Prologue

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Mercure laissa échapper un soupir tandis que le navire prenait l’océan. Il avait l’impression d’étouffer dans son manteau, mais son père avait insisté : cette île était pauvre et avide d’or. Mercure trouvait ça plutôt stupide, parce qu’il n’avait jamais d’or sur lui. Il n’avait que son sabre et son ennui. Il ne comprenait pas son père. S’il l’avait déjà compris un jour. Il voulait aller sur l’île à la recherche de sa cousine portée disparue depuis des années. Et selon plusieurs informations, elle était sur cette île pauvre et grouillante de voleurs et bien plus. Comment sa cousine pouvait-elle se balader sur cette île alors que le sang doré des dieux coulait dans ses veines ? Son père ne voulait pas abandonner sa famille même si Mercure savait qu’elle était sûrement être en danger dans une île où être un nouveau dieu était quelque chose de convoité et détestable à la fois.

Il y avait des rumeurs dans ce côté de l’océan. Des rumeurs de têtes coupées, de voleurs gourmands et tellement d’autres choses qu’il se demandait comment cet endroit pouvait encore tenir debout et ne pas tomber sous le couteau d’un seul et même homme plein de pouvoirs. Son père en était encore le roi. Bien qu’encore peuplée d’humains, elle demeurait une source d’exploitation qui finirait par leur exploser entre ses mains.

Quand les dieux étaient tombés sur terre, ils leur avaient tout donné pour qu’ils brillent de leur pouvoir céleste, de leur richesse et de leur beauté. Les autres humains n’avaient pas eu cette chance. Ils se contentaient de leur reste et d’une île à l’odeur douteuse. Il en avait parfois honte et se disait que lorsqu’il prendrait le trône et la couronne, il changerait les choses. Son père avait promis la même chose et rien n’avait évolué sauf un taux de mortalité qui s’était accru.

Le jeune prince finit par détourner les yeux du palais d’ivoire qui s’éloignait à grande vitesse. Il était déjà lassé et honteux de se rendre là-bas. Mercure se laissa tomber contre la rambarde, les bras croisés sur sa poitrine. Il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre. Il glissa les yeux sur son père un instant. S’il était ici, c’est parce qu’il voulait que son fils s’endurcisse dans ses décisions militaires et politiques. L’île n’avait aucune politique en dehors du meurtre et du vol. Il leva les yeux sur le ciel. Était-ce que voulaient avoir les dieux ? Maudire une seule et même île ? Il était sûr qu’ils étaient intelligents et que cette île ne sortait pas du hasard et avait une histoire à laquelle il n’arrivait pas à trouver le dénouement.

— Alors, tu penses qu’on la trouvera ? lança Diagon.

Mercure renifla sans élégance et fixa son père qui discutait avec Apollo. Ce dernier semblait sur le point de partir discrètement pour se sortir de cette discussion droite et sans doute, pleine de pièges sur la politique.

— Non, finit par répondre Mercure, si elle était en vie on le saurait. Je pense que mon père veut simplement se montrer et rafraichir les mémoires. J’ai entendu dire qu’il y avait eu des émeutes.

Diagon fronça les sourcils comme si la nouvelle le surprenait. Ce qui était faux puisque c’était lui qui avait mené l’enquête. Mercure n’était pas en colère, il savait que son père aurait préféré avoir Diagon en héritier du trône et pas un incapable pour prendre des décisions sérieuses.

— J’ai lu les rapports, assura Mercure avec un petit sourire.

— Tu as volé les rapports, rectifia Diagon.

Mercure eut un sourire amusé.

— Peut-être, mais je suis le prince, j’ai ce droit.

Il ne quitta pas son père des yeux, la couronne fixée sur sa tête. Celle de Jupiter ou de Zeus, tout le monde avait cessé de les comparer ou simplement aduler l’un ou l’autre, c’était la même personne après tout, chacun avait le droit de croire en l’un comme en l’autre.

— Il veut simplement user de sa personne, soupira le prince.

Et montrer qu’il est encore jeune pour ce rôle, pensa Mercure.

Diagon resta avec lui le reste du voyage, silencieux. Il savait qu’il devait se faire pardonner pour cette insulte, mais Mercure avait vite appris à se lasser de ces protocoles stupides qu’unissaient leurs deux royaumes.

L’île se trouvait à des jours du palais, mais les marins savaient utiliser les dieux des vents pour n’en faire qu’une promenade de quelques heures. Loués soient les dieux.

L’île se découpa de l’infini de l’océan. Mercure sentit la honte le submerger. Il lança un coup d’œil autour de lui. Était-il le seul à sentir ce malaise. Il se sentait stupide et commençait à comprendre pourquoi son père ne lui faisait pas confiance pour prendre les décisions périlleuses. Il était faible.

Le navire royal accosta et les premiers curieux étaient déjà là. Il reconnut beaucoup de nobles de chez lui, certains y allaient pour faire circuler l’économie ou simplement pour des affaires suspectes ; des affaires dans lesquelles son père ne mettait jamais le nez. Il laissa échapper un soupir. L’île avait l’odeur infecte de la putréfaction et quelque chose d’autre dont il ne parvenait pas à déterminer l’origine. Les gardes royaux usèrent aussitôt des mains pour repousser les curieux et sûrement les voleurs. Avec une inspiration, il posa les pieds sur le pont pour rejoindre la terre ferme, aussitôt un coup de tonnerre brisa le brouhaha de l’île. Il leva les yeux au ciel, devinant un présage. Quelque chose arriverait aujourd’hui. Les dieux le savaient.

L’île était grouillante, puante, et le soleil, cruel. Il mourrait d’envie de retirer son manteau. Il savait que s’il le retirait, les humains sauraient qu’il faisait partie de la famille royale, et il ne voulait pas se retrouver dans le centre d’une émeute. Il repéra aussitôt celle dont ils avaient la piste. Il pensait à une blague, ses cheveux noirs étaient le contraire des cheveux blancs que portaient tous les nouveaux dieux, c’était ce qui les démarquait d’eux, en dehors de leur sang doré. Leurs bâtards avaient les cheveux d’un gris clair.

Il suivit la jeune femme pendant presque dix minutes. Ses mains allaient et venaient avec une rapidité stupéfiante. Il se sentait dépassé par ce talent inné. Ses cheveux noirs volaient au gré de ses gestes et des brises lentes. Ses sourires et ses coups d’œil la laissaient innocente et faisaient d’elle une voleuse hors pair. Il voulait tout savoir. Comment faisait-elle pour que chacun de ses gestes soit invisible et rapide ? Il accéléra le pas pour aller à sa rencontre, mais une main ferme se posa sur son avant-bras, Diagon.

— Atlas, fait une scène.

Il haussa les sourcils, oubliant l’adrénaline que la jeune fille lui avait procurée.

— Celle que tu suis lui aurait dérobé sa bague. Il la veut. C’est notre chance de retrouver Héra.

Mercure laissa la jeune fille se fondre dans la masse, les poches pleines et un sourire énigmatique aux lèvres.

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