D’un physique peu attrayant, son léger strabisme n’ôte en rien son charme romanesque. Son look vieillot le rend son apparence maussade et sans vigueur. Depuis la perte de sa femme, il se laisse aller : ses cheveux sont épars, hirsute et il affiche une éternelle barbe de trois jours. Aucune chaleur n’émane de son visage ridé malgré la quarantaine bien tassée. Ses vêtements sont constamment froissés et décousus car maintes fois reprisées. Il s’accoutre bien souvent d’un pantalon de velours accompagné d’une veste aux couleurs mornes et grises.

-Il faut l’accepter c’est tout, reprend t-il après un court silence débonnaire. Il n’est pas homme à se confier et ni à exprimer un quelconque ressentiment.

-Je veux savoir, y’a un truc louche là dessous.

En effet, sa mère Félicia, une femme en pleine force de l’âge et Alice, sa sœur à l’aube de la cinquantaine vivaient ensemble depuis le décès de son père. Elles étaient en quelques sortes toutes deux les piliers de Francis. Il avait constamment besoin de leur soutien et de conseil pour toutes sortes d’affaires les plus anodines.

-Les femmes de ma vie avaient l’habitude de venir à Noël tous les ans et cette dinde est une tradition ! Puis elles venaient aussi souvent qu’elles le voulaient à la maison, hein Mathilde ? S’adresse t-il à sa femme d’un ton mélancolique.

-Oh ! Oui et je leur faisais de bons repas, elles adoraient les fameuses recettes de mamie Roselyne ! Elles ne crachaient pas dessus. Atteste t’elle du fond de sa cuisine attenante au salon.

-Moi ma grand-mère a bien vécu et je sais que c’est dur la perte d’un être cher, rajoute t’elle d’un ton affecté.



-Ma mère avait promis d’offrir la veille de sa mort une bague sertie de diamant qu’elle portait, un bijou transmis de mère en fille. Continue Francis.

Prise dans un élan fugace, Mathilde commente ce qu’elle sait grâce à ces nombreuses lectures :

-Savez-vous que le diamant est une Pierre précieuse symbolisant la force et la pureté, assure la réconciliation des époux et renforce leur amour. Je vous cite ce que j’ai lu, selon la tradition populaire, cette gemme est également un prodigieux antidote contre tous les poisons et tient à distance les animaux sauvages, les fantômes, les sorcières et toutes les terrifiantes présences de la nuit.

-Mon grand-père l’avait offerte à ma grand-mère, Rosa, juste après la guerre. Et elle est revenue naturellement à ma mère, ensuite à ma sœur et elle ira à ma fille, le jour de ses 18 ans. Et voilà, ce jour est arrivé car nous les fêtons ce soir-même ainsi que Noël. Sa voix n’est pourtant pas sereine et sa femme le ressent.

-Qu’est-ce qui te dérange? Questionne Mathilde à son mari, tout en préparant sa tablée.

-Pour moi, elle est maudite. Tu ne trouves pas étrange qu’en l’espace de deux années, les femmes de la famille Tanneur en possession de cette bague disparaissent prématurément ? S’adresse t’il à Jacob. Je m’inquiète pour Déborah, ma propre fille. Si lui arrivait malheur ?

-Des croyances, des superstitions, comment peux-tu croire à cela ? S’insurge Mathilde, tout en posant lourdement les assiettes en porcelaine sur la grande table monastère.

Jacob se met alors à étudier plus attentivement le comportement de Mathilde qui le fixe avec un petit sourire hypocrite. Il semble percer un mystère bien austère dans l’attitude de cette femme. Ce qu’il éprouve à son encontre change subitement par ce simple regard. La brutalité sans faille dont il est question dans cet œil approbateur requiert une défiance inamicale. Ses yeux perlés sont empreints d’un éclat machiavélique et de sombres attitudes.

Il s’approche d’elle, à la vue de ses actes laborieux.

-Besoin d’aide ? Dit-il en s’emparant des plats en verre lourds et encombrants.

-Oh ! Ce n’est pas de refus, il faut juste les poser dans la cuisine sur le plan de travail.

Sur la petite table de cuisine, un cahier noir à spirale ouvert à la page : «  La Dinde aux marrons »attire son attention. Il ne peut s’empêcher d’y jeter un coup d’œil :

« 30 minutes de préparation et hop au four pour 3 heures de cuisson, et votre glorieux oiseau sera prêt régaler vos hôtes affamés. Pour 8 à 10 personnes, il faut 1 Dinde de 3,500 kg vidée, 100 gr de beurre, 300 gr de lardons fumés, 1 L de bouillon de volaille, 1 botte de persil haché et 1 kg de châtaigne ou de marrons sous vide. Suivre la RECETTE :   Saler et poivrer la dinde, intérieur et extérieur. L’enduire de 50 gr de beurre fondu au pinceau. L’emballer ce volatile entièrement dans une double feuille d'aluminium afin de la placer dans un plat creux. Il faut y verser dans celui-ci, 1 litre d’eau dans le fond avant de le mettre dans le four chaud, à th 8 pendant 2 h 30. »

Il ne s’arrête donc pas à cette seule lecture et continue de parcourir les pages. Le nom d’autres recettes manuscrites y sont inscrites innocemment. Mais parmi le chapitre «  Les Tourtisseaux » et « Le Flan Maraîchin » une grande enveloppe jaunie servant de marque-page attise encore plus sa curiosité. En effet, il s’agit du fameux cahier de recette de sa grand-mère et cette lettre décachetée révèlerait-elle une clé importante sur le passé familiale de Mathilde ?

Cependant celui-ci n’a pas le temps de s’atteler à sa lecture, puis en tant qu’enquêteur il a le réflexe habituel et machinal de s’en emparer et il la glisse dans sa poche.

Un petit papier inoffensif s’envole et s’échappe alors de la doublure de ce cahier noir et altéré par les années. Il s’empare alors avec une rigueur soutenue de ce papier tombé à terre. Il s’agit d’un bon de commande et ce qu’il y lit est très surprenant.

*Description du produit: . - Concentré de cyanure de potassium 20ml au prix de 39,00 €* * hors frais de port, toutes taxes comprises. Conditionné dans un flacon discret. Importé de Suède. N°1 des ventes en clientèle féminine.

Mise en garde : « Un poison mortel à petite dose. » Inodore. Indétectable lors de l’autopsie.

-Epatant, n’est-ce pas ? Je ne pensais pas qu’on pouvait en acheter si facilement. J’ai été livré par le facteur en 3 jours seulement. Commente Mathilde pencher à ces côtés, en le prenant sur le fait accomplit dans cette indiscrétion malsaine.

-Les souris …reprend t’elle. Elles inondent ma cuisine et c’est le seul remède que j’ai trouvé pour me débarrasser de ses sales bestioles. Je ne sais pas d’où elles viennent, de la cave certainement mais c’est effrayant ! Moi j’en ai en horreur.

-Il y a des moyens moins radicaux tout de même. Lui fait remarquer Jacob. En effet, tu connais les effets de ce-dit «  Poison » sur les hommes ?

-Non, pourquoi ? Répond t’elle innocemment d’un oeil glacial, presque bestial.

-Et bien, après une période de 45 min, la personne entre en coma et peut mourir en deux heures s'il n'y a pas d'intervention médicale. Durant cette période, il peut y avoir des convulsions. Les ongles et les lèvres virent au rose-violet, en raison du blocage de la circulation sanguine et de la diminution de l'oxygène sanguin. Une odeur d'amande dans la bouche de l'individu donne une preuve supplémentaire de l'origine de l'empoisonnement. En général, la mort intervient par arrêt du cœur.

-Je vois que tu es bien renseigné.

Sans se laisser émouvoir, elle poursuit en tant que parfaite maîtresse de maison :

Mais je crois qu’il va être l’heure de se mettre table…

D’un pas alerte, elle se dirige vers la salle à manger, tout en enchaînant à l’assemblée :

« -Au menu nous avons donc : -Amuse-bouche au foie-gras

-Fruits de mer ( avec huîtres de la Baie de Bourgneuf)

-Dinde aux marrons

-Fromage sur lit de salade verte, et pour terminer

-Bûche pâtissière au grand Marnier »

C’est donc au son des cantiques et des chants musicaux que se déroule le repas familial dans une convivialité sans faille.

« -Allez place à la découpe de la fameuse dinde ! Parce que vois-tu, elle se fait à table ! C’est moi l’expert ! N’est-ce pas Mathilde ?

-Oui, c’est notre petit rituel…. Et si on s’y prend comme il faut, c’est pas bien sorcier ! On s’équipe d’un long couteau de cuisine bien tranchant parfaitement affûté…. Et d’une grande fourchette, d’une planche à découper et c’est parti ! »

A table, Francis et ses enfants restent en perpétuelle extase gastronomique.

-Hum, Mathilde ta dinde est succulente !

-Qu’est-ce que tu as mis là-dedans moi je trouve qu’elle a un petit goût d’amande ! Questionne Jacob. Il sourit au visage mutin de Mathilde qui le scrute avec application.

C’est après avoir dégusté ce savoureux plat, que Jacob, soucieux de la lettre qu’il détient et de son contenu se retire du salon.

Le repas touchant à sa fin, c’est l’estomac bien remplis qu’ils n’attendent donc pas le dessert pour s’atteler à l’ouverture des cadeaux.

-Nous n’attendons pas Jacob ? s'ennuie Francis

-Oh ! Non on s’y met de suite, s’enthousiasme Teddy qui se rue au pied du gigantesque sapin sous lequel sont entreposés des présents aux formes disparates.

-Oui, il a tout à fait raison allez Debbie ouvre ton cadeau s’empourpre Mathide.

Déborah, les yeux circonspects devant le petit paquet doré enrôlé d’un ruban rouge, s’empare de celui-ci. C’est avec une joie sans hâte qu’elle découvre une magnifique bague sertie d’un diamant. Celui-ci est d’un blanc éclatant dont l’intérieur révèle une inscription bien énigmatique :

« A ma Rosie – 9 juillet 1935 »

Pendant ce temps, à l’étage, devant le lavabo de la salle de bain, Jacob se risque à lire ce papier froissé de ses doigts tremblants.









La Roche sur Yon, le 17 Août 1970

«  A ma fille, Martine

Ainsi qu’à ma petite-fille, Mathilde,

Mes chéries, je vous transmets ce cahier, je veux que celui-ci aille à ma descendance.

Vous pourrez penser que ceci n’est rien qu’il s’agit simplement d’un petit legs sans grande valeur. Mais c’est tout ce qu’il me reste de mon passé et de ma vie avec Charles lorsque nous résidions au 17 rue du Bonheur.

Je me souviens de jour maudit du 22 juin 1940, c’est la date de l'arrivée des troupes allemandes de la Wehrmacht à La Roche sur Yon. Cette période de l’histoire fut celle où la Vendée était entièrement soumise au régime d'occupation. Comme partout en France, l'avancée allemande fut rapide et massive: les forces de l'axe sont entrées dans le département le 21 juin 1940.

La législation concernant les Juifs s'appliqua et les arrestations, puis déportations vont commencer en 1942. La rafle la plus importante a eu lieu dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1944: 31 juifs seront arrêtés puis déportés. Au total, ce seront 57 personnes qui seront envoyées dans des camps, dont 53 ne reviendront pas. Charles et Pierre, en faisaient partis et j’ai donc perdu mon mari et mon fils. Nous n’étions pas préparés à tout cela mais fort heureusement, Martine j’ai pu te mettre à l’abri à temps, chez ma sœur à l’Ile D’Yeu.

C’est à cette date que tout bascula pour moi car on m’a tout pris  : ma maison, ma famille, mes biens. Mais ce que je n’oublierais jamais c’est cet homme. Celui qui se disait notre ami, était notre voisin. Il nous a volé et trahis. Je me souviendrais jusqu’a la fin de mes jours du regard noir de Victor Tanneur, ce collabo.

Il m’a arraché du doigt cette bague, celle que Charles m’avait offerte. Ce bijou aurait dû vous être destiné. Il avait pris soin d’y inscrire des mots si tendre. C’est le seul souvenir que j’ai de votre grand-père qui m’appelait «  Sa Rosie. »

Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, je sens ma fin proche. Et je vous aime mais je crois que ce cancer aura bientôt raison de moi. Je suis prête à les rejoindre, mon Charles et mon petit Pierrot. Je n’oublie pas mon trésor perdu mais se sont vous mes chéries qui sont plus les plus précieuses.

Roselyne.


A la lecture de ceci, il reste figé dans un silence fugace et orchestral.

Son cœur s’emballe et sa respiration se ralentit soudainement. Des gouttes de sueur perlent sur son front et ses yeux se ferment. Il comprend l’inévitable et la vérité s’impose à lui de suite. C’est alors qu’un éclair traverse le rai des stores mi-clos et que la pluie fait son entrée en cette nuit de la nativité. 

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