Chapitre 13

21 minutes de lecture

Se délaisser du sommeil fut bien plus compliqué qu’elle ne l’aurait cru. Elle resta, à ce qui lui semblait des heures, à errer dans un brouillard sans fin. Plus aucune douleur n’irradiait son corps et son esprit lui semblait tranquille.

Elle finit par ouvrir les yeux avec une force surhumaine. Une lumière lui força à les refermer aussitôt. Elle soupira et posa sa main qui n’était pas blessée sur ses yeux clos. Elle finit par se redresser malgré la protestation de son dos qui craqua et laissa un écho dans la salle blanche. Elle rouvrit les yeux stupéfaits de tomber sur le roi. Il se tenait contre le mur blanc, les mains croisées contre sa poitrine. Il la fixait avec ce regard inexplicable. Elle fronça les sourcils et coupa leur contact. Mal à l’aise. Elle se racla la gorge et tomba sur Héra assise sur une chaise, Diagon derrière elle, la main posée sur le manche de son sabre.

— Tu penses réellement que je vais attaquer, ici même ? demanda-t-elle d’une voix fatiguée. Elle glissa les yeux sur Héra. Quoique, je suis une personne irréfléchie, renchérit-elle.

Elle ignora le regard d’Héra qui se mêlait à la colère et quelque chose d’autre qu’elle ne connaissait pas d’elle.

Elle finit par baisser les yeux sur sa main. Elle n’avait senti aucune douleur depuis son réveil. Elle avait été envahie d’une panique soudaine que sa main soit coupée, mais ses doigts bougeaient sous les draps soyeux. Elle ne s’étonna même pas d’être restée endormie tout ce temps. Ce lit était bien plus confortable que le sien sur l’île. Elle avait l’impression de dormir sur un nuage chaud et plutôt bien rembourré.

Elle oublia la douceur du lit et baissa les yeux sur sa main bandée. Un bandage noir couvrait sa main entièrement. Elle écarta les doigts capturés dans les bandages. Le bandage se défit aussitôt et la moitié glissa sur le drap blanc.

— Encore un peu plus et tu perdais ta main Laverna, reprocha Héra. Pourquoi avoir touché ? s’énerva-t-elle finalement.

Laverna faillit lui lancer quelque chose au visage, mais par manque de projectile et elle s’entassa sur son oreiller.

— Tout simplement parce que c’était nouveau, s’expliqua-t-elle d’un ton boudeur. Comment aurais-je pu savoir que ça ferait ça ?! s’exclama-t-elle.

— En ne touchant pas, par exemple !

— Oh, ta gueule.

Héra pinça des lèvres et ne fit aucune remarque sachant que ça ne servirait à rien de discuter. Laverna défit les derniers bandages de sa main et l’examina. Elle ne porta aucune cicatrice. Elle haussa les sourcils, surprise. Elle frissonna en se souvenant de la douleur cruelle qu’elle avait ressentie, elle n’avait pourtant pas rêvé. Ils l’avaient guérie.

— Vous pouvez tout faire…

Mercure décroisa les bras pour poser ses deux mains sur les barreaux en métal du lit.

— On peut tout faire, comme tuer.

Laverna aperçut une lueur glaçante dans le regard de Mercure. Cette fois-ci, elle ne brisa pas le contact. Voulait-il lui faire passer le message qu’il pouvait la tuer à tout moment ? Parce qu’actuellement, elle le croyait. Elle sentit son corps déglutir et elle se sentait bien inférieure que jamais. L’attaque des soldats lui avait montré qu’elle n’était qu’une humaine insignifiante, et peu importe si elle avait un talent pour voler ou se battre, son niveau serait toujours inférieur à eux. Ici, elle n’était qu’une simple fourmi qu’ils étaient sûrs d’écraser du pied, elle était sans défense. Elle devait redoubler d’efforts et peut-être réfléchir un peu plus dans le moindre de ses gestes.

Mercure finit par lui sourire, un sourire glacial qui la tétanisa plus qu’elle l’aurait cru.

— Le collier ?

Elle resta interdite, bloquée dans ses yeux verts qui semblaient toujours la mettre en joue.

— Quoi ? balbutia-t-elle.

— Le collier, tu l’as ?

Elle cligna des yeux et porta une main sur sa poitrine. Elle sentit le métal froid contre sa peau. Elle passa le pendentif au-dessus de sa tête et lui tendit. Il n’avait même pas souffert par sa chute.

Mercure examina le pendentif avec précaution. Il esquissa un sourire.

— Ingénieux d’être passé par le plafond, siffla Diagon.

— Je n’ai simplement pas trouvé l’autre porte, mais je suis sûre que je serai tombé sur un piège ?

Mercure ricana alors que Diagon s’esclaffa. Elle fut stupéfaite. Diagon lui semblait froid et presque insensible.

— Elle se trouve dans mes appartements privés.

Elle haussa un sourcil.

— Qui est ?

Mercure éclata de rire. Laverna fut tentée de le suivre.

— On vient à peine de se rencontrer, Laverna.

Elle écarquilla les yeux malgré elle et pouffa à son tour.

— Attendons encore une semaine dans ce cas, ajouta-t-elle avec un rictus.

Il répondit d’un simple sourire, puis il reporta aussitôt son attention sur le pendentif et le glissa dans sa poche.

— Bien, dit-il pensif, tu sembles aimer les défis. Mais je ne serai pas toujours là pour te rattraper ou te sauver de la noyade, affirma-t-il d’une voix dure. Si tu veux travailler pour moi, tu dois tout faire pour rentrer en vie et remplir ta mission correctement.

Laverna le prit comme un défi.

— Ce sont des risques.

— Tu dois savoir réfléchir avant de sauter.

— Vos soldats étaient à mes pieds, et apparemment ils aiment tuer.

Il secoua la tête.

— Ils protègent le royaume.

— Ils pourraient simplement discuter à la place de tuer à tout bout de champ, est-ce qu’ils savent réfléchir, eux aussi ? demanda-t-elle avec mépris.

— Discuter avec toi est un vrai défi, claqua-t-il.

— Je pensais que vous aimiez les défis ? lança-t-elle faussement déçue.

Il rouvrit la bouche et la ferma aussitôt, son audace semblait le faire sourire. Il repoussa les mèches de son front.

Il posa une nouvelle fois les mains sur le barreau de son lit, cette position semblait le mettre en position de roi autoritaire prêt à se faire entendre.

— Je suis sérieux, Laverna. Si tu n’es pas capable de réfléchir un tant soit peu, tu peux rentrer chez toi sans or.

Elle sentit la colère monter et elle se redressa oubliant ses courbatures.

— Nous avions un accord, scanda-t-elle.

Il hocha la tête.

— Que tu dois suivre à la lettre et ne pas mourir dès la première mission.

— Ce n’était qu’un essai, pas une mission, rectifia-t-elle.

— Et tu penses mieux faire pour ta prochaine mission ?

Elle haussa un sourcil.

— Qui se trouvent ?

Il lança un regard à Héra et Diagon. Ils partirent aussitôt de la chambre sans un mot. Laverna les regarda partir sans discuter ou demander la moindre information. Elle était certaine que le rôle de reine lui irait à la perfection. Être riche et ordonné sans la moindre contradiction.

Mercure prit aussitôt la place d’Héra. Il se laissa aller sur la chaise. Ses traits tirés par la fatigue le rendaient bien plus jeune qu’il voulait le montrer. Après tout, il n’avait qu’un an de plus qu’elle.

— Je soupçonne un de mes conseillers capables de trahison.

Laverna fut stupéfaite.

— Je pensais que la paix régnait depuis la nuit des temps, se moqua-t-elle.

Il eut un sourire.

— Je suppose que la mort de mon père et mon jeune âge les troubles, admit-il.

Laverna finit par repousser la couverture et faire face au roi. Elle croisa les genoux et repoussa ses cheveux sur son dos.

— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

— J’ai d’abord eu un doute quand Apollo m’a fait remarquer qu’ils tenaient une réunion dans un endroit secret et à l’abri des regards. Ils semblent suspects chaque fois que je pose le regard sur chacun d’eux.

— C’est normal, dit-elle, ce genre de chose impose souvent la folie, avoua-t-elle en réfléchissant.

Il pouffa et elle fut tentée de lui donner un coup dans les genoux.

— J’ai volé de la nourriture sur un stand sur le marché, commença-t-elle, j’ai apporté la nourriture et je l’ai partagée avec certains qui n’étaient plus en mesure de voler. J’ai été dénoncé le lendemain et le marchand s’est chargé lui-même de me couper les mains. Elle baissa les yeux sur ses poignées qui portaient deux grosses cicatrices. Si Ylio n’était pas venu à temps, le marchand et son fils m’auraient coupé les deux mains et je serais sûrement morte à l’heure qu’il est.

Le roi leva les yeux sur elle. Il semblait intrigué par sa révélation. Il glissa son regard sur les deux cicatrices qui avaient blanchi par le temps et le soleil.

— Je n’ai jamais su qui m’a dénoncé, et vos dieux savent que j’ai cherché. J’ai questionné chacun qui avait partagé la nourriture, et je suis vite devenu parano, assura-t-elle d’une voix plus faible. Je n’osai même plus voler alors que c’est ma plus grande passion. Elle soupira. Mais sans ce travail, j’étais fichu. J’ai dû réapprendre à voler après ça.

— Là, je parle d’un pays entier, d’une terre, d’un continent, Laverna. Je suis désolée, mais si je tombe, le pays tombera aussi. Chacun de mes conseillers a des idéaux bien différents. Je suis même sûr que certains mèneraient le pays en famine ou détruiraient le pays.

— Qui est le plus influent ?

— Atlas.

Le nom lui était inconnu, et elle se doutait que son visage l’était aussi.

— Il me faut le rencontrer, dit-elle, et je ferais ce que j’ai à faire, lança-t-elle en haussant les épaules.

Mercure pouffa et se redressa.

— Tout semble si facile pour vous.

Elle lui répondit par un sourire espiègle.

— Bien sûr, cet Atlas ne doit pas se douter que je serais là pour l’espionner. Il me prendra pour une bête de foire. Comme tous les nouveaux dieux.

— Ne te montres pas à lui, insista-t-il, il y a des rumeurs sur son compte à propos des humains.

Elle plissa les yeux.

— Quels genres ?

Mercure sembla mal à l’aise.

— Je verrais bien par moi-même, répondit-elle.

Mercure se leva et le retint malgré elle.

— Pourquoi me faire confiance alors que ma propre amie ne le fait pas, elle marqua une pause, ne l’a jamais fait.

— Tu me fascines par ta force, ton audace et ta confiance, dit-il d’une voix légère.

Il toucha la poignée et ouvrit la porte. Il jeta un coup d’œil derrière son épaule.

— Fais attention, Laverna. Ce monde est bien plus cruel que tu penses le croire, et peut-être que ton audace n’ira pas si loin que tu le penses.

Laverna fronça les sourcils, mais ne répondit pas. Mercure quitta la chambre et Laverna s’autorisa à souffler. Elle avait mal jugé le roi. Elle l’avait pris pour quelqu’un d’amusant et peut-être manipulable, mais il s’était révélé qu’il portait une personnalité bien plus forte et terrifiante qu’elle ne l’aurait cru. Il lui avait fait peur avec ces menaces auxquelles elle ne ferait pas le poids. L’ombre dorée lui avait bien prouvé. Elle n’était rien d’autre qu’une simple fourmi.

Elle resta figée dans le temps à fixer le plafond d’un blanc immaculé et à respirer l’odeur du désinfectant qui commençait à chatouiller les narines.

Elle quitta la pièce quelques minutes plus tard pour rejoindre ses appartements. La pièce était baignée dans un soleil chaleureux. Elle s’avança vers la fenêtre et y colla son visage. D’ici, elle voyait l’étendue de l’océan et les silhouettes des nouveaux dieux. Elle resta un moment à regarder le ciel qui prenait une teinte orange. Elle ouvrit doucement la fenêtre et laissa une brise légère s’engouffrer dans la chambre et soulever ses cheveux noirs.

Le calme prenant de l’île lui manquait presque, et par calme elle voulait parler, des cris, des rires et des brouhahas de la vie quotidienne. Mais ce qui lui manquait le plus était Ylio. Leurs conversations au sommet d’un arbre et les rêves différents qu’ils avaient. Ils étaient si éloignés et à la fois tellement proches. Elle se sentait presque seule, ici. Elle ne connaissait personne d’autre qu’elle-même. Héra ne comptait plus.

Elle retira sa tunique et prit un bain pour retirer le sang qui la salissait et laissait une odeur désagréable. Elle dut se battre un moment pour remettre sa robe restée sur le sol. Elle lava rapidement sa tunique et l’étala sur le sol devant la cheminée pour la faire sécher.

Elle repoussa ses cheveux de son visage et les tressa derrière son dos.

Le couloir était vide et si silencieux qu’elle en avait des frissons. Elle trouva rapidement la sortie du palais. Les soldats restèrent méfiants à sa sortie en dehors des murs d’ivoires. Elle jeta un coup d’œil derrière son épaule quelques mètres plus loin. L’un des soldats était déjà parti donner son rapport. Elle l’ignora et s’engouffra dans les rues encore chaudes. Elle devina que la nuit allait être froide malgré tout. Elle avait entrepris de poser un simple tissu en laine sur ses épaules qu’elle avait trouvé dans l’armoire.

Les rues étaient propres et avaient cette odeur de fleur qu’elle connaissait si bien. Elle admira chacun des stands et les boutiques si nombreuses. Elle resta scotchée devant chaque vitrine chaleureuse et pleine de trésors à porter.

Les regards à la fois choqués et intrigués se tournaient souvent sur elle et sa chevelure noire. Elle avait la nette impression qu’elle courait un danger. Elle serra son sabre contre elle. Elle avait dû déchirer une couture à la taille pour le faire passer sous son jupon. Il était pratiquement invisible sous la soie rose et bleu.

Elle finit par se lasser des boutiques qui vendaient de la nourriture en grosse quantité et bourrée de sucre. Elle préféra s’aventurer dans les rues plus étroites et qui semblaient se fendre dans une atmosphère bien plus brillante. Elle sourit en s’y aventurant. Des guirlandes lumineuses étaient suspendues sur les maisons ou les devantures de boutiques. Elle fut stupéfaite qu’aucune maison ne brule. Les nouveaux dieux s’agglutinaient entre les différents stands étalés un peu partout et devant les boutiques. Laverna resta ébahie par la beauté des robes et le raffinement des bijoux. Son instinct prit le dessus, mais elle le chassa. Elle avait un accord et ne le briserait pas malgré son instinct.

Elle s’aventura dans le groupe de stands et observa la grandeur des bijoux et la douceur des tissus. Elle toucha du bout des doigts une étoffe de soie rose, le même tissu qui entourait ses cheveux. Elle fut prise d’une envie irrésistible de le posséder. Mais sans argent, ça rendait les choses compliquées. Elle resta quelques minutes devant le tissu et le quitta, le cœur brisé.

— Vous revoilà !

Laverna leva les yeux et fut stupéfaite de regarder la vieille femme qui lui avait offert la broche. Elle ferma les yeux en renvoyant Éva la jeter par la fenêtre. Le seul bien qui lui appartenait et qu’elle n’avait pas volé. Elle chassa le souvenir et répondit au sourire de la vieille femme.

— Bonsoir.

— Comment s’est passée votre première journée ?

Laverna haussa les épaules et fut prise d’une bouffée de nostalgie.

— Mon île me manque, avoua-t-elle.

— Mais il faut savoir faire des compromis pour avoir une vie qui vaut la peine d’être vécue.

Laverna acquiesça d’un simple coup de tête et ses yeux se posèrent sur le pendentif de la vieille femme. Elle pencha la tête, certaine que la boule lumineuse à l’intérieur flottait.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle en pointant du doigt le pendentif.

La vieille femme posa ses doigts fins sur la pierre d’un violet pur.

— Un cadeau, dit-elle, un cadeau des dieux eux-mêmes.

Laverna faillit pouffer, mais se contenta de hocher la tête pour ne pas froisser la femme.

— Pourquoi vous ont-ils fait un cadeau ? demanda-t-elle, curieuse.

— Les dieux vous ont aussi fait un cadeau, dit-elle.

— Ah oui ?

— Ils vous ont laissé passer la mer et la malédiction.

Laverna fronça les sourcils.

— Pourquoi pensez-vous que vos Dieux ont fait ça ?

— Je ne sais pas, avoua-t-elle, je pense que vous faites partie de ces gens qui ont ce destin curieux et une forme d’aventure qui les divertit.

La vieille femme brisa leur contact visuel pour regarder derrière Laverna.

— Vous êtes suivie, remarqua-t-elle.

Laverna se tourna et croisa le regard d’Apollo et Diagon. Elle était sûre que d’autres soldats étaient sur ses talons.

— Je vois que la confiance n’est pas de mise, se moqua-t-elle.

La vieille femme se baissa pour prendre une boîte noire, un tissu rose pâle entourait la boîte pour faire un nœud parfait.

— C’est nouveau autant que pour eux que pour vous, il leur faudra du temps pour se faire à l’idée qu’ils ne sont pas les rois de ce monde. La chute sera lente.

Les lèvres de la vieille dame se fendirent d’un sourire et Laverna répondit malicieusement à son sourire.

La vieille femme lui tendit la boîte noire.

— Je pense que ceci vous appartient.

Laverna prit la boîte, curieuse. Elle tira sur le tissu qui céda aussitôt. Elle ouvrit la boîte, cette dernière cachait la broche qu’Éva avait jetée. Laverna leva la tête surprise et la vieille femme éclata de rire.

— Vous devriez faire attention à vos affaires.

Laverna la remercia et quitta son stand. Elle garda le tissu qu’elle glissa dans la boîte et partit d’un pas léger vers les autres boutiques. Cette fois-ci, la présence des soldats ne la laissait pas indifférente. Elle se glissa dans les rues presque désertes. Elle prit un pas plus rapide et se fondit dans le noir total qu’offraient les larges toits. Elle fut presque tentée de monter sur les toits et repartir au palais et les attendre fièrement à la porte. Mais elle n’avait pas envie de rentrer. Elle voulait découvrir les autres choses que cette ville pouvait lui offrir.

Elle se glissa dans une autre ruelle, elle longea les murs en jetant un coup d’œil derrière son épaule de temps à autre. Elle resta coincée dans une ombre dangereuse et ne s’arrêta pas une seule seconde. Elle finit par trouver une bonne cachette. Elle se glissa doucement dans une crevasse qu’offrait le mur d’une maison. Elle cessa de respirer quelques secondes. Elle entendit rapidement des pas lents et silencieux. Elle vit les deux ombres grandirent sur les pavés. Quelques secondes plus tard, Apollo et Diagon apparaissaient. Tous deux sur leur garde.

Elle fit un pas en avant et prit appui sur le mur.

— Vous cherchez ?

Les deux soldats sursautèrent pris sur le fait.

Diagon semblait en colère d’avoir été pris sur le fait alors qu’Apollo gardait ce même regard amusé qu’il semblait lui appartenir et avoir été créé pour lui.

— On trainait dans le coin, se justifia maigrement Apollo.

— Oh oui, et je pense que le chemin que j’ai pris semblait intéressant.

— Très.

— J’en suis sûre.

Elle lui sourit, mais elle était sûre qu’une grimace étirait ses lèvres.

— On ne te fait pas confiance, finit par dire Diagon alors qu’il l’examinait de la tête aux pieds.

— Moi non plus, ria-t-elle en secouant la tête. Je te rappelle que tu as voulu me couper les mains.

— Je souhaite toujours le faire.

Laverna était prête à lui sauter dessus, mais l’ennui prit rapidement place et elle fit demi-tour pour rejoindre le palais. La fraicheur la fit frissonner. Le soir tombait vite ici et le froid était cruel, alors que l’île était un vrai four la nuit comme le jour. Elle serra la laine autour de ses bras et laissa les deux soldats la suivre. Elle passa devant une longue vitrine. De jeunes femmes riaient et sautaient de joie devant la devanture. Curieuse, Laverna s’approcha. Elle resta bouche bée devant la beauté des robes. Elle bava littéralement sur les tissus de toutes les couleurs. Les robes étaient semblables à la perfection et elle s’imaginait aussitôt tourner sur elle-même et défiler dans les rues pour montrer que chaque robe lui allait parfaitement.

La robe noire lui tapa dans les yeux. Faite de soie et de dentelle. Elle était simple, mais ravissante. Les épaules étaient dénudées, mais le tissu en soie couvrait la moitié des avant-bras. Le buste ne devait pas trop serrer et le reste se lâchait dans un tissu noir recouvert d’une dentelle minutieuse et raffinée.

Elle tapa le bras d’Apollo.

— Prête-moi de l’argent.

Il parut surpris et éclata de rire.

— Tu rêves.

Elle s’offusqua et se tourna vers lui, pleine d’espoir.

— S’il te plait ! supplia-t-elle. C’est la robe de mes rêves.

Il la jugea du regard, mais elle resta à le regarder dans les yeux, pleine d’espoir.

Il croisa les bras sur sa poitrine.

— Non.

— S’il te plait.

— Non, claqua-t-il en levant les yeux au ciel.

Elle se tourna vers Diagon, mais son visage fermé lui fit changer d’avis. Elle se tourna à nouveau vers la robe qui semblait l’appeler. La joie se dissipa et il ne resta que la tristesse.

Elle bouscula Apollo pour passer et reprendre sa route vers le palais.

— Tu boudes ? s’étonna-t-il. Tu n’es qu’une enfant.

— Cette robe est magnifique, bien plus magnifique de toutes les robes que j’ai pu porter.

— Ses robes sont faites pour les nouveaux dieux, coupa Diagon d’une voix forte.

Laverna sentit son cœur touché par ses paroles. Elle se mordit l’intérieur de la joue.

— Je te ferai signe la prochaine fois que j’aurai besoin de ton avis, signala Laverna alors qu’ils passaient la porte du palais.

Diagon haussa un sourcil et s’aventura pour rejoindre l’escalier.

— Quel con !

Apollo ricana et suivit Diagon.

— Attends !

Apollo soupira.

— Je ne te paierais pas cette robe.

Laverna le fusilla du regard.

— Alors on parie ?

Apollo s’arrêta dans les marches, et Laverna conclut qu’elle avait touché une corde sensible. Il se retourna vers elle, un rictus sur les lèvres.

— Quel genre de pari ?

— Celui que tu veux, ajouta-t-elle rapidement.

Apollo prit une position sur la balustrade et la fixa de ses yeux marron, Laverna crut même y voir une étincelle. Il descendit les quelques marches pour la rejoindre.

— Très bien, dit-il. La dernière fois que tu m’as mise à terre c’était un coup de chance, marmonna-t-il. Essaie de me mettre à terre d’ici trois jours et je t’achète cette robe.

Laverna faillit sauter de joie, mais garda son calme. Elle laissa ses lèvres s’étirer dans un grand sourire.

— Je dois simplement te mettre à terre ?

— C’est ça.

— Facile.

Apollo éclata de rire.

— J’étais blessé quand j’ai dû me mesurer à toi…

— Ça reste une excuse, coupa-t-elle.

Il ferma les yeux, visiblement touché en plein ego.

— Je… Il éclata de rire. Tu veux cette robe ou pas ?

— Oui ! Bon d’accord, je te mets à terre et c’est tout ?

Il hocha la tête.

— Des règles ?

— Pour ton bien, je n’utiliserais pas mes pouvoirs.

Elle secoua la tête.

— Non, ça serait trop facile…

Son expression changea rapidement, et Laverna éclata de rire.

— C’est bon, calme-toi. Elle lui tendit la main. Nous avons un marché.

Il lui serra la main et Laverna et lui donna un violent coup à la cheville. Apollo ne bougea pas d’un iota. Elle étouffa un cri de douleur. Elle se baissa pour prendre son pied dans ses mains.

— Oh bordel de…

Apollo éclata de rire et se pencha pour lui lancer tout son sarcasme.

— Je te l’avais dit, une simple blessure peut nous nuire.

— Je m’en souviendrais.

Elle lui renvoya une grimace et Apollo fit demi-tour pour rejoindre la salle du trône. Elle leva son majeur dans sa direction. Mercure arrivait au même moment et son geste lui semblait presque destiné. Elle baissa aussitôt le doigt et fit demi-tour. Elle regagna rapidement le hall pour aller dans sa chambre.

Elle croisa Héra sur son chemin alors que les pas du roi se rapprochaient, c’était bien sa veine.

Héra l’aperçut aussitôt.

— Nous allons diner, dit-elle.

— Bon appétit, répondit Laverna d’une voix pressée.

Héra ferma les yeux et secoua la tête.

— Tu manges avec nous, Laverna, ne joue pas l’idiote.

Laverna leva les yeux au ciel et la suivit dans la grande salle à manger. Elle aperçut aussitôt Apollo s’avancer vers l’une des chaises. Elle dépassa Héra et Apollo. Elle tendit son pied au dernier moment pour faire obstacle à ceux d’Apollo. Ce dernier lui donna un coup derrière le genou. Elle trébucha et prit appui sur l’une des chaises au dernier moment. Apollo lui lança un clin d’œil et prit place sur l’une des chaises vides.

Elle le fusilla du regard et prit la place la plus éloignée du roi et d’Héra. Elle se laissa tomber sur la chaise et soupira malgré elle. Son assiette était déjà pleine. Elle toucha le contenu de son assiette avec sa fourchette. Elle fut surprise de constater qu’elle n’avait pas faim. Le repas qu’elle avait pris ce matin lui avait suffi. Et lui suffirait peut-être pour des jours encore. Le repas commença dans un silence que Laverna prit comme gênant. Elle resta à regarder son assiette pleine de viandes fumantes et de légumes qu’elle n’avait jamais vus. Elle leva les yeux sur les autres. Apollo parlait à voix basse à Mercure et Héra et Diagon se regardaient à la dérober. Elle fut tentée de quitter la pièce. Elle finit par lâcher doucement sa fourchette et boire son verre d’eau. C’était dans ce genre de moment qu’Ylio lui manquait. Il cherchait toujours quelque chose à redire ou laissait un silence apaisant reposer entre eux, mais sa simple présence semblait tous les gêner. Ça lui rappelait brutalement qu’elle n’était pas un nouveau dieu et qu’il lui faisait savoir, pourquoi se sentaient-ils obligés de l’inviter alors qu’elle travaillait simplement pour le roi ? Elle devait réussir à quitter la salle sans que personne ne la remarque.

Elle soupira mentalement et prit une longue inspiration et fit un effort surhumain pour prendre une bouchée de la viande. Son estomac se révolta et elle fut prise de nausée. Elle se leva et quitta la salle rapidement. Elle parcourra la large distance pour arriver dehors. Elle se baissa à temps pour vomir le contenu de son estomac. La sueur perlait rapidement sur son visage malgré le froid glacial qui lui fouettait au visage. Elle resta quelques minutes la tête baissée et le corps tremblant.

Une main chaude vient soulever ses cheveux et Laverna fut presque reconnaissante.

— Tu t’y feras, Laverna. Ton corps a besoin de temps pour s’y faire à toutes ses protéines que tu lui envoies.

Laverna ferma les yeux et laissa la main d’Héra lui caresser doucement le dos alors qu’elle était toujours prise de spasmes.

— Je ne veux pas m’y faire, dit-elle en fermant les yeux, je compte payer ma dette et rejoindre Ylio.

Héra ne répondit pas.

— Je ne suis pas comme toi, Laverna.

— Oh, tu crois ?

Elle s’essuya la bouche du revers de la main et se redressa. Quelques mèches collaient sur son front et ses joues. Elle ne cessa pas de frissonner.

Héra ferma les yeux et prit une longue inspiration.

— Je ne pouvais plus vivre dans un tel endroit, Laverna. Tu as cette force que je n’ai jamais eue, admit-elle d’une faible voix. Je suis toujours restée avec toi, tout simplement parce que tu étais drôle, tellement forte, tu avais cette forte personnalité et tu me donnais l’impression que notre vie n’était pas aussi désespérée. J’aimais cette façon que tu avais de tout prendre à la légère et le son de ton rire. Mais je ne supportais pas ton talent pour gâcher tout l’argent que tu avais durement gagné. Tu étais une bonne amie, mais égoïste. Tu passais ta petite personne en premier. Alors quand le roi m’a découvert, je n’ai pas laissé passer cette chance. Laverna on ne pouvait plus continuer comme ça !

Laverna partit d’un rire brisé.

— Je, sa voix se brisa une seconde fois malgré toute la tristesse de son départ arriva comme un tsunami. Tu n’imagines même pas le nombre de choses que j’ai gâchées pour toi. J’ai toujours fait passer ton plaisir avant le mien. Tu aimais le poisson et je t’en offrais chaque fois alors que je déteste ça. J’ai vendu nombre de choses auxquelles je tenais pour te mettre au chaud ou te payer à manger. Alors oui, excuse-moi d’avoir fait passer ma petite personne en premier. Je tiens à te rappeler que c’est moi qui travaillais pour nous deux. Et tu es parti sans même un petit regard sur la petite personne que je suis, pas même un merci.

— Et je t’ai protégé, combien de coups j’ai essuyés pour toi, parce que tu étais une petite humaine faible ?

Laverna recula sous l’agressivité de ses paroles.

— C’est fou comme on peut changer pour un peu de pouvoir et des draps en soie. Elle marqua une pause. Tu étais bien heureuse de manger la nourriture que la petite humaine faible te ramenait, non ? Elle fit un pas en avant. N’oublie pas que si tu es en vie aujourd’hui c’est grâce à une humaine comme moi.

Elle eut un rire sans joie.

— Essaie d’être reconnaissante Héra. Tu verras ça peut rendre les choses faciles. Elle la dépassa pour retourner au palais. C’est dans ce genre de moment que les vraies personnalités se dévoilent.

Elle rencontra le roi devant l’allée. Elle le salua d’un signe de tête et regagna sa chambre d’un pas fatigué.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire littexastronaut ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0