Chapitre 7

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Laverna fut rapidement essoufflée, mais ne s’arrêta pas une seule seconde. Elle s’éloignait à grande vitesse du palais et des gardes. Elle jetait de temps à autre un œil sur ceux postés aux entrées des boutiques, elle doutait qu’ils aient déjà été informés. Ils devaient croiser peu de voleurs ici. Elle finit par s’engouffrer dans une ruelle. Elle devait quitter au plus vite le centre-ville et mettre une bonne distance entre les soldats et elle. Elle prendrait ensuite un moment pour réfléchir calmement et réussir à regagner le port et l’île.

Elle continua de zigzaguer entre les ruelles et les maisons, plus elle s’enfonçait et plus les habitants se faisaient rares. Certains la regardaient presque surpris par sa tenue et la couronne qu’elle tenait fermement alors que d’autres ne prêtaient même pas attention à elle, avec cette perruque elle passait inaperçue.

Laverna finit par s’arrêter à bout de souffle. Un homme d’une quarantaine d’années se tenait à quelques mètres d’elle. Elle prit une longue inspiration et passa si près de lui qu’elle pouvait sentir son parfum envoutant. Elle le salua d’un sourire énigmatique et continua son marché dans les poches pleines des habitants. Elle fut aussi à court de place dans ses poches. Elle sentit presque ses chevilles grossir et son ego enfler. C’était tellement plus facile dans cette ville. Elle devait avouer que les habitants ne devaient pas être habitués aux voleurs de rues, ça lui facilitait bien la tâche et elle ne comptait pas s’en priver. Elle loucha sur les étalages. Une broche attira son attention. Elle était faite dans un matériau cuivré et de perles. Elle salua la vendeuse en cachant la couronne sous un linge en soie qu’elle avait dérobé quelques minutes plus tôt. Aucun des vendeurs ne faisait attention à elle tant qu’elle avait cette perruque. Elle comptait la garder et la chérir toute sa vie pour lui avoir donné cette opportunité.

Elle jeta un coup d’œil autour d’elle à la recherche de soldats, mais aucun n’avait refait surface. Elle se surprit à respirer à nouveau. Elle reporta son attention sur la broche, c’était l’un des plus beaux bijoux qu’elle ait vus à présent.

— Vous pouvez le prendre.

Laverna leva les yeux sur la vieille vendeuse. Elle portait de nombreux bijoux et son maquillage forcé laissait entrevoir des pupilles d’un vert clair presque transparent. Elle leva les mains de son châle violet et prit la broche.

Laverna baissa les yeux sur le pendentif qu’elle portait. Elle reconnut de l’or véritable. Une pierre d’un violet clair y était incrustée et elle aurait juré voir quelque chose bouger à l’intérieur.

— Elle se mariera très bien avec votre couronne.

Laverna leva les yeux et sentit son corps se tendre.

— Vous…

La vieille femme se contenta de lui sourire et de lui tendre la broche une nouvelle fois.

— Les soldats arrivent, vous devriez vous dépêcher. Et surtout, ne ratez pas cette occasion.

Laverna ne réfléchit pas plus et prit la broche froide entre ses mains. Elle était légère et dure. Elle la serra alors qu’elle reprenait sa course folle à travers la rue étroite. Elle prit une autre ruelle sur un coup de tête et déboucha sur une grande place. Elle jura mentalement. C’était la pire chose qui pouvait lui arriver. Elle prit une longue inspiration et tenta de calmer son souffle rapide. Elle repoussa les mèches collantes de sa perruque et s’avança sur la place. Elle était à peine grouillante de nouveaux dieux. Une immense fontaine se trouvait en son sens et des boutiques encadraient la vaste place. Elle était cernée. Des soldats erraient à chaque entrée des boutiques. Elle fit demi-tour. Son cœur rata un battement : le soldat qu’elle avait blessé arrivait déjà dans sa direction. Elle jura. Elle n’aurait pas dû s’arrêter chez la vieille femme. Elle serra ses deux reliques et trottina jusqu’au centre de la place. Elle fit le tour de la fontaine à bout de souffle. L’adrénaline semblait pétiller dans ses veines et la sueur perler sur son front et sa nuque. Elle était cernée. Apollo l’avait retrouvée. Ses traits étaient tirés par la colère et sûrement la douleur. Du sang coulait encore sur ses lèvres. Il tenait son sabre d’une main et serra le poing de l’autre.

Laverna déglutit. Elle jeta un rapide coup d’œil derrière elle, tous les soldats qui l’avaient suivie depuis le palais étaient derrière elle. Elle leva les yeux sur Apollo, elle ne cligna pas une seule fois des paupières. Elle rangea sa broche dans le haut de son corsage et tira son sabre. Quelque chose brilla dans ses yeux marrons et Laverna prit ça pour du défi.

Elle fit un pas sur le côté et Apollo le suivit, elle changea de côté et il suivit aussitôt ses gestes. Elle refit la même chose, mais il la coursait déjà à l’opposé. Elle éclata de rire et fonça tête baissée. Elle rangea son sabre à l’aveugle se coupant la nuque au passage, mais redoubla d’efforts et courut plus vite que ses jambes ne lui permirent. Elle entendit à nouveau les cris fuser et les ordres se perdre.

Elle tourna à l’aveugle et tomba sur un mur d’un mètre cinquante. Elle jura et ne perdit pas de temps à pendre une prise sur le muret. Elle contracta tous ses muscles et se hissa durement au sommet. Elle se leva et reprit sa course folle sur le toit des maisons. Elle entendit de nombreux passants hurler. Elle n’osa pas regarder sur le côté ni derrière elle. Elle se contenta de courir le plus vite possible et garder le regard fixe. Elle manqua de perdre l’équilibre à plusieurs reprises, mais se rattrapa de justesse chaque fois.

— Arrête-toi ! ordonna Apollo derrière elle.

Elle s’aperçut rapidement que les maisons n’étaient plus collées entre elles, et qu’elle allait devoir sauter. Elle n’avait aucune idée de combien de mètres les séparaient. Elle prit de la vitesse alors que ses jambes commençaient à trembler par tout l’effort qu’elle faisait le ventre vide.

Elle sauta et s’aperçut rapidement que l’écart était bien trop grand. Elle allait s’écrouler sur le sol ou pire, heurter le mur de la maison et mourir bêtement. Elle se roula en boule et garda la couronne au-dessus de sa tête. Quelque chose d’invisible s’enroula autour d’elle et la rendit plus légère. Elle ouvrit les yeux par surprise. Était-elle morte sur le coup ? Héra se tenait devant elle. Laverna atterrit en douceur face à elle. Elle ouvrit la bouche et la contourna malgré elle.

— Laverna, non !

Laverna se heurta à quelque chose de dur qui la fit chuter. Sa tête claqua contre la tuile rouge. Elle jura et tenta de se relever, mais Héra se tenait déjà au-dessus d’elle. Laverna se retrouva soumise face à son regard froid. Le sang sur son front brisait l’image de poupée de porcelaine qu’on lui vendait bien avant. Héra posa sa main devant elle et Laverna se sentit comprimée à l’abdomen. Elle tenta de se relever, mais toutes forces l’avaient abandonnée. Elle jura et serra la couronne entre ses mains quitte à s’entailler les paumes avec les pierres précieuses.

— Reste tranquille, tu ne fais qu’empirer les choses.

Laverna ne répondit pas et ferma les yeux en guise de réponse. Elle était prise au piège. Ils allaient lui couper les mains ou sûrement la tuer pour avoir volé cette foutue couronne. Elle sentit une légère satisfaction l’envahir malgré la mort planante. Elle avait goûté aux lèvres d’Ylio et vu le palais d’ivoire, elle pouvait partir tranquille et faire face aux Dieux et à leur cruauté.

Quelqu’un sauta à quelques mètres d’elle et elle devina qu’il devait s’agir d’Apollo, mais elle fut surprise de découvrir le roi. Il était aussi essoufflé qu’elle. Il s’agenouilla devant elle et posa ses mains sur la soie qui emprisonnait la couronne. Laverna résista malgré tout. C’était son trésor.

— Laverna, insista Héra.

Elle serra un peu plus la couronne, le sang coulait de ses paumes et s’imprégnait déjà sur la soie blanche.

— Tu devrais la lâcher pour ton propre bien, dit-il.

Laverna ne lâcha pas pour autant la couronne et leva les yeux sur le ciel qui déclinait à présent, le temps semblait presque avoir retenu le soleil de se coucher pour de bon pour éclairer la scène pitoyable. Le soleil se tachait de nuances de rose et d’orange qui lui avait toujours plu.

Quelque chose d’invisible délia ses mains et la couronne glissa sur le côté. Le roi prit la couronne et retira le tissu dévoilant la relique.

— C’est de la triche, scanda-t-elle.

Le roi haussa un sourcil à son attention.

— Quelle lâcheté, ajouta-t-elle.

Il ne répondit pas.

Quelqu’un la releva de force, elle faillit trébucher, mais les mains la tinrent bien droite et n’étaient pas prêtes à la laisser partir. Elle posa les yeux à la limite de l’océan et du toit rouge. Elle s’esclaffa malgré elle. Elle était arrivée à la limite des côtes. Si Héra n’avait pas été là, elle aurait pu sauter et sans doute s’en sortir. Le soldat qui la tenait prit le sabre qu’elle cachait derrière elle et le jeta à la mer. Ylio allait sans doute lui demander de la rembourser pour ça, du moins, si elle survivait.

— Qu’est-ce qu’on fait Mercure ?

Le soldat la retourna pour qu’elle regarde le roi dans les yeux. Le garde aux cheveux longs la tenait contre lui et une autre femme s’était jointe à eux, elle était vêtue d’une armure qui lui allait comme un gant. Elle regarda Laverna avec autant de haine qu’elle ne put s’empêcher de lui sourire. Cette dernière l’ignora.

— On devrait lui couper les mains, siffla Apollo encore essoufflé.

— Ou la pendre, ajouta le soldat derrière elle.

— On devrait la ramener sur l’île, conclut Héra d’une voix forte.

Les deux soldats et la jeune femme à l’armure écalèrent faussement de rire, Laverna les rejoignit. Elle reçut aussitôt un coup du soldat.

— Eh !

Le roi fit claquer sa langue, il semblait avoir réfléchi. La jeune femme s’approcha et posa une main sur son épaule.

— Elle a volé la couronne et les dieux savent ce qu’elle a volé de plus.

Le soldat fourra sa main dans l’une de ses poches et se tendit, elle conclut qu’il semblait surpris. Il sortit un nombre de bijoux et de pièces.

— Je ne sais vraiment pas comment c’est arrivé là ! se défendit-elle. Sans doute un cadeau de vos di…

Le soldat la fit chuter sur les tuiles. Elle sentit la douleur se répandre dans ses genoux et ses dents claquer. Elle jura et ferma les yeux. Liamos allait devoir attendre pour sa foutue couronne. Sa vie valait mieux et elle avait assez d’or dans ses autres poches pour vivre aisément pour toute une vie. Elle prit une longue inspiration et se prépara mentalement au saut qu’elle allait faire. Elle tapa de toutes ses forces la cheville du garde qui la tenait en joue quelques secondes plutôt. Il grogna, mais resta debout. Elle se leva en vitesse et donna un coup de tête derrière elle en voyant l’ombre du soldat grossir sur le toit rouge. Elle tapa une masse dure et ne perdit pas plus de temps pour tourner sur elle-même et se baisser pour éviter cette force invisible. Elle ordonna à ses jambes de courir de toutes ses forces. Elle sauta sans l’ombre d’un doute. Héra l’appela alors qu’elle chutait dans le vide. La mer l’attendait à bras ouverts.

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