Chapitre 26

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— Je ne monte pas là-dessus, claqua-t-elle d’un ton catégorique.

— C’est un cheval, répondit-il fièrement.

— Je ne suis pas stupide, je sais ce que c’est, et je ne monterais pas dessus.

Il soupira.

— C’est ça ou tu restes ici, insistait-il, en jetant un coup d’œil au soldat encore inconscient.

— Bien, renchérit-elle, bon voyage.

Elle lâcha la main du roi et partit du sens inverse.

Elle l’entendit tiquer et il se tourna si rapidement qu’elle sursauta. Il posa ses deux mains sur ses hanches et la monta sur le cheval si rapidement qu’elle resta troublée quelques instants.

— Je suppose que ton sabre est quelque part ?

Laverna sentit l’animal bouger sous elle. Elle se rattrapa à la selle et s’y agrippa par peur de tomber.

— Ne me laissez pas là-dessus !

Mercure récupéra le sabre à terre. Il essuya le sang du soldat sur le tissu de sa tunique et ramassa au passage le sac de Laverna.

Il attacha son sac sur la selle et lui tendit son sabre.

— Tu n’es jamais monté sur un cheval ?

— C’est vraiment une question ? s’écria-t-elle en le maudissant.

Le cheval fit un pas en arrière et elle s’agrippa plus fort à la selle.

Mercure posa une main sur le pelage noir du cheval qui se calma aussitôt.

— Il sent que tu as peur, dit-il doucement.

Elle ferma les yeux et pinça les lèvres. Elle n’aimait pas ça du tout. Elle n’était jamais montée sur un cheval et n’aimait pas ça du tout.

Mercure rangea finalement le sabre lui-même dans le fourreau de Laverna qui ne cilla même pas. Elle l’entendit défaire la corde attachée au tronc. Il prit appui sur la selle et se hissa derrière elle. Elle sentit son corps entier se tendre, elle n’aimait pas ça du tout. Elle garda les yeux fermés, alors qu’il se pencha pour récupérer les rennes. Elle pouvait sentir son souffle chaud à travers le tissu encore posé sur ses cheveux.

Il tira sur les rennes et le cheval bougea aussitôt. Elle avala difficilement sa salive.

— Le voyage va durer longtemps ? demanda-t-elle au bout de dix minutes.

— Une demi-journée, répondit-il.

Elle soupira.

— Vous n’avez pas un pouvoir de vous déplacer sans marcher ? maugréa-t-elle.

— Actuellement, nous ne marchons pas, assura-t-il, moqueur.

Elle lui donna un coup de pied dans la cheville.

Il sursauta et elle pouffa.

— Quoi ? Vous ne l’avez pas vu venir avec vos pouvoirs divins ?

Elle l’entendit ricaner derrière elle.

— D’accord, tu m’as percé à jour, commença-t-il, nous ne pouvons pas tout faire.

— J’en étais sûre, chantonna-t-elle.

— Mais nous restons extraordinaires, ajouta-t-il.

— Attention à vos chevilles, prévient-elle avec sourire.

— Je peux me permettre toute prétention.

Le sourire de Laverna s’élargit, elle était sûre du regard fier qu’il devait bien porter.

— Je peux me permettre toute prétention, répondit-elle, vous n’avez qu’à voir mes talents pour voler. Je suis douée.

— Je t’ai déjà vue à l’œuvre, avoua-t-il.

Elle fronça les sourcils.

— Lorsque j’ai volé la bague d’Alsane à la salle du trône ?

— Non, il y a deux ans.

Elle parut étonnée et se tourna à demi pour le regarder. Aussitôt, quelques plaies se rouvrirent et elle regretta son geste. Elle grimaça et se plaça de nouveau en regardant droit devant elle. Oubliant que le corps de Mercure s’était rapproché d’elle.

— Quand j’ai volé cette stupide bague ?

— Je vous suivais, à vrai dire, nous avons déjà eu une piste sur Héra. Nous avons d’abord pensé que tu étais Héra. Alors j’ai été chargé de te suivre, raconta-t-il. Je dois avouer que tu sais t’y prendre. À certains moments, je pouvais voir ta main plonger dans les poches et certains moments, je n’y arrivais pas. Tu as un talent, admit-il.

Elle pouffa.

— Et vous ne m’avez pas arrêté ?

— Non, je sais à quel point votre vie est tragique, et la nôtre...Divine. Alors, je me devais te laisser gagner durement ton pain.

Elle pouffa.

— Je n’aurais pas pu en demander beaucoup avec une bague en rubis, mais pour nourrir Héra et moi-même c’était assez.

— Tu t’es sacrifiée pour Héra, commença-t-il.

— Oui, coupa-t-elle, et ma récompense est fulgurante. Si j’avais été bien plus intelligente j’aurais pu demander à votre père une compensation d’avoir nourri une bouche en plus.

— Je ne suis pas sûr qu’il aurait accepté, dit-il, moqueur.

— Ça m’aurait permis de fouiller les poches de votre père, justifia-t-elle, je suis sûre qu’il avait eu de quoi me nourrir pour toute une vie.

Le reste du voyage fut long. Laverna avait réussi à faire confiance au cheval et sûrement à Mercure qui savait maitriser la bête, ou peut-être était-ce l’inverse ?

Elle dut également s’assoupir. Elle avait senti son corps se détendre et son esprit s’embrumer. Elle se souvenait avoir résisté longtemps, mais ça avait été plus fort qu’elle. Elle s’était laissé aller sur Mercure sans penser que son contact ne l’effrayait plus.

Ce fut la pluie qui la réveilla. Elle se redressa doucement sans peine. Son corps la faisait toujours souffrir et les courbatures étaient raides et dures. Elle grimaça et posa une main sur sa nuque. Le tissu était déjà humide par la pluie fine. Elle tira dessus et laissa sa nuque respirer. La brise fraiche lui fit le plus grand bien.

Devant elle, s’étendait toujours ce même chemin sinueux et cette forêt interminable.

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