Chapitre 11

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Le roi partit suivit de ses soldats. Laverna soupira et se laissa aller sur sa chaise. Elle se redressa doucement de peur de devoir vomir tout ce qu’elle avait avalé. Elle laissa échapper un soupir de plaisir.

— Je vais te montrer ta chambre, finit par dire Héra.

Elle se leva, et repoussa sa serviette sur la table et prit la direction de la porte. Laverna la suivit malgré elle. On lui avait promis un bain et elle n’allait pas dire non. Elle sentait ses cheveux pleins de nœuds et surtout l’odeur devait être infecte. Elle croisa les mains derrière le dos et avança derrière Héra qui lui lançait des coups d’œil de temps à autre. Ils croisèrent quelques domestiques aux regards curieux.

Elles montèrent un long escalier d’un ivoire froid et glissant. Elles longèrent un long couloir cerné par des portes en or. Laverna savoura le tapis moelleux sous ses pieds nus. Elle avait l’impression de marcher sur un nuage. Héra lui fit monter un deuxième étage, elles traversèrent une longue mezzanine surplombant de grandes fenêtres qui laissaient voir l’océan brillait sous les rayons du soleil.

Héra finit par s’arrêter devant une porte. Elle frappa et attendit une réponse.

— Entrez.

Laverna entra après Héra. Une femme d’âge mûr se tenait devant une grosse baignoire fumante. Cette dernière se redressa et interrogea Laverna du regard.

Laverna la salua de la main.

— Bonjour.

Étonnée, la femme leva les yeux sur Héra.

— Une invitée du roi, dit-elle d’une voix douce.

Héra s’avança pour montrer une longue robe faite de soie rose pâle et de bleu foncé. Les tissus se croisaient du corset jusqu’à la petite traine.

Laverna haussa les sourcils face à la beauté de cette robe, elle s’avança pour toucher du bout des doigts la soie. Elle était plus douce que le morceau rose qui retenait ses cheveux depuis qu’elle avait douze ans. Elle soupira de plaisir.

— Je te laisse te préparer.

Laverna ne répondit pas. Elle recula d’un pas pour examiner la chambre. Un grand lit était posé contre le mur nu. Un feu brulait dans la cheminée à son opposé et une grande armoire en bois se tenait face à la fenêtre. La baignoire collée sous la fenêtre n’attendait qu’elle. Elle jeta un coup d’œil à la femme, intriguée.

— Il y a un problème ?

La femme sourit, un sourire à la fois doux et rassurant. Le premier qu’elle ait eu depuis son arrivée ou de toute sa vie.

— Je suis là pour vous aider.

— À quoi ?

— À vous habillez et à vous lavez.

Laverna déglutit malgré elle.

— Je suis capable de me laver, répondit-elle.

— Mais je suis sûre que vous ne savez pas attacher cette robe, dit-elle en regardant la robe portée par le mannequin en bois.

Laverna ouvrit la bouche et s’esclaffa.

— C’est vrai, admit-elle.

— Je peux attendre dehors si vous le souhaitez.

Laverna accepta. Elle n’avait pas l’habitude de se dévoiler ainsi à une inconnue. Elle attendit que la femme sorte pour fermer les lourds rideaux de la fenêtre. Elle devait bien se trouver à plus de cinquante mètres du sol, mais elle avait une nette impression qu’on pouvait venir la regarder, elle et sa nudité.

Elle plongea sa main dans l’eau chaude, son corps tressaillit de plaisir. Elle jeta un dernier coup d’œil à la porte en bois et décida de se déshabiller. Son corps fut presque détendu au simple contact de l’eau chaude. L’eau changea rapidement de couleur. Le sang et la saleté accumulés savaient laisser des traces. Elle se lava rapidement les cheveux et le corps et finit par sortir. Elle s’emmitoufla dans une longue serviette moelleuse.

Elle tourna sur elle-même. L’excitation de la situation lui plaisait. Elle n’avait jamais goûté à un tel luxe, qu’elle pensait rêver. La chambre était immense. Elle leva les yeux au plafond. Un immense lustre en cristal y était accroché et des peintures colorées montraient l’image de dieux oubliés. Elle avait réussi. Elle laissa échapper un petit rire. Elle avait réussi.

Elle finit par croiser son reflet. Des ecchymoses et des petites coupures lui barraient le visage. Elle grimaça et passa ses doigts sur celle qui lui barrait la joue qui laisserait peut-être une cicatrice. Ses lèvres étaient encore bleues et ses yeux rouges. L’aventure avait été longue et douloureuse.

Elle finit par se décider à rappeler la femme, cette dernière lui lança un sourire d’encouragement. Elle retira la robe du mannequin et lui fit face.

— Nous pouvons parler pour vous détendre, proposa-t-elle d’une voix douce.

— Pour mon bien ou juste pour récolter des informations ?

La femme sourit.

— Un peu des deux, avoua-t-elle.

Laverna laissa glisser sa serviette et préféra ne pas croiser son regard, par honte ou par malaise, elle ne savait pas. Elle n’était pas à son aise. La femme finit par lui passer quelque chose qu’elle prit pour des sous-vêtements. Le tissu lui comprimait la poitrine, et elle eut peur de ne pas pouvoir respirer l’espace d’un instant.

— Comment faites-vous pour respirer avec ça ?

La femme ricana.

— Je me le demande aussi, dit-elle. Dame Éva les aime bien plus serrés, avoua-t-elle.

— Je me demande pourquoi.

Elle croisa le regard de la femme et elles éclatèrent de rire en même temps.

— Parlez-moi de ce royaume, demanda Laverna, qu’est-ce que ces gens ont d’important ?

Elle haussa les épaules alors qu’elle lui passait la robe au-dessus de sa tête.

— Il n’y a rien à dire, commença-t-elle, c’est un royaume comme un autre. Gouverné par un jeune roi qui semble plus compétent que son père. Les gens se plaisent ici et vivent pleinement. Le continent entier vit dans une paix depuis des centaines d’années.

— Donc vous vivez dans une paix constante ?

Elle lui souleva les cheveux pour les poser délicatement sur son dos.

— Oui, répondit-elle, je suppose que vous venez de l’île ?

Laverna sourit alors que la femme la coiffait avec une brosse à cheveux.

— Oui.

— Vous êtes la première humaine que je vois, avoua-t-elle, et vous n’êtes pas différente.

Laverna se laissa asseoir alors que la femme s’occupait de poudrer son visage.

— Nous n’avons rien qui diffère de vous, en dehors de votre pouvoir et peut-être nos cheveux, s’amusa-t-elle. Nous sommes presque égaux, la chance en moins.

— Les rumeurs disent que la vie est différente.

Laverna ricana alors qu’elle s’attaquait à ses yeux.

— C’est peu dire, nous vivons dans votre oubli.

— Je suis désolée.

— Il ne faut pas, la chance n’est pas de notre côté et le roi continue à le penser.

La femme ne répondit pas. Elle continua de la maquiller doucement.

— Parlez-moi des ragots du royaume, je suis sûre que vous en avez !

— Appelez-moi Annette, ordonna-t-elle doucement. Vous saviez que la cousine du roi entretient une relation avec le jeune Diagon ?

Laverna ouvrit les yeux par surprise.

— Je n’en avais aucune idée ! s’étonna-t-elle.

Annette pouffa alors qu’elle finissait d’appliquer un rouge à lèvres rouge sur ses lèvres.

Laverna n’en demanda pas plus, elle avait de quoi s’amuser pour quelque temps. Annette partit en lui souriant et Laverna resta seule avec son reflet. Elle fut stupéfaite. Elle avait changé. La fatigue était camouflée et ses nombreuses blessures étaient presque elles aussi cachées. Sans ses cheveux noirs, elle aurait pu passer pour un parfait nouveau dieu. Elle repoussa ses cheveux noirs derrière son dos. Finalement, ils avaient poussé et tombaient parfaitement sur son bassin, elle n’avait plus à envier Diagon pour ça.

La porte s’ouvrit sur Héra. Cette dernière ouvrit la bouche, mais Laverna sortait déjà de la chambre. Elle tomba sur Diagon qui haussa les sourcils stupéfaits. Elle plissa les yeux et jeta un coup d’œil à Héra. Elle ricana et reprit le chemin inverse. Elle descendit le premier escalier. Diagon courait presque derrière elle pour la rattraper.

— C’est bon, je connais le chemin, pesta-t-elle en laissant ses chaussures, prêtées par Héra, claquer contre le sol en marbre.

Elle ne s’était jamais sentie aussi confiante qu’aujourd’hui. Les tissus tapaient contre ses chevilles nues et ses cheveux noirs volaient au rythme de sa démarche assurée et franche. Elle se sentait invincible et supérieure aux autres. Elle descendit le second escalier.

— La salle du trône.

Elle hocha la tête, et mémorisa le chemin. Elle avait un bon sens d’orientation. Sa mémoire ne lui faisait jamais défaut. Il lui suffisait d’un simple coup d’œil et elle pouvait le mémoriser aussi longtemps qu’elle le voulait. C’était ainsi qu’elle avait appris à maitriser le sabre. Elle restait des heures assises à regarder les soldats nouveaux dieux à s’entrainer matin et soir. Ils étaient doués et chacun avait sa propre technique. Elle avait fini par maitriser chacune d’elle. Elle avait dû suivre Ylio des jours entiers pour qu’il lui offre un sabre digne de ce nom. Elle l’avait eu gratuitement, du moins, elle avait dû partager ses repas avec lui durant un mois, mais ça valait le coup. Et maintenant, il prenait la rouille dans l’océan.

La porte était toujours gardée par les soldats. Ils la fixèrent ébahis, mais la laissèrent passer. Le roi était assis sur son trône à discuter avec un homme. Quelques hommes étaient debout à chaque côté du trône et écoutaient leur discussion animée.

Ils levèrent la tête d’un même geste en entendant ses chaussures claquer sur le sol. Laverna leur offrit son plus beau sourire et s’approcha du roi.

— Alors, ce travail ?

— Cette voleuse !

L’homme se décala du roi et s’approcha si près de Laverna que leur visage se touchait presque. Elle ne bougea pas d’un pouce.

— Alsane, c’est bon, souffla Mercure.

— Elle m’a volée ma bague, rugit Alsane.

— Et je pourrais vous voler plus si vous ne reculez pas.

Alsane blêmit et fit aussitôt un pas en arrière. Il fouilla chacune de ses poches à la recherche de quelque chose qui pourrait lui manquer. Quelques hommes pouffèrent et d’autres soufflèrent des insultes à son encontre.

Laverna lança une bague à l’intention du comte. La bague ricocha à terre et la pierre se décrocha de son ornement en argent.

Le comte leva les yeux vers elle, la colère visible dans son regard.

— Qu’on lui coupe les mains, et cette fois-ci, je le ferais moi-même !

— Diagon.

Ce dernier dépassa Laverna et prit Alsane par le bras pour le faire sortir de force. Ce dernier hurla à Laverna qu’il n’en avait pas fini avec elle et qu’il ferait en sorte que ses mains lui soient coupées. Elle lui sourit et le salua de la main.

— Nous reportons la réunion, coupa Mercure d’une voix grave.

Les conseillers se courbèrent et quittèrent la pièce sans lâcher du regard Laverna.

— Alors ?

— Ton comportement te jouera des tours, dit-il.

Elle arqua un sourcil, ennuyée.

— Je les déteste, ils me détestent. Je ne pense pas que mon comportement soit en rapport.

— Ils ne te détestent pas, affirma-t-il, ils n’aiment pas ce qu’ils ne connaissent pas. Ils ont peur.

Laverna secoua la tête et soupira.

— Vous pensez simplement être protégé dans votre tour d’ivoire alors que tout vous fait douter et vous effraie, mais vous êtes incapable de vous protéger et pensez tout contrôler. Votre père en a payé le prix, et vous finirez par le payer.

Mercure ne répondit pas.

— Vous le saviez que Diagon et Héra sont en pleine relation, vous ?

Diagon s’étouffa derrière elle et Mercure cligna des yeux plusieurs fois.

— Pardon ?

— Vous ne le saviez pas ?

Il secoua la tête et leva les yeux sur Diagon. Son teint blêmit et il ignora le regard de son roi.

— J’arrive à peine, que je connais déjà des choses croustillantes, lança-t-elle. J’ai hâte de connaitre la suite.

— Revenons au fait Laverna, insista Mercure en se massant les tempes.

— On aurait pu aller plus vite si l’on avait parlé durant le déjeuner, fit-elle remarquer. Mais je suppose que ma tenue n’était pas adéquate.

Mercure soupira.

— C’est si difficile pour vous d’entretenir une discussion ? s’énerva-t-il.

— Ça dépend des jours, dit-elle en haussant les épaules.

Il ferma les yeux et elle sourit malgré elle. C’était si facile de se jouer de lui.

— Vous avez peur, je me trompe ?

Un sourire écarta ses lèvres. Ses yeux d’un vert foncé prenaient rapidement une lueur d’amusement. Elle haussa un sourcil face à son amusement.

— Peur de vous faire confiance.

— Alors, ne le faites pas.

— Tu es spéciale Laverna, sinon, tu ne serais pas ici.

Elle pencha la tête sur le côté.

— Et qu’ai-je de si spécial ? demanda-t-elle, dubitative.

Il se redressa de son trône et posa les coudes sur ses cuisses. Il la regarda un instant sans rien dire. Laverna conclut qu’il ne le savait pas lui non plus. Et que sa présence le préoccupait.

— Qu’est-ce que vos dieux disent à ce sujet ? finit-elle par demander. Il doit bien avoir des sources à ce sujet.

— Il n’y a rien, avoua-t-il.

Elle finit par soupirer et jeter un coup d’œil sur la fenêtre brisée sur sa gauche. Le ciel d’un bleu clair rayonnait sous le soleil brulant. La chaleur n’était pas aussi étouffante que sur l’île, mais les courants d’air étaient bien plus rares.

Le roi finit par se lever et s’approcher d’elle.

— Je ne suis pas un monstre, assura-t-elle, je ne suis qu’une simple humaine.

Il haussa un sourcil.

— Je n’ai pas dit une chose pareille.

Elle lui offrit un sourire.

— Vos regards parlent pour vous, dit-elle doucement. Je travaillerais pour vous.

Il parut surpris, mais reprit rapidement un regard ferme.

— Bien. Il marqua un silence. Une mission simple pour commencer.

Il lui tendit un morceau de papier. Elle faillit lui dire qu’elle ne savait pas lire, mais le papier n’était pas griffonné de symboles, un simple dessin d’un collier y était dessiné finement.

— Je veux que tu me montres tes talents de voleuse avec cette première mission.

Elle pouffa et imprima l’image du collier qui lui paraissait fade. Un long pendentif avec une seule pierre enfoncée dans un ornement.

— C’est un essai ?

Les lèvres de Mercure s’étiraient d’un rictus moqueur et elle prit le défi à la lettre.

— Ce collier est placé dans la plus haute tour du palais, surveillé par une vingtaine de soldats armés.

Elle s’étonna, mais son corps en vibrait de désir.

— En quoi ce collier est-il spécial ? demanda-t-elle en lui rendant le parchemin.

Il reprit le parchemin.

— Il appartenait à la reine.

Elle haussa les sourcils.

— Je pensais que la famille royale avait de meilleurs goûts.

Mercure pouffa et lui lança un clin d’œil qui la surprit.

— Ne prends rien d’autre, dit-il en s’avançant vers la sortie, je le saurais.

Elle nota son sourire amusé et la lueur de défi dans ses yeux. Peut-être que son séjour ne sera pas si ennuyeux qu’elle l’avait pensé.

— Une dernière chose, dit-elle alors que le roi passait la porte.

Il fit un pas en arrière et l’interrogea d’un simple haussement de sourcils.

— Je veux récupérer mon sabre qui coule des jours heureux dans l’océan par la faute de l’un vos soldats.

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