Chapitre 3

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Deux ans plus tard.

La vie sur l’île était devenue bien plus difficile depuis que Liamos avait tué le roi. Le prince, devenu roi, avait interdit toutes marchandises en provenance de son royaume. D’ici quelques années, la famine aurait raison d’eux. L’île entière vouait une haine sans nom pour ce nouveau roi et pour Liamos qui avait déclenché cette guerre, mais ce dernier n’en avait rien à faire. Il avait atteint son objectif et fait passer un message aux nouveaux dieux. Mais pour les autres, cet homme avait simplement condamné l’île à sa perte.

Laverna traversa le vaste chemin pour rejoindre la vieille cabane délabrée. Quelques voleurs s’attardaient devant l’entrée. Elle les ignora comme chaque fois et ouvrit la porte. Une odeur d’alcool et de vieux tabac agressa ses narines, même après toutes ses visites ici, cette odeur aigre lui donnait la nausée.

La vieille bâtisse était découpée en deux étages. Le rez-de-chaussée était grand, quelques tables trainaient un peu partout où certains mercenaires venaient préparer des coups ou vanter leur mérite. Un bar improvisé tenait à peine debout dans un coin de la pièce. Le second étage était réservé à Liamos. Son bureau y était installé et peu de personnes avaient le privilège d’y monter. Seulement ceux qui savaient y faire avec leurs mains ou qui savaient animer sa curiosité.

Laverna traversa la petite salle à moitié vide. Après son coup d’État, beaucoup de revendeurs et de voleurs avaient décidé de quitter les rangs. Peu d’entre eux avaient apprécié le meurtre du roi, mais il y avait les autres, aussi déterminés que Liamos. Laverna se doutait qu’ils devaient bien s’ennuyer avec leur verre à la main en attendant le grand tournant de leur but.

Le barman la salua avec un sourire enjoué malgré d’anciennes blessures aux visages et la fatigue apparente. Térac était le bras droit de Liamos et il le suivrait jusqu’à la mort, il l’avait déjà prouvé en blessant le prince. Térac avait perdu sa jambe dans le combat, depuis, il restait derrière le comptoir en écoutant les histoires des autres mercenaires.

La voleuse l’ignora et monta l’escalier qui menaçait de s’écrouler à tout moment. Elle s’arrêta au seuil, selon Liamos c’était une marque de respect. Il se croyait digne d’un pouvoir stupide qui le ferait mourir pour si peu. Et Laverna était sûre que ça arriverait bien un jour, on ne pouvait pas créer autant de malheur et de désastre sans être puni par les dieux.

Elle leva les yeux sur Liamos, les yeux rivés sur le plafond. Un sourire fendait ses minces lèvres. Les mains croisées sur son ventre, il ressemblait à ses nobles gras qui s’amusaient à poser les pieds ici pour s’amuser.

— Entre.

Elle s’avança, tira la chaise et s’y laissa tomber. Il se redressa aussitôt ne quittant pas un seul instant son sourire suffisant. Ses cheveux d’un noir épais retombèrent sur son front, lui donnant une image de vieux fou. Il décroisa les mains et les posa à plat sur son bureau de fortune.

— Tu sais ce que j’ai ordonné de construire ?

Laverna haussa les sourcils, presque ennuyée. Il n’allait jamais droit au but. Elle avait d’autres choses à faire et à penser. Ylio lui avait dit qu’un bateau en provenance du royaume allait débarquer d’ici une heure. Il lui fallait encore trente minutes pour descendre la montagne en courant.

Les nobles des nouveaux dieux aimaient venir ici pour le marché, ce qui était stupide, mais qui l’aidait autant à manger que ceux qui travaillaient dans ce marché. Les fleurs de l’île se vendaient comme des petits pains. Des fleurs exotiques à la simple couleur bleue. La couleur du roi.

Elle se laissa aller sur la chaise en bois qui grinça sous son poids et étira élégamment ses longues jambes sur le bureau de Liamos. Le reste de boue et de feuilles séchées tombèrent sur les quelques papiers. Laverna resta surprise que Liamos sache lire. Personne ne savait lire sur l’île pas même les plus riches, tout se faisait d’un ordre oral ici. Ce qui rendait l’affaire plus dangereuse.

Liamos fit claquer sa langue.

— Dis-moi ce que tu veux que je fasse, dit-elle, en examinant ses ongles.

Elle avait réussi à dérober de la peinture pour ongles, quelque chose de rare, mais tellement impressionnant. Le rouge éclatant se mariait parfaitement à sa robe dorée. Une robe qui lui avait coûté un bras et trois repas.

— Tu sais mon ambition pour cette île.

— Pour la tuer, oui, tout le monde le sait, affirma-t-elle avec un petit sourire mesquin.

Il ne répondit pas, mais repoussa violemment ses jambes de son bureau. Laverna grimaça et laissa ses jambes tomber sur le sol déjà boueux. Elle se contenta de poser le plat de son pied gauche sur l’angle du bureau.

— Je veux devenir le roi de cette île, s’empressa-t-il d’avouer.

Laverna sentit sa bouche s’ouvrir sous le coup de la surprise, mais finit par éclater de rire. Elle laissa sa tête tomber à la renverse. La chaise grinça à nouveau alors que Liamos rugissait dans son coin.

Elle finit par se redresser de toute sa hauteur.

— Tu es fou, chantonna la voleuse encore amusée, l’île est gouvernée par le roi.

— Que j’ai tué, pesta-t-il, le titre devrait me revenir.

Liamos avait toujours un ego surdimensionné, bien plus gros que le sien.

— Et son fils a pris sa place, expliqua-t-elle, ça fonctionne comme ça chez eux. Tu n’es pas son fils.

Une lueur menaçante s’alluma dans les yeux de Liamos. Il n’était pas d’accord. Il n’était jamais d’accord avec les autres.

— Tu veux que je te tue ?

— Et qui de tes hommes me remplacera ? susurra Laverna en baissant les yeux sur le rez-de-chaussée qu’elle voyait à peine d’ici. Tes hommes sont tous nuls. Je rapporte plus d’or en une semaine qu’ils ne le font en un mois.

— Ylio commence à devenir suffisant.

— Ylio est stupide.

Liamos soupira et leva les yeux au ciel.

— Mes hommes sont partis construire mon trône dans ma vallée.

Laverna sentit son sang battre plus vite.

— Fameuse vallée où tu planques tout l’or qu’on t’apporte ?

Liamos se crispa aussitôt. Il avança son visage près du sien et l’agrippa par le col. Laverna sentit le danger s’accrocher à elle, mais laissa échapper un petit rire amusé. Elle n’avait pas peur de Liamos, bien trop douée pour être tuée.

— Comment le sais-tu ? s’énerva-t-il.

Le souffle aigre fit grimacer Laverna.

— Tu viens de me le confirmer.

Il la relâcha violemment et elle tomba presque de sa chaise. Son cœur battait sous l’adrénaline et l’excitation. Ainsi, les amis d’Ylio n’avaient pas menti, songea-t-elle avec malice. Cette vallée cachait tout l’or. Elle imagina aussitôt une immense grotte illuminée par tout l’or dérobé aux nobles comme aux habitants de la ville. La voleuse en salivait déjà. Avec cet or, elle pouvait facilement s’acheter des robes somptueuses et tous les bijoux inimaginables. Construire une maison derrière cette vallée et vivre librement avec les paysans, et faire face à l’océan plus propre.

La voleuse repoussa une mèche noire de son front.

— Je sens que je te tiens, fit-il remarquer. Apporte-moi ce que je veux et je te laisse tout l’or que tu veux.

— Tout ? s’étonna-t-elle.

— Je le jure.

L’adrénaline monta comme une flèche, faisant battre son cœur bien trop vite. Liamos ne mentait jamais, encore moins lorsqu’il jurait. Un sourire fendit ses lèvres avant même qu’elle ne prenne une décision correcte.

— Qu’est-ce que je dois faire ?

Liamos la toisa et croisa à nouveau les mains sur sa poitrine. Une lueur presque démente illuminait ses yeux verts.

— Je veux que tu voles la couronne du roi.

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