Chapitre 9

9 minutes de lecture

La salle du trône était plongée dans une lumière chaleureuse. Des torches avaient été suspendues au plafond, ce qui inquiéta Laverna à propos d’un début d’incendie, mais les deux soldats, toujours agrippés à ses bras, ne semblaient pas se préoccuper d’une telle chose. Elle devina que ça devait être normal chez eux. Elle se demandait encore quelles traditions ils pouvaient avoir.

Elle finit par reporter son attention sur le roi. Il semblait sain d’esprit et prêt à d’autres batailles alors que l’eau goûtait de ses vêtements et de ses cheveux. Il congédia les gardes postés à la porte et leur ordonna de fermer derrière eux. Il finit par s’écrouler sur son trône. Aussitôt, Laverna oublia l’étiquette du roi mature. Ses traits se rajeunirent et la fatigue tirait ses traits symétriques. Ses yeux d’un vert précieux se posèrent aussitôt sur elle alors que les soldats la mettaient à genoux devant lui. Elle resta tête haute, mais ses yeux furent aussitôt attirés sur la couronne. Elle semblait se moquer d’elle à trôner fièrement sur la petite table.

— Tu as bien failli réussir, salua le roi avec un sourire.

— C’est un compliment ? osa-t-elle alors qu’elle s’écroulait presque sur le sol, fatiguée et le corps meurtri.

Le manteau glissa à nouveau de ses épaules, mais l’air chaud la réchauffait et elle pouvait enfin dégourdir ses doigts encore bleutés.

— Oui, admit-il, tu es la première à mettre les pieds sur cette terre.

Les yeux de Laverna pétillèrent de fierté. Un sourire radieux étira ses lèvres comme chaque fois qu’elle réussissait son coup.

— Il n’y a pas de quoi être fier, pesta Éva.

Laverna se tourna vers elle.

— Et toi tu fais quoi d’autre à part suivre ton roi ?

Quelqu’un pesta derrière elle, et le roi eut un léger sourire.

— Héra m’a avoué que tu étais doué pour voler et te faufiler, tu as même su distancer Apollo et Diagon, c’est une première.

— Bien plus doué que la dernière fois, affirma Apollo qui s’avançait sur le côté et s’accouda au trône du roi.

— Qu’est-ce qui s’est passé depuis deux ans ? finit par demander Héra avec appréhension.

Elle haussa les épaules.

— J’ai simplement évoluée là où il le fallait, avoua-t-elle, presque ennuyée. Là où les autres préféraient se cacher.

Le roi se redressa et posa ses deux coudes sur ses jambes.

— Parle-moi de Liamos, ordonna-t-il.

— Contre ma libération.

Un long silence s’abattit.

— Je te laisse la vie sauve.

— Je ne connais pas Liamos.

Le roi se gratta le sourcil.

— Réfléchissez, commença Laverna, je suis la seule qui acceptera de parler. Je suppose que vous avez déjà questionné Héra à son sujet, mais elle n’a pu fournir aucune réponse parce qu’à l’époque je ne travaillais pas pour lui.

— Qu’est-ce que tu as fait… maugréa Héra.

Laverna l’ignora.

— Je connais sa position exacte et la vallée de l’or, elle ne quitta pas son sourire, je sais tout de lui, jusqu’à sa dernière maitresse et les derniers mots qu’il a dits à son bras droit. Je sais tout de cet homme, conclut-elle en examinant ses ongles rouges d’où la peinture s’était écaillée avec le temps passé dans l’eau, et toutes les batailles menées.

— Très bien, la libération.

— Et la couronne.

Cette fois-ci, le roi éclata de rire.

— Si tu veux de la richesse, je t’offre tout ce que tu veux.

Laverna eut un autre sourire radieux, son offre était alléchante.

— L’or, la liberté, la vie…

Elle pencha la tête sur le côté. Ce marché semblait lui plaire, bien plus que celui de Liamos.

— Et un billet pour un ami.

Le roi éclata de rire.

— Tu es trop gourmande.

— Réaliste.

— Non.

— Dans ce cas…

Elle présenta ses poignets et attendit. Le roi hésita. Ses yeux allaient des poignets de Laverna à Diagon.

— C’est dangereux Mercure, finit par ajouter Diagon, on ne peut pas lui faire confiance. C’est une voleuse et une humaine.

Laverna haussa un sourcil.

— Emmène-la aux cachots.

Laverna se tourna vers Diagon et lui présenta ses poignets avec un sourire.

— Éva, fouille ses poches.

Cette dernière, ravie, s’approcha d’elle. Elle fouilla chacune de ses poches et fourra sa main dans son décolleté. Elle en tira la broche.

— Eh bien, petite voleuse.

— On me l’a donnée, se défendit-elle.

Éva éclata de rire et lança la broche à travers la fenêtre brisée et continua son aventure. Laverna serra les dents et laissa Éva faire son travail. Il n’y avait rien d’autre sur elle.

— Chaussures.

Elle soupira et retira ses chaussures. Elle se retrouva rapidement pieds nus. De fines cicatrices les recouvraient. Trouver des chaussures était difficile, et elle avait vécu la moitié de sa vie sans. Elle ne les cacha pas pour autant.

— On devrait peut-être la laisser y aller nue.

Diagon poussa Éva sur le côté et lui passa les menottes. Le fer pesa lourd sur ses bras frêles. Elle ne fit aucun commentaire et se laissa promener par Diagon. Il poussa la porte par laquelle elle était rentrée des heures plutôt. Il la fit descendre doucement et la poussa sans ménagement dans la cellule. Laverna ne fit aucun commentaire. Diagon partit aussitôt après avoir fermé sa cellule à double tour. Il claqua la porte derrière lui et elle se retrouva dans le noir complet.

Elle resta de longues minutes debout dans le noir avec pour seule compagnie son souffle rapide. Elle ferma les yeux inutilement et ordonna à son corps fatigué de se calmer. Elle chercha par-dessus tout à garder son calme. Le noir complet n’aidait pas. Elle finit par s’asseoir sur le sol sablonneux. Elle posa ses mains sur ses genoux croisés entre eux.

Elle avait une chance. Le roi, Mercure, voulait des informations sur Liamos. Il les voulait presque dangereusement sinon il l’aurait tuée ou simplement laissée couler au fond de l’océan. Elle pouvait marchander l’or, la liberté, mais pas Ylio. Elle soupira. Elle était prête à trahir Liamos pour la vie, il n’y avait aucun doute là-dessus. Mais Ylio était important. Elle trouverait bien quelque chose pour lui et lui faire savoir qu’elle allait bien et qu’elle viendrait le chercher à son tour.

Elle se laissa tomber malgré tout sur le sol, la fatigue tirait son corps. Elle avait pris sa décision. Trahir Liamos n’était pas son problème, elle détestait cet homme. Le roi allait lui donner toute la richesse qu’elle demandait et elle comptait tout prendre. Elle trouverait ensuite le reste plus tard.

Elle ferma les yeux et n’eut pas le temps de réfléchir à autre chose que le sommeil l’emporta aussitôt.

Quelque chose dérangea son sommeil. Elle grogna et se replia sur elle-même. Le sommeil ne voulait pas la quitter, et elle se sentait tellement bien avec lui.

— Debout, ordonna une voix.

Elle ne répondit pas et ferma un peu plus les yeux.

— Debout.

Elle se redressa furieuse.

— Je suis debout.

La colère était visible dans sa voix et sûrement son regard puisque les traits d’Apollo s’étirèrent dans de l’amusement.

— J’espère que tu as réfléchi, parce que ton temps est écoulé.

Laverna l’ignora et se leva. Son corps trembla et elle s’écroula à terre. Elle ferma les yeux et le rire d’Apollo ne fit qu’attiser sa haine.

— Eh bien, la course ne t’a pas mise en pleine forme on dirait.

La porte s’ouvrit et elle fut incapable de bouger. Ce fut Apollo qui la releva, elle y laissa tout son poids. Il grogna, mais tint bon. Elle se laissa guider sur le petit escalier en pierre. Ils débouchèrent rapidement dans la salle de trône. Cette dernière était vide, elle fut surprise de ne pas y trouver le roi et sa petite troupe. Elle suivit Apollo qui avait fini par la laisser se débrouiller seule. Ils sortirent de la grande salle pour déboucher dans un grand hall. Elle siffla de surprise. Tout était fait d’ivoire et d’or, des peintures représentant des personnages ailés et des rois aux traits avantageux recouvraient les plafonds ou les murs. La richesse était de mise ici. Ses pieds touchèrent le carrelage en marbre froid qui la fit frissonner. Cet endroit était peut-être plein de richesses, mais glacial.

Apollo la força à le suivre, aussitôt, l’odeur de nourriture la piqua au vif. Son ventre grogna si fort qu’il fit écho dans le grand hall. Elle ferma les yeux et ignora le ricanement d’Apollo. Elle n’avait pas mangé depuis deux jours, et elle devait avouer que l’odeur la faisait saliver. Elle avala sa salive et suivit Apollo avec plus d’humeur.

Ils passèrent devant de nombreux domestiques, tous la dévisagèrent avec surprise. Elle les salua avec un autre de ses sourires radieux. Ils passèrent dans un autre long couloir puis devant une longue arcade et finirent par déboucher sur une grande salle. Une longue table y trônait dans son centre. Laverna trouva aussitôt la nourriture. Elle lorgna dessus aussitôt.

— À table.

Elle s’aperçut que le roi était assis en bout de table, elle reconnut Éva assise à sa gauche et Héra à ses côtés. Diagon se tenait à la porte pour monter la garde. Apollo la poussa et la força à prendre place à la droite du roi. Elle se laissa tomber en tirant sur la fourchette doucement. Apollo prit ensuite sa place à l’opposé de Diagon.

Un silence prit rapidement place alors que Laverna louchait sur les pains devant elle.

— Vous avez pris une décision ? demanda le roi alors qu’il coupait sa viande.

Laverna enfonça les dents de la fourchette dans la serrure de ses menottes doucement. Cette dernière céda aussitôt. Ça devenait de plus en plus facile, c’en était même décevant. Elle soupira et se gratta le front et posa la fourchette sur la table sous le regard presque brulant du roi.

Diagon fit claquer sa langue dans son coin.

— Peut-être, commença-t-elle en piochant dans les plats devant elle, vos conditions ont-elles changé ?

Le roi la regarda manger et engloutir toute la nourriture qui lui passa sous la main.

— Elle me donne envie de vomir, souffla Éva.

Elle ne s’arrêta pas. Son estomac en grognait de gratitude. Depuis combien de temps n’avait-elle pas mangé à sa faim ? Depuis des lustres, non, depuis la mort du roi. Toutes nourritures potables n’étaient plus expédiées sur l’île. Ils devaient se débrouiller à chasser ou planter des légumes et les poissons se faisaient rares depuis les pêches quotidiennes. Et aucun n’était assez doué pour chasser, alors ils se contentaient d’animaux morts tout en priant pour ne pas tomber malade.

Le roi la laissa manger à sa faim. Héra finit par pousser un bol de morceaux de pomme devant elle. C’était ses préférées. Laverna l’ignora et s’écroula sur sa chaise, un sourire radieux au visage.

— Et dire qu’on se contente de vos restes, se moqua Laverna en piochant tout de même dans le bol pour prendre un morceau de pomme.

Personne ne répondit et elle s’avouera sa petite bataille.

— On peut revenir à notre marché ? insista le roi.

Elle finit par hocher la tête et prendre le pichet devant elle et versa le contenu dans son verre en cristal. Elle fronça les sourcils et reposa le pichet et examina l’eau orange dans son verre. Même leur eau était spéciale ?

Éva ricana devant elle, mais Héra lui donna un coup.

— Du jus d’orange, s’amusa Éva.

— Orange… répéta Laverna en trempant ses lèvres.

Elle grimaça aussitôt au goût sucré et à l’acidité. Elle recula son verre et le reposa sur la table.

Le roi de son côté sortit un morceau de papier devant lui et lui tendit.

— Je ne sais pas lire, avoua Laverna en haussant les épaules.

Éva laissa échapper un petit ricanement. Le roi soupira alors que Laverna fronçait les sourcils prêts à ouvrir la bouche.

— Éva, tu peux disposer, on s’en sortira sans toi.

Éva ne bougea pas.

— Éva, répéta Mercure d’une voix dure.

Cette dernière roula des yeux et se leva sans un regard. Elle quitta la grande salle en murmurant quelque chose que Laverna n’entendit pas.

Laveran l’ignora et se tourna vers le roi.

— Un accord oral.

Il leva les yeux sur Héra à la recherche de réponses.

— Les accords oraux ne sont pas sûrs, répondit-il.

— Il tient jusqu’à ce qu’un autre fasse une meilleure offre, c’est comme que ça fonctionne…

— C’est comme ça que l’on conclut les accords sur l’île, coupa Héra.

— Tu devrais aller boire le thé Héra, rétorqua Laverna sans se retourner vers elle.

Elle sentit Héra perdre patience, mais cette dernière ne bougea pas d’un pouce.

Le roi finit par poser le papier sur le côté.

— Que veux-tu ?

Elle se laissa tomber sa chaise, un sourire aux lèvres.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire littexastronaut ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0