Chapitre 30

6 minutes de lecture

Elle resta alitée trois jours. L’ennui avait eu raison d’elle. La jeune femme ne lui accorda aucune parole alors qu’elle changeait ses pansements d’une douceur incroyable. Elle lui avait fait couler un bain et était partie ensuite en lui laissant cette même tunique bleue bien trop grande pour elle. Elle avait dû retrousser les manches et relever le bas du pantalon. Elle retrouva également son sabre posé contre la grande armoire en bois. Elle resta un instant à se regarder par le grand miroir. Son regard était fatigué par toutes ses aventures dont elle ne voulait pas faire partie. Elle releva ses cheveux qu’elle noua avec un morceau de soie rose plié au bord du lit. Elle prit une longue inspiration et quitta la chambre. Elle tomba rapidement sur un large couloir qu’elle emprunta. Elle n’eut aucune difficulté à trouver la sortie. Elle tomba rapidement devant la même arcade en pierre noire. Elle prit une longue inspiration et le traversa en posant une main sur son sabre, mais aucun soldat ne gardait l’entrée.

Elle posa les yeux sur l’énorme tache de sang rouge et or sur le sol. Elle pouvait encore sentir l’odeur du fer flotter autour d’elle et lui donner un mauvais souvenir de son attaque.

Devant elle, Mercure se tenait à côté de son cheval. Il semblait en grande discussion avec le seigneur. Elle les oublia et leva les yeux sur le ciel bleu sans nuages. Ce même ciel sur l’île. En fermant les yeux, elle pouvait facilement s’imaginer sur l’île à flâner sur l’herbe et penser à ce qu’elle pourrait dérober de rare et de précieux.

Elle fut coupée de ses pensées par le seigneur qui revenait de son entrevue avec le roi. Elle pouvait sentir son regard accusateur sur elle.

— Ne vous méprisez pas, dit-il, nous savons ce que nous faisons. Personne ne peut nuire au trône, ma chère. Personne, pas même les humains.

Elle ne répondit pas et laissa le seigneur rentrer chez lui.

Elle leva les yeux sur le ciel bleu comme pour se donner de la chance. Elle s’avança vers le roi, il resta silencieux alors qu’il attachait leurs sacs à la selle. Elle conclut qu’elle allait devoir remonter sur cette bête.

Elle faillit soupirer par cette tension qui s’était créée entre eux, mais il se tourna vers elle, indifférent, et lui tendit la main. Elle posa ses yeux sur le cheval puis le roi. Elle se mordit la lèvre et posa sa main dans celle du roi. Elle était forte et rugueuse au toucher. Il posa son autre main sur sa hanche et la hissa sans difficulté. Elle grimaça en sentant sa plaie au cou se rouvrir malgré toute sa bonne volonté pour la guérir. Elle porta une main sur la blessure qui chauffait à travers le bandage. Elle serra les dents en sentant la douleur la glacer de l’intérieur.

Mercure se hissa sans difficulté à son tour et récupéra les rennes sans la toucher une seule fois, et Laverna conclut qu’elle avait perdu son seul allié sur cette terre. Mais elle était sûre de rentrer chez elle après ça.

Le chemin était long et ennuyeux. Elle se refusait de dormir, elle savait que son corps se reposerait sur Mercure et elle ne supporterait pas cette faiblesse. Mercure avait pris de la vitesse sans le lui demander. L’allure bondissante du cheval la mettait mal à l’aise et la forçait à serrer sa poigne sur la selle. Elle avait l’impression d’être secouée comme un prunier.

Ils erraient depuis des heures dans la forêt, des heures sans dire le moindre le mot et sans le moindre contact. Laverna aimait mieux que personne cette solitude et ça ne l’embêtait pas plus que ça. Toutefois, cette voix qui la forçait à vouloir s’excuser ne la lâchait pas une seconde. Elle n’avait rien à se reprocher, lui si. Elle avait failli se faire tuer un nombre de fois, alors qu’il pouvait dormir sur ses deux oreilles en tant que Nouveau Dieu. Elle avait tellement hâte de rentrer chez elle et reprendre sa place sur l’île.

Un cri au fond de la forêt la fit sursauter et le cheval s’arrêta net. Elle serra un peu plus la selle d’une main et posa l’autre sur son sabre. Son cœur avait fait un bond dans sa poitrine. Elle se tourna dans la direction du bruit. Rien. La nuit commençait à tomber et les ténèbres se fondaient sous les arbres et le cœur de la forêt rendait la vision impossible. Elle sentit Mercure glisser de la selle. Elle écarquilla les yeux et le suivit du regard. Il avait dégainé son sabre et était en alerte au moindre mouvement. Il fit un pas en avant et Laverna glissa à tour de la selle en grimaçant. Cette fois-ci, son abdomen se déchira.

— Je vais y aller, dit-il d’une voix rauque.

Elle faillit s’étouffer avec sa propre salive.

— Quoi ? s’affola-t-elle. On ne va pas là où on ne peut pas voir.

Il ne l’écouta pas et fit un pas en avant, elle l’arrêta en posant sa main sur son épaule. Il se retourna, surprit.

— Vous deviez faire attention, finit-elle par dire en sachant qu’il irait sans suivre son conseil.

Il parut surpris par son inquiétude.

— Quoi ?

Il fronça les sourcils, cherchant quelque chose dans ses yeux.

— Je ne sais pas me servir du cheval et je n’ai pas envie de rentrer à pied, assura-t-elle, encore moins si des inconnus crient de la sorte, frissonna-t-elle.

Il soupira et secoua la tête, visiblement il avait trouvé ce qu’il cherchait dans son regard.

— Pourquoi chaque fois que tu ouvres la bouche, je m’attends à quelque chose d’extraordinaire ?

Ses paroles la blessèrent malgré elle.

— Mais je…

Un autre cri déchira le silence pesant de la forêt.

Mercure se détacha d’elle et partit dans la direction du cri, Laverna le suivit.

— Je n’ai pas besoin de toi, siffla-t-il, tu n’as qu’à monter sur la selle et frapper le cheval, il sait où aller.

— Vous vous vexez vite, répondit-elle en soupirant, c’était de l’humour.

— Comme la dernière fois, maugréa-t-il.

— Non, ça, c’était la vérité, précisa-t-elle en oubliant la voix dans sa tête.

Il s’arrêta. La colère se reflétait dans les dernières lueurs du ciel.

— Tous les nouveaux dieux ne sont pas les mêmes, assura-t-il, nous ne sommes pas tous avides de pouvoir ! Je ne suis qu’un nouveau dieu qui souhaite faire de son mieux pour son royaume et pour le reste du monde ! Tu es aussi têtue que l’était mon père. Tu devrais ouvrir les yeux et comprendre que je ne suis pas ton ennemi, Laverna. Tout le monde n’est pas ton ennemi ici ! Nous sommes tous différents, chacun agit de son propre chef, devenir un tueur ou un monstre se cultive et certains le décident ou non. Et je ne l’ai pas choisi.

— Je suis désolée, claqua-t-elle. Content ? explosa-t-elle.

Il rit d’un rire sans joie.

— Tu ne m’écoutes même pas.

— La forêt entière le fait, marmonna-t-elle.

Il jura et partit dans le sens inverse, la laissant seule. Il rangea son sabre brutalement dans son fourreau et monta sur son cheval.

Elle le regarda d’un air surpris. Il donna un coup de talon sur le franc cheval et elle le regarda partir sans elle, bouche bée.

— Mercure, hurla-t-elle.

Elle resta immobile à regarder le chemin vide. Il était parti sans elle. Elle trouvait ça presque amusant puis se tourna vers la forêt qui la rendit aussitôt moins enjouée.

— Quel roi susceptible !

Elle jura et quitta la forêt terrifiante. Elle s’arrêta malgré elle, sentant des centaines paires d’yeux sur elle. Elle avala difficilement sa salive et jeta un coup d’œil derrière son épaule. Il n’y avait personne d’autre que la nuit terrifiante. Les derniers rayons du soleil avaient disparu laissant place au froid et aux ténèbres dangereuses.

Elle grimaça et accéléra le pas malgré les douleurs de ses blessures incapables de se guérir par tous les mouvements qu’elle n’arrêtait pas de faire. Elle se figea en entendant d’autres bruits étouffés. Elle s’arrêta dans le silence le plus total restant immobile et la main sur son sabre.

— Je suis ton roi, siffla la voix de Mercure.

Elle reconnut aussitôt Atlas.

— Jeune et inconscient. Je vais te tuer et laisserai l’avertissement des dieux gronder sur ton royaume. Je prendrais ton trône et brandirais la couronne bien haute pour défier les dieux de toute leur gloire.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire littexastronaut ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0