Chapitre 37

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— Je ne me rappelle pas un jour t’avoir coupé la parole, s’offusqua Laverna en poussant la dernière porte pour rejoindre le couloir vitré.

— Tu le fais tout le temps, fit remarquer Diagon en levant les yeux au ciel.

Ils marchaient d’une démarche rapide et Laverna fut facilement essoufflée. Elle posa une main sur son estomac. Elle avait trop mangé pour tenir une telle cadence.

— En plus, tu ne parlais à personne.

Laverna le suivit et dut courir pour le rattraper.

— Bien sûr que si ! s’énerva-t-elle. Cette vieille femme du marché qui vend de tout. Elle a dit qu’elle était humaine.

Diagon s’arrêta et la dévisagea du regard.

— Quoi ?

— Toi aussi tu as ressenti ce frisson jusque dans ta poitrine ? demanda-t-elle, gênée.

Il leva les yeux au ciel.

— Le vin te monte à la tête Laverna, grogna-t-il.

Laverna sentit ses bras retomber le long de son corps. Elle prit une longue inspiration et reposa une main sur son estomac. Quand la vieille femme lui avait dit qu’elle était une humaine, quelque chose dans son corps avait vibré, et elle ne s’était plus sentie seule au monde. Elle ferma les yeux en sentant le poids du collier dans sa poche.

Elle se gratta le crâne et décrocha la broche de Mercure de ses cheveux. Elle finit par soupirer et rejoindre Diagon dans le grand bureau de Mercure.

Un brouhaha la fit regretter d’être venue. Mercure et Vulcain semblaient se disputer. Éva et Apollon faisaient la même chose alors qu’Héra sirotait son verre de vin sur le canapé. Diagon alla rejoindre Mercure et se posta devant lui.

Laverna grimaça et se laissa tomber sur l’un des canapés. Elle retira ses chaussures et étendit ses jambes sur le canapé. Elle n’avait pas remarqué à quel point ses jambes souffraient dans ses escarpins, ses jambes lui semblaient même plus lourdes. Elle passa une main sur son visage à la recherche de quelque chose qui lui donnerait la paix pour ce soir.

— Il était au Nord, dans l’ancien palais déchu ! s’offusqua Apollo, père a des preuves Éva.

Éva éclata de rire et jura.

— Et je te dis qu’il est sur l’île.

Laverna ouvrit un œil.

— Laverna le constatera demain quand elle y posera les pieds.

Laverna fit claquer sa langue.

— C’est dommage, commença-t-elle, puisque je reste.

— Quoi ? osa Héra.

Laverna se redressa et repoussa sa migraine. Elle avait l’impression que son corps entier devenait lourd.

— J’ai pris cette décision en constatant que les seigneurs ne vivraient pas sur leurs deux oreilles le temps que je sois innocentée.

Éva leva les yeux au ciel.

— Rien ne pourra t’innocenter, voleuse.

Laverna leva les yeux au ciel à son tour et toucha inconsciemment le collier dans un pli de sa robe.

— C’est vrai, ajouta-t-elle, et comme je me contre-fiche de ton avis, je peux vivre librement.

Éva répondit à son sourire.

— Rien ne t’innocentera, répondit-elle alors qu’elle quittait le bureau. Quelqu’un finira par prendre ta place quand ton corps sera froid.

— J’espère bien, lança-t-elle.

Éva quitta le bureau la tête haute.

— Je ne comprends toujours pas pourquoi elle a le droit d’être là, s’offusqua Vulcain. Éva, la grande Éva, a le droit. Mais moi, ton cousin est évincé du palais royal. Même ses deux idiots sont toujours ici. Vous n’avez pas de maison ou quoi ? dit-il à l’attention de Diagon et Apollon.

— Quelle chance pour moi, je deviendrais roi, ironisa Apollo en se laissant tomber à côté d’Héra.

— La ferme, répondit Vulcain. Je veux venir.

— On a déjà une invitée surprise, je pense que ça fait déjà beaucoup, lança Diagon en regardant Laverna.

— Ordre du roi, répondit-elle avec un sourire.

Vulcain se tourna vers Mercure qui dépliait une grande carte.

— Demande à ton père.

Diagon et Apollo pouffèrent en même temps. Vulcain se tourna vers eux, la colère visible.

— Tu sais très bien qu’il va dire non, il marqua une pause. Si, il va accepter, pour que l’un de vous me tue et le libère de ce fardeau qu’est ma naissance.

— Je suis volontaire, chantonna Apollo en rejoignant Mercure pour étaler la grande carte sur le bureau.

— Ferme-la.

— Dis ça encore, et je te tue.

Mercure soupira.

— Et tu créas une guerre avec le père d’Apollo, fit remarquer Mercure en posant de petits objets sur les quatre coins de la carte.

— Avec un petit royaume comme le sien, je suis sûr de repartir victorieux, se moqua-t-il.

Mercure répondit à son sourire.

— Seul face aux hommes de Neptune, je ne pense pas que tu survives.

Vulcain soupira et se tourna vers Laverna tout sourire.

— Non, lança-t-elle en grimaçant.

Ce fut au tour d’Apollo d’éclater de rire.

— Quoi ? Vous n’avez pas trouvé un terrain d’entente ? Il pouffa à nouveau. Si tu devais être un homme Laverna, c’est Vulcain que tu serais.

Laverna se sentit presque insultée.

— Mais je suis une femme et je suis Laverna, claqua-t-elle.

— Et Laverna n’est pas mon type, finit Vulcain.

Laverna le regarda de haut en bas, mais ne répondit pas.

— Alors, où allons-nous ? demanda-t-elle. Elle se tourna vers Vulcain. C’est une réunion pour les grandes personnes, dit-elle avec sourire. La porte est juste là.

Vulcain se passa la langue sur les lèvres et pencha la tête sur le côté.

— Quand vous entrerez en guerre, tu seras seul avec ses idiots, Mercure.

Mercure leva les yeux sur la carte, aussi ennuyé qu’Héra.

— Je suis sûr que ça ira et tu seras là pour récupérer le royaume quand je tomberai.

Vulcain plissa les yeux et soupira. Il semblait presque déçu d’avoir été jeté de cette façon. Il ne répondit pas et finit par quitter le bureau.

Laverna le suivit des yeux dans le couloir.

— Vous êtes tous comme ça ici ?

Ils levèrent tous la tête vers elle.

— Quoi ? Vous étiez exactement comme ça quand je suis arrivée. J’étais Vulcain quand je suis arrivée, affirma-t-elle, et Diagon était le pire.

Diagon haussa les épaules.

— Tu as vu ! Aucune émotion !

— Parce que je sais que lors de notre première rencontre tu courais pour avoir volé, commença-t-il, et tu allais frapper Apollo. Et tu as même essayé de le soudoyer.

— Ah ouais ? répondirent Apollo et Laverna d’une même voix innocente.

Laverna ouvrit les yeux pleins de surprise alors qu’Apollo secouait déjà la tête.

— Par vos dieux, ça allait vraiment fonctionner ! s’étonna-t-elle. Je le savais ! Si seulement j’avais eu plus de temps…

— On peut commencer ? coupa Mercure.

Laverna leva les yeux vers lui, les lèvres pincées il examinait la carte.

— Le mot disait qu’ils avaient été au Nord, affirma Héra en glissant son doigt sur le Nord.

— Ça fait du chemin, ironisa Laverna.

Diagon se gratta la tête. Et fit glisser le doigt d’Héra sur la carte en descendant vers le Sud.

— Il a dû descendre vers les ruines des anciens palais royaux.

— Il y a d’autres palais ? demanda Laverna surprise. On pourrait y aller…

Mercure leva la tête vers elle.

— Ils pourraient s’y cacher, argumenta-t-elle.

— Peut-être, soupira-t-il.

Laverna grimaça et se décala. Ils étaient perdus.

— C’est la première fois que des hommes disparaissent ?

— Pas de cette envergure, répondit Apollo en examinant les lieux près du doigt d’Héra. Peut-être la Grande Forêt des Nymphes.

— Bien trop dangereuse, répondit Mercure.

Laverna repoussa ses mèches.

— Où avez-vous cherché dernièrement ?

— Les lieux qu’ils pouvaient connaitre et que nous connaissons.

— Vous avez interrogé leurs familles ?

Diagon fit claquer sa langue et leva la tête vers elle.

— Tu ne vas pas nous dire comment faire notre travail ? s’énerva-t-il. Si tu veux te rendre utile, va rejoindre Vulcain.

Laverna sentit son sang ne faire qu’un tour.

— Pardon ?

Héra et Laverna avaient parlé d’une même voix menaçante. Diagon prit une longue inspiration.

— Désolé, dit-il d’une voix fatiguée. Je n’aurais pas dû.

— Non, gronda Laverna. Je suis une femme alors tu penses que…

— Je ne crois rien du tout Laverna, répondit Diagon. Je suis désolé. Mes mots ont dépassé mes pensées. Mais nous avons fouillé tous les endroits qu’ils connaissaient et interrogé la moindre personne.

Laverna serra le poing et continua de le fusiller du regard. Elle soupira et fixa la carte. Elle était couverte de gribouillis et de notes.

— Nous devrions nous contenter de fouiller les ruines menant au Nord, finit par dire Mercure d’une voix lasse. J’enverrais les autres troupes fouiller chaque ruine de ce pays.

Ils hochèrent tous la tête. Mercure déplia la carte, visiblement insatisfait de ses ordres. Apollo quitta la pièce en les saluant. Héra et Diagon disparurent eux aussi. Laverna alla récupérer ses chaussures.

— Qu’est-ce qui se passe si nous ne les trouvions pas ? demanda Laverna.

Mercure rangea la carte dans une armoire en verre.

— Je t’ai dit que tu pouvais vivre ici, dit-il d’une voix fatiguée, tu seras en sécurité avec moi.

Laverna eut un sourire en repensant à son rêve égoïste.

— Ça ne sera pas juste. Tout ce que je fais n’est pas juste, murmura-t-elle pour elle-même. Et me rebeller contre Liamos n’est pas juste non plus. Je ne souhaite pas me cacher indéfiniment. Si je dois mourir, je le ferai sur l’île.

Mercure retira sa veste noire et son écharpe dorée. Il posa le tout sur l’un des canapés.

— L’île retrouve ses richesses, Laverna. Les soldats m’apportent de bons échos. L’île revient à la vie, grâce à toi. La nourriture circule à nouveau et j’ai envoyé des artisans créés de nouvelles habitations et bien plus. Tu n’as pas à te sentir ennuyer par ses choses. Ce n’est pas ton devoir, mais le mien. Il s’agit de mon île à moi aussi. J’en suis le roi.

— Je pensais que j’y serais la reine ?

Un sourire étira les lèvres de Mercure.

— Tu peux être qui tu veux, ici.

Laverna le prit à la lettre.

— Mais je resterais une humaine, souligna-t-elle.

Il hocha la tête.

— Ils finiront par le comprendre, dit-il en s’avançant d’un pas, ils finiront même par l’oublier.

Laverna fut presque prise à son propre piège. Elle prit une longue inspiration en sachant très bien ce qui se passerait quand il aurait fini de s’approcher. Elle goûterait à ses lèvres.

Elle se laissait presque prendre à ce plaisir de cette vie volée. Elle osa un petit pas. Il était presque à ses pieds. Elle pouvait presque facilement imaginer une vie facile et sans danger, mais ça n’était pas pour elle. Elle était née dans l’illégalité et finirait sa vie voleuse.

— Ce serait injuste pour tous les autres, conclut-elle.

Mercure s’arrêta aussitôt. Il ne fit aucune remarque, mais se contenta de lui sourire.

— Tu ne manqueras plus jamais de rien sur l’île, conclut-il. Je suis même sûr que ta vie deviendrait ennuyeuse.

Elle lui sourit et serra ses chaussures entre ses mains.

— Bonne nuit.

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