Chapitre 15

7 minutes de lecture

Un homme d’âge mûr apparut à l’embrasure de la porte. Laverna sentit aussitôt son regard sur elle. Il ne la quitta pas un seul instant des yeux, si bien que Laverna porta une main sur son fourreau. Un tremblement brutal la prit. Elle n’avait pas pris son sabre, et à l’heure qu’il était, Apollo devait l’avoir en sa possession.

L’homme fit un pas dans sa direction, il n’avait toujours pas quitté son sourire suffisant. Laverna connaissait ce genre de personnage. Il faisait partie de ces mêmes nobles qui venaient faire leur marché sur l’île. Hautain, détestable, supérieur et cruel avec eux. Elle avala difficilement sa salive. Elle comprenait maintenant le sens des paroles qu’avait prononcées Mercure. Cet homme la mettait mal à l’aise. Par habitude, elle ne restait jamais près d’eux. Elle se contentait de les voler et partait aussitôt à la recherche d’Ylio pour lui revendre.

L’homme s’avança et lui présenta sa main.

— Atlas, conseiller principal.

Elle haussa un sourcil. Mercure ne lui avait pas dit cette information cruciale.

Elle lui serra la main, malgré la protestation de son corps tendu. Sa poigne était forte et froide.

Il se tourna vers le roi et le salua et se laissa tomber sur la chaise. Laverna prit une longue inspiration et prit place sur la chaine vide. Peut-être qu’elle avait été impressionnée au premier abord, mais le regarder se vautrer sur sa chaise lui rappelait Liamos. Ils avaient su atteindre un but et se reposaient sur leur laurier.

Laverna interrogea Mercure du regard, mais ce dernier fouillait déjà dans un tiroir.

— Alors, Laverna, parlez-moi de vous, toisa Atlas. Je suppose qu’il n’y a pas grand-chose à dire, se moqua-t-il.

Laverna répondit à son rire et se tourna vers lui.

— Je suis sûre qu’il y a plus à raconter à votre sujet.

Il l’examina de la tête aux pieds. Elle était sûre qu’elle l’amusait.

— Il n’y a pas grand-chose, assura-t-il d’une voix fausse.

Il était définitivement comme Liamos. Elle soupira et se leva.

— Je dois y aller, dit-elle à l’attention du roi, qui ne daigna pas lui accorder un regard.

Elle partit sur ses dernières paroles. Elle traversa le couloir, la tête haute. Elle déboucha rapidement dans le couloir pour rejoindre le hall principal. Elle ferma la porte derrière elle en soupirant.

Elle tomba nez à nez sur Diagon. Il semblait essoufflé.

— Atlas est là ? demanda-t-il, inquiet.

Elle hocha la tête.

— Oui.

Il jura.

— Il n’aurait pas dû y aller sans moi, s’énerva-t-il en rentrant dans le couloir d’un pas rapide.

Laverna le regarda partir puis se lassa rapidement. Elle descendit pour rejoindre le hall. Elle ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre qu’Atlas quitte Mercure pour faire ce qu’elle aimait faire en plus de voler. Elle quitta le palais d’un pas léger pour rejoindre la grande place bondée. Elle se laissa tomber sur l’un des bancs qui faisaient face à l’océan. La matinée commençait à prendre fin. L’odeur salée de nourriture lui irritait le nez et menaçait son estomac.

Elle ferma les yeux savourant les rayons délicats du soleil de midi et une brise fraiche vint lui caresser le visage.

Elle pensa à Atlas. Il serait facile à débusquer. Il restait un homme simple et gras, comme Liamos.

— Pourquoi es-tu parti ? coupa le roi.

Elle grimaça et rouvrit les yeux. Le vent s’était levé. Mercure se tenait devant elle, les bras croisés sur la poitrine qui se soulevait rapidement. Il semblait l’avoir cherché partout.

— Parce que je n’aime pas ce genre de personne, et de plus, la politique ne m’intéresse encore moins.

Il ne bougeait pas. La colère ne disparut pas de ses traits bruts et symétriques. Laverna commençait presque à jalouser leurs traits de beauté. Elle soupira.

— Les hommes de son espèce sont tous les mêmes. Vous m’aviez dit que vos conseillers viennent de n’importe quel milieu, sauf s’il est un nouveau dieu, précisa-t-elle. Eh bien, cet homme a réussi à devenir conseiller d’un de vos seigneurs, et de plus, il est haut placé.

— Et ?

— Vous me gâchez le soleil.

Il la regarda, incrédule. Elle leva les yeux au ciel et se décala pour s’offrir de nouveau au soleil.

— Ce genre d’homme aime ce qui est accompli. Ils ont un rêve et font tout pour le réaliser, quitte à tuer un roi, raconta-t-elle en pensant à Liamos. Atlas a dû tuer son prédécesseur pour arriver là où est. Je suis sûre qu’à l’époque il était un homme plein d’ambitions et mince ?

Il semblait réfléchir. Il la regarda différemment comme si elle l’avait insulté où parler une autre langue.

— Vous le comparez à l’homme qui a tué mon père ?

Laverna ne sut pas comment interpréter sa voix. Était-il en colère ? Déçu ? Elle se racla la gorge et soupira.

— Oui, finit-elle par avouer, ils finissent par tous se ressembler.

— Comment ça ?

— Avant Liamos n’était personne, commença-t-elle, il y avait quelqu’un d’autre avant lui. Un bâtard. Il était respecté, et certaines rumeurs avançaient qu’il travaillait avec le roi, donc votre père. Il avait mené l’île dans la politique puis l’économie. C’est à partir de ce moment que vous veniez enfin chez nous, pas pour faire parvenir de la nourriture, mais pour acheter nos produits et nos fleurs. Je dois avouer que je ne rappelle plus de cet homme. Puis, l’ère a changé. Cet homme est mort, il se serait pendu dans la forêt. Pourquoi se pendre alors qu’il allait sûrement être le premier de l’île et bâtard à survivre de la pauvreté ? Elle haussa les épaules. Personne ne le sait vraiment, et je dois avouer en avoir que de vague souvenir, j’avais à peine huit ans à l’époque. Mais l’histoire avait fait beaucoup de bruit, encore plus quand Liamos a pris le règne de cet homme. C’est à partir de ce moment-là que les vols, les meurtres et d’autres atrocitées sont devenus une habitude sur l’île. Liamos rachète tout l’or qu’on lui donne contre de la nourriture et un toit.

— Pourquoi de l’or ?

Elle haussa les épaules.

— Je ne sais pas, avoua-t-elle, mais je sais qu’il garde tout son or dans une vallée qui m’appartient !

Mercure fronça les sourcils et finit par s’asseoir sur le banc à ses côtés.

— C’est suspect, non ?

Elle fronça les sourcils.

— Qu’est-ce qu’il ferait avec de l’or sur une île pauvre et sans bénéfice ?

Elle ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire.

— Il attend peut-être que quelque chose bouge, dit-elle, et cette chose est arrivée.

Il se tourna vers elle. Les rayons se reflétaient dans ses yeux verts. Laverna se surprit à les comparer à l’herbe verte du côté opposé de l’océan à des kilomètres du marché. Il lui fallait des heures pour s’y rendre et plus quand elle y allait avec Ylio qui passait son temps à parler et n’avançait pas aussi vite qu’elle.

Elle brisa le contact et leva les yeux sur l’océan, ici le goût du sel était différent et il n’y avait pas cette odeur nauséabonde.

— La mort de mon père ?

— Oui, souffla-t-elle, presque gêné de devoir toujours le remettre sur le tapis. Ma venue également.

— Je ne pense pas que ta venue y soit pour quelque chose.

Elle sourit.

— Je vous pensais plus intelligent, mon roi ?

Il pouffa.

— Oh alors explique-moi, Laverna.

Elle répondit à son sourire.

— Il voulait que je vole votre couronne. Imaginez seulement si j’avais réussi à la dérober et que je serai rentrée sur l’île. Votre royaume serait en émoi et une tension y persisterait. Vous auriez dû mettre un point donneur sur vos soldats et faire face à la honte d’avoir été volé par une humaine sous vos yeux. Et de plus, vous auriez dû vous montrer sur l’île que vous avez privée de nourriture. Vous auriez dû faire face à notre peuple en colère et à Liamos. Elle le coupa. Je sais les humains son facile à tuer, mais je pense honnêtement que si Liamos a réussi à tuer votre père alors il est capable de bien plus, la preuve il a réussi à me faire venir ici.

— Ce sont les dieux qui vous ont fait venir et qui vous ont mis sur mon chemin.

Elle secoua la tête.

— Tout n’est pas de coïncidence, ajouta-t-elle, peut-être que ma beauté égale à celles des jeunes femmes du royaume, se moqua-t-elle, que votre Jupiter est tombé sous mon charme.

Mercure pouffa et leva les yeux sur le ciel.

— Ne crie pas victoire tout de suite, dit-il amusé, il y a des rumeurs qui circulent que Jupiter aimait tomber sous les charmes de ces dames et que tout finissait souvent tragiquement.

Elle haussa les épaules et prit une longue inspiration.

— Sans vouloir, vous vexez vous ou Jupiter, mais je pense que ma vie finira tragiquement.

Il ouvrit la bouche, mais fut coupé par Apollo qui arrivait en courant. Elle fut surprise de le voir encore ici et pas sur l’île.

— Un problème ?

Il hocha vivement la tête. Il s’avança et murmura quelque chose à l’oreille de Mercure. Ce dernier blêmissait à mesure qu’Apollo parlait. Il jeta un coup d’œil à Laverna et se leva.

— Un problème ? demanda Laverna, curieuse.

Il secoua la tête et prit une longue inspiration.

— Commence, dès maintenant, ce que tu dois faire, dit-il d’une voix blanche.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire littexastronaut ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0