Chapitre 6

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Elle continua sa route, la détermination à pleines jambes. Elle trottina pour atteindre l’arrière du palais en longeant les arbres et les maisons environnant le palais pour échapper aux regards des soldats.

Elle arriva essoufflée, elle venait de parcourir la distance qu’elle avait faite en voiture. Jamais elle n’aurait dû suivre cet homme. Elle se courba pour reprendre son souffle. Cette fois-ci, son sabre suivit son geste sans lui donner cette douleur horrible qui commençait à tirer sur sa colonne. Le début de la falaise s’offrait à elle. Les nouveaux dieux n’avaient pas peur d’être pris par la mer. Ils étaient idiots et un jour, qu’elle espérait, ils viendraient à perdre face à leur vanité.

Elle s’approcha autant qu’elle le pu. La mer était tranquille et douce. Elle se redressa et jeta un coup d’œil derrière elle. Une seule porte s’offrait à elle. Il n’y avait aucun garde. Elle continuait de songer que les nouveaux dieux se sentaient en sécurité. Elle retira la large épingle qu’elle avait plantée dans ses cheveux pour les tenir sur le sommet de la tête. Les mèches blanches de la perruque tombèrent sur son visage. Elle souffla pour repousser les mèches de ses yeux. La porte n’était pas aussi imposante que celle de l’entrée, mais elle restait épaisse et lourde. Une serrure rouillée était plantée dans le bois rongé par l’air marin. Elle se baissa et fourra l’épingle. Elle ferma les yeux pour se concentrer. Elle avait fait ce geste de nombreuses fois, mais elle se doutait que les serrures étaient différentes et bien plus coriaces. Elle resta dix minutes dessus avant que la serrure ne cède enfin.

Elle avait dû briser l’épingle en deux pour en venir à bout. Elle ouvrit la porte dans un bruit sinistre. Une odeur de renfermé agressa aussitôt son nez. Elle plissa le nez et s’engouffra dans le noir total. Elle ferma la porte derrière elle et reporta son attention sur le toucher. Son souffle était rapide et râpeux. Elle ne contrôlait rien dans cet endroit. Elle ne connaissait pas ce lieu, elle était en terrain inconnu et elle détestait ça. Elle devait se débrouiller seule et faire confiance à ses mains pour s’orienter.

Elle tenta de garder son calme et avança à l’aveugle les mains devant elle. Elle toucha à plusieurs reprises les murs humides et rugueux en craignant chaque fois de tomber sur un piège. Elle finit par trouver une source de lumière. Son cœur reprit sa course folle dans sa poitrine. Son corps hésita entre la peur ou l’adrénaline, mais ses jambes avaient choisi le danger. Elle continua d’avancer doucement sur le sable. Elle fut étonnée de tomber sur des cachots vides. Elle continua doucement sa course. Il n’y avait personne ici. Les torches étaient allumées, mais il n’y avait aucun détenu dans les cachots, ni même aucun garde. Ils étaient définitivement fous, ils ne craignaient aucun danger. Ils étaient idiots. Mais elle fut ravie de constater qu’elle serait la première à voler le roi en personne. Elle deviendrait une légende.

Elle avala difficilement sa salive et continua sa course folle. Elle tomba sur un grand escalier. Elle monta doucement les grosses pierres. Elles étaient usées par le temps et creusées par des gouttes d’eau qui semblaient tomber depuis une éternité du plafond. Une autre porte s’ouvrit à elle.

Elle s’avança doucement et y posa son oreille. Il n’y avait aucun son, pas même un bruit. Elle resta collée à la porte durant cinq minutes. Elle était certaine que personne ne s’y trouvait derrière. Elle tira sur la poignée, elle faillit hurler de joie. Elle s’ouvrit sans force. Elle l’entrebâilla pour jeter un coup d’œil.

Une grande salle baignée dans les derniers rayons du soleil s’étendait à perte de vue. L’ivoire refaisait enfin surface pour le bonheur de ses yeux. Elle finit par se glisser dans la grande salle. Les fenêtres étaient hautes et montraient le toit des maisons et un morceau de ciel. Les carrelages en or s’étendaient à perte de vue, elle contourna un édifice en argent. Elle faillit pleurer. Le trône du roi lui faisait face.

C’est trop facile, songea-t-elle alors que son cœur battait à une vitesse folle.

Elle recula du trône et leva les yeux sur l’ensemble de la salle. Elle était vide, mais radieuse. Des tableaux étaient accrochés aux murs nus. Elle reconnut le roi assassiné par Liamos. Elle s’avança pour le regarder de plus près. Cet homme n’avait rien de spécial et semblait presque bien trop autoritaire. Elle l’ignora et toucha les imposants rideaux en velours bleu. Ils étaient lourds et doux sous ses doigts sales. Elle se baissa pour toucher le sol en or. Il était lisse et reflétait son visage. La perruque n’avait pas bougé et elle crut presque croire au mensonge. Elle se redressa. Il y avait d’autres trésors ici, elle en était certaine. Elle recula pour retrouver le trône. Elle s’arrêta. Un frisson parcourra entièrement son corps et elle resta ébahie. La couronne reposait fièrement sur une table en ivoire. L’or scintillait par les derniers rayons de soleil et les pierres précieuses d’un bleu indigo l’appelaient. Un sourire étira ses lèvres. Elle allait être riche et tellement puissante. Elle s’approcha doucement, certaine que la couronne pourrait lui sauter dessus au moindre geste brusque. Elle avait l’impression de marcher dans un rêve éveillé.

— On doit la trouver, elle pourrait semer l’horreur.

Elle se figea. Elle tourna la tête vers la porte où elle était rentrée.

— Merde, murmura-t-elle.

Elle jeta un coup d’œil à la grande porte en or à l’opposé. Elle n’y arriverait jamais à temps. Elle était fichue. Elle serra les poings. Elle ne pouvait rien faire d’autre. Elle était certaine que deux soldats gardaient la porte cette fois-ci. Elle avait remarqué que deux soldats gardaient chaque bâtiment, chaque boutique, et plus si elle y avait prêté plus d’attention. Mais bizarrement pas cette vieille porte par où elle était rentrée.

Elle glissa un regard sur la porte entre-ouverte.

— Bravo Laverna, s’énerva-t-elle.

Elle s’avança vers le trône et prit la couronne. Elle était ridiculement lourde. Elle grimaça et la posa sur la tête avec un sourire triomphant de toucher une telle valeur. Elle prit place sur le trône fièrement et étendit ses jambes devant elle. Un sourire trahit son excitation. Peut-être qu’elle voulait être prise sur le fait d’avoir réussi un tel exploit sans même bouger le petit doigt.

La porte s’ouvrit dans un éclat et des voix firent écho dans la grande pièce. Laverna se mordit la lèvre et se dressa de toute sa hauteur oubliant son sabre.

— Comment a-t-elle pu passer le port ? s’énerva une voix.

— C’est impossible, maugréa une voix qui lui était familière.

— Laverna est capable de tout, affirma une voix familière qui la fit frissonner.

Un groupe apparut en même temps sur le côté. Son sourire s’élargit et fit apparaitre ses dents. L’excitation était sur le point de la trahir, mais Héra qui lui faisait face perdit toute trace d’inquiétude et se figea.

Ses trois interlocuteurs semblaient presque inquiets et se tournèrent vers elle. Elle fit balancer ses jambes sur l’accoudoir, la petite table chuta sur le coup et fit craquer les marches en marbre. Héra sursauta. Les trois hommes semblaient presque ébahis par son audace.

Laverna reconnut aussitôt celui qui lui avait fait la cour quelques minutes plus tôt. Elle fut presque déçue de découvrir qu’elle avait été dupée elle aussi. Mais elle l’oublia aussitôt et planta son regard dans celui qui devait être le roi. Elle faillit ne pas le reconnaitre. Il avait changé et avait pris du muscle. Ses cheveux blancs étaient à peine attachés par un filet en cuir. Ses yeux d’un bleu clair brutal semblaient s’enrager.

Personne ne parlait, restant stupéfait.

— À genoux devant votre reine, lança-t-elle fièrement, couronne sur le sommet de la tête.

Aucun ne bougea et Laverna quitta son sourire pour une moue boudeuse.

— Allez quoi ! Vous pourriez jouer le jeu, s’amusa-t-elle. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour rien.

L’un d’eux bougea enfin, le même qui lui avait fait la cour. Laverna leva les yeux au ciel.

— Tu es celle qui avait volé cette bague il y a deux ans, dit-il, je savais bien que je t’avais vu quelque part…

Elle plissa les yeux. Impossible de le reconnaitre.

— On se connait ? demanda-t-elle en haussant les sourcils.

La couronne glissa dangereusement et elle leva les bras pour la remettre en place.

Il éclata d’un rire franc.

— Je suis celui qui t’a attrapé, je vois que la mémoire des voleurs est limitée.

Laverna laissa échapper un sourire amusé.

— Voler ne demande pas trop de compétence.

— Mais assez de jugeote pour ne pas voler le roi, Laverna, s’énerva Héra d’une voix tremblante.

Laverna renifla bruyamment.

— Maintenant que tu le dis, souffla-t-elle, je te reconnais, mais tu m’as laissé partir.

Ce dernier haussa un sourcil et ignora le regard de son roi.

— On aurait dû te couper les mains bien avant, coupa une voix plus grave.

Elle le reconnut aussitôt, incapable d’oublier le manque d’émotion.

— On a essayé, dit-elle presque fièrement en montrant la grosse cicatrise qui ornait son poignet droit, mais visiblement tes dieux sont de mon côté.

Personne ne répondit. Elle baissa la manche du reste de sa robe. Elle était cernée, peut-être qu’elle n’avait pas bien réfléchi à la suite des évènements. Mais monter sur le trône avec la couronne sur la tête sous les yeux du roi valait bien tout l’or du monde.

Elle leva le regard sur les fenêtres derrière la petite bande. Elle avait déjà sauté de bien plus haut.

Elle finit par soupirer. Elle n’aurait pas de chance de faire les boutiques.

— Laverna ne fait pas ça, insista Héra en s’avançant.

Laverna se leva et manqua de faire tomber la couronne. Elle la rattrapa aussitôt. Elle laissa échapper un rire en voyant les regards apeurés du roi et des soldats.

— Mon Dieu, s’amusa-t-elle, je devrais peut-être poser ça là ?

Elle retira la couronne doucement et leva le regard vers Héra en lui lançant un clin d’œil. Elle courut aussitôt de toutes ses forces. Héra semblait l’avoir compris et se jeta sur elle. Laverna prit son élan et lui donna un coup de couronne sur la tête. Héra hurla et s’écroula.

— Mes excuses, ricana-t-elle.

Elle continua sa route et s’arrêta devant les fenêtres. Presque essoufflée par tant d’effort en si peu de temps et l’estomac vide. Elle serra la couronne entre ses doigts. Son cœur battait si vite qu’elle était certaine de pouvoir l’entendre.

Le roi dégaina son sabre et s’avança dangereusement d’elle. Le vent se leva à mesure qu’il s’approchait. Il allait utiliser son pouvoir. Le soldat qui lui avait fait la cour fit de même, alors que l’autre était penché sur Héra. Cette dernière se redressa. La douleur tirait ses traits et du sang coulait de son front.

— Laverna, supplia-t-elle.

Les lèvres de Laverna s’étirèrent.

— Supplier est un péché, tu devrais le savoir.

Au même moment, la porte s’ouvrit avec fracas. Une troupe de soldats entra armée et vêtue d’une armure bleue.

— Mon roi !

Tous se tournèrent vers le soldat. Il tenait le reste de sa robe dans sa main. Laverna leva les yeux au ciel et profita de cette ouverture. Elle leva la couronne et donna un coup sur la fenêtre. Cette dernière se brisa en mille morceaux. Étonnée, Laverna ferma les yeux pour éviter la pluie de verres qui lui lasseraient déjà la peau.

Le roi courait déjà vers elle.

— Merci.

Elle se laissa tomber dans le vide alors qu’Héra hurlait déjà. Elle se retourna dans sa chute et eut assez de temps pour se recroqueviller et rouler sur le sol. Son atterrissage fut moins parfait qu’elle le pensait et pourtant elle s’était entrainée avec Ylio et d’autres voleurs. Son épaule la faisait souffrir. Elle se leva et sentit son corps protester. Elle leva les yeux sur le roi. Il la regardait, étonné. Elle lui lança un clin d’œil et lui montra son doigt. Il haussa les sourcils surpris par son geste.

Elle fut aussitôt projetée sur le côté. Elle lâcha la couronne par surprise. Elle jura. Elle se laissa dominer sur le sol et finit par donner un coup de tête au soldat. Quelque chose se brisa contre son front et un liquide chaud lui coula dessus. Elle repoussa le soldat avec difficulté. Elle se releva et se jeta sur la couronne. Elle se leva péniblement et reprit sa course. Elle fut aussitôt coupée par une masse dure qui tombait au même moment. Elle heurta de plein fouet un torse. Ce même soldat. Il recula d’un pas, surprit par le coup.

— Eh bien, je sais que tu es nul, la gloire me reviendrait aussitôt.

— Apollo, siffla une voix au-dessus d’eux.

Le roi les regardait par la fenêtre brisée.

— On dirait que votre roi est lâche.

Les traits du roi se déformaient par honte ou par colère. Laverna conclut rapidement qu’elle avait touché un point sensible.

Le soldat jura.

— Le roi ne se mesure pas à un combat qui est déjà perdu d’avance, assura Apollo, amusé.

— Oh, donc tu es ce genre de soldat.

Apollo ouvrit la bouche, mais Laverna lui plantait déjà le poing sur son nez. Il craqua aussitôt sous la pression. Laverna posa ses deux mains sur ses épaules et leva son genou bien haut. Apollo hurla et tomba à genoux. Laverna éclata de rire et prit aussitôt ses jambes à son cou.

— À plus tard ! hurla-t-elle alors qu’elle entrait dans la foule de passants.

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