Chapitre 38

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Elle quitta la pièce d’un pas lourd et ignora ses pensées. Elles étaient toujours en désaccord. Ça devait être Ylio dans une maison face à l’océan. Et pas Mercure dans un palais d’ivoire. C’était comme ça qu’elle avait imaginé sa vie. Elle leva les yeux le plafond pour demander de l’aide à leurs dieux. Aucune réponse. Elle serra ses chaussures. Elle était livrée à elle-même. Elle ferma les yeux alors qu’elle descendait le grand escalier pour rejoindre la salle de bal. Il n’y avait plus personne en dehors de quelques domestiques. Elle fut soulagée de trouver la table encore pleine de boissons et de nourritures.

Elle laissa ses pieds nus refroidir contre le sol d’ivoire. Elle peinait à faire sortir Mercure de sa tête. Elle avait posé elle-même les limites, mais visiblement elle n’arrêtait pas d’y penser.

Elle soupira et se laissa tomber sur une chaise pour siroter un verre de champagne et des petits sandwichs. Le plafond vouté était encore plus beau à la lueur des bougies. Elle posa son verre sur le sol et sortit le collier de la vieille dame pour le détailler. La pierre violette retint aussitôt son attention. Quelque chose semblait bouger à l’intérieur. Elle plissa les yeux et approcha la pierre à ses yeux. Elle fut stupéfaite de trouver un visage. Le sien. Elle avala difficilement la salive. Mais son visage disparut pour laisser place à celui d’Ylio. Elle sourit, mais ce dernier disparut quand le visage de Liamos se matérialisa. Un sourire dangereux étirait ses lèvres. Elle pouvait le sentir à travers son corps. Il allait la punir.

Elle recula le collier et le fourra dans sa poche. Elle sursauta, effrayant les quelques domestiques. Elle se redressa pour regarder la vieille femme.

— Où étiez-vous passé ? souffla Laverna.

La vieille dame sourit.

— Auprès des dieux.

— Quoi ?

La vieille dame soupira et prit place sur la chaise voisine.

— Ce que je déteste chez les grands parleurs, c’est leur façon de tourner autour du pot, vous ne trouvez pas ?

Laverna hocha la tête et sembla prête à écouter ce qu’elle avait à dire.

— Avant, bien avant que tout ce monde et cette monarchie ne prennent place. Le monde n’était pas aussi facile. Même après avoir chuté les dieux sont restés sur terre à aborder le monde qu’ils avaient créé. L’île était à l’époque bien plus proche. Et Jupiter semblait aimé cette île et moi par la même occasion. J’étais sa favorite. La plus belle et celle qui avait un caractère digne de la foudre. Je lui tenais tête à chaque mauvaise parole. Et il aimait ça. Elle laissa échapper un sourire qui la rendit plus jeune. Mais je me suis perdue. Si Jupiter venait à moi, ce n’était pas pour ma beauté, mais pour sang.

— Vous êtes humaine ? demanda Laverna.

— Je suis humaine et l’une des filles du dieu malin.

Laverna sentit son cœur battre un peu trop vite.

— Quoi ?

— Ce qui fait de moi une personne dangereuse, admit-elle. Je suis ce qu’on appelle un oracle.

— Un quoi ?

— Cesse de me couper, s’agaça-t-elle. Elle ferma les yeux. Je faisais partie de ceux qui pouvaient lire et voir l’avenir dans chacun. Le dieu malin n’a pas su les dégâts qu’il venait de faire. Quand Jupiter fut certaine de mes origines. Il ne m’a pas tué, mais il a fait de moi son oracle et a voué ma vie à un enfer. J’ai vu ma famille, l’amour de ma vie et mes enfants périrent parce que mon parent était un dieu fou. À la mort des dieux, il m’a demandé une dernière chose, Laverna.

— Laquelle ? osa-t-elle demander dans un souffle.

— De voir le monde brûler par la faute de mon parent. Il m’a ordonné de me taire sur l’avenir de ce nouveau peuple et des humains. Il m’a demandé de regarder ce monde sombrer sans bouger le petit doigt. Et tu veux savoir ce qu’est mon devoir ?

Laverna secoua la tête.

— Mon devoir est d’aider, répondit-elle, brisée. Ce devoir et de prévenir mon peuple de tous les malheurs. Ce que m’a ordonné de faire Zeus est contre nature. Je… je n’ai pas pu dire au peuple que la moitié du royaume sombrerait. Je n’ai pas dit au roi qu’il ne reviendrait pas de sa visite sur l’île, je n’ai pas pu dire à la défunte reine que son deuxième enfant la tuerait… Et bien plus… Mais toi, Laverna…

Laverna secoua la tête.

— J’ai déjà assez de problèmes, prévient-elle, chacun les siens.

Elle redonna le collier et se leva de sa chaise.

La vieille dame eut un sourire triste et reprit le collier à contrecœur.

— Tu as raison, je ne t’obligerais pas à reprendre mon lourd fardeau, mais il faut que tu saches que les dieux aiment jouer. Et ils vont aimer jouer avec toi. Ils arrêteront que lorsque tu n’arriveras plus à te relever, mais je sais bien que ton avenir sera dur, mais par les dieux tu deviendras bien plus forte que tu le penses. Reste une brillante voleuse Laverna, et n’oublie pas d’en demander toujours plus même lorsqu’il n’y aura plus d’espoir.

Laverna reprit ses esprits et prit une inspiration.

— Qu’est-ce que l’avenir me préserve ? demanda-t-elle, la bouche sèche.

— Les conséquences de tes choix et peu importe le choix, ton destin restera le même. Peu importe le raccourci que tu voudras prendre, ton destin sera le même.

— La mort ?

La vieille dame s’esclaffa.

— Crois-moi, tous les destins finissent par la mort. Tu prendras les bonnes décisions même si elles s’avèrent difficiles.

Laverna hocha la tête malgré elle. Ça ne tenait qu’à elle de la croire, mais les visages dans son collier étaient bien réels. Elle détailla la vieille femme avant d’ouvrir la bouche.

— Votre père est mort ?

— Ce n’est pas de mon père dont tu dois avoir peur, confirma-t-elle, prends garde à Éris, ma sœur. Ancienne déesse de la discorde. On la pensait éteinte depuis des siècles avant l’arrivée des nouveaux. Elle aime le sang et la rivalité. Et crois-moi Laverna, tu es bien celle qui peut lui tenir tête.

La vieille dame se releva et lui offrit sa main. Laverna hésita et lui présenta la sienne.

— Tu veux connaitre ton avenir amoureux ? Peut-être que ça t’aiderait à faire ton choix.

Laverna laissa échapper un rire nerveux. Elle hésita à nouveau.

— Cela changerait-il quelque chose dans cette histoire ?

Son interlocutrice eut un sourire.

— Croyez-moi, il saura vous épauler dans les moments les plus difficiles, mais je peux vous dire si votre choix sera le meilleur.

Elle baissa les yeux sur leurs mains liées. Qu’attendait-elle pour lui demander ? Ça lui éviterait tout questionnement sur son avenir. Elle éviterait sa vie de « Et si ? ». Elle n’avait pas la patience pour ça et sûrement pas le temps. Elle se mordit la lèvre. Peut-être que connaitre l’avenir était dangereux ? On ne lui avait jamais dit le contraire. Elle savait qu’Ylio l’attendait, mais pour combien de temps ? En trahissant Liamos, l’île savait qu’elle trahissait tous ses hommes. Mais Ylio ne le verrait pas comme ça. Et il avait dit à Apollo qu’elle reste en sécurité au royaume. Alors, choisirait-elle Mercure ? Mais était-elle sûre qu’il la choisisse ? Elle jura mentalement. Elle n’était pas cette Laverna qui se mettait des bâtons dans les roues pour de simples cœurs. Elle était une voleuse. Elle aiderait Mercure et repartirait chez elle, semer un vent de panique et de discorde.

— Ylio ou Mercure ? demanda-t-elle.

La vieille dame prit une longue inspiration.

— Même brisé, Mercure reviendra toujours vers vous.

Laverna ouvrit la bouche.

— Comme vous reviendriez vers Ylio.

Le sourire de la vieille dame disparut.

— Le chemin sera long, mais vous êtes Laverna. Je dois y aller, se pressa-t-elle en levant les yeux au plafond.

Laverna serra sa main dans la sienne.

— Alors, c’est Mercure ? demanda-t-elle, perdue.

— Je vous l’ai dit.

Elle secoua la tête.

— Non, vous ne l’avez pas dit. Vous avez parlé des deux, mais pas énoncé à proprement parler que c’était lui, s’énerva-t-elle.

— Vous souhaitez que ce soit lui ?

Elle secoua la tête.

— Je veux savoir pour ne pas avoir à réfléchir et pour repartir l’esprit libre, argumenta-t-elle.

La vieille dame retira sa main.

— Même brisé, Mercure reviendra vers toi.

— Mais est-ce que je le choisirais en retour ?

Elle sentit la tristesse la tenir, malgré tous ses efforts pour n’en montrer aucune.

— Tu triches, Laverna.

— C’est bien votre métier de dire l’avenir, s’il y a bien sur quelque chose que je veux tricher. C’est bien sur ça.

— Laverna, peu importe ton choix, il reviendra vers toi. Toujours.

— Mais moi ? supplia-t-elle.

— Tu es certaine de le vouloir ?

Laverna hocha la tête.

— Oui, je veux le savoir.

La vieille dame eut un sourire.

— Non.

Laverna prit le chemin de sa chambre l’esprit lent et le cœur lourd. Elle s’était donnée comme excuse la facilité pour rentrer chez elle. Mais visiblement, elle était horrifiée qu’un tel évènement se produise. Elle ne connaissait pas grand-chose à l’amour. Elle était toujours heureuse quand Ylio lui apportait certaines choses qu’elle aimait ou qu’il la complimentait. Et elle avait commencé à être habituée et le voir autrement que son meilleur ami. Et elle l’avait embrassé, et elle avait aimé ça. Puis, il y avait Mercure qu’elle avait pris comme un roi marrant et facile à soudoyer, mais elle s’était trompée lourdement. Il était dangereux et avait toujours été là pour la rattraper. Elle soupira. Pourquoi tous se compliquaient quand tout devenait facile ?

Elle ouvrit la porte de sa chambre et alluma une bougie à l’aveugle. Elle fut surprise de trouver une tunique d’un bleu nuit pendue à son armoire. Une broche avec un lourd diamant était accrochée sur le col. Elle avait dû l’oublier dans le bureau de Mercure. Elle passa ses doigts sur le tissu neuf. Elle avait presque hâte de le vêtir. Elle trouva son sabre à côté et une nouvelle paire de bottes. Elle ferait partie de la garde royale dès qu’elle aurait revêtu l’uniforme.

Elle se déshabilla laissant tomber la robe rouge sur le sol froid. Elle se laissa plonger dans sa baignoire et se glissa sous l’eau. Elle avait l’impression d’entrée dans un terrain glissant et dangereux. Ses pensées s’emmêlaient à mesure qu’elle repensait à cette vieille dame. Une nuit de sommeil l’aiderait sûrement à faire le vide et cesser de penser à Mercure ou à Ylio et le dénouement qui ferait pencher la balance.

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