Chapitre 29

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Son corps entier la tirait à chaque mouvement qu’elle faisait, aussi petit qu’il soit. Respirer demandait un effort puissant. Son corps entier était emballé de bandages serrés et propres. Elle avait l’impression d’être restée trop longtemps sous la pression de l’océan. Elle pouvait sentir chacune de ses blessures ouvertes sous ses bandages dont quelques-unes frottaient contre ses plaies.

Elle se trouvait assise contre une pile d’oreillers devant un grand miroir. Fixée sur son reflet depuis plus de dix minutes. Depuis qu’une jeune femme l’avait réveillé pour refaire ses bandages. Une cicatrice fendait son cou et finissait sa trajectoire vers son épaule droite. Une autre barrait son abdomen et une autre moins profonde à son bras, en plus des autres coupures qu’on lui avait infligées dans la forêt. La jeune femme lui avait dit que la gravité des blessures ne lui permettait pas de la guérir dans sa totalité et qu’elles laisseraient des marques. Laverna s’était contentée de hocher la tête sans répondre. Le regard rempli de pitié du nouveau Dieu l’agaçait. Elle avait envie de lui faire manger son bandage et ses belles paroles, alors que la vue de son sang rouge semblait la mettre mal à l’aise. Le nouveau dieu l’avait ensuite aidée à se redresser et lui avait suggéré de lui apporter de la nourriture qu’elle avait refusée. Un simple verre d’eau lui avait suffi.

Elle soupira et maudit aussi son geste. Elle sentit le bandage tout neuf se teinta de sang. Elle serra les poings et ferma les yeux sur son reflet fatigué et cerné de violet. Son visage entier était criblé de bleus et de fines coupures qui partiraient avec le temps.

Comment avait-elle pu oublier les soldats et les conseillers ? Ces personnes odieuses avaient peur d’une foutue malédiction qui n’avait aucun rapport avec elle. Elle s’en voulait davantage d’avoir baissé sa garde, et encore plus d’avoir laissé Mercure lui faire apercevoir une autre vision des nouveaux dieux. Elle voulait rentrer chez elle.

La porte s’ouvrit sur Mercure. Un homme d’une trentaine d’années suivait le roi. Il semblait fatigué et presque soucieux. Il portait une autre tunique bleue pareille à la sienne.

Mercure se posta devant son lit, la coupant de son propre regard, déterminé et en colère. Elle desserra les poings lorsque le seigneur parla d’une voix rauque.

— Je suis navré que mes soldats vous aient attaqués, dit-il d’une voix sincère, jamais je n’aurais pensé que ces idiots iraient jusque-là.

— Mais vous le saviez visiblement, cracha-t-elle les nerfs à vif.

Le seigneur croisa le regard de Mercure, puis se racla la gorge.

— Le roi nous a fait parvenir ses craintes à vos propos, personne ne peut blâmer la folie des dieux.

Laverna ne répondit pas.

— Je suis désolé, répéta-t-il, je me tiens garant de leur geste.

Laverna ne répondit pas. La colère affluait dans ses veines, et un seul mot de sa part et elle cracherait toute sa colère.

Elle brisa le contact pour regarder à travers la fenêtre, le soleil était bien haut dans le ciel et semblait réchauffer l’atmosphère.

— D’après tous les seigneurs des cinq parties du royaume. Les cinq conseillers on prie la fuite après ton attaque, Laverna. Un des conseillers à libérer Atlas et son complice. Ils sont tous partis, cachés dans le royaume ou sur les autres terres des rois.

— À attendre de vous tuer mon roi, se crispa le seigneur. Je pense également qu’ils nous tueront aussi. Ils savent à quel point nous sommes fidèles à votre règne, ajouta-t-il en posant un genou à terre. Je vous conseille d’envoyer vos meilleurs soldats à leur fuite et ordonner une mise à mort, sans votes.

Laverna haussa un sourcil à l’intention du seigneur. Il était dévoué et prêt à donner sa vie. Il n’avait pas d’autre but que de donner sa vie à son roi.

Elle leva les yeux sur Mercure. Elle était prête à voir son regard plein de puissance, mais il la regardait, elle. Les mains posées sur le bois de son lit. Elle haussa les sourcils, et coupa leur contact.

— J’ai déjà contacté tous les seigneurs, ils sont tous sur leur garde, répondit Mercure après un certain temps. Les rois Pluton et Neptune ont été également mis sur leurs gardes. Chaque soldat ouvre l’œil sur les frontières et l’océan.

Laverna eut un petit rire, malgré la douleur lacérant de ses coupures.

— Qui a-t-il de si drôle, Laverna ? coupa Mercure.

— Vous voyez maintenant ? Vous vous sentiez en sécurité durant tout ce temps et ça vous tombe dessus comme cette partie de la ville qui s’est effondrée dans l’océan. Vous la sentez maintenant, cette peur ? Vous comprenez enfin que la peur de la mort n’est pas un danger inconnu. Elle secoua la tête laissant une ligne rouge apparaitre sur son bandage. Vous comprenez maintenant ce que c’est de côtoyer la mort chaque seconde.

Mercure haussa un sourcil, l’ego touché en plein cœur.

— Rien ne m’effraie, Laverna.

Il s’était rapproché d’elle, les yeux brillants de défis.

Elle ne quitta pas son regard un seul instant, maintenant, qu’elle savait que leur monde était aussi bancal. Elle pouvait s’en réjouir.

— Pas même, la trahison ? susurra-t-elle.

— Nous ne savions pas, rugit le seigneur en colère. Elle…

— Vous êtes tombé sur la tête ? suggéra Laverna. C’est comme ça que vos dieux sont tombés sur terre, leurs orgueils les ont tués bien plus rapidement. La force, les pouvoirs et la grandeur ne suffissent pas toujours.

Le seigneur serra les poings.

— Une humaine n’a aucun droit, cracha-t-il.

Un sourire pragmatique étira les lèvres de Laverna.

— Voilà le vrai visage…

Les traits du seigneur se tendirent.

Elle leva les yeux vers Mercure.

— Vous êtes tous pareils avec vos grands pouvoirs.

— Je t’ai sauvé la vie, dit-il, plein de rancœur.

— Et je vous en remercie, assura-t-elle, mais maintenant, il est temps de rentrer chez moi et vous regardez de ma pauvreté, chuter de vos palais d’ivoire.

Les mots avaient claqué juste. Mercure serra si fort le bois du lit qu’il se fissura sous le regard étonné de Laverna. Elle ne coupa pas pour autant le contact. Elle était fière de lui avoir enfin coupé l’herbe sous les pieds. Ils pouvaient savoir ce qu’on ressentait, d’être mis au bas de l’échelle alimentaire.

Les lèvres de Mercure s’étiraient finalement d’un sourire mauvais.

— Cinq conseillers ne me font pas peur, Laverna. Ces conseillers sont stupides et je suis le roi ! affirma-t-il, fier et au bord de sa gloire. Je les tuerais pour trahison et reviendrais sur ton île te prouver que rien ne m’effraie et que le monde est au creux de mes mains. Je suis ton roi, Laverna. Tu me dois allégeance, que tu le veuilles ou non.

Aucune trace de défi ne brillait dans ses yeux. Seulement de la haine. Il fit quelques pas en arrière et quitta la pièce d’un pas rageur et déterminé. Le seigneur le suivit aussitôt sans un seul regard pour elle.

Elle soupira et se laissa tomber sur la pile d’oreillers, elle n’avait même pas remarqué qu’elle s’était dressée face au roi.

Elle toucha le tissu de son cou, il était désormais souillé de sang et la sueur perlait sur sa nuque et son cou. Peut-être que cet affrontement l’avait bien plus fatiguée qu’elle ne l’aurait crue.

Elle ferma les yeux. Mercure n’y était pour rien, elle le savait. Une petite voix au fond de sa tête la réprimandait pour ça. Le roi avait été le seul à l’aider, la sauver et lui parler. Mais il fallait un coupable et il était là. Elle avait eu besoin de cracher toute sa colère et sa faiblesse sur quelqu’un et Mercure était un bon candidat surtout si quelques défenses lui échappaient. Elle savait que ses dernières paroles étaient vraies. Mercure était doué et peut-être bien plus fort que tous les autres, il était roi après tout, il descendait du dieu suprême. « Rien ne m’effraie, Laverna », elle ne pouvait pas lui blâmer l’authenticité de ses paroles.

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