Chapitre 18

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Laverna soupira et le laissa partir cette fois-ci. Elle resta un instant sans bouger. Elle finit par perdre patience, sachant qu’il ne reviendrait pas. Elle quitta le bureau et reprit le chemin pour rejoindre sa chambre. Aller dehors ne servirait à rien d’autre que déclencher une autre bagarre semblable à celle d’hier et elle n’était pas assez forte pour encaisser les coups. Son corps lui faisait mal et sa joue n’était pas mieux.

Elle savait qu’elle n’était pas de taille contre eux, mais là, elle en était certaine. Elle avait voulu voir trop gros et elle s’en mordait les doigts. Ce monde, leur monde, n’était pas fait pour elle. Elle avait eu rarement peur dans sa courte vie, mais là, elle n’osait plus mettre un pied dehors. Maintenant, elle savait pourquoi aucun humain ne vivait sur leurs terres, parce qu’ils étaient tout bonnement dangereux pour eux. Les dieux essayaient simplement de les protéger de ce monde dangereux, un monde où les humains n’étaient plus au premier rang de la chaine alimentaire. Sur l’île, elle se sentait invincible et supérieure aux autres, mais ici, elle se sentait faible et dans un danger constant. Même s’il ne s’agissait que d’une simple bagarre de rue, elle était sûre que le soldat aurait pu la tuer. Son regard rempli de haine lui avait fait partager l’idée.

Elle se laissa choir sur son lit, les yeux rivés sur le ciel qui prenait toujours juste des nuances dorées. Elle ne s’était jamais reposée de la sorte, même si son corps était en pleine tension et sur ses gardes.

On frappa à la porte, elle se redressa et posa sa main sur le manche de son sabre. Elle se leva doucement en gardant sa lame devant elle. Elle fronça les sourcils serrant un peu plus le sabre dans ses mains. Ça n’était pas le sien. Elle faillit le lâcher par peur. Quelqu’un était venu dans sa chambre le déposer. Elle avala difficilement sa salive et tomba sur un morceau de papier, une simple lettre, qui lui rappelait celle qu’Héra aimait dessiner. La même qu’un vieil homme lui avait appris à dessiner il y a des années. Elle serra un peu plus le sabre et la remercia intérieurement pour ce cadeau. Peut-être qu’Héra gardait un semblant d’humanité. Le coup retentit une seconde fois la sortant de sa réflexion. Elle posa sa main sur la poignée et ouvrit doucement la porte.

Elle haussa un sourcil et baissa sa lame pour dévisager le roi. Il se tenait droit, sa couronne sur la tête. Sa lèvre était fendue et un bleu commençait à naitre sous son œil gauche.

— Vous avez trouvé Atlas ? demanda-t-elle en ouvrant la porte et en lançant son sabre sur son lit qui rebondit doucement sur les couvertures défaites.

Il soupira et entra dans la chambre sans en être invité. Elle ferma la porte derrière lui.

— Il a avoué, commença Mercure d’une voix rauque.

— Seulement Atlas ? demanda-t-elle en s’asseyant sur le bord de son lit alors qu’il prenait place sur la petite chaise de la coiffeuse.

— Oui, dit-il, je l’ai laissé réfléchir sur la suite.

Laverna ne put s’empêcher de ricaner.

— Alors je vole une simple bague et on me course après pour me couper les mains et soulever un trône on lui demande de réfléchir ?

— Ce n’est pas le moment Laverna.

Elle s’esclaffa et leva les yeux au ciel.

— Ça ne sera jamais le moment, conclut-elle en haussant le ton.

Mercure leva les yeux vers elle, la colère n’avait pas quitté ses yeux. Il serra ses poings parsemés de blessures.

— Le soldat qui t’a frappé a été envoyé en renfort sur l’île et y restera le temps que ses fautes soient effacées, dit-il. Les soldats n’aiment pas que tu travailles pour moi, avoua-t-il après un petit moment, tu es une voleuse après tout. Ils n’aiment pas savoir qu’une personne qui vole et qui se fit à un esprit malicieux peut déambuler dans les rues et dans le palais.

Laverna soupira.

— Je ferais ce que vous attendiez de moi et je repartirais chez moi, après avoir remboursé ma dette pour avoir volé cette couronne. Ce monde n’est pas le mien et j’en prends conscience chaque seconde. Vous êtes bien trop dangereux pour nous, souffla-t-elle.

Mercure ne répondit pas.

— Nos soldats sont entrainés à repousser un ennemi qui n’arrivera pas avant des siècles. C’est ainsi que nous vivons. Une histoire vieille de la chute des dieux plane sur notre royaume. Ils sont surentrainés pour empêcher la fin de notre règne et sûrement celle du monde. Ils ont peur que tu sois ce danger.

Elle leva la tête pour regarder le roi. Il ne mentait pas. Les coudes posés sur ses jambes et le regard rivé dans le sien.

— Quand ils ont su que tu étais passé ils ont pris peur et moi aussi. Cette histoire est réelle et effrayante, certains disent que c’est pour cette raison que les dieux sont tombés. Un dieu plus malin serait descendu chez les tout premiers humains pour semer le doute chez les dieux. Déjà affaiblis par le temps, les dieux n’ont jamais su ce que ce Dieu malin a dit ou fait aux humains. Ils n’ont laissé qu’un avertissement.

— Vous y croyiez ? demanda-t-elle, perdue.

— La plupart des avertissements des dieux se sont réalisés.

— Comme quoi ?

Un sourire étira les lèvres du roi.

— J’ai enfin piqué ta curiosité. Il reprit son sérieux. Des années avant ma naissance, ils avaient prédit une pluie de sang. Le sang s’est abattu sur la ville et ses alentours et quelques jours plus tard mon grand-père mourut. Des siècles plutôt ils avaient écrit que le monde chuterait. Il laissa passer un silence mélodramatique. Les habitations derrière le palais se sont effondrées dans l’océan faisant des milliers de morts.

Laverna se redressa.

— La falaise derrière le palais ? s’étonna-t-elle.

Il hocha la tête.

— Le roi est mort dans l’incident. Plus personne ne s’y promène en bateau, on considère le lieu hanté et porteur de malheur. Et puis, cet avertissement où le roi mourrait des mains d’un humain.

Laverna parut surprise.

— Votre père ?

Il hocha la tête.

— Aucun des rois précédents n’a été tué par un humain ?

Il nia et se leva de sa chaise.

— Qu’est-ce que l’avertissement dit ?

— Que les humains mettraient notre royaume à feu et à sang. Que nous chuterons de notre royaume d’ivoire et que nous devrions trembler.

Laverna ouvrit la bouche et la ferma aussitôt prise au dépourvu. Peut-être qu’elle pouvait comprendre leur point de vue, mais elle n’y était pour rien. Elle ferma les yeux. Bon d’accord, peut-être qu’elle était l’une des clés pour faire chuter le roi de son trône. Elle était venue ici dans l’espoir de lui voler la couronne et aider Liamos à réaliser son rêve stupide de devenir roi.

— Je ne pense pas que Liamos soit cet humain, assura-t-elle.

— Vous n’êtes pas sûr, dit-il d’une voix espiègle.

Elle haussa les épaules.

— Comme je ne suis pas sûre pour Atlas.

— Atlas a avoué et ne savait pas pour notre accord, dit-il, officiellement, tu es un rescapé.

Laverna pouffa.

— Et tout le monde le croit ?

— Ils sont obligés, assura-t-il d’une voix forte.

— Parce que vous êtes le roi ? ricana-t-elle.

Ses lèvres se fendirent d’un sourire amusé.

— Bien sûr, rétorqua-t-il, ils ont le devoir de m’obéir.

— Voilà, vos grands airs, chantonna-t-elle.

Il fouilla dans l’une de ses poches et sortit un petit sac en toile. Le bruit à l’intérieur attira son attention.

— Je devrais alors le garder pour moi, siffla-t-il.

Elle ouvrit la bouche.

— C’est pour moi ? s’emballa-t-elle, en s’avançant tout sourire.

Il leva le sac en dehors de sa portée. Le sourire de Laverna se fana aussitôt.

Il éclata de rire.

— C’était pour le travail fait sur Atlas, aussi facile qu’il soit, cette récompense vous appartenait.

— Je n’aime pas le passé dans votre voix, marmonna-t-elle.

Il se pencha vers elle sans quitter son air amusé.

Elle éclata de rire malgré elle.

— Oh non, j’ai touché votre ego…

— Et moi, le vôtre ! poursuivit-il en partant de la chambre avec l’or dans ses mains.

Elle écarquilla les yeux et le suivit.

— Quoi ? Mais c’est le mien, j’ai travaillé pour ça ! renchérit-elle.

— Il fallait y penser avant !

Elle le fusilla du regard et croisa les bras sur sa poitrine.

— Tant pis, céda-t-elle, si je ne peux pas sortir sans me faire frapper, ça ne servirait à rien.

Il fronça les sourcils.

— Le peuple n’est pas au courant de cet avertissement, s’il l’était une cohue sans nom aurait fait trembler le royaume, insista-t-il. Et je pense que tu serais déjà morte.

— Et vous, vous n’avez pas peur ? demanda-t-elle soudain.

— Peur de quoi ?

— De moi, répondit-elle aussitôt. Elle se mordit la lèvre et ajouta. Peur que je sois cette personne qui mettrait à feu et à sang le royaume ?

Il fit un pas en avant.

— Rien ne m’effraie Laverna, dit-il sincèrement tout en gardant un rictus.

— Mais si je suis cette personne ?

Il haussa les épaules.

— Vous l’êtes ?

Ce fut à son tour de hausser les épaules.

— Je ne pense pas, murmura-t-elle.

Il lui tendit l’or.

— Va le dépenser, ordonna-t-il.

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