Chapitre 39

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Annette ne manqua pas de la réveiller avant l’aube. Elle la pressa durement à chaque geste et l’aida à enfiler sa tunique. Elle constata avec effroi qu’elle n’avait que deux poches, bien qu’elle n’ait pas besoin de voler, mais ça la rassurait toujours. Elle laissa Annette la coiffer sans parler. Elle glissa à la dernière minute sa broche en diamant dans son chignon. Et pinça celle de la vieille dame sur le haut de son uniforme.

Annette la plaça devant le miroir avec un sourire.

— L’uniforme vous va tellement bien, s’étonna-t-elle.

— Merci, répondit-elle.

— Ça va aller ?

— Oui, je pense.

Annette lui sourit et Laverna se pencha pour lasser ses bottes.

— Faites attention sur la route, continua Annette, ne sait-on jamais.

— Promis.

Annette lui sourit une dernière fois.

— N’oubliez pas votre sac, continua-t-elle. Le petit déjeuner se trouve dans la grande salle.

Laverna la remercia et la congédia. Elle soupira en finissant de lasser ses bottes. Aucune tension ne venait déranger sa tranquillité, elle avait hâte d’en finir.

Elle fut surprise de constater que le hall était déjà plein de sacs posés à l’aveugle. Elle posa le sien contre l’un des murs avec son sabre. Elle jeta un coup d’œil dehors en passant devant la porte d’entrée. La nuit était encore présente. Des chevaux étaient préparés et des soldats se tenaient près d’eux à vérifier leurs affaires.

Laverna rejoignit aussitôt la salle. Tout le monde y était déjà présent. Elle salua Vulcain d’un signe de tête. Il portait le même uniforme.

— À vous aussi on vous a donné une entrée pour cette aventure ? lança-t-il par-dessus par sa tasse.

Laverna se tourna vers Mercure. Aussitôt, son cœur prit de la vitesse. Elle cligna des paupières et l’ignora aussitôt. Elle n’avait pas le temps pour ça et encore moins l’énergie.

Mercure leva les yeux au ciel comme réponse et lui montra le siège libre à côté d’Héra. Elle le prit aussitôt, face à Vulcain.

— Oui, il me semble que tes dieux me l’aient déjà donné depuis quelques semaines déjà.

Il s’esclaffa alors qu’elle mangeait déjà un pain beurré.

— Mon père m’a enfin accordé une place dans cette folle aventure.

— On va tous s’amuser, grogna Apollo.

Laverna eut un mince sourire avant de reprendre son déjeuner. Elle n’hésita sur aucun aliment. Vulcain parla de son père et de sa vie dans le Sud au soleil. Elle ne l’écouta pas une seule fois, bien trop occupée à manger ou ne pas penser à Mercure. Il était presque l’élu de son cœur, et elle comptait le mener en bateau tout le long de sa vie alors qu’il reviendrait toujours pour elle. Pourquoi ? Elle n’osait pas imaginer l’avenir. Elle leva les yeux sur lui. Il étudiait des papiers qui semblaient l’énerver. Elle tenta de se dire qu’une vie avec lui ne devrait pas être difficile entourée de richesses. Alors pourquoi son avenir ne voulait-il pas une telle destinée ? Que ferait-il ? Elle baissa les yeux son jus d’orange. Où qu’est-ce qu’elle ferait ?

Elle sentit toute son énergie partir et ses questionnements revenir.

Que deviendrait Ylio ? Elle posa son verre dans un bruit sourd. Elle n’aurait pas dû demander l’avenir. Elle l’avait fait pour se délivrer d’un futur fardeau à choisir entre deux élus, mais visiblement elle s’était trompée.

— Tu vas bien ? chuchota Héra.

Laverna se tourna vers elle.

— Oui, mentit-elle.

Héra fronça les sourcils et se redressa pour terminer son petit déjeuner.

Mercure prit la parole après de longues minutes.

— Il est temps de partir, dit-il en repoussant ses papiers. Dans le hall d’ici cinq minutes.

Laverna hocha machinalement la tête et se leva à son tour pour retrouver le hall. Elle retrouva son sac et son sabre. Elle le rangea soigneusement dans son fourreau.

Elle sortit du hall pour rejoindre l’air frais. Elle contourna les chevaux pour regarder la ville encore endormie. Elle s’étira de toute sa grâce. Il n’y avait aucun son, mais l’odeur des fleurs bleues la fit grimacer. Elles étaient moches et leurs odeurs bien trop acides. Elle ne comprendrait jamais l’engouement autour d’elles.

— Avec qui veux-tu monter ? demanda Mercure en rangeant son sabre dans son fourreau.

Laverna grimaça.

— On ne peut pas simplement y aller à pied ? se lamenta-t-elle alors que Mercure riait déjà.

— Aller à pied serait bien pire, répondit-il en accrochant son sac à la selle.

Elle fit glisser son sac de son épaule et lui tendit.

— Je suis surpris que tu veuilles monter avec moi, dit-il faussement étonné.

Elle leva les yeux au ciel alors qu’il attachait déjà son sac.

— Prête ?

Elle soupira et lui présenta sa main.

— Il faut vraiment commencer à penser à inventer quelque chose de mieux.

Elle serra la main de Mercure alors qu’elle basculait sur la selle. Elle ferma les yeux alors que le cheval bougeait.

— Il peut ressentir ta peur, se moqua-t-il.

— Je sais, dit-elle en serrant les dents.

Il monta à son tour à l’arrière. Elle pouvait déjà imaginer son sourire suffisant derrière elle. Il se pencha pour prendre les rênes. Elle sentit son corps se tendre et ses pensées s’affoler. Elle les repoussa.

— Et cette fois-ci, on ne dort pas, plaisanta-t-il.

— Très drôle.

Il se tourna vers le groupe. Le cheval suivit aussitôt le geste. Elle serra aussi la selle avec appréhension. Elle jura silencieusement.

— Les troupes sont déjà parties au Sud, l’Est et l’Ouest. Nous faisons le Nord. Nous suivrons un chemin que j’ai pensé. Il n’y a pas moins de six ruines.

— On va devoir se séparer, se lamenta Apollo.

Mercure hocha la tête.

— Chacun aura le droit à sa ruine. Nous nous séparons à chaque nouvelle ruine. Diagon, tu pars en premier. Apollo, tu prendras la suivante. Ensuite, Héra, Vulcain, moi-même et Laverna. Une fois terminé, on se retrouve à la ruine d’Héra. C’est compris ?

Tous hochèrent la tête.

— En route.

Mercure partit au galop sur ses dernières paroles.

— Pourquoi ne pas faire partir Vulcain en premier ? lança Apollo alors qu’ils entraient dans la forêt. Il me porte déjà sur le système.

Laverna eut un mince sourire.

— Pourquoi déjà l’avoir laissé venir ? demanda Laverna.

Mercure soupira.

— Parce qu’il s’est plaint à son père qui s’est plaint à moi.

— Mais tu es le roi Mercure ! s’étonna Apollo. Laverna c’est bien, mais Vulcain c’est trop. On ne peut pas se permettre de surveiller les deux.

— Eh !

— Quoi ? Quelles sont les garanties que tu ne voles pas sur le trajet ? Et les garanties que cet idiot ne se tue pas ou s’envoie en l’air avec tout ce qui bouge ?

Elle ouvrit la bouche avant de la fermer. Il n’avait pas tort.

— Tu vois, j’avais raison.

— Je ne vole pas à tout bout de champ, je sais me contrôler, accusa-t-elle. Je ne compte pas dépouiller toutes les personnes que je compte voir. Sauf si j’y suis obligé, se sentit-elle obligée d’ajouter.

— On ne sera obligé à rien du tout, répondit Mercure.

— Ne sait-on jamais, renchérit-elle.

— Laverna, menaça Mercure.

— Oui, c’est bon ! Je ne compte rien voler, sauf si les ruines s’annoncent palpitantes.

Apollo se tourna vers elle, stupéfait.

— Tu comptes voler nos ruines ?

— Ce ne sont pas les tiennes, mais celles des dieux, fit-elle remarquer. Tu n’imagines pas combien ils sont prêts à donner pour ses reliques sur l’île ! Surtout ses idiots de nobles qui pensent que les objets ont été projetés sur l’île. Mon Dieu, je deviendrais tellement riche ! scanda-t-elle.

— C’est irrespectueux.

— Moi j’appelle ça les affaires, dit-elle en lançant un clin d’œil. Et tu ne vas pas me dire que toutes les affaires de tes bons dieux sont restées telles quelles ? Non, je suis même sûre qu’il n’y a plus rien parce que vous avez déjà tout volé, Apollo.

Il fit claquer sa langue et avança rapidement devant lui. Laverna eut un sourire.

— Si susceptible, lança-t-elle.

— Tu as raison, il n’y a plus rien que des murs.

Laverna sentit la déception monter.

— C’est d’une tristesse ! Moi qui pensais miser gros.

Mercure pouffa.

— Tu auras de quoi faire à ton retour sur l’île. N’oublie pas que tu seras payé pour cette mission, plus que tu le penses. Comme ça, tu n’auras pas à regretter de rentrer les mains vides.

Laverna baissa les yeux sur ses mains presque collées à la selle.

— Comment sais-tu que j’avais des regrets ? demanda-t-elle doucement.

— Tout bonnement parce que tu es une voleuse et tu en veux toujours plus, dit-il d’une voix lointaine. Mais aussi parce que tu n’avais plus ce sourire malicieux, voire même dangereux, sur tes lèvres.

Elle s’esclaffa.

— Quoi ? Quel sourire ?

— Le même quand tu prépares un coup ou lorsque tu voles, ou même que tu penses à toutes richesses possibles, Laverna. Tu as toujours ce sourire dangereux aux lèvres qui illumine ton visage.

Elle ne savait pas garder la frénésie qui l’habitait quand elle volait quelque chose d’extraordinaire ou que quelque chose de bien plus avantageux naissait dans son esprit.

Le soleil arriva au plus haut quelques heures plus tard. Laverna sentit ses fesses devenir plus dures que du roc. Elle fut ravie lorsque Mercure ordonna une pause. Elle descendit rapidement et s’étira.

— Il faut vraiment penser à prévoir autre chose pour voyager, se lamenta-t-elle.

Elle se laissa tomber contre un tronc et étira ses jambes lourdes. Elle fut tentée de fermer les yeux, mais elle savait que si elle s’endormait. Apollo ou Dragon proposeraient de l’abandonner à son sort.

— La première ruine sera accessible dans l’après-midi, lança Mercure. Nous nous séparons dès à présent. Dragon, Héra et Apollo vous partirez de votre côté. Faites attention.

Ils hochèrent tous les trois la tête.

La pause ne dura qu’une heure, le temps de manger et boire. Personne ne parla pour le plus grand désarroi de Laverna. Ils étaient bien trop occupés à penser à bataille. Laverna s’était presque affolée. Elle allait devoir avancer seule dans un terrain inconnu, et pour seule arme un sabre qu’elle ne savait même pas manier. Et tout ça contre des conseillers pleins de pouvoirs. Mais ça n’inquiétait personne parce qu’ils étaient sûrs de ne rien trouver. Elle n’osa pas demander à Mercure ce qu’ils feraient après ça. Suivront-ils les paroles d’Éva sur l’île ?

Elle savait que cette mission était sa dernière et qu’elle retournerait à la maison, mais un poids semblait enfoncer cette décision, et c’était stupide parce qu’elle voulait partir. Elle savait que ce poids était Mercure. Et elle devait l’oublier de même que la prédiction de la vieille oracle. Sa destinée était de rentrer sur l’île et en être la reine des voleuses.

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