Chapitre 10

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— De l’or, beaucoup, insista-t-elle, la liberté, elle marqua une pause, et un billet pour une autre personne.

Le roi blêmit.

— Aucun humain ne doit pénétrer sur notre terre.

— Je suis humaine, et je suis là.

— Parce que les dieux l’ont voulu, dit-il.

— Encore une histoire à dormir debout ?

Il secoua la tête.

— La terre est protégée par nos dieux eux-mêmes. Avant que leur royaume ne s’écroule sur terre, ils étaient au ciel. Mais ayant perdu leurs pouvoirs, ce dernier est tombé a emprisonné tous les humains présents, et les éclats de leur chute ont créé les autres royaumes. Ces dieux ont utilisé leurs derniers pouvoirs pour les rendre aux humains présents pour continuer leur descendance. C’est pourquoi nous existons. Les humains qui n’ont pas été touchés par ce pouvoir se trouvent sur ton île. Selon la légende, les nouveaux dieux ont convié les autres humains à loger chez eux. Mais aucun des humains ne fut autorisé par les dieux. Tu veux savoir comment ?

Elle était pendue à ses paroles. Elle finit par secouer la tête pour écouter la suite.

— Le bateau qui les conduisait a pris la foudre ce qui déclencha un incendie. Ceux qui furent audacieux pour plonger furent emportés par la noyade. Et depuis, nombreux ont essayés de venir ici sans succès. Tu es la première, Laverna. Tu dois être spéciale pour détenir autant de faveurs des dieux.

Laverna ouvrit la bouche et la ferma aussitôt.

— Vous mentez.

Un mince sourire étira les lèvres du roi et il se laissa tomber sur sa chaise.

— Je savais bien que tu ne me croirais pas si facilement.

Il leva les mains devant lui. Quelque chose apparut entre ses mains. Un semblant de rêve se jouait sous ses yeux. Tout paraissait vaporeux. Des silhouettes colorées se jouaient devant elle, elle pouvait voir le roi à travers la silhouette du bateau. Des humains y étaient installés. Leurs cheveux noirs ou blonds, certains gris comme ceux d’Ylio. Le bateau semblait se tordre dans tous les sens. Puis la foudre s’abattit violemment, elle sursauta malgré elle. Le navire prit feu et une énorme vague l’engloutit aussitôt. Elle leva la main pour toucher l’image, elle la traversa, mais cette dernière resta nette.

— Ce que tu vois ne se résulte pas à un simple souvenir qui date de quelques années. Nous essayons toujours au risque des humains de les faire passer, mais aucun ne survit.

L’image disparut aussitôt et Laverna resta la main tendue.

— Comment est-ce que je peux vous croire ?

Elle baissa la main tout en repensant à ce qu’elle venait voir.

— Tu ne peux pas, admit-il, c’est à toi de voir.

Elle prit une longue inspiration.

— Ylio ne survivra pas, souffla Héra.

— Ferme la Héra, s’énerva Laverna, tu ne peux pas comprendre.

Héra ferma les yeux.

— Je suis née là-bas, moi aussi, répondit-elle, frustrée. Je t’ai regardé voler à ta guise pour nous nourrir. Je t’ai regardé pleurer devant Ylio parce que tu voulais garder ce stupide collier horrible. Je t’ai vu dépenser tout notre argent pour ces robes… J’ai eu faim, moi aussi.

— Tu ne sais rien, menaça Laverna. L’île n’est plus ce qu’elle était, assura-t-elle, vous affamez des innocents pour la mort de votre stupide père.

Le roi serra le poing.

— Oh ! j’ai touché un point sensible ? Oui, votre père était stupide tout comme vous tous, quelle idée de se pavaner tout en or dans un monde où l’or est précieux et la nourriture tellement rare ? La mort devait l’attendre, ou plutôt l’ego de votre père l’a tué. Vous êtes tous cupides. Et vous trouvez le moyen d’arrêter l’envoi de nourriture alors qu’elle est déjà faible ? Vous devriez avoir honte. Tout autant que vous êtes. Votre père mérite la mort autant que je la mérite.

Le roi ne la quitta pas des yeux.

— L’île porte plus de morts que d’êtres vivants, si nous pouvions les appeler ainsi. Et c’est grâce à vous ! Quel roi merveilleux !

Le silence prit place alors que Laverna tentait de reprendre un souffle régulier.

— Renvoyez toute la nourriture dont l’île a besoin, finit par conclure Laverna. L’or et ma liberté.

Le roi haussa un sourcil à son encontre, mais finit par lui présenter sa main. Laverna la regarda attentivement. Faisait-elle le bon choix ? Non. Mais c’était ce que son esprit lui dictait, mais elle gagnerait de l’or. Elle posa sa main sur l’avant-bras du roi, il fit de même. Le roi ne la quitta pas des yeux pour autant.

— Donnez-moi toutes les informations sur Liamos.

Elle prit une gorgée de son jus d’orange malgré elle.

— Il vit dans les montagnes à une heure ou deux de la ville. Elle est à peine surveillée et même si elle l’était, on pourrait facilement rentrer sans encombre. Son bureau se trouve au second étage. Il s’est laissé aller depuis le meurtre de votre père. Je crois qu’il doit prendre ce qu’il s’est passé comme acquis. Il ne sort pas de sa maison. L’île entière le déteste depuis, il a deux ou trois maitresses qui vivent avec lui. C’est un homme lent qui souhaite devenir roi.

— La couronne était pour lui.

Elle hocha la tête.

— C’est un homme réfléchi et peut-être intelligent. Il sait lire, et il a su mettre en place mon évasion. Il a su dénicher un papier officiel et une perruque. Et c’était un homme riche.

— C’était ?

Elle sourit, fière.

— J’ai dorénavant droit sur sa fortune contre la couronne… Elle marqua une pause. Il me faudra une copie d’ailleurs, précisa-t-elle.

Elle prit une longue inspiration et reprit son récit.

— Son bras droit est Térac, je pense que c’est un homme irréfléchi, vous lui avez d’ailleurs coupé la jambe, précisa-t-elle. Je pense que c’est tout.

— Pratiquement toute l’île travaille pour lui, ajouta Héra.

— C’est faux, coupa-t-elle, la plupart l’ont quitté suite à la mort de votre père.

Le roi sembla réfléchir. Il posa son coude sur l’accoudoir de sa chaise. Laverna le regarda réfléchir un moment puis décida de manger une nouvelle fois. Elle engloutit une nouvelle quantité de nourriture.

— Cet homme est important ? demanda-t-il.

— Oui et non, il aide certains de ces hommes à manger et leur trouve un toit. Parfois, il joue la charité quand l’envie le prend.

— Donc oui.

Il ferma les yeux.

— Ne sois pas idiot, siffla Apollo.

Le roi ne répondit pas. Laverna croisa le regard du roi aussitôt alors qu’elle fourrait une fraise dans sa bouche.

— Tu es douée comment ?

Elle plissa les yeux.

— J’ai volé votre couronne.

Il ricana.

— Non, on t’a aidé à la voler, tu n’as rien fait toute seule. Tu as suivi un plan.

Elle avala sa fraise de travers, ce qui arracha un mince sourire au roi.

— Pardon ?

— À quel point es-tu douée sans l’aide de personne, Laverna ?

Elle haussa les épaules, perdue. Elle était la meilleure de l’île et avait appris à se battre avec Ylio en observant les soldats se battre entre eux durant les entrainements. Elle se débrouillait.

— Je suis douée, avoua-t-elle, piquée dans l’égo. Je dois vous préciser que je me suis débrouillée seule à vous semer dans votre royaume que je ne connais pas ? Et je n’ai peur de rien, pas même de sauter dans le vide, se vanta-t-elle.

Il secoua la tête.

— Ce n’est pas suffisant pour travailler pour le roi.

Elle cligna des yeux plusieurs fois.

— Ça ne fait pas partie du marché, insista-t-elle.

— Tout comme la couronne.

Elle resta ébahie par le culot du roi. Il lui sourit, un sourire presque triomphant. Il piqua un morceau de viande avec sa fourchette.

— Liamos ne mourra pas tout de suite, pas temps que l’île fleurit à nouveau, dans ce cas, j’ai besoin d’une monnaie d’échange : toi.

Laverna pouffa.

— Vous voulez qu’une humaine travaille pour vous ?

Il hocha la tête.

— Ça va leur faire plaisir à vos soldats, susurra-t-elle en lançant un regard à Diagon et Apollo.

— Tu ne travailleras pas pour eux, mais pour moi, répondit-il.

— En quoi ça diffère ? demanda-t-elle, curieuse.

— Tu le sauras en temps et en heure, conclut-il en se levant. Héra donne lui une chambre et demande un bain et donne-lui une de tes robes. Je pense que ça devrait faire l’affaire.

Laverna se leva à son tour.

— Je veux le savoir, s’indigna-t-elle.

— Repose-toi d’abord.

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