Chapitre 4

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— La couronne du roi ? répéta-t-elle surprise.

Le rêve d’une maison s’effaça et la robe prit feu dans son esprit.

— C’est du suicide.

Il secoua la tête.

— Tu as peur ?

— Oui, avoua-t-elle, le roi ne viendra jamais ici. Et ses soldats sont doués ! Jamais, je ne l’approcherais d’aussi près. C’est impossible, trancha-t-elle.

Liamos haussa les sourcils. Toute trace d’amusement quitta son visage.

— Jamais le roi ne reviendra sur cette île, en effet... C’est pourquoi tu prendras le bateau qui accostera dans quelques heures. Tu prendras les papiers et les vagues pour la cité des dieux.

Elle secoua la tête. La peur remplaça l’adrénaline. Cette mission était suicidaire, même pour tout l’or du monde. Elle tenait bien trop à la vie pour ça.

— Tu ne peux pas refuser Laverna. Si tu me rapportes la couronne, je t’offrirai toute ma richesse et plus de pouvoir. Je te donnerais la vallée entière d’or. Et le trône après ma mort, insista-t-il, et les dieux savent que tu y arriveras. Après ça, tu seras adulée par toute l’île. Tu seras bien plus célèbre. Tu recevras tous les cadeaux que tu ne peux imaginer, des robes par centaines, des bijoux par milliers. Tu deviendras princesse et déesse des voleuses. Tu seras riche et adorée.

Laverna sentit l’excitation revenir à grands pas. Elle ne pouvait pas faire ça, c’était dangereux et irresponsable, mais toute sa vie était irresponsable. Sa création elle-même était irresponsable. Elle savait qu’elle allait accepter. Liamos savait comment lui parler et attiser sa curiosité. La robe verte irait à merveille avec la peinture rouge sur ses ongles.

Elle grimaça repoussant doucement ses rêves dorés, elle avait une chance sur deux de mourir. Voler le roi était un projet immense et démesuré, mais une partie d’elle aimait ça. Elle pouvait voler bien plus que le roi. Son instinct revint à grands pas, et il imagina facilement les châteaux par milliers et tous ses nobles vêtus d’or. Elle sentait presque le goût de la richesse couler dans sa bouche. Elle pouvait devenir célèbre et tellement riche. Elle toucha le morceau de soie rose pâle qui retenait ses cheveux longs sur le sommet de sa tête. Elle voulait bien plus qu’un morceau de soie déchiré.

— Comment est-ce que je passe sur le bateau ? demanda-t-elle en lâchant la soie. Je veux que ton plan soit parfait. Sache que si je me fais prendre, je te le ferais payer.

Liamos ne répondit pas et chercha un morceau de papier sur son bureau. Il repoussa la boue et les feuilles séchées. Il tira un morceau de parchemin, quelque chose de précieux. Il lui tendit. Elle le prit en haussant les sourcils.

— Un papier officiel.

— Comment ?

— Térac l’a dérobé à terre. C’est le papier officiel qui a servi à Héra. On lui avait donné pour officialiser son identité. On s’est contenté de le modifier un peu.

Laverna baissa les yeux sur le papier. Les symboles lui étaient inconnus et sans aucun sens. Elle ne savait pas lire, ce papier ne représentait rien pour elle.

— Tu seras Ipolite, fille d’un nouveau noble qui débarque ici ce matin même. Personne ne connait l’identité de sa fille et encore moins son visage.

— Pardonne-moi si je me trompe, mais je ne ressemble en rien à une fille de nouveau dieu, lança-t-elle d’une voix sarcastique.

Il soupira.

— Ton sarcasme te tuera Laverna, persista-t-il. Il marqua une pause pour fouiller dans un tiroir de son bureau. Héra t’a bien eue en se déguisant en simple humaine, non ?

Laverna serra les dents.

Liamos eut un sourire satisfait. Il était rare de toucher la corde sensible de Laverna, et Héra était le meilleur moyen d’y parvenir.

Il lança une perruque d’un blanc éclatant sur le bureau.

— Porte cette chose et tu passeras en un clin d’œil.

— Et si je ne passe pas ? demanda-t-elle dans un doute.

— Alors ton ambition d’être riche et la mienne d’être roi nous passera sous le nez.

Laverna secoua la tête. Elle fit glisser sa langue sur ses lèvres, avant de la faire claquer contre son palais.

— Mais je risque ma vie, s’écria-t-elle.

Liamos haussa les épaules, l’air rebuté.

— C’est un risque à prendre, Laverna.

Elle grimaça et posa les yeux sur les cheveux d’un blanc éclatant. L’idée d’être prise sur le fait l’inquiétait bien plus qu’elle ne voulait le croire. Mais elle avait une chance de s’en sortir et prendre une petite revanche sur ce monde qui la reniait parce qu’elle était née du mauvais côté de l’océan. Même si elle détestait sa pauvreté, elle aimait l’adrénaline du vol et posséder de l’or pour quelques minutes. Et au royaume, elle était certaine de s’en mettre plein les poches.

***

La perruque sentait quelque chose de fort, Laverna misait sur le parfum bon marché de la vieille Lio. Cette vieille femme vendait ses parfums chers et ils avaient une odeur qui sentait à des kilomètres à la ronde. Elle repoussa quelques mèches blanches et tenta de les attacher comme les femmes de nobles le faisaient. Elle prit soin d’ajouter une poudre noire sur ses paupières et sous ses yeux sombres. Elle pencha la tête sur le côté. Aussitôt, les mèches glissèrent son visage. Elle ressemblait à une de ces nobles. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Le rôle lui plaisait. Elle allait sûrement avoir l’opportunité de voler sur le bateau. Elle rentrerait les poches pleines et riche d’une vallée pleine d’or.

— Tu pourrais facilement passer pour ma sœur, lança une voix.

Laverna suivit le regard d’Ylio à travers le miroir face à elle, un sourire presque moqueur étira ses lèvres.

— Ta sœur ? s’amusa-t-elle.

Elle recula de quelques pas et se retourna pour lui faire face. Il portait une chemise en coton et un pantalon déchiré. Ses cheveux gris retombaient sur son front.

— Je pourrais facilement passer pour ta fiancée, assura-t-elle en passant une main dans ses cheveux d’un blanc éclatant.

Un sourire fendit ses lèvres.

— Ne vise pas trop haut, dit-il.

Laverna laissa échapper un ricanement. Mais Ylio avait déjà les yeux posés sur sa robe d’un violet sombre qui semblait épouser chacune de ses formes. La maigreur de son corps aurait pu être inquiétante, mais son visage était toujours aussi lumineux.

Elle fit un pas en avant alors qu’il levait déjà les yeux sur elle. Depuis combien de temps le voyait-elle ainsi ? Depuis qu’Ulysse lui avait dit qu’Ylio la voyait autrement qu’une simple amie d’enfance. Elle se questionnait toujours sur le goût qu’auraient ses lèvres quand il souriait. Et la curiosité était bien plus forte ces derniers jours, et à cet instant s’en était presque vitale. Si elle mourait, elle n’aurait jamais la réponse.

Elle posa ses deux mains sur ses joues. Il ne bougea pas d’un centimètre, les yeux déjà posés sur ses lèvres. Elle leva les pieds et posa ses lèvres sur les siennes. Elles avaient le goût qu’elle avait imaginé celui du sel marin et sûrement de l’interdit. Elle sentit son cœur battre un peu plus vite et le monde semblait s’être arrêté l’espace d’un instant. Ylio posa ses mains sur ses hanches et l’attira un peu plus contre lui. Ils avaient franchi la ligne qui les séparait de leur amitié.

Elle recula la première. Les yeux gris d’Ylio étaient rivés sur elle. Elle devina qu’il avait attendu ce baiser autant qu’elle.

— Pour me porter chance, souffla-t-elle.

Les lèvres d’Ylio se fendirent d’un sourire et Laverna fut incapable de résister. Elle posa une nouvelle fois ses lèvres sur les siennes.

— Reviens vite.

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