Chapitre 12

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Regarder Diagon plonger de la falaise lui procura plus de joie qu’elle ne l’aurait cru. Elle l’attendit de pied ferme sur le sable clair. Il lui tendit aussitôt son bébé, elle ne manqua pas la colère qui marquait ses traits. L’eau dégoulinait sur ses cheveux d’un blanc bien plus prononcé. Sa tunique collait à son corps et Laverna y jeta un coup d’œil. Elle devinait qu’ils étaient tous surentrainés, et ceux qui gardaient la porte l’étaient sûrement plus. Elle rangea son sabre dans sa tunique préférée, heureuse de l’avoir récupéré. Elle avait abandonné rapidement sa robe sur le sol pour l’enfiler. Son pantalon lui laissait tous les mouvements possibles et inimaginables. Sa tunique était faite de plis et de recoins pour cacher ses précieux trésors.

Elle jeta un coup d’œil sur le palais et leva les yeux sur la plus haute tour. Le soleil y reflétait toute sa brillance et elle fut obligée de plisser les yeux. Elle se doutait que les soldats étaient autant préparés qu’elle l’était sauf si l’adrénaline était une préparation. Elle allait devoir s’introduire dans une pièce. C’était bien plus difficile que de mettre sa main dans la poche d’un inconnu. Elle laissa écharper un soupir et entra dans le palais.

Pas un son ne lui parvenait de l’entrée. Elle traversa un long couloir. Des éclats de rire lui parvinrent et son instinct de fouine prit le dessus. Elle s’arrêta devant l’entrée. Une grande table ronde se tenait au centre, des jeunes femmes y étaient attablées. Laverna reconnut Héra et Éva. Elles discutaient de quelque chose d’important.

Elles étaient toutes assises, le buste droit et une tasse en porcelaine à la main.

— Une humaine, s’étonna l’une d’elles.

— Comment est-elle ?

— Terrifiante ?

— J’ai entendu dire qu’elle avait tué deux soldats !

Laverna pencha la tête sur le côté réfléchissant si elle devait ou non mettre son grain de sel, mais l’ennui prit le chemin sur la raison. Elle fit demi-tour et s’élança à la recherche de l’escalier le plus proche. Elle finit par tourner en rond dans le grand palais. Elle resta essoufflée quelques minutes à courir entre les étages et les escaliers qui n’en finissaient pas. La sueur perlait sur sa nuque et son front. Elle avait l’impression que son cerveau allait éclater. Elle finit par prendre une inspiration et poser un genou sur le sol du couloir. Elle devait réfléchir. Elle força son corps à se calmer et aérer son esprit.

Un bruit attira son attention. Elle ouvrit les yeux et tomba sur Éva et Héra. Éva tenait Héra par le bras. Laverna haussa un sourcil. Elle était certaine qu’elles se détestaient. Elle les ignora rapidement et se redressa.

Éva ouvrit la bouche, mais Laverna la coupa en sautant pour rejoindre l’étage inférieur. Elle se releva et leva les yeux. Les deux jeunes femmes la regardaient, les yeux grands ouverts. Elle leur offrit un clin d’œil et poursuivit sa course.

Elle sortit du palais en reniflant, prête à découvrir tous les secrets possibles. Elle recula le plus loin possible et chercha du regard la tour.

— Tu ne l’as toujours pas ?

Elle ferma les yeux et renifla une deuxième fois. Mercure la regarda amuser et la couronne sur le haut de son crâne l’appelait davantage.

Elle l’ignora ouvertement et repartit dans le palais.

Elle arriva rapidement dans la salle du trône, vide. Elle leva les yeux sur le plafond vouté. C’était là que la tour devait se trouver. Les mêmes vitraux s’élevaient derrière le trône vide.

— Alors, on patauge.

Elle sursauta, ce qui fit ricaner à faire rire Apollo.

— Tu ne sais même pas te servir de ta tête.

— La ferme, lâcha-t-elle.

Apollo quitta la salle en ricanant de plus belle.

Elle l’oublia rapidement et leva les yeux sur le plafond toujours aussi somptueux, et bien plus travaillé que celui de sa chambre. Elle vit aussitôt la porte. Un sourire malicieux étira ses lèvres. Ils cachaient leurs trésors au-dessus de la salle du trône, ingénieux. Elle chercha des yeux quelque chose pour grimper aussi haut. Elle conclut rapidement que la chose ne serait pas si facile.

Elle prit de l’élan et sauta sur le trône. Elle grimpa sur le haut du siège haut d’un mètre et se hissa avec difficultés. Ses muscles tiraient douloureusement. Elle avait l’habitude de tous ses exercices forcés. Combien de fois avait-elle dû escalader les maisons abandonnées ou les arbres pour échapper aux victimes qu’elle volait ? Les arbres étaient haut et leur feuillage la cachait souvent, mais pour ça elle devait monter plus haut que les limites qu’elle s’autorisait. Elle avait appris à échapper au vertige et à se forger les bras, mais la force qu’elle devait mettre pour remonter son corps entier demandait toujours plus d’effort et de volonté.

Elle s’agrippa aux vitraux pour se hisser de tout son corps. C’était suicidaire. Elle pouvait tomber et se rompre le cou. Un sourire étira ses lèvres. Elle leva le pied pour monter son corps plus haut. Les vitraux étaient épais et leurs bordures larges. Elle pouvait facilement grimper sans manquer de prise.

La sueur dégoulina rapidement sur son visage fatigué. Elle avait trouvé la porte plus basse qu’elle ne l’aurait pensé. Elle jeta un coup d’œil en bas. Elle jura aussitôt. C’était bien plus haut que n’importe quel arbre possible de l’île. Pourquoi s’était-elle mise dans une telle situation ? Elle jura mentalement et continua son ascension en respirant bruyamment. Ses mains devenaient de plus en plus moites à mesure qu’elle grimpait et que la peur prenait possession de son corps. Elle ne s’arrêta pas une seule seconde, elle savait que si elle s’arrêtait son corps refuserait de bouger et elle serait coincée, morte de peur. Et elle devrait prouver à Mercure qu’elle était capable de voler ses trésors sans l’aide de personne. Elle était douée.

Elle finit par toucher le plafond poussiéreux. La porte de la salle de trône s’ouvrit en fracas et elle se figea à plus de cent mètres au-dessus du sol. Les silhouettes minuscules s’avançaient près du trône. Elle conclut que Mercure venait de rentrer avec ses meilleurs soldats.

— Dites à Alsane de quitter le royaume pour quelques jours après la réunion des conseillers, envoyez-le le plus loin possible, ordonna-t-il.

Laverna fut surprise, sa voix résonnait dans la grande salle.

Quelqu’un d’autre entra dans la grande salle.

— Vous êtes sûr que cette humaine n’est pas un danger ? demanda un homme.

— Non, affirma le roi.

— Comment pouvez-vous en être sûr ?

— Je ne le suis pas, dit-il d’une voix grave, et je n’ai pas à me justifier. Je suis le roi, claqua-t-il.

— Bien, conclut l’homme, je vais faire en sorte que vos ordres soient appliqués le plus rapidement possibles.

La petite silhouette quitta la salle.

Laverna s’avança pour poser sa main sur la poignée de la porte. Elle tient bon. Elle hissa son autre jambe sur le tout petit rebord. Elle n’avait plus qu’à faire une entrée fracassante et s’élancer de tout son corps. Les gouttes perlaient sur son front et son corps était tendu à son maximum.

— Où est-elle ? demanda une voix féminine.

— Elle cherche quelque chose pour moi.

Laverna devina aussitôt Héra. La colère teintait sa voix. Elle n’avait plus rien de son amie, d’autrefois. Il n’y avait plus cette lueur familière. Et son sourire qu’elle lui réservait avait disparu. Et sa présence réconfortante n’existait plus. Elle était simplement un nouveau dieu ordinaire.

— C’est dangereux, Mercure. Laverna va finir par se faire tuer ou pire, se faire couper les mains ! Elle ne sait pas réfléchir, elle avance tête baissée. Et tout ce qu’elle veut c’est de l’or, elle ne pense qu’à elle-même.

Laverna sentit quelque chose se tordre dans son estomac, comme si les paroles de son amie l’avaient touchée. Une vieille blessure s’ouvrit à nouveau et elle sentit ce même trou béant revenir et l’engloutir. Héra lui avait manqué si fort qu’elle en avait pleuré des jours entiers et s’était détestée si fort qu’elle avait abandonné tout espoir. Elle faillit trahir sa présence en ricanant. Elle avait toujours eu faux. Héra n’avait jamais été son amie. Elle restait par intérêt.

Elle l’oublia, elle et le reste de la salle du trône. Elle se hissa sur le côté et ouvrit la porte en même temps. Tout se faisait d’un moment précis. Elle se jeta à l’intérieur. Elle se rattrapa aussitôt. Elle tomba à genoux et attendit. La salle était éclairée. Elle ferma la porte derrière elle doucement. La salle était vide. Il n’y avait aucun soldat. Elle s’avança et resta sans voix. Des bijoux par milliers étaient posés un peu partout. Elle nota une quantité d’or et d’autres objets brillants. Elle posa une main tremblante, sous l’effort, sur ses yeux. Elle ne rêvait pas. Toute la richesse du royaume était entassée dans une énorme salle, et elle était dans cette pièce.

Elle laissa échapper un rire surpris. L’adrénaline palpitait sous ses doigts. Elle n’osait même pas faire un pas en avant de peur que tout ne soit qu’un rêve. Elle resta de longues minutes à observer chaque centimètre.

Elle finit par s’avancer et toucher. Les pièces étaient froides sous son touché, tout était froid malgré le soleil qui s’infiltrait de toute sa chaleur.

Elle observa toute la pièce, elle sentait sa tête tournée par tout cet or. Elle ne verrait plus autant d’or de toute sa vie, elle était sûre que Liamos n’avait pas autant d’or dans sa vallée.

Elle finit par redescendre sur terre et se mettre à la recherche du collier.

Il ne se trouvait nulle part. Tous les bijoux et pièces de différentes tailles étaient empilés sur des tables. Certains colliers étaient attachés sur les murs avec les tableaux les plus somptueux, et d’autres se trouvaient à terre. Elle finit par perdre patience. Elle osa un coup d’œil à la fenêtre. Elle posa ses deux mains moites sur le rebord de la fenêtre poussiéreux. Quelque chose chuta dans un bruit sourd. Elle jura et se baissa. Une fine boîte s’était ouverte sur le sol. Elle la ramassa et son corps entier vibra. Elle leva le collier devant ses yeux. La pierre verte pendait joyeusement dans le vide.

La joie inonda son ego. Elle était douée et chanceuse, bien plus douée que ce que pouvaient dire les autres. Elle passa la tête sous la chaine et cacha la pierre sous sa tunique.

La porte s’ouvrit en fracas. Elle tomba à la renverse sous la surprise. Il y avait donc une autre entrée ?

Le soldat semblait étonné et en colère. Son regard semblait défier toutes les gravités du monde. Il frappa des mains et elle se retrouva plaquée contre la porte par laquelle elle était entrée. Elle posa sa main sur la poignée. Héra avait raison, elle était irréfléchie.

Le soldat s’avança dangereusement. Elle prit appui sur la porte pour lui coller son pied au visage. Il hurla et recula alors que les autres arrivaient en renfort. Elle ouvrait déjà la porte en priant. Elle se jeta dans le vide. La peur comprima ses poumons. Elle heurta durement les vitraux qui grincèrent sous le coup. Elle s’exécuta aussitôt et entreprit de descendre aussi vite que son corps lui permettait. Elle laissa ses pieds la guider. Elle sautait à chaque prise. Elle n’était même pas sûre de sa prise qu’elle se lâchait déjà pour retrouver une seconde prise sur les rebords glissants.

Un bruit sourd déchira le silence. Elle s’arrêta aussitôt. Quelque chose arriva sur elle, une ombre dorée. Elle se doutait que ça allait faire mal. Elle jeta un coup d’œil sur le vide. Elle était à dix mètres du sol. Comment avait-elle pu descendre aussi vite ? L’adrénaline était la meilleure des drogues.

Le regard affolé d’Héra la fit sourire. Mercure était étonné alors qu’un autre sourire énigmatique étirait déjà ses lèvres alors qu’Apollo croisait les bras sur sa poitrine pour attendre le grand final.

L’ombre arriva à grands pas. Elle tendit la main vers elle pour découvrir l’étendue des pouvoirs, ça ne devrait pas être quelque chose de dangereux. Sa main se lacera aussitôt au toucher. Elle hurla de douleur malgré elle et lâcha toute prise. C’était bien trop dangereux. Elle se laissa chuter et se roula en boule. Son corps heurta quelque chose de plein fouet et elle roula sur le côté. Sa tête lui faisait un mal de chien. Elle se releva aussi vite en tenant sa main en sang contre sa poitrine. Sa tête lui tourna dangereusement et sa tunique fut aussitôt pleine de sang.

Elle leva les yeux sur le plafond, il n’y avait plus de trace des soldats. Essoufflée, elle baissa les yeux sur le roi. Il se releva doucement en se frottant le crâne. Une coupure s’étendait à son front.

— Quelle chance, je suis tombé sur vous, se moqua-t-elle, alors qu’elle sentait une vague de chaleur l’envelopper dangereusement.

Elle allait s’évanouir, elle le sentait. Elle avait fait trop d’efforts et le choc de sa blessure était de trop. Elle grimaça aussitôt en sentant sa main bruler entièrement. Elle baissa les yeux sur sa blessure. Elle blêmit. De longues coupures s’étendaient sur toute sa main et le sang coulait abondamment sur le sol. Elle tira sur sa tunique et comprima aussitôt sa main. Elle sentit son corps entier trembler. Elle avait déjà vécu ce moment. Ce moment où la peur dépassait la douleur. Elle pouvait encore sentir la douleur cuisante de ses poignets et l’odeur du sang lui donner la nausée. Un marchand avait tenté de lui couper les deux mains. Si elle ne s’était pas enfuie avant ça, elle aurait perdu ses mains et la vie.

Elle entreprit d’enrouler le morceau de sa tunique sur sa main tremblante. Elle jura mentalement. Le morceau fut aussitôt inondé de sang.

— Pourquoi faut-il que tu touches à tout ce qui brille ? s’écria Héra en posant sa main sur la sienne.

Laverna recula vivement. Elle buta sur une marche du trône et faillit s’écrouler et sûrement se briser quelque chose. Héra se ferma à toute émotion.

— Je ne suis plus ton problème, cracha Laverna en portant sa main blessée sur sa poitrine.

Elle ressemblait à un petit animal effrayé par le monde qui l’entoure.

— Tu…

Laverna fit un effort surhumain pour dépasser Héra et quitter la salle du trône. Mais ses jambes ne la suivirent pas. Elle s’écroula sur le sol. Son corps entier se crispa sous la douleur et sa main prises de spasmes. Elle ferma les yeux contre le sol. Elle n’allait pas s’en tirer seule. Elle sentit l’inconscience la tenir et elle se laissa berner par le sommeil.

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