Chapitre 27

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— Ce chemin ne s’arrête jamais ? s’énerva-t-elle.

Elle l’entendit prendre une longue inspiration et bâiller. Elle n’osa pas se retourner pour le regarder. Ils semblaient bien plus proches.

— Encore une heure, dit-il d’une voix rauque.

— Vous vous êtes endormi ? demanda-t-elle, horrifiée.

Il pouffa.

— Le cheval sait où aller, et de plus, c’est toi qui t’es endormi. Mon corps n’a pas pu résister au sommeil que tu lui intimais de prendre.

— C’est ma faute maintenant ?

Son corps se tendit au rire bien humain. Elle se redressa et posa une main sur son sabre, prête à la moindre attaque d’un autre soldat.

— Du calme, ce sont des villageois, dit-il en posant une main sur la sienne.

Elle retira aussitôt sa main pour nouer à nouveau le tissu sur ses cheveux. Elle prit une longue inspiration. Ce côté de la forêt était habité, des habitants vivaient dans des maisonnettes en bois. Chaque habitant se courba à la venue de Mercure devant eux.

Laverna sentit son malaise doublé quand la ville se découpa devant eux. Elle jeta des coups d’œil furtif à chaque habitant susceptible de lui planter leur lame dans son corps ou user de leur magie. Elle posa machinalement une main sur son sabre.

— Je suis le roi, ils n’attaqueront pas leur roi.

— Ce sont vos conseillers qui l’ont commandité, ces mêmes conseillers qui ont voulu renverser votre trône, renchérit-elle.

— Nous allons continuer à pied, dit-il, piqué au vif.

— La demeure du seigneur se trouve loin d’ici ? demanda-t-elle alors qu’il l’aidait à descendre du cheval.

Il secoua la tête et lui tendit son sac.

— Ça va aller ?

Elle hocha la tête et fit basculer doucement son sac derrière son épaule. La blessure de son avant-bras se rouvrit et elle sentit le sang couler à nouveau. Elle se mordit l’intérieur de la joue. Elle pressa sa tunique contre sa blessure pour empêcher le saignement.

Mercure attachait le cheval alors que Laverna s’éloignait un peu. La ville semblait bien moins importante que celle où se trouvait le palais. Une grande place s’étendait à la rue suivante et elle fut tentée de la suivre. Une odeur de nourriture l’appelait. Elle s’avança encore un peu et déboucha sur la grande place. Un marché était installé. Son estomac hurlait famine. Elle s’avança vers l’un des stands, un homme imposant la bouscula et elle fut contrainte de faire quelques pas en arrière pour reprendre son équilibre. Une main ferme se posa sur son coude.

— Tu devrais faire attention, ton corps ne tiendra pas un autre choc.

Elle l’ignora et s’avança vers le stand.

— Je n’ai pas de quoi payer, siffla Mercure.

Elle se tourna vers lui, déçue.

— Vous êtes le roi, demandez-le gratuitement !

Il resta surpris par ses paroles et secoua la tête.

— Je ne vais pas faire ça, s’offusqua-t-il.

— Pourquoi pas ? répondit-elle en levant les yeux au ciel. Si j’ai la chance de devenir reine un jour, je demanderai tout gratuitement.

Elle soupira et donna quelques pièces au marchand qui lui donna un grand bol.

— Pourquoi me demander si tu as de l’argent ?

Elle but quelques gorgées du bol.

— Je ne vous ai pas demandé, répondit-elle en savourant le contenu. C’est vous qui vous êtes brusqué tout seul.

Il secoua la tête, visiblement irrité par son comportement.

— Je ne me suis pas brusqué, affirma-t-il en se renfrognant.

Elle haussa les épaules et finit son bol en quelques gorgées.

— Je mourrais de faim. J’ai oublié mon argent au palais, dit-elle en lui lançant un clin d’œil.

Elle reposa son bol sur le stand et prit le sens inverse, Mercure sur ses talons. Il la rattrapa et lui fit prendre le chemin inverse qui donnait sur un autre réseau de ruelles.

— Alors avec quel argent as-tu payé ?

Elle regarda ailleurs et renifla sans grande élégance.

Mercure ferma les yeux, presque dépité.

— Quoi ? ricana-t-elle, il m’a bousculé ! On peut voir ça comme une compensation.

Il ne répondit pas et elle sentit qu’elle pouvait enfoncer le couteau dans la plaie.

— C’est à mon tour de vous montrer ma prétention.

Il croisa les bras sur sa poitrine alors qu’elle s’arrêtait et regardait autour d’elle. Elle semblait à la recherche de quelque chose d’intéressant.

Ses yeux l’illuminèrent aussitôt et un sourire radieux étira ses lèvres.

— Vous voyez cet homme, là-bas ?

Elle donna un coup de tête vers un homme de grande taille, aux allures de grand seigneur.

— Oui ?

— Regardez le collier qu’il porte autour du cou, vous le voyiez ?

— Oui ?

Elle se dégourdit les doigts alors qu’elle ne cessait de sourire. Quelque chose repoussa la fatigue et ses mauvaises pensées de ces derniers jours. Tous les coups accumulés semblaient s’être évaporés. Elle laissa son sac aux pieds du roi et partit dans la direction de l’homme d’un pas lent et confiant. Elle s’arrêta au stand des légumes. Les légumes étaient si colorés que Laverna semblait perdre la vue un instant.

— Ces légumes semblent irréels, chuchota-t-elle en posant les yeux sur les pommes rouge vif.

— Je m’étonne moi-même, siffla le marchand en se penchant vers elle.

Elle lui rendit son sourire et fit le tour. Elle dépassa sa prochaine victime et pencha la tête sur le côté. Il était occupé à palper un légume qui lui semblait inconnu. Elle suivit ses gestes précis. Il semblait occupé. Elle se déplaça au sens opposé. Une femme arrivait au même moment. Elles se bousculèrent. Laverna fut contrainte de faire quelques pas en arrière. Ses gestes semblèrent maladroits l’espace de quelques secondes. Elle fit tomber le sac de légumes d’homme, elle trébucha pour ne pas écraser les légumes. L’homme la rattrapa de justesse. Elle posa ses mains sur le torse de l’homme.

Elle feignit d’être choquée et se recula vivement.

— Je suis désolé, intervint-elle en se baissant pour rattraper les légumes à terre.

L’homme se baissa et l’aida à son tour à tout ramasser. Ils se relevèrent d’un même geste alors que la jeune femme qu’elle avait bousculée intervint.

— C’est ma faute…

Laverna leva les mains en signe de paix et lui offrit un sourire.

— Ce n’est rien, assura-t-elle d’une voix douce.

Elle les salua une dernière fois et alla à la rencontre de Mercure qui n’avait pas bougé d’une semelle. Les yeux plissés vers elle, il semblait l’examiner.

— C’était facile, dit-il.

Elle éclata de rire et posa une main sur sa poitrine.

— Facile ?

Elle lui tendit le collier. Il le prit et l’examina. Elle fouilla dans sa poche et lui tendit une bague en argent et une longue broche en émeraude qui pesait lourd dans sa paume. Elle l’avait dérobée dans les cheveux de la jeune, femme.

Elle ne quitta pas le sourire qui illuminait son regard.

— Comment ?

Elle haussa les épaules et croqua dans la pomme qu’elle avait elle aussi dérobée.

Mercure éclata de rire, mais Laverna savait qu’il était étonné. Il rangea le collier dans sa poche et tapa dans ses mains.

— Je suis impressionné.

Elle lui lança un clin d’œil et se courba légèrement.

— Je suis douée, lança-t-elle sans prétention.

— J’en suis presque jaloux.

Elle lui donna la bague et croqua dans une nouvelle fois dans la pomme.

— La broche Laverna.

Elle fit la moue et serra le bijou dans sa paume.

— Mais elle est magnifique ! scanda-t-elle. Je n’ai jamais vu une pierre aussi énorme !

— Alors, je vous en offrirais une.

Elle baissa les yeux sur le bijou, déçue. La pierre précieuse lui renvoyait son reflet fatigué. Elle finit par lui tendre et jeter le trognon de sa pomme.

— Je veux un diamant, grogna-t-elle.

Un rictus se forma sur les lèvres de Mercure et il rangea la broche dans sa poche. Laverna ne quitta pas des yeux sa poche.

— Je suis sûre que je pourrais la récupérer…

Il leva les yeux au ciel.

— Je parie.

— Comme tu as parié avec Apollo ?

Elle éclata de rire et reprit la route avec lui. Elle replaça correctement le tissu sur ses cheveux et baissa la tête sur les pavés propres.

— Il faut bien pimenter votre vie ennuyeuse.

— Notre vie n’est pas ennuyeuse, fit-il.

Elle leva les yeux sur lui.

— Je suis sûre que j’ai brisé votre routine de roi bien sage depuis que je me suis assise sur votre trône, assura-t-elle.

Un sourire étira les lèvres de Mercure. Il leva les yeux sur le ciel déclinant au loin.

— Vous avez bouleversé ma vie, se moqua-t-il.

— C’est étrange, commença-t-elle, on me dit toujours ça.

La ville ne s’étendait pas autant que celle où elle vivait au palais. Cette ville était plus petite et moins grouillante de nouveaux dieux. Les maisons n’étaient pas collées entre elles, certaines avaient une chance d’avoir un jardin.

Ils arrivaient dix minutes plus tard devant une grande forteresse en pierre noire. Laverna soupira. Son corps était fatigué. Elle ne savait même pas comment son corps pouvait encore fonctionner alors qu’il semblait en pièce et saignait depuis des heures. Elle rêvait d’un bain chaud et d’un lit bien moelleux, et elle était sûre que ce seigneur avait tout ça.

Elle repoussa ses mèches trempées de sueur.

— Enfin, soupira-t-elle, heureusement vous avez dit que ça n’était pas loin.

Il ne répondit pas. Il leva les yeux sur la grande porte gardée par deux gardes. Laverna suivit son regard.

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