Chapitre 44

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Elle s’assoupit quelques heures. Son corps avait besoin de repos, après toutes les batailles qu’il avait vécu ces dernières heures. Elle se réveilla quelques heures plus tard, toujours fatiguée et le corps meurtri. Elle resta allongée dans le lit moelleux. C’était l’une des choses qui lui manquerait le plus sur l’île, un lit moelleux et chaud chaque nuit. À vrai dire, elle ne savait même pas ce qu’elle retrouverait sur l’île. Sûrement pas grand-chose, songea-t-elle, puisqu’elle ne possédait rien d’autre que son sac et sa tunique bleue qu’elle avait déjà remplacée.

Elle tourna le dos à la porte et ferma les yeux sur les dernières heures. Elle ne voulait pas y penser. Elle resta un instant à essayer de ne penser à rien d’autre qu’à son retour, mais son cerveau ne semblait pas de cet avis. Il persistait à lui rappeler la nuit qu’elle avait passée avec Mercure.

Ils avaient dérapé la nuit dernière, elle pouvait revoir en boucle la scène. Elle se demandait pourquoi elle avait franchi la limite qu’elle s’était imposée. Elle se rappelait juste avoir suivi son instinct et s’être laissée guider par un plaisir inattendu.

Elle grogna de frustration.

«  Je veux tout savoir de toi, connaitre tout ce que tu aimes, ce que tu détestes. Je veux être le seul à vouloir connaitre ce sourire que tu ne quittes pas. Parce qu’il se pourrait que tu aies volé autre chose que ma couronne. »

Elle changea de côté, frustrée. Elle refoula son souvenir et ferma les yeux si fort pour effacer le visage de Mercure. Elle voulait effacer son sourire, mais elle se ravisa. Il y avait quelque chose qui avait fait battre son cœur bien plus vite lorsqu’il lui avait souri de cette façon. Elle avait eu l’impression qu’elle était la seule à connaitre ce sourire. Elle pensait qu’elle pouvait facilement le chérir comme un autre de ses trésors.

Elle soupira, fatiguée d’elle-même. Elle prit l’oreiller sous sa tête et l’enfonça dans son visage. Elle grogna aussitôt et lança l’oreiller à travers la pièce. Elle se redressa aussitôt quand l’un des marins tapa à sa porte.

— On est arrivé.

Elle descendit aussitôt de son lit oubliant la douleur dans son crâne. Elle récupéra sa couronne et son sac rempli de trésors. Elle ouvrit la porte aussitôt et quitta rapidement le bateau, pour ne créer aucune panique.

Elle s’arrêta devant le pont malgré elle. Un sourire étira ses lèvres. L’île semblait bien plus grande et plus majestueuse que lorsqu’elle l’avait quittée. Des constructions commençaient à prendre place sur l’ensemble de la grande place autrefois vide. Il n’y avait plus aucun abandon. Elle fit un pas en avant. L’air sale avait disparu et plus aucun déchet ne volait à terre. Elle avait l’impression de revenir au royaume, mais la présence des humains lui prouvait bien le contraire.

Elle constata que beaucoup d’entre eux semblaient en meilleure santé. Elle pouvait entendre rire, parler et surtout l’odeur de nourriture était bien présente. Elle laissa échapper un rire et tenta de refouler ses larmes. L’île, sa maison, reprenait vie.

Elle fit un pas en avant puis s’avança librement dans la ville en guettant chaque voleur qu’elle connaissait. Chacun la regardait, troublé et d’autres surpris de sa venue. Elle les salua d’un signe de main. Elle resta un instant dans l’allée qui était autrefois celle du marché du pauvre. Cette grande place avait changé elle aussi. Elle semblait s’être agrandie et avoir eu un bon coup de nettoyage. Quelques marchands y travaillaient toujours, d’autres avaient fait construire des boutiques. Elle s’avança un peu plus dans l’île pour rejoindre la forêt.

Mercure n’avait pas menti. L’île était d’une beauté renaissante de ses cendres. Il n’y avait plus de mendiants, et chacun semblait manger à sa faim. Elle constata rapidement que l’île était maintenant une pâle copie du royaume de Mercure. Elle ne cessait de sourire face à cette vision. Jamais, elle n’aurait cru voir l’île dans cette beauté et renaitre de cette façon et aussi vite. Elle était heureuse d’être enfin rentrée chez elle saine et sauve.

Trouver la cabane de Liamos ne fut pas difficile. Elle se dressait dans la forêt fièrement. Elle fut surprise de ne trouver aucun voleur devant la cabane. Elle fronça les sourcils et regarda autour d’elle à la recherche de la moindre attaque. Elle finit par s’avancer et s’arrêter au bas de la porte, et prit une longue inspiration avant d’ouvrir la porte.

Elle reconnut aussitôt Térac, il lâcha le verre qu’il tenait qui se brisa aussitôt sur le sol. L’homme devant lui se tourna. Laverna reconnut aussitôt Ylio. Son cœur fit un bon. Elle lui sourit de toutes ses dents. Il resta figé à la regarder quelques secondes avant de se lever de son siège, presque sonné.

— Laverna ?

Elle lui répondit d’un sourire et s’élança à sa rencontre. Elle le serra contre elle savourant l’odeur du sel marin. Elle le serra si fort contre elle, qu’elle sentit ses muscles se tendre contre elle. Il finit par la serrer à son tour, après s’être remis de son choc.

Il se recula en premier. Il semblait surpris, chaque trait de son visage était tiré.

— Pourquoi es-tu rentrée ? murmura-t-il.

Elle fronça les sourcils.

— Quoi ? murmura-t-elle à son tour, déçue de sa réaction.

Le grincement des marches tendit ses muscles. Elle se tourna aussitôt pour faire face à ses problèmes plus urgents.

Liamos descendit les marches d’une démarche qui se voulait ennuyée. Elle haussa un sourcil. Il avait grossi et une barbe de quelques jours était née sur son visage.

— La petite voleuse est de retour, scanda-t-il. J’ai bien cru que tu m’avais oublié après m’avoir envoyé une fausse réplique de ta couronne. Tu penses que je n’ai pas senti venir la contrefaçon que ton soldat m’a envoyée ?

La colère trainait dans sa voix, malgré la fatigue qui semblait voir raison de lui.

Laverna hocha la tête pour lui donner raison.

— Je suis navré, mais le roi m’a donné meilleure offre que je ne pouvais refuser, dit-elle simplement.

Liamos plissa les yeux et serra les poings.

— Tu m’as trahi, accusa-t-il.

— J’ai simplement su flairer la bonne affaire, assura-t-elle d’une voix énigmatique.

Elle retira son sac de ses épaules qui tomba dans un bruit d’or. Le visage de Liamos sembla intéressé, mais ce dernier s’illumina lorsqu’il aperçut la couronne de Mercure.

— Qu’est-ce que…

— C’est la vraie ? demanda Ylio, surprit.

Elle sourit.

— La vraie, confirma-t-elle d’une voix claquante.

Elle lui lança la couronne. Il la rattrapa aussitôt sans le moindre effort. Il examina la couronne et un sourire étira ses lèvres. Laverna constata qu’il la désirait bien plus qu’elle ne le pensait.

Il posa la couronne sur ses cheveux noirs en désordre.

— Je suis le roi.

Il éclata de rire.

Laverna eut un sourire forcé face à la scène et se pencha vers Ylio.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? murmura-t-elle.

Ylio soupira. Elle leva les yeux vers lui alors que Liamos montait à l’étage fier comme un paon.

— Tu n’aurais pas dû revenir ici, dit-il, c’est devenu dangereux.

Il lança un coup d’œil sur l’étage. Elle suivit son regard. Une jeune femme descendait élégamment le vieil escalier. Ses cheveux d’un blond miel brillaient à la lueur du soleil. Sa robe de soie blanche caressait doucement les marches poussiéreuses. Elle ne la quitta pas un instant Laverna des yeux.

Laverna haussa un sourcil à son encontre.

— Je suppose que tu es Laverna, dit-elle d’une voix douce et comparable à la soie.

Laverna questionna Ylio du regard, mais ce dernier détourna le regard.

— Je pense ne t’avoir jamais rencontrée, lança Laverna en l’examinant sous toutes les coutures.

Elle n’avait jamais vu cette personne sur l’île. Elle était bien trop belle pour une humaine, mais ses cheveux blonds étaient comparables à ceux d’un humain. Elle pencha la tête sur le côté. Liamos se tenait derrière elle heureux d’une telle interaction.

— Je te présente Éris.

Laverna laissa échapper un petit rire.

— Tu es la fille du dieu malin.

Liamos perdit son sourire et Ylio l’interrogea du regard surpris.

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? menaça Liamos en dépassant Éris.

Éris eut un sourire à faire tomber les hommes et les dieux.

— Je vois qu’on t’a parlé de moi.

— J’ai rencontré ta sœur. L’oracle, précisa-t-elle.

Éris haussa un sourcil, surprise.

— Tu as rencontré cette vieille femme ?

Laverna hocha la tête.

— Elle t’a prévenue de quoi ? s’amusa Éris.

— Que Zeus l’interdisait à tout oracle, répondit-elle.

Éris rit.

— Oh Jupiter, fanfaronna-t-elle, mieux fallait se tenir loin de ce Dieu odieux. Si j’ai survécu, c’est bien grâce au sang de ma mère, Oracle n’a pas eu cette chance. Jupiter l’a reconnue toute de suite.

Le ton qu’elle employa semblait amusé. Elle ne quitta pas une seconde son sourire tout droit venue du soleil. Laverna se baissa pour récupérer son sac et le faire basculer sur son dos.

— Liamos, dit-elle d’une voix pressée. La vallée.

Liamos cligna des yeux pour retourner sur terre. Elle fronça les sourcils et plissa les yeux sur Liamos. Il semblait perdu.

— Quoi ?

Laverna secoua la tête et laissa à nouveau glisser son sac à terre. Elle s’approcha rapidement de Liamos. Éris fit un pas sur le côté et Laverna s’arrêta pour ne pas rentrer dans la déesse.

— Liamos, s’énerva Laverna. Nous avions un contrat. Tu as la couronne.

Il rit et se pencha sur le côté pour regarder Laverna.

— L’offre d’Éris me semble bien plus alléchante.

Laverna crut ne pas comprendre ses paroles. Elle laissa échapper un petit rire et repoussa Éris sur le côté pour regarder Liamos. La colère eut raison d’elle.

— Comme oses-tu ? cracha-t-elle.

Liamos éclata de rire alors qu’Éris se matérialisa devant Laverna et lui coinça le bras derrière son dos.

Laverna tenta de se défaire de sa prise, mais sa tentative resta vaine. Elle était prise au piège. Ylio s’approcha d’elle, mais Éris resserra sa prise. Elle crut l’espace d’un instant que son épaule s’était décrochée.

— Reste ici, petit bâtard.

Ylio serra les poings, mais ne fit aucun commentaire.

— Lâche-moi, se débattit Laverna.

Éris éclata de rire. Elle s’approcha doucement d’elle pour chuchoter dans son oreille. Une odeur d’humidité émanait d’elle.

Laverna détourna la tête, mais Éris lui prit le violemment visage pour la tourner vers elle.

— Tu vois ce que ça fait d’être prise au piège et d’être trahis.

Laverna devina qu’elle souriait.

— Je suis la déesse de la discorde. Penses-tu que notre cher Liamos ait voulu faire un marché, si tu savais l’ambition qu’il chérit depuis des années.

Laverna tenta de se dégager, mais Éris la maitrisait sans peine.

— Prends ton temps pour respirer. Elle la lâcha sans ménagement. Tu es intelligente Laverna, ambitieuse, et je suis sûre que tu serais parfaite pour le rôle qui te revient.

Éris se tourna vers Liamos et lui prit la couronne. Ce dernier ne cilla même pas. La déesse ne quitta pas son sourire. Elle s’avança doucement vers Laverna qui eut un mouvement de recul. Éris posa la couronne lourde de Mercure sur les cheveux noirs de Laverna.

Sa bouche semblait sèche et son pouls monta en flèche. Elle avait l’impression de faire un rêve étrange.

— Deviens ce que tu as toujours voulu être. Être une reine et être à la tête d’une gloire éternelle. Tu mérites ton trône.

Laverna laissa échapper un rire forcé.

— Je ne veux pas être de la partie, lança-t-elle, tuer des innocents ne m’intéresse pas.

Elle retira la couronne et la rendit à Éris.

— C’est ce que tu as toujours voulu, répondit calmement Éris. Tu as toujours volé pour te nourrir et dormir dans un endroit chaud, mais toi et moi savons que tu le faisais parce que tu aimes ça. Parce que voler te procure assez d’adrénaline pour vivre ta vie, complète. Tu te sens invincible et si supérieure. Elle s’approcha d’elle et lui présenta sa couronne. Sinon, tu ne serais jamais allé dans son royaume pour si peu.

Laverna ouvrit la bouche noyée dans les paroles d’Éris. Elle n’avait pas tort. Voler représentait pour elle un défi personnel qu’elle aimait faire grandir à chaque nouvelle victime. Elle aimait sentir l’or dans ses mains et vivre d’une richesse le temps d’une journée. L’adrénaline était toujours plus forte et sa vie plus palpitante.

Elle leva la main sur la couronne de Mercure. Le métal semblait l’appeler.

— On part Laverna, ordonna Ylio.

Laverna cligna des yeux et se tourna vers lui le regard dur.

Il l’ignora et lui prit la main.

— Attends !

Il ne l’écouta pas et récupéra son sac pour sortir de la cabane.

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