Chapitre 36

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— C’est idiot, répondit Laverna soudain prise au piège.

— Vous êtes passé par la mer avec le sang immortel de votre père, c’est pour ça que vous n’avez pas péri dans l’océan. Il vous a ordonné de passer et détruire notre royaume.

La colère accélérait la respiration du seigneur et rougissait son teint.

— C’est idiot, répéta-t-elle.

— Ah non ? répondit l’autre seigneur qui avait réussi à se taire durant leur réunion. Où sont vos parents ?

Le petit groupe semblait vouloir connaitre la réponse. Laverna sentit la température monter.

— Je ne sais pas, admit-elle, c’est très rare de connaitre ses parents sur l’île.

— Pourquoi ?

Laverna eut un sourire triste.

— La plupart sont incapables de nourrir leurs enfants ou certaines femmes sont violées et ne veulent en aucun cas garder l’enfant, ou pire, certaines se suicident incapables de joindre les deux bouts. Et je ne sais quelle option a été celle de mes parents, cracha-t-elle. Elle fit un pas en direction des seigneurs. Espérons pour vous que je ne sois pas sa fille, Eros, parce que vous serez le premier de la liste.

Elle lui planta son verre dans la main et partit du sens inverse. Elle bouscula la plupart des invités sur son passage. Elle finit par rejoindre le bout de la pièce. Un buffet énorme s’étendait devant elle. La colère se dispersa à la vue des sandwichs. Elle s’approcha.

— Je…

— J’ai faim Mercure. Je n’ai pas envie de parler.

Vulcain ricana.

— Quel spectacle ! s’étonna-t-il. Papa devrait me faire venir plus souvent, je m’amuserais comme un fou.

Il baissa les yeux sur le décolleté de Laverna alors qu’elle continuait de manger.

— Plus haut les yeux.

Il répondit à Laverna d’un sourire.

— Je vous en prie Laverna avec cette robe vous mettez tous les nouveaux dieux de cette salle à vos pieds. Et je veux bien être le premier.

Elle grimaça sans retenue. Sa réaction fit rire Vulcain.

— Je suis sûr que d’ici ce soir, on se mettra…

Laverna s’approcha et lui fourra son pied dans le tibia. Surpris, Vulcain étouffa un cri alors que Laverna remettait en place ses cheveux.

— Je suis sûre que ça suffira pour la soirée ? lança-t-elle.

Il grimaça.

— Je comprends pourquoi Mercure vous apprécie.

Elle leva les yeux au ciel et partit dans une autre direction de la sienne. Elle resta à longer la table à manger. Elle picora toute la nourriture qu’elle n’avait jamais vue. Elle savait qu’elle pouvait y passer sa soirée. Elle leva les yeux plus loin. Héra dansait avec Diagon. Il était pendu aux lèvres d’Héra. Laverna eut un sourire triste. Elle savait qu’elle devrait arrêter de la détester, mais son cœur en avait souffert bien plus qu’elle ne voulait le croire.

Elle soupira et retourna à la nourriture.

— Tu dois avoir soif avec tout ce que tu as mangé.

Elle prit le verre d’eau que Mercure lui tendait.

— Alors, comment se passe ta soirée ? demanda-t-elle en sirotant son eau.

Ses yeux allaient entre chaque invité. Certains la regardaient amusé et d’autres avec appréhension. Elle tomba sur Éros, la colère toujours visible sur ses traits. Elle était certaine qu’il mettait un plan pour la tuer. Elle serra un peu plus son verre. Éros connaissait l’île comme sa poche, elle l’avait vu d’innombrables fois. Il avait ses affaires, et pire, elle savait que Mercure lui avait dit qu’elle travaillait pour Liamos. Il allait détruire sa vie. Elle avait été prête pour ça depuis qu’elle avait brisé sa vie, mais là c’était bien différent. Il était prêt à aller jusqu’au bout. Elle se mordit la lèvre. Elle ne pouvait pas rentrer sur l’île sans se demander quand il viendrait la tuer, et Mercure ne serait pas là pour la rattraper, comme à chaque fois. Elle voulait rentrer sur l’île sans dettes et sans passer sa vie à regarder derrière elle.

Elle brisa le contact avec Éros pour se tourner vers Mercure. Il lui parlait avec amusement. Elle cligna des yeux et descendit sur terre.

— Quoi ? lança-t-elle sans élégance.

— Je savais bien que mes paroles n’étaient pas écoutées.

Elle lui sourit et reprit une gorgée d’eau.

— Comment trouvent-elles le roi ? demanda-t-elle en glissant les yeux sur les filles agglutinées à quelques mètres.

Mercure se gratta le sourcil.

— Bien, j’en ai peur.

Laverna rit.

— Et Éva ? N’est-elle pas dans la course ?

Mercure fronça les sourcils et examina la salle.

— Je l’ai aperçue une seule fois ce soir, dit-il.

Laverna haussa les épaules.

— Parce qu’elle est sûre d’être la prochaine reine de ce royaume.

Mercure parut gêné un court instant.

— Ce n’est pas ce que tu veux ? demanda Laverna. Il faut bien des héritiers.

Mercure grimaça et soupira.

— Je pensais avoir le temps, admit-il, du moins quand mon père était encore là. Il n’était pas prêt à me donner les rennes et j’étais d’accord avec lui. Je rêvais de batailles et peut-être même de fêtes chez Apollo ou Ulysse. Mais visiblement, le destin m’a pris par surprise.

— Et vos merveilleux seigneurs vous poussent à vous marier à l’élu de votre cœur.

Il rit.

— Je ne pense pas l’élu de mon cœur soit l’une d’elles, fit-il remarquer, ni même Éva. Je pensais d’ailleurs avoir toujours le temps de trouver l’élu de mon cœur, mais je manque de temps.

— Et tu ne veux pas te marier à n’importe qui, répondit-elle.

Il posa son verre de vin.

— Qui le voudrait ? lança-t-il. Mais je pense encore tirer sur la corde et m’accorder un peu de temps. Je suis le roi.

Laverna lui lança un clin d’œil.

Il prit le verre de Laverna et le posa sur la table. Il lui prit la main et lui fit une courte révérence.

— Même pas en rêve Mercure, je ne danse pas.

Il éclata de rire.

— Maintenant, si.

Elle haussa les épaules en le suivant.

— Si vous voulez vous ridiculiser, c’est votre droit.

Les invités s’écartèrent autour d’eux et les laissèrent passer.

Mercure s’arrêta au centre. Il posa une main innocente sur sa taille et la rapprocha à lui.

— Une main sur son épaule et l’autre sur ma taille, guida-t-il. Il me paraît judicieux de poser vos pieds sur les miens. Je pense qu’il n’y aura aucune différence de toute façon.

Laverna obéit et posa ses mains sur l’épaule et la taille de Mercure. Elle pouvait sentir son corps entier se tendre. Elle y mit tout son poids sur ses pieds.

— Mes excuses, assura-t-elle faussement.

— C’est ma faute, répondit-il amusé. Prête ?

— Autant se ridiculiser maintenant.

Mercure commença alors que la musique commençait, quelque chose de rapide. Laverna serra sa prise sur l’épaule de Mercure. Elle était certaine que les musiciens s’étaient donné le mot pour la danse la plus rapide et la plus dure. Elle prit une longue inspiration et tenta de se détendre malgré tout.

— Vulcain m’a fait remarquer qu’il avait perdu la montre familiale, souffla Mercure.

Laverna eut un sourire.

— Ah oui ? s’étonna-t-elle, c’est triste.

Mercure se tourna vers elle. Leurs visages à quelques centimètres. Laverna sentit son souffle s’arrêter.

— Je sais que c’est toi.

Les yeux de Mercure semblaient briller à la lumière des centaines de bougies.

— Je l’avoue, mais il l’a cherché.

Elle glissait sa main de sa taille doucement, le corps de Mercure se tendit l’espace d’un instant. Elle détacha la montre de la ceinture de sa robe et la glissa dans la poche de Mercure. Elle reprit aussitôt sa posture alors que Mercure la basculait en arrière. Elle sentit son corps entier se détendre et suivre le mouvement que lui intimait de prendre le corps de Mercure.

Elle sentit tous les regards sur elle. Elle pouvait sentir la température de la pièce monter alors que Mercure se redressait et que leurs visages semblaient bien plus proches. Elle jouait au jeu dangereux qu’elle s’était promis de ne pas jouer. Elle prit une longue inspiration. Alors que Mercure était pendu à ses lèvres. Peut-être qu’elles avaient le même goût de celles d’Ylio ? Non, elles devaient avoir un goût différent et bien plus dangereux.

— Je partirais avec vous à la recherche des conseillers, dit-elle rapidement en coupant court à ses pensées.

Mercure cligna des yeux, revenu sur terre. Il manqua de se prendre en plein fouet d’autres danseurs. Il reprit aussitôt leur danse rapidement. Laverna resserra son emprise sur son épaule.

— Je pensais que ton souhait était de partir d’ici, fuir ?

— Je n’ai jamais dit que je voulais fuir, s’énerva-t-elle. Mais ce n’est pas sujet, continua-t-elle. Je pense qu’il est préférable de montrer mon innocence.

Mercure arqua un sourcil et se tourna vers elle. La proximité de leur visage commençait presque à agacer Laverna. Elle se força à le regarder dans les yeux pour rester concentrée.

— Les seigneurs semblent s’être tous ligués contre moi, reprocha-t-elle. Pire, ils me prennent pour la fille de ce stupide dieu. Je ne veux pas rentrer chez moi et me faire tuer par l’un d’eux parce qu’ils me croient coupable pour quelque chose que je n’ai pas fait.

Mercure avala difficilement sa salive.

— Je peux leur parler.

Elle coupa leur contact et glissa un regard vers Éros. Il semblait ne plus être de la fête.

— Avec toutes les paroles du monde, rien ne les arrêtera. Je partirais avec vous et les obligerais à donner mon innocence. Et de plus, je n’étais même pas encore arrivée que leur plan était déjà préparé. Ils ont préparé le coup, seul. Et je n’y peux rien.

Mercure serra un peu plus la prise qu’il avait sur son épaule.

— Je le sais, répondit-il, mais même avec toutes les preuves possibles. Ils verront le mal en toi, et ça, tu ne peux pas le nier. C’est pour ça qu’il était préférable que tu restes au palais pour ta protection. Mais cette île est ta maison, je ne peux pas te retenir. Tu me l’as dit et je l’ai vu. Tu es doué, et Ylio t’attend, dit-il d’une voix plus faible.

Laverna eut un sourire triste à ses derniers mots.

— Je voudrais leur montrer une dernière fois que je ne suis pas vraiment le mal incarné.

Mercure prit une longue inspiration alors que la musique faiblissait.

— Comme tu le souhaites, dit-il, nous partons demain à l’aube. Soit dans le hall à l’heure.

Il s’arrêta et la lâcha doucement. Elle fit de même et reposa ses deux pieds sur le sol. Mercure se courba, et fit de même avec un sourire moqueur. Il répondit aussitôt à son sourire.

— Vous m’accordez cette danse, mon roi ?

Laverna s’effaça alors qu’une jeune fille présentait déjà sa main à Mercure.

Elle rejoignit les quelques chaises posées contre le mur. Elle pouvait sentir sa tête tournée par cette danse rapide. Son cœur semblait encore cogner dans sa poitrine. Elle ne pouvait s’empêcher d’y avoir pris plaisir. Elle ne s’était jamais sentie aussi bien dans les bras de quelqu’un. Elle savait qu’elle pouvait mettre cette sensation sur le fait que c’était la première fois qu’elle dansait de cette façon et qu’il avait été le premier à lui demander. Elle aimait ça. Elle voulait même danser toute la nuit, mais plus personne ne lui donnerait ce privilège lorsqu’elle retournerait sur l’île.

Elle se laissa tomber sur l’une des chaises vides. Mercure avait raison. En regardant ses gens danser dans leur plus belle tenue la rendait maussade de devoir quitter un tel palais. La richesse était quelque chose qu’elle rêvait de toucher avec ses mains de voleuse. Et ce monde n’était pas pour elle. Mais aucun des paradis dont elle avait entendu parler n’était dangereux. Elle baissa les yeux sur ses poignets. C’est bien une vie qu’elle aurait facilement imaginée avant de s’endormir. Elle leva les yeux sur Mercure dansant avec une prétendante. Si elle pouvait être égoïste et tirer un trait sur sa vie. Elle laisserait Mercure la séduire et ferait de même, avec un peu de chance, ils se marieraient, auraient des enfants pour héritier. Et elle vivrait dans un paradis continu.

La bougie à ses côtés s’éteignit d’elle-même et elle prit ça comme un investissement des dieux. Ça n’était pas cette vie qu’elle devait avoir. Elle devait rejoindre l’île avec les autres et vivre une vie tumultueuse avec Ylio.

Elle ferma les yeux, effaçant l’image d’elle en somptueuse robe de marié aux côtés de Mercure en uniforme. Elle se surprit à rire malgré elle. Ça n’était pas elle.

Elle sentit une présence à ses côtés. Elle rouvrit les yeux et fut surprise de découvrir la vieille femme qui lui avait donné la broche.

— Les rêves deviennent souvent une dure réalité. Il arrive que les dieux le prédisent, dit-elle d’une voix calme. Mais il arrive que les rêves naissent de la tristesse de l’aventure. Ils apparaissent quand le cœur est plein de tristesse et que l’esprit faiblit.

Laverna cligna des yeux.

— Quoi ?

La vieille dame lui sourit et lui tendit son collier à la pierre violette. Laverna le prit et l’examina comme elle avait rêvé de le faire des semaines auparavant. La pierre semblait briller et vibrer sous son contact. Elle n’avait pas rêvé. Quelque chose bougeait dans la pierre. Elle approcha la pierre. La vieille dame posa sa main sur son bras.

— La vérité de ton futur te semblera dure.

Laverna quitta le collier des yeux pour la regarder.

— Comment ça ? Qui êtes-vous ?

— Une humaine ambitieuse.

Laverna resta surprise.

— Vous êtes humaines, mais comment ?

Laverna se redressa en serrant le collier entre ses doigts. La vieille femme lui sourit. Un sourire triste. Elle ouvrit la bouche prête à lui conter son histoire.

— Où étais-tu passé ? Ont eu des nouvelles d’Atlas.

Elle se détourna de la vieille femme pour dévisager Diagon. Elle le fusilla du regard et reporta son attention vers la vieille dame. Elle ne parut même pas surprise lorsqu’elle constata qu’il n’y avait plus personne. Elle avala difficilement sa salive et inspecta les environs à la recherche de la vieille femme. Elle se leva de la chaise tout en regardant autour d’elle. Elle avait bien disparu. Elle soupira et baissa les yeux sur le collier qu’elle avait toujours en main.

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