Chapitre 25

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Elle resta inerte au regard. Son corps était figé dans la douleur et l’effroi de sa mort prochaine. Son esprit le sentit, lui aussi, elle se revoyait courir sur le sable sale de l’île et rire avec Héra. Elle n’avait que six ans à l’époque. Puis, Ylio arrivant les mains dans les poches et son éternelle chemise d’un blanc immaculé. Le départ d’Héra. Le baiser d’Ylio. Le regard amusé de Mercure. Apollo la mettant à terre pour un foutu pari.

Le soldat bougea et Laverna sentit le froid la saisir. Elle allait y passer. Il se leva doucement, il chancela à son premier pas. Il se baissa et attrapa son sabre sans la quitter des yeux. Elle ne bougea pas d’un pouce et le regarda chanceler à chaque pas. Elle ferma les yeux et attendit.

Les secondes semblaient longues à mesure que les pas du soldat s’approchèrent d’elle. Laverna sentit son cœur battre si vite, qu’elle était certaine qu’il pourrait facilement éclater. Quelque chose buta sur sa jambe valide. Elle prit une inspiration et attendit le coup fatal. Il était si proche qu’elle sentit son corps trembler et une sensation qui lui était des plus inconnues, mais qui confirma qu’elle était prête à mourir.

Quelque chose tomba si près d’elle, qu’elle sursauta aussitôt. Elle resta les yeux fermés.

Quelque chose tomba sur le sol à quelques mètres d’elle l’obligeant à ouvrir les yeux. Elle baissa les yeux sur le soldat mort à quelques mètres d’elle. Les yeux ouverts, il regardait avec violence le sol humide. Elle avala sa salive et sentit son corps trembler de toute part. Elle leva les yeux alors sur Mercure qui arrivait en courant vers elle. Il jura et retourna vers le cheval pour l’attacher à un tronc. Il accourra ensuite vers elle. Le visage fermé. Il arriva rapidement à sa rencontre et posa un genou à terre pour la détailler. Elle fronça les sourcils, certaine qu’elle était dans un état second. Son corps entier la faisait souffrir, et la douleur de sa jambe était si forte qu’elle commençait à ne plus la sentir et oublier la nausée qui l’avait saisie.

— Pourquoi y es-tu allée ? s’énerva Mercure. Jamais, je ne demande aux conseillers.

Elle fronça les sourcils. Il voulait vraiment lui passer un savon alors qu’elle était en pièce ? Elle soupira et fit un effort sûrement pour parler.

Il leva la main pour toucher son visage, mais s’arrêta pour la poser sur sa jambe.

— Parce que c’était simplement de votre part, dit-elle d’une voix faible.

Il s’arrêta dans le geste qu’il comptait faire à sa jambe. Il la regarda à travers les mèches de cheveux.

— Tu me fais confiance ?

— Peut-être bien, murmura-t-elle en fermant les yeux.

— Fascinant.

Elle pouffa et grimaça aussitôt.

— Il y a plus fascinant comme rentrer au palais.

— Avec ton état, tu ne pourras jamais rentrer au palais, encore moins à cheval, marmonna-t-il.

Il toucha doucement sa jambe. Elle sursauta et gémit de douleur. Il leva aussitôt la main et le regard attentif aux moindres de ses gestes.

— Je vais devoir…

— Ne le faites pas, coupa-t-elle.

Il ricana.

— Laverna c’est grave. Je vais juste utiliser mes pouvoirs pour tout remettre en place, assura-t-il.

Elle ferma les yeux en sentant que la douleur serait bien plus forte qu’elle ne l’était davantage. Elle renifla et regretta aussitôt, le goût du sang envahit sa bouche.

— D’accord, grogna-t-elle, mais dépêchez-vous.

Elle sentit les mains chaudes de Mercure sur sa jambe, aussitôt la douleur gronda dans son corps entier. Elle grimaça et serra les poings. Puis, quelque chose de doux et chaleureux envahit son corps. Elle avait l’impression de voler haut dans les nuages. La douleur semblait s’être évaporée.

Puis, Mercure retira ses mains et elle retomba sur terre. Le corps encore meurtri par les coups et les écorchures. Elle rouvrit les yeux, la douleur foudroyante n’était plus là. Elle risqua à la plier. Aucune douleur ne se réveilla. Elle la déplia et fit aussi le même geste. Rien. Elle se tourna vers Mercure. Il semblait fier de lui-même.

Elle prit appui sur le sol pour se relever. Mercure se leva aussitôt et tendit les mains vers elle, mais elle resta adossée au tronc, incapable d’aller plus loin.

— Tu aurais dû venir me voir, au lieu de partir sans dire un mot, grogna-t-il, alors qu’il déchirait un morceau de sa tunique.

— Je ne discute jamais les ordres, siffla-t-elle, et ce conseiller me semblait gentil.

Il pouffa et s’avança vers elle. Il leva son bras et retroussa doucement sa manche imbibée de sang rouge. Il semblait au premier abord surpris face à la couleur rouge, puis il releva doucement la manche. Elle avait eu raison de ne pas regarder la première fois. La coupure était profonde et le sang coulait abondamment.

Elle prit une longue inspiration et quitta la blessure des yeux pour se concentrer sur autre chose.

— Donc, tu fais les choses parce qu’elles te semblent gentilles ? se moqua-t-il. Ce n’est pas digne d’une voleuse.

— J’ai commis une erreur, j’ai compris, dit-elle en serrant les dents.

Il posa ses doigts délicatement sur sa plaie. Elle se mordit l’intérieur de la joue et elle se voyait des années en arrière. Les poignets ouverts et le sang coulant abondamment. Liamos et Ylio lui avaient sauvé la vie. Après s’être enfuie, elle était tombée sur Ylio qui l’avait cherchée partout. Il l’avait rattrapée et avait couru chez Liamos qui lui avait sauvé la vie. À vrai dire, elle n’avait jamais su comment il avait fait, mais il l’avait fait et elle lui était reconnaissante, du moins, un peu.

La même sensation se répandit dans son corps.

— Je ne peux pas me permettre de te guérir en totalité, dit-il en enroulant le morceau de tunique autour de son avant-bras.

Le sang ne coulait déjà plus.

— Ça fera l’affaire, répondit-elle, le teint livide.

— Tu vas bien ?

Elle le fusilla du regard, et elle était certaine qu’il prenait sur lui pour ne pas ricaner. Elle n’avait pas la force de dire quelque chose. Elle se contenta de le laisser faire retomber sa manche et le regarder inspecter ses doigts rouges.

— Il y avait quelque chose qui accompagnait mes ordres ?

— Une enveloppe, indiqua-t-elle.

Il fouilla dans son sac et tira l’enveloppe pliée. Il l’ouvrit et lut les simples mots. Il fronça les sourcils et soupira.

— Tu devais l’emmener à qui ?

— Qu’est-ce qu’il y a d’écrit ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

— Laverna.

— Au seigneur du Nord, répondit-elle, agacée et fatiguée.

Il écrasa la feuille dans son poing.

— Tue-la.

Elle blêmit.

— Un piège dans toute sa splendeur. J’en suis presque flattée.

Il brula le papier qui partit aussitôt en fumée.

— D’accord, commença-t-il. Je vais aller rendre visite au seigneur qui se charge de cette partie du royaume.

— Quoi ? s’affola-t-elle. On ne peut pas simplement rentrer ?

Il s’esclaffa.

— Je pensais que toute trahison méritait une punition ?

Elle fronça les sourcils.

— Je ne me rappelle pas avoir dit ça, dit-elle.

Il s’avança vers elle et lui présenta sa main. Laverna hésita. Elle leva les yeux sur Mercure. Il la détaillait presque incertain. Le temps s’étira. Elle finit par faire un pas vers lui oubliant toute peur. Son corps ne fut pas de cet avis. Sa mauvaise jambe se plia et elle chancela. Mercure la rattrapa aussitôt.

Elle tenta de se rattraper du mieux qu’elle put. Elle se redressa et croisa le regard vert de Mercure. Ils restèrent un instant à se détailler. Laverna fut hypnotisée par le regard curieux du nouveau dieu.

Il baissa les yeux sur ses lèvres et elle fit de même. Une chaleur emplit le corps de la voleuse.

— Nous devrions rendre visite au seigneur, coupa-t-il après de longues secondes.

Il releva les yeux de ses lèvres après un instant.

Laverna hocha doucement la tête oubliant les lèvres de Mercure à son tour. Elle repoussa la chaleur étouffante de son corps et toucha sa mauvaise jambe de sa main libre cherchant à oublier une déception qu’elle ne comprit pas.

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