Chapitre 2

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Sa voix ne trahissait aucune émotion. La voleuse avala difficilement sa salive alors qu’il la tirait pour la forcer à avancer. Elle n’essaya pas de se défaire de sa poigne. Les cheveux blancs du soldat s’arrêtaient au niveau de sa taille. L’humaine en fut presque jalouse. Elle savait que ses cheveux ne pousseraient jamais jusqu’à cette longueur, elle serait sûrement morte avant ça.

Ils débouchèrent sur la grande place vide. Laverna laissa échapper un sifflement de surprise. La place n’était jamais désertée, pourtant, l’odeur aigre persista.

Elle fut aussitôt attirée sur un groupe de nouveaux dieux. Des sentinelles aux aguets se tenaient droites et armées jusqu’aux dents. Le comte à quelques pas d’eux. Ylio était agenouillé aux côtés d’une femme aux cheveux blancs. Depuis quand les nouveaux dieux se punissaient-ils entre eux ?

Elle continua d’avancer. Un autre jeune homme se tenait devant Ylio et la femme. Il tenait un morceau de papier dans les mains et semblait penser à toutes les éventualités du monde. Le questionnement qui se jouait dans son regard vert semblait rempli de doutes. Elle finit par détourner les yeux et resta ébahie par la couronne que portait le second homme. La couronne brillait sous le soleil des dieux. Un soleil venu spécialement pour eux.

Le roi leva les yeux aussitôt sur Laverna, il se contenta de hausser les sourcils, peu surprit. Le deuxième soldat finit par lui lâcher le poignet et s’avancer vers le jeune homme. Il se courba et murmura quelque chose à son oreille. Le prince leva aussitôt les yeux sur elle. Laverna lui rendit son plus beau sourire, mais ce dernier détourna aussitôt le regard.

— On essaie de corrompre le prince ? se moqua le garde en la forçant à s’agenouiller devant Ylio.

— Qui sait ? Ma beauté peut le séduire et sauver mes mains, souffla-t-elle avec un sourire tout aussi charmeur.

Le soldat laissa échapper un ricanement. Elle se tourna vers lui, tout sourire. Prête à séduire n’importe qui pour lui sauver les mains et la vie, mais son regard fut attiré vers la jeune femme.

— Héra ?

Cette dernière baissa les yeux sur le sable.

— Héra ?! répéta-t-elle, surprise.

Le soldat noua des liens sur ses poignets déjà douloureux et s’effaça derrière le deuxième garde.

Laverna fronça les sourcils. Héra était-elle un nouveau dieu ? C’était impossible, elle l’aurait su si son unique famille était un nouveau dieu. Son esprit devint flou. Était-elle tombée sur la tête pendant sa course-poursuite ?

— Je suppose qu’on est sûr, souffla le roi d’une voix grave.

— Sûr de quoi ? s’affola Laverna.

On l’ignora. Le roi s’avança, un couteau à la main. Il se baissa à la hauteur d’Héra et posa la lame d’acier sur son bras nu.

— C’est moi qui ai volé la bague, hurla la voleuse, apeurée. Je l’ai volée ! C’est moi !

La lame se plantait déjà dans la peau d’Héra. Laverna arrêta de crier en apercevant le sang doré couler. Elle ferma la bouche et recula, effrayée.

Héra était un nouveau dieu.

— Je crois que nous avons retrouvé ta cousine, Mercure.

L’humaine secoua la tête et tenta de croiser le regard de son amie pour une simple réponse de sa part, mais Héra ne la regarda pas une seule fois, fuyant son regard. Les gardes coupèrent les liens de ses poignets. Elle se leva sans sourciller aux appels de Laverna.

— Tu rentreras au royaume, ajouta le roi.

— Non, supplia Laverna. Héra, non, reste. Héra, insista-t-elle. Ne me laisse pas… seule.

Sa voix se brisa sur ses derniers mots.

— Laverna, murmura Ylio.

On ne supplie pas. Supplier dans un monde comme le leur ne servait à rien. Les chances qu’ils s’en sortent étaient minces et supplier était un déshonneur selon tous ceux qui avaient perdu tout ce qu’ils avaient et toutes les choses qu’ils n’auront jamais. La voleuse hocha la tête et se refusa à pleurer. Regarder Héra partir dans les rangs des nouveaux dieux était brutal et brisait quelque chose au fond de son cœur. Elle était sa seule amie, elles pouvaient toujours compter l’une sur l’autre, même lorsque Laverna dépensait leur repas dans de nouvelles robes.

Mais Héra semblait déjà l’oublier. Laverna serra les poings malgré elle. La peine se changeait déjà en haine, puis en rancœur. Elle pouvait y arriver sans son aide, après tout, elle n’était pas n’importe qui.

— Et les prisonniers ? demanda le comte. Cette garce m’a volée ma bague, et elle l’a avouée.

— Oui, oui, se lassa le roi. Qu’on lui coupe les mains.

Laverna déglutit, elle n’allait pas y échapper.

Un soldat s’avança vers elle. Soudain, quelque chose souffla dans l’air et le soldat tomba devant elle. Le sang doré des dieux coula de son abdomen et vint jusqu’à elle. Laverna laissa échapper un cri et roula sur le côté pour échapper au soldat. Ils hurlèrent aussitôt des ordres et se ruèrent sur le prince et le roi. Laverna croisa le regard du premier soldat, il dégaina son sabre et resta collé aux autres gardes.

— Ne panique pas, souffla Ylio, ce sont les renforts.

— Quoi ? s’alarma-t-elle en se tournant vers lui.

Quelqu’un hurla dans la foule de soldats. Laverna sursauta. Le roi venait de s’écrouler sur le sol, sa couronne roula jusqu’à elle. La voleuse leva les yeux vers le ciel. Était-ce un signe ?

Elle secoua ses mains tandis que les soldats et le prince hurlaient des ordres à qui voulait entendre.

— Le roi est mort, hurla une voix grave.

La foule se tourna vers celui qui avait parlé.

— Liamos !

Liamos vêtu d’une tunique similaire au roi s’avançait d’un pas léger et le sourire aux lèvres. Une armée d’une cinquantaine d’hommes marchait derrière lui. Il se tenait fier et droit comme un noble l’aurait fait. Il continuait d’avancer alors que les soldats se tenaient prêts, derrière le prince.

Le prince lâcha le corps sans vie de son père. La colère dans ses yeux était digne de Némésis.

— Tu paieras pour ça, siffla-t-il entre ses dents.

— Tu penses réellement qu’un gosse de seize ans peut quelque chose contre moi ?

Laverna ressentit l’arrogance de Liamos jusque dans son estomac.

Le prince ne répondit pas et se débarrassa de son épais manteau bleu clair. Une tunique pareille aux soldats lui collait à la peau et laissait une vue imprenable sur son sabre. Il fit quelques pas et les soldats le laissèrent aussitôt passer.

Le vent se leva et soulevait ses cheveux blancs. Il allait utiliser la magie des dieux. Laverna sentit l’adrénaline monter en elle. Jamais les nouveaux dieux n’utilisaient leur pouvoir. Elle se tordit le cou pour voir un peu plus. Le prince lui tournait maintenant le dos, il leva les mains et aussitôt une bourrasque se leva.

— Il faut partir d’ici, lui souffla une voix.

L’humaine faillit hurler de terreur, Ylio lui plaqua sa main sur sa bouche.

— Ferme là, je te sauve la vie et tes mains.

Elle leva les yeux au ciel alors qu’il retirait sa main de sa bouche.

— La prochaine fois prévient, idiot.

Il coupa les liens de sa corde. Ils reculèrent doucement d’un pas, puis deux. Laverna ne quitta pas des yeux le prince, voulant connaitre ce pouvoir divin qui coulait dans leurs veines. Ylio posa sa main sur son bras. Ils allaient devoir courir et rejoindre les montagnes. Elle quitta le nouveau dieu des yeux pour regarder les soldats, ils étaient tous captivés par le prochain combat. Elle surprit le soldat aux cheveux courts la fixer. Elle lui lança un clin d’œil et suivit Ylio dans sa course.

Personne ne partit à leur poursuite, pas même le soldat. Ils arrivèrent rapidement dans la forêt et ne s’arrêtèrent pas un seul instant, pas même quand la terre trembla et qu’un nuage de poussière s’éleva de la place.

— Tu le savais ? finit par demander Laverna alors qu’ils continuaient leur ascension dans la forêt, essoufflés et en sueur.

— De quoi ?

Ylio repoussa les branches d’arbres tandis que Laverna peinait à le suivre. La sueur perlait sur son front et la fatigue tirait ses muscles. Voler dans les rues ne demandait pas autant d’énergie, seulement de la pratique.

— Pour Héra, répondit-elle, ne joue pas les imbéciles.

La colère était visible dans sa voix.

— Non, avoua-t-il en jetant un coup d’œil derrière lui. J’aurais dû ?

Laverna ne répondit pas tout de suite. Elle aurait dû voir que son amie n’était pas humaine. Mais les fois où elle avait vu ses cheveux, ils étaient noir… aussi noir que de l’encre. Elle jura mentalement. Pourquoi lui avait-elle caché ? Laverna lui disait tout sans jamais perdre une occasion de lui raconter tout ce qui lui passait par la tête et les informations croustillantes de l’île.

Elle soupira, peut-être bien que la tristesse serait plus difficile à dissiper.

— Oui, finit-elle par répondre d’une voix lasse. Tu es comme eux. Tu aurais dû le sentir qu’Héra était comme toi.

— Toi aussi, concéda-t-il.

Laverna faillit crier de frustration.

— Je n’ai jamais côtoyé de nouveaux dieux de toute ma vie !

— Les soldats.

— Pas d’aussi près ! se défendit-elle.

— C’est pareil pour moi, dit-il en haussant les épaules. Je suis peut-être un mélange des deux, ce n’est pas pour autant que je sais comment ils sont.

Ils arrivèrent une heure plus tard au sommet dans un silence pesant.

Une vieille maison s’élevait devant eux, aussi détériorée que n’importe quelle habitation de l’île. Laverna connaissait cet endroit, c’était le royaume même de Liamos. Ylio travaillait pour lui.

— Tu penses que c’est une bonne idée de se cacher ici ? demanda Laverna en fronçant les sourcils et en pensant au meurtre du roi.

— C’est mieux que rien, souffla Ylio.

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