Chapitre 41

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Le palais était bien une ruine et sa chance de voler la moindre relique s’effrita. Elle grimaça et attacha le cheval à l’un des arbres qui entouraient l’énorme forteresse. Elle fit un pas en arrière pour regarder l’ensemble de la forteresse. C’était un énorme palais fait en pierre brune. Une lourde porte en bois était encore debout, Laverna avait même l’impression que c’était cette porte qui retenait les pierres.

Il n’y avait plus aucune fenêtre, mais des trous béants. Elle ne percevait aucune source de lumière dans la ruine, elle doutait qu’ils se trouvent là. Elle soupira. Elle n’avait pas envie de risquer sa vie dans un éboulement. Elle fit un autre pas en arrière. La forêt qui l’entourait était d’un calme inquiétant. Aucun bruit, pas même le bruit d’un animal ou d’un oiseau, ce qui la fit frissonner. Elle avala difficilement sa salive et s’avança dans les hautes herbes.

La rouille rongeait la poignée de la porte, elle la toucha doucement s’attendant à recevoir la foudre ou faire ébouler le palais, mais rien ne se passa. Elle sortit la clé que lui avait donnée Apollo. La clé rentrait parfaitement et la porte se déverrouilla sans mal. Elle rangea la clé et ouvrit la porte en coupant court à l’attente qui faisait montrer l’adrénaline dans son corps. Elle ouvrit la porte de sorte qu’elle puisse seulement entrer. Elle se hissa difficilement et referma la porte derrière elle.

Elle s’était trompée, la lumière s’infiltrait entre les fissures des murs et par l’énorme crevasse au plafond. De là où elle était, elle pouvait apercevoir le ciel bleu. Le tonnerre fit gronder le ciel. Elle avala difficilement sa salive et s’avança prudemment sur le sol pourri. Le bois était couvert de tapis décoloré et de moisissure qui lui soulevait l’estomac. Elle remarqua que l’or était de mise sur les murs malgré l’évolution de la moisissure et les pillages. Elle eut un sourire, le dieu qui vivait ici avait dû être l’un des dieux qu’elle aurait sûrement adulés.

Elle observa tout d’un œil de voleuse comme à chaque nouveau lieu qu’elle visitait. Les murs étaient restés nus, certains laissaient entrevoir les pierres brunes encastrées et poussiéreuses. Le sol craquait à chacun de ses pas, elle sentit la sueur s’emparer d’elle et la peur de traverser le sol grossir à chaque pas. Elle dépassa la petite pièce pour rentrer dans ce qui semblait être le salon ou peut-être un hall plus grand. La crevasse s’étendait jusque dans l’immense pièce, elle nota que l’escalier était en meilleur état que le sol sur lequel elle risquait sa vie.

Elle s’avança en profondeur du hall pour chercher les autres pièces et elle s’aperçut rapidement que la pièce n’était rien d’autre qu’un hall vide circulaire. Elle soupira et leva les yeux sur l’escalier. Elle s’approcha et resta au pied de l’escalier en bois. Elle resta inerte au moindre bruit. Rien. Il n’y avait rien d’autre que le sifflement permanent du vent entre les innombrables fissures.

Elle prit une longue inspiration et posa son pied sur la première marche. Elle posa sa main sur la rambarde en bois rugueuse et irrégulière. Elle fronça les sourcils devant les légères bordures sur la rambarde. Des traces étaient visibles, comme si l’on avait voulu retirer quelque chose sur la rambarde. Elle imagina aussitôt une doublure en or. Elle secoua la tête, ce n’était pas pourquoi elle était ici.

Elle posa son autre pied sur la seconde marche et testa son état. Elle craqua légèrement sous son poids. Elle prit une longue inspiration et leva les yeux sur le sommet et monta doucement l’escalier, tendue et prête à traverser le sol à chaque instant.

Elle arriva entière à l’étage. Elle fut stupéfaite de voir que l’étage était plutôt bien conservé contrairement au hall. Une autre pièce circulaire s’étendait devant elle. La pièce devait bien faire la taille de la salle de trône de Mercure. Le sol n’était plus en bois, mais un carrelage qu’elle prit pour du marbre. Chaque carré de marbre était brisé par le temps et couvert de poussière. Elle ne distingua aucune trace de pas.

Il n’y avait plus personne depuis des siècles. Tout était en parfait état, mais la pièce était désespérément vide. Il n’y avait plus rien que les murs et une immense fenêtre. Elle leva les yeux et découvrit un vaste dôme, la seule vitre de la maison. Elle fit un pas en avant. Le carrelage craqua sous son poids. Elle s’avança vers la fenêtre. D’ici, elle pouvait voir une bonne partie de la forêt et une bonne partie des champs voisins. Elle soupira et resta un instant à admirer la vue calme.

Elle était certaine qu’il n’y avait personne ici. Il n’y avait aucune trace de pas, et le palais n’était constitué que de deux pièces circulaires. Elle s’avança un peu plus vers la fenêtre. Elle baissa les yeux pour regarder le contrebas. Elle pouvait voir que l’étage plus bas était nettement plus grand que la pièce d’où elle se trouvait. Le hall était bien plus grand qu’elle ne le pensait. Elle aurait dû y penser, un palais si grand à l’extérieur ne pouvait pas être si petit. Elle fit un pas en arrière, son pied se prit dans quelque chose de dur. Elle jura et se tourna. Éva se tenait devant elle, un sourire aux lèvres. Elle leva bien haut une statue en or et l’abattit sur sa tête.

La douleur la réveilla d’elle-même. Quelque chose de chaud coulait le long de son front. Elle leva la main pour l’essuyer, mais ses mains semblèrent attachées. Elle grogna et ouvrit les yeux. Elle les referma aussitôt, une douleur violente se réveilla aussitôt dans son crâne. Elle gémit de douleur, elle pouvait sentir des larmes chaudes se former dans ses yeux. La douleur était insondable.

— Je crois que tu y es allé un peu trop fort.

— Vulcain ? marmonna Laverna d’une voix lointaine.

Elle entendit le rire d’Éva dans un coin. Elle se sentit aller en arrière. Elle ouvrit aussitôt les yeux oubliant le soleil aveuglant et la douleur violente. Elle cligna plusieurs fois des paupières et tenta de prendre une inspiration, mais l’air se bloqua dans ses poumons. Elle pouvait voir le ciel se découper devant elle et un morceau du plafond. La peinture en or commençait à s’effriter de part et d’autre. Elle pouvait même distinguer des fissures sur la vitre du dôme. Elle resta un instant à détailler la fresque qui était peinte autour du dôme. Elle ouvrit les yeux par surprise. Apollon se tenait fièrement, arc à la main. Il avait été peint avec tous les détails imaginables. Elle ferma les yeux. Elle se laissa penser qu’elle était dans l’ancienne demeure d’Apollon. Le seul Dieu qu’elle connaisse en dehors de Zeus.

— Qu’en dis-tu, Laverna ?

Laverna baissa les yeux pour regarder Éva. Elle tenait la chaise sur laquelle elle était assise. Elle pariait qu’elle la suspendait au-dessus du vide. Si Éva la lâchait, elle mourrait.

Elle osa un coup d’œil sur le côté. Elle pouvait d’ici voir la lisière de la forêt. Elle soupira.

— J’ai connu pire, ironisa-t-elle.

Éva fit basculer la chaise en avant, Laverna sentit son corps suivre le mouvement. Elle crut l’espace d’une seconde que le poids de son corps la ferait chuter en avant, mais Éva posa brutalement sa main sur la chaise pour la stabiliser.

Laverna avait maintenant une vue imprenable sur Vulcain et une vingtaine de soldats, mains posées sur leur sabre. Elle soupira et lança un sourire à Vulcain.

— Donc c’est ça ta vengeance pour monter sur le trône ? lui lança-t-elle. Pitoyable.

Vulcain éclata de rire et s’avança.

— Oh ! Crois-moi, si je le voulais je pourrais faire plier Mercure. Tu es d’ailleurs la meilleure personne pour le faire plier, si tu crois que je n’ai pas vu ce que vous avez fait dans la forêt, tu te trompes.

Laverna se sentit blêmir. Elle avala difficilement sa salive, et fit claquer sa langue.

— Oh, ne t’en fais pas. Je suis parti avant que ça ne devienne sérieux.

Laverna se sentit presque rougir, elle détourna le regard visiblement gêné.

Vulcain pouffa.

— Attends ! Par les dieux ! Mercure a vraiment dérapé !

Il leva les yeux sur Éva. Cette dernière ne fit aucun commentaire et s’avança pour se mettre à ses côtés. Elle était en tenue de soldat, son sabre accroché à sa ceinture.

Elle croisa les bras sur sa poitrine et soupira.

— Si tu savais le temps et l’énergie dont on a fait preuve. Tu sais le temps que ça prend de monter un plan, alors qu’on n’est même pas sûrs que le pion coopère ?

Laverna leva les sourcils, presque ennuyée.

— Et je suis le pion ? lança-t-elle.

— Tu nous as mis au défi Laverna, claqua-t-elle. Nous avons dû repenser à tout, mais tu n’es pas aussi doué que tu le laisses penser. On est un peu déçu, mais ça nous facilite un peu le travail.

— On ? demanda-t-elle.

Le regard d’Éva s’illumina, aussitôt. Laverna eut un sourire à son tour et la coupa aussitôt.

— C’est Liamos, c’est ça ? Tu as dû me balancer à Liamos et ce dernier t’a vendu un marché ? Elle regarda l’émotion Éva changer, l’agacement changea aussitôt ses traits charmeurs.

— Tu es à côté de la plaque, s’énerva-t-elle, crois-moi, c’est bien plus grand que ça.

Laverna leva les yeux en l’air et croisa ses jambes. Elle trouvait presque ridicule qu’elles ne soient pas attachées en plus de ses mains.

— D’accord, alors je t’écoute. Dis-moi le grand secret.

Éva ne quitta pas son sourire, presque fier.

— Si tu penses qu’il n’y a que Liamos, tu te trompes, commença-t-elle, c’est bien plus grand.

— Les conseillers, murmura Laverna. Elle pouffa. Merde, ils préparaient leur coup depuis des lustres. Elle marqua une pause dans laquelle Éva ouvrit la bouche. Non, Liamos… Ce sont les conseillers qui ont aidé Liamos. Personne ne savait que le roi Jupiter viendrait, sinon nombre de voleurs seraient venus l’accueillir. Elle leva les yeux sur Éva. Les conseillers ont vendu les informations à Liamos et donné assez d’argent pour qu’il se jette dans la gueule du loup. Voilà pourquoi il était si sûr de lui.

Éva hocha la tête.

— Si tu savais à quel point, il est facile de vous soudoyer, susurra-t-elle.

— Je suis la première, lança-t-elle avec un sourire. Offrez plus gros et on saute.

— Liamos n’a pas été aussi dur à convaincre, on lui a mis l’or dans les mains et l’on s’est occupé de tuer le roi. Mais on voulait plus puisque Mercure a été nommé roi bien avant sa majorité. Alors on a continué à traiter avec Liamos. On voulait qu’il soit bien plus fort. Alors on a attendu la bonne poire. C’est toi Laverna ! On a trouvé assez de bâtards pour te faire passer la mer. Tu es passé tellement facilement que j’ai bien cru qu’on serait prêt à tuer Mercure dès la nuit. Et comme ce petit con est facilement manipulable, il a su écouter tes paroles sur Liamos, et tu es tout aussi manipulatrice. Tu as su marchander avec lui, crois-moi je n’ai jamais cru que ce serait aussi facile. Et nous en sommes ici, Laverna.

— Je vois bien, mais tout ça pour le pouvoir. Je ne saisis pas. C’est plutôt stupide.

Éva plissa les yeux et se tourna vers Vulcain, mais ce dernier secoua la tête. Laverna passa sa langue sur ses lèvres. Elle se doutait que les conseillers cachent quelque chose de grand, mais eux, elle ne l’avait pas vu venir. Et encore moins Éva marchandant avec Liamos. Elle savait que si Éva lui disait toutes ses choses c’est parce qu’elle allait sûrement la tuer ou la piéger, même pire, elle lui demanderait de jouer avec eux. Elle pesa le pour et le contre, mais elle savait qu’elle dirait non. Parce qu’ils n’avaient rien qui la ferait accepter. Rien au monde ne la ferait retarder sa venue sur l’île. Elle commençait à en avoir assez de ce monde dangereux. Elle bâilla sans retenue et examina les deux traitres.

Elle sentit la surprise la tenir quand elle vit Alsane monter les marches. Elle se sentit sourire et regarda les autres conseillers monter les marches fièrement. Tous vêtus de tunique bleue.

— Alors, c’est quoi votre histoire ? Vous n’aimiez pas votre condition de sous-fifre ? demanda-t-elle.

Alsane leva les yeux vers elle, un sourire mauvais aux lèvres.

— Tu peux me croire Laverna, ça va au-delà de tes espérances. Et tout ça, il rit, c’est grâce à toi. Cette ambition que tu as m’a rendu tellement heureux. J’ai tellement hâte de regarder Liamos détruire ce monde. Le voir sombrer. Et regarder ces idiots mourir et la gloire nous revenir.

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