Chapitre 40

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La nuit tomba rapidement. Ils avaient quitté le premier groupe depuis des heures déjà. Elle n’avait même pas eu le courage de leur souhaiter bonne chance. Ils n’avaient aucune chance de trouver qui que ce soit dans les ruines, pas même de l’or. Mais ce voyage semblait apaiser leurs consciences sur leur défaite. Elle repensa à l’oracle. Le monde était voué à sombrer et un humain en serait l’auteur. Et elle espérait que ça ne soit pas elle, mais Liamos. Elle avait un mince espoir de l’arrêter. Peut-être avait-il changé d’avis en voyant l’île renaitre de ses cendres ? Elle en doutait. Liamos voulait être le roi, mais elle avait aidé Mercure à redevenir le roi qu’ils attendaient. Qu’elle le veuille ou non, Liamos lui ferait payer. Elle paierait son affront. Elle était sûre que certains avaient dû lui annoncer la nouvelle, comme les soldats ou même les seigneurs. Elle espérait être la première à lui dire et trouver une échappatoire, mais elle était certaine d’avoir été devancée.

— Tu sembles soucieuse, coupa Mercure.

Elle soupira alors qu’ils avançaient dans le noir complet, seule la torche de Vulcain les aidait à avancer dans la forêt dense. Vulcain tenait la torche devant lui, fier d’éclairer la première ligne. Mercure avait cru bon lui accorder ce droit.

— Je réfléchis à l’avenir, souffla-t-elle.

— Sur l’île ?

Il y avait une légère amertume dans sa voix qu’elle ne souligna pas.

— Oui, avoua-t-elle, je me demande ce qui peut bien s’y passer.

— Un renouveau.

Elle grimaça.

— Je ne pense pas que ce renouveau ait plu à Liamos, ni même ma trahison.

— Tu penses qu’il pourrait te tuer ?

Elle sentit un long frisson lui parcourir sa nuque.

— Je ne pense pas qu’il irait jusque-là, admit-elle, si l’île est à nouveau riche, beaucoup de voleurs reviendront à nouveau vers lui. De nouveaux marchés vont être créés, je pense que même Liamos pourrait y voir une concurrence que je serais la première à créer.

Elle envisagerait peut-être de créer sa propre bande de voleurs. Un sourire étira ses lèvres, elle serait une reine et à la tête d’une bande de voleurs qu’elle aurait choisi elle-même.

— Tu me causerais des ennuis ?

Elle s’esclaffa.

— Bien sûr. Tu seras le premier à qui je causerais des ennuis, s’amusa-t-elle.

— J’espère que ton marché sera florissant.

Elle sourit, heureuse qu’il ne lui offre pas à nouveau de rester chez lui. Parce qu’elle était certaine d’accepter un jour ou l’autre contre sa propre volonté.

Vulcain finit par se lasser et ralentir pour aller à leur hauteur.

— Je pense que je devrais continuer mon chemin seul, il y a un petit village à quelques kilomètres de ma ruine. Je pense y faire un petit détour.

— Vulcain, menaça Mercure.

— Vous pouvez venir si ça vous dit, rassure-t-il, mais moi je veux un lit pour dormir et de quoi me réchauffer. Et il y a sans doute une chance de tomber sur eux par hasard.

Mercure serra les rennes dans ses poings comme pour ne pas le frapper.

— N’oublie pas que j’ai dit à ton père que tu avais une seule chance dans cette mission, qu’à la moindre erreur tu rentrerais à pied.

Vulcain leva les yeux au ciel.

— Je te promets sur nos dieux que je serais dans les ruines d’ici l’aube.

Il baissa les yeux sur Laverna et tenta de lui faire comprendre quelque chose. Elle fronça les sourcils.

— Soit un peu de mon côté pour une fois Mercure, je te laisse une chance pour faire de moi un bon cousin qui pourrait enfin rentrer dans les codes de mon père.

Mercure soupira.

— Si je n’ai pas de nouvelles de toi d’ici demain, je te jure que je tue.

— Je pensais que je devais rentrer à pied ?

— Ma patience à ses limites.

Vulcain éclata de rire.

— Tu étais bien plus intéressant quand nous étions plus jeunes, lança-t-il alors qu’il partait au galop vers l’ouest.

Ils se retrouvèrent aussitôt dans le noir sans moindre repère.

— Tu es certain que c’est une bonne chose ?

— Non, soupira-t-il, mais est-ce que j’ai vraiment le choix ?

Elle haussa les épaules.

Elle fut certaine que Mercure allumerait une torche, mais il n’en fit rien. Ils débouchèrent dans une clairière faiblement éclairée par une demi-lune. Il s’arrêta au bord de la clairière et descendit.

— On s’arrête ici ? demanda Laverna peu sûre.

— Oui, nos ruines se trouvent à quelques kilomètres. La mienne est la plus grande, commença-t-il en l’aidant à descendre. La tienne est plus loin, mais plus petite. Tu reviendras vers moi quand tu auras fini. Puis nous rejoindrions Vulcain et les autres plus loin.

Laverna hocha la tête et récupéra son sac.

— Et s’ils n’y sont pas ? osa-t-elle.

Mercure baissa la tête sur quelque chose que Laverna ne vit pas.

— Alors, je fouillerais mes terres sans repos. Ils ne peuvent pas avoir disparu, Laverna. S’ils préparent ce projet depuis des années, alors ils ont dû prévoir ce lieu bien avant. Mais ils ont tout dissimulé, soupira-t-il.

Laverna se gratta les cheveux, mal à l’aise d’avoir lancé le sujet.

Elle laissa tomber son sac à terre et se laissa tomber contre le tronc d’un arbre. Et posa sa tête contre son sac et ferma les yeux.

— Je monte en premier la garde, souffla Mercure.

— Honnêtement, il n’y a personne, lança-t-elle, nous n’avons pas besoin de garde.

— C’est une excuse pour dormir toute la nuit ?

— Oui.

Elle entendit Mercure soupirer. Elle ouvrit un œil puis l’autre quand elle le vit s’installer à ses côtés. Il étira ses jambes alors qu’il posait son sabre sur le côté. Il semblait encore tiraillé de ses ordres. Il laissa tomber sa tête sur le tronc et leva les yeux sur le ciel sans étoiles.

Elle fit de même, gardant ses mains jointes sur ses genoux.

— Quelle est la chose que tu comptes faire à ton retour sur l’île ? demanda Mercure après un certain temps.

Laverna fut surprise par sa question. Jamais il ne lui parlait de l’île de cette façon.

— Je trouverais l’arbre le plus haut pour admirer l’île et l’océan, avoua-t-elle, comme je le faisais tous les matins.

Il se tourna vers elle, un mince sourire aux lèvres.

— Quoi donc tu peux rester calme parfois ?

Elle leva les yeux au ciel.

— Tout ici est bruyant à sa façon, dit-elle, je préfère le bruit de chez moi. L’odeur horrible de ses fleurs et ce bon vieux marché. M’y balader en laissant mes mains aller de poche en poche. Et retrouver l’adrénaline de voler quelque chose qui brille, et le rapporter à Ylio ou Liamos. Leur montrer que quelque chose de rare peut encore être découvert.

— Et il fait quoi de tout cet or ?

Elle haussa les épaules.

— Je ne sais pas, admit-elle, et peu m’importe. Grâce à ça, je peux manger.

— Tu ne gardes jamais ses trésors pour toi ?

— Il m’arrive de le faire, mais souvent, je les revends pour ne pas me faire prendre et surtout pour manger et avoir un toit pour la nuit.

— Ton retour sur l’île risque d’être dur, dit-il, amusé.

Elle sourit.

— Je compte mettre Liamos à genoux, avoua-t-elle, et prendre tout ce qu’il m’a promis.

— Tu n’as pas peur des représailles ?

Elle renifla sans élégance.

— J’y pense souvent et ça m’inquiète, mais un accord est un accord. Il m’a demandé la couronne contre son île et l’or. Il a eu ce qu’il attendait. La trahison n’était qu’un supplément. Je n’ai jamais dit que je ne le trahirais pas, ni même que je reviendrais bien plus riche que lui.

Il se détourna du ciel pour l’observer.

— Chacun a sa définition du pouvoir, souffla-t-il.

— Ça n’est pas du pouvoir Mercure, simplement un pari risqué qui s’est révélé bien plus profitable que je ne l’avais pensé.

— Tu n’as jamais oublié qui tu étais ?

Elle se tourna pour le regarder à son tour.

— J’ai eu peur, j’ai dépassé nombre de mes limites, mais je n’ai jamais oublié mon objectif, assura-t-elle avec un sourire.

Il répondit à son sourire.

À cet instant, elle aurait voulu mettre une pause dans tout ce qu’était sa vie et peut-être flâner ici aussi longtemps que lui permettrait son rêve. Le vent se fit bien plus léger et la chaleur monta dans son corps.

Mercure semblait maintenant si prêt qu’elle pouvait facilement toucher ses lèvres avec les siennes. Elle savait qu’il était l’ennemi à dépouiller. Elle savait ce qu’elle risquait à la vue de ses dieux.

— Laisse-moi t’embrasser juste une fois. J’en meurs d’envie chaque fois que je vois ce sourire, murmura Mercure d’une voix à peine audible.

Laverna sentit son cœur faire un bon. Son corps entier se couvrit de frissons, il semblait avoir aimé ses mots. Le regard de Mercure semblait bien plus jeune et ses yeux d’un vert envoutant brillaient d’une lumière venue de nulle part. Elle ne sentit même pas son corps briser la limite qu’elle s’était ordonnée. Elle posa d’elle-même ses lèvres sur celles de Mercure. Elle sentit son corps vibrer sous toute la chaleur et l’excitation que lui procurait l’interdit de ce baiser. Mercure posa une main sur sa joue pour s’approcher un peu d’elle et prononcer leur baiser.

Laverna se recula en premier et prit une inspiration. Elle n’avait pas connu un baiser aussi torride. Elle avait presque l’impression de couler dans la pression de l’océan, son corps explosant sous toute cette limite posée. Elle rouvrit les yeux. Mercure la regardait aussi surprise qu’elle. Elle était certaine qu’il pensait la même chose qu’elle. Ils ne pensaient pas gravir la limite, parce que c’était interdit.

Elle passa sa langue sur sa lèvre inférieure.

— Nous n’aurions pas dû, chuchota-t-elle.

Mercure plissa les yeux. Il ne semblait pas du même avis. Ses yeux verts pétillaient encore par l’excitation du baiser.

— Tu es certaine ?

Elle lâcha un petit rire, prise au piège.

Elle savait que c’était mal, mais l’embrasser l’avait rendue bien plus vivante qu’elle ne l’avait pensé. Elle pouvait sentir ses lèvres picoter laissant un souvenir agréable. Elle avait simplement envie de recommencer.

Mercure ne la quitta pas des yeux, l’amusement se jouait sur son visage. Il se rapprocha, elle recula aussitôt.

— Arrête.

Il l’observa un instant avant de reculer ne quittant pas son regard moqueur.

— Tais-toi.

Il éclata de rire.

— Je n’ai absolument rien dit.

Elle se mordit l’intérieur de la joue et détourna les yeux. Elle mourrait d’envie de recommencer. Elle ouvrit la bouche, mais se mordit la langue. Elle était venue pour une chose sur cette terre. Voler ce royaume et le roi avec. Elle comptait le mettre à ses pieds et repartir conquérante sur sa petite île, et en devenir reine. Pas tomber sous le charme du roi.

— On devrait reprendre la route, dit-il finalement.

— Quoi ? Je pensais qu’o…

Mercure posait déjà ses lèvres sur les siennes. Elle hoqueta de surprise, mais se laissa facilement avoir par son corps. Elle répondit presque aussitôt. Elle posa sa main sur la nuque de Mercure. Elle ne voulait pas que ce baiser se finisse aussitôt. Elle savait très bien que ce serait le dernier qu’elle partageait avec lui.

Mercure semblait presque comprendre, il s’approcha d’elle et l’enlaça, ne quittant pas ses lèvres un instant. Le baiser devenait pressant et fiévreux. Laverna savait qu’elle devait s’arrêter là, et lui dire qu’elle partait pour sa ruine seule et qu’elle reviendrait. Mais son corps n’était pas de cet avis, elle se laissa guider par Mercure. Elle avait la curieuse impression que leur corps s’emboîtait presque aussitôt et parfaitement.

Un grondement de tonnerre raisonna dans le ciel, mais aucun des deux ne l’entendit.

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