Chapitre 32

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Jamais, elle n’avait dormi aussi bien. Elle s’était laissée glisser dans un lit de coton sans penser à autre chose.

Ce fut que lorsqu’elle ouvrit les yeux qu’elle sentit son corps meurtri et douloureux. Elle avait l’impression d’être tombée du haut d’un arbre, et elle avait déjà ressenti cette douleur. Elle grimaça en se redressant. Elle ouvrit doucement ses paupières encore tombantes. Elle fut surprise de constater que l’intégralité de ses couvertures était reversée et que la sueur perlait sur son front. Son corps entier était froid. Elle baissa les yeux sur sa chemise de nuit encore trempée de sueur. Elle fronça les sourcils. Elle n’avait aucune idée du contenu du sachet et elle commençait à le regretter.

Elle finit par sortir de son lit après être restée de nombreuses minutes à fixer le mur sans raison apparente. Elle soupira et laissa couler de l’eau dans la baignoire. Elle trouva une robe d’un rose pâle dans son armoire. Elle constata avec surprise que son corps n’avait plus aucune trace de blessures ni de bleu comme si rien ne s’était passé.

Elle réprima un frisson en repensant à Atlas. Elle venait de tuer pour la première fois de sa vie. Elle doutait qu’elle ait dû ressentir quelque chose qu’il la ferait penser à un monstre, mais quand elle se regardait elle ne voyait rien d’autre qu’elle en robe rose pâle. Elle repoussa ses cheveux encore humides derrière ses épaules et ouvrit la porte.

L’odeur du petit-déjeuner lui arracha un grognement de son estomac vide. Elle laissa ses pieds nus flotter sur le sol froid. Elle arriva dans la salle encore vide. Un petit sourire étira ses lèvres alors qu’elle entamait déjà son petit-déjeuner. Elle savoura les pains encore chauds.

— Tu t’es enfin décidée à rejoindre le monde des vivants.

Laverna fronça les sourcils et interrogea Héra d’un simple regard.

— Tu as dormi pas moins d’une semaine, répondit-elle en se servant un liquide noir dans une tasse en porcelaine.

Laverna manqua de s’étouffer avec son jus d’orange.

— Comment ça, une semaine ? Mais qu’est-ce que j’ai fait en une semaine ? s’affola-t-elle.

— Ça, c’est à toi de nous le dire, s’exclama Diagon.

Laverna resta quelques secondes à détailler Diagon. Il avait coupé ses cheveux longs pour une coupe bien plus courte.

— Il y a quelque chose de changé chez toi, mais je ne vois pas quoi ? susurra-t-elle d’une voix amusée.

Il haussa les épaules et se servit une tasse du même liquide d’Héra.

— Alors que faisais-tu durant toute une semaine ?

Elle mordit dans son pain.

— Je dormais, dit-elle simplement, mais comment ?

— Tu as sûrement dû boire un remède, assura Héra d’une voix calme.

Elle repensa aussitôt au sachet. Ce genre de thé était bien trop performant pour elle, finalement. Elle soupira et posa une main sur sa joue. Elle avait raté une semaine entière de sa vie.

— Quelles sont les nouvelles ? demanda-t-elle.

Héra et Diagon échangèrent un regard.

— Le roi a lancé une alerte sur les conseillers, ils sont activement recherchés par les soldats royaux. Et nous partons, nous aussi, à leurs recherches dès ce demain à l’aube.

— Seulement demain ? Pourquoi pas dès que le roi était rétabli ? Je sais bien qu’une blessure affaiblit vos pouvoirs, mais un coup de dague ce n’est rien pour vous.

Elle réprima un frisson en sentant sa jambe craquer et la douleur fulgurante qu’elle avait ressentie. Mercure l’avait soignée comme s’il ne s’agissait que d’une simple entaille.

Ce fut Diagon qui répondit.

— Nous t’attendions.

Laverna du cligner plusieurs fois des yeux et faire tourner la réponse de Diagon dans son crâne. Elle pensa aussitôt à ses valises faites et sûrement au bateau qui partirait avec elle vers l’île. Elle avait prévu de partir cet après-midi ou ce soir au plus tard. Elle posa son verre sur la table.

— Je sais, commença Héra, tu comptais repartir à ton réveille, j’ai vu tes valises, affirma-t-elle. Mais Ylio va devoir encore attendre.

Elle secoua la tête.

— J’ai passé un accord avec Mercure, s’énerva-t-elle, j’en ai vite conclu que votre royaume est horrible pour les humains.

Elle recula sa chaise en laissant une trace sur le carrelage. Elle fit demi-tour, prête à en découdre avec Mercure, mais il se trouvait déjà à l’entrée de la salle. Ses cheveux étaient coupés aussi court que ceux de Diagon.

Elle serra des poings alors qu’il la dévisageait.

— Pourtant, tu me dois encore un service, fit-il remarquer. Je t’ai sauvé la vie de nombreuses fois, tu dois me rembourser.

— Nous avions conclu que je partirais après une dernière mission, s’écria-t-elle, et je l’ai faite ! Je suis partie emmener votre stupide lettre et je vous ai sauvé la vie, je pense que ça peut compenser le dédommagement.

Il haussa un sourcil.

— Pourtant, cette mission n’est la mission que je souhaitais.

— Vous voulez que je risque encore ma vie pour des nouveaux dieux qui attendent de me voir morte pour une stupide alerte de vos dieux morts depuis des siècles ? Elle secoua la tête. Je ne suis pas d’accord, je ne suis qu’une faible humaine qui perdrait aussitôt la vie quand l’un de vous claquerez les doigts. Je ne me permettrais pas un tel risque.

— Je pensais que tu ne craignais pas la mort et que les risques faisaient partie de ta vie ?

Elle ne répondit pas, prise à son propre jeu. Elle avait maintenant un but dans sa misérable vie. Dépenser toute sa fortune. Ce n’était peut-être rien pour eux, mais pour elle ça comptait bien plus.

— Nos vies sont différentes, Mercure. Nous ne côtoyons pas la même mort, assura-t-elle d’une voix cassante. Je ne le ferais pas.

— Une seule mission, tu me l’avais promis.

Elle recula d’un pas, le visage rempli de colère. L’amertume lui laissait un vieux goût dans la bouche. Jamais elle n’aurait dû lui faire confiance, c’était stupide. Elle s’était laissée berner et avait laissé ses sentiments prendre le dessus. Elle s’était simplement laissé berner par toutes cette richesse et ses bons sentiments qu’elle en avait oublié qui elle était et ce pour quoi les gens la détestaient.

Elle laissa ses lèvres s’étirer d’un sourire mauvais. Elle deviendrait simplement ce à quoi elle était destinée. Elle était une femme libre.

— Je le ferai.

Elle dépassa Mercure pour rejoindre sa chambre dans une colère si dure qu’elle en tremblait de tous ses membres. Elle ferma les yeux alors qu’elle fermait ses rideaux et vida le contenu de ses valises sur le sol à la recherche de quelque chose d’important. Elle trouva son sabre et le serra contre elle. Comment avait-elle pu oublier qui elle était ? Elle était une voleuse, et dorénavant une meurtrière. Son âme n’était déjà plus blanche, mais là, elle était d’un noir digne des ténèbres. Elle ne l’emporterait pas dans sa tombe.

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