Chapitre 45

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Il ne la lâcha pas une seule seconde alors qu’ils descendaient la forêt rapidement. Laverna trébucha plusieurs fois, mais Ylio la rattrapait chaque fois d’une main sûre et ferme. Elle se laissa guider à travers les arbres morts, ne cessant de se retourner à la recherche d’Éris et de la couronne.

Ils quittèrent la forêt quelques minutes plus tard, essoufflés. Ylio la guida à travers les rues bondées et propres. Laverna s’émerveilla à chaque stand de nourriture et de boutiques de robes.

— Attends, Ylio, on pourrait…

Il se tourna vers elle. Une colère visible dans ses yeux. Elle avala difficilement sa salive.

— Ou pas.

Ils quittèrent le centre-ville que Laverna voyait pour la première fois. Ils zigzaguèrent entre les nouvelles habitations. Elle fut stupéfaite de trouver de nouvelles habitations. Il y avait près une cinquantaine de maisons agglutinées dans un même endroit formant un labyrinthe circulaire. Laverna retroussa le nez. Des centaines de fleurs y étaient plantées et certaines étaient même accrochées sur les façades des maisons en bois.

Ylio s’avança vers l’une des maisons, poussa la porte sans ménagement et la poussa à l’intérieur. Il claqua la porte derrière lui.

Laverna grimaça et tira l’une des chaises en bois et se laissa tomber pour reprendre son souffle. Elle toussa et se laissa tomber en arrière.

— Par leurs dieux, Ylio ! Tu ne pouvais pas y aller doucement ! J’ai l’impression que je vais mourir. Je n’ai jamais descendu cette montagne aussi vite !

Il se tourna vers elle et posa son sac sur la table à ses côtés.

— Je peux savoir pourquoi tu es rentrée ? s’énerva-t-il.

Il se planta devant elle, les bras croisés sur la poitrine. Ce rôle ne lui allait pas du tout.

Elle leva les yeux au ciel et étira ses jambes sur la chaise voisine.

— Parce que je devais rentrer, le palais n’était pas ma maison, dit-elle simplement. Je voulais rentrer à la maison et te revoir.

Le visage d’Ylio se décomposa. Il soupira et se passa une main sur le visage. Laverna le trouva bien plus fatigué qu’à l’habitude. Elle fronça les sourcils et l’interrogea du regard.

— Qui est-ce cette Éris ? lui demanda-t-elle.

Il tira la chaise sur laquelle, elle avait posé ses pieds. Elle les retira et il y prit place. Il posa ses coudes sur ses jambes.

Laverna se redressa malgré elle, prête à entendre ce qu’il avait à dire. Elle remarqua rapidement à quel point il avait changé. Il avait pris beaucoup de muscles. Il n’était plus le jeune homme qu’elle avait quitté. Elle était heureuse de constater à quel point il avait su jouir lui aussi de la victoire qu’elle avait eue sur l’île en demandant à Mercure de faire renaitre l’île à nouveau. Il avait également coupé ses cheveux. Il les négligeait bien plus que lorsqu’il les portait un peu plus long.

Elle resta un instant coincé dans son regard. Il semblait fatigué et constamment agité, ce qui ne changeait pas.

— Tu l’as dit, c’est la déesse de la discorde, dit-il en soupirant. Elle est venue aussitôt lorsque tu as réussi à quitter l’île.

Elle fronça les sourcils.

— Elle vivait au royaume ? demanda-t-elle.

Il secoua la tête.

— Je ne sais pas, personne ne sait d’où elle vient, ni même si elle se cachait des dieux ou des nouveaux dieux. Mais quand elle est venue, tout le monde était à ses pieds. Liamos en a perdu la tête, je suis sûr que c’est grâce à l’ancienne divinité d’Éris. Il a complètement perdu les pédales, Laverna. Tout le monde devient fou lorsqu’elle ouvre la bouche.

Il se gratta le front.

— Et il a accéléré le processus.

— Quel processus ? demanda-t-elle, presque certaine qu’elle ne voulait pas le savoir.

Ylio se leva puis s’avança vers l’un des placards.

— Tu as faim ? demanda-t-il, je suis sûr que tu as faim. Ton voyage a dû être dur.

— Ylio.

La voix avait raisonné dans la petite pièce. Il posa ses deux mains à plat sur le plan de travail en bois et baissa la tête.

— Il y a quelque chose que tu dois savoir sur nous.

Elle sentit son cœur battre un peu trop vite et la panique l’envahir. Nous ? Il parlait d’elle et lui ? Elle avait presque oublié qu’elle était partie le cœur léger et sous son charme. Elle avait franchi la barrière de leur amitié.

— Les bâtards.

Laverna cligna plusieurs fois des yeux et balaya aussitôt ses pensées.

Il se tourna vers elle, ses cheveux étaient presque blancs et flottaient autour de lui comme un halo protecteur. Il leva ses bras et lui montra ce qu’il avait entre les mains. Elle se leva aussitôt sentant la peur lui soulever l’estomac. Elle renversa sa chaise alors qu’elle faisait le tour de la table pour mettre une bonne distance entre eux.

— Bordel.

Ylio effaça aussitôt la brume dorée qu’il avait créée entre ses mains. Il semblait perdu face à sa réaction. Il fit un pas en avant, mais elle buta contre le mur.

— Ne me dit pas que toi aussi.

Il semblait perdu, mais hocha finalement la tête.

— C’est Liamos qui nous l’a confirmé des années plutôt, quand plusieurs bâtards ont décidé de rejoindre sa bande de revendeurs. Il nous a assuré que nous possédons également des pouvoirs divins, mais que ces derniers étaient beaucoup moins puissants que ceux des nouveaux dieux.

Laverna serra la chaise devant elle. Elle baissa les yeux sur les mains d’Ylio. Pas lui. Elle avait fui bon nombre de dangers au royaume et elle ne voulait pas qu’ils la suivent ici. Elle ne voulait pas avoir peur sur cette île qui était sa maison.

— C’est dangereux, fit-elle en le regardant.

Ylio fronça les sourcils. Il ne s’attendait pas à cette réponse ni même à cette réaction.

— Je sais le contrôler, se justifia-t-il. Quoi ? Tu n’as jamais vu les soldats du royaume le faire, ni même le roi ?

Elle ferma les yeux un instant. Elle pouvait encore se rappeler de la douleur fulgurante qu’elle avait ressentie en touchant cette ombre dorée. Elle lui avait littéralement déchiqueté la main. Elle avala difficilement sa salive.

— Voyons Laverna, se moqua Ylio, tu n’as pas peur de ça ?

Elle baissa les yeux pour simple réponse.

— Attends, tu n’es supposé avoir peur de rien ! Tu devrais plutôt me féliciter d’avoir enfin réussi à créer cette ombre.

— Et tu sais ce qu’elle fait cette ombre ? s’énerva-t-elle.

Ylio la sonda. Il fit un pas en avant et prit une longue inspiration.

— Qu’est-ce qui s’est passé là-bas ? Tu étais prête à conquérir leur monde quand tu es partie sur ce navire.

Laverna soupira et tira la chaise pour s’y asseoir à nouveau. Elle tenta d’essayer de calmer son corps, mais elle tremblait comme une feuille. Chaque attaque de la garde royale repassait dans sa tête. On avait essayé de la tuer pour quelque chose qu’elle n’était même pas responsable. Et elle avait été prise lamentable au piège.

Elle repoussa les mèches de son front.

— Ils ont essayé de me tuer, souffla-t-elle.

Ylio éclata de rire.

— Laverna, tu as essayé de lui voler sa couronne ! Tu pensais à quoi ?

Elle secoua la tête.

— Non, même quand je me suis assise sur le trône et volée la couronne en aucun cas ils avaient voulu me tuer, dit-elle, c’est quand j’ai commencé à travailler pour le roi.

Ylio haussa un sourcil.

— Alors ce soldat ne mentait pas ?

Elle secoua la tête.

— Non, Apollo ne mentait pas, dit-elle. Le roi a su rapidement me convaincre de travailler pour lui, mais ça n’était que de simples missions sans importance, mais très bien payées. Les soldats n’ont pas accepté et on fait référence à un évènement supposé arrivé par la faute d’un humain.

— Un humain fera sombrer leur monde.

Laverna hocha la tête, soucieuse de savoir où il connaissait ça.

— C’était comment là-bas ?

Le sourire complice d’Ylio lui fit oublier toute trace d’inquiétude et de dangerosité, elle faisait confiance à Ylio jusqu’au bout.

— Magique, répondit-elle en répondant à son sourire. Le royaume est d’une richesse à faire tomber toutes les têtes des voleurs. Et tu sais quoi ? Elle continua tout sourire alors qu’il secouait la tête. Ils n’ont même pas peur des voleurs ! scanda-t-elle. J’ai pu faire deux places en me remplissant les poches ! Ils se pavanent avec leurs meilleures pierres et les poches pleines d’argent ! Ils sont tous riches les uns des autres ! Et les robes. Elles sont toutes aussi raffinées les unes des autres. Ils ont des centaines de boutiques rien que pour les robes ! Et tu n’imagines même pas le nombre de bijouteries ! J’en perdais la tête ! Elle sentit l’adrénaline gonflée à nouveau. Et tu ne devineras jamais ce que j’ai visité là-bas ?

Ylio s’esclaffa pris dans son excitation.

— Dis-moi ?

— La salle des trésors ! s’émerveilla-t-elle. Elle se trouve juste au-dessus de la salle du trône ! D’ailleurs, je me suis servi un peu avant de partir, termina-t-elle en glissant les yeux sur le sac plein.

Il baissa les yeux sur le sac avec un demi-sourire.

— Tu penses que Liamos pourrait m’en racheter la moitié ? demanda-t-elle rêveuse.

Le regard d’Ylio se fit sévère, il ouvrit la bouche après avoir pris une longue inspiration, mais elle lui coupa la parole.

— Je suis sûre qu’avec le reste je pourrais construire une maison au bord de l’océan de l’autre côté, là où l’île est plus propre, tu en dis quoi ? questionna-t-elle, le regard brillant. On pourrait même y vivre tous les deux.

Ylio eut un mince sourire et se leva de la chaise.

— Pour rien au monde, je ne manquerais une occasion de passer une vie entière avec toi, dit-il.

Les paroles d’Ylio la frappèrent en plein cœur, et elle sut que la vieille oracle s’était trompée. C’était Ylio et ça serait toujours Ylio. Elle aurait voulu s’approcher plus et l’embrasser, mais sa mine se fit plus sombre. Elle sentit son propre sourire s’effacer. Il prit une longue inspiration.

— Mais je dois te dire quelque chose.

Elle laissa échapper un rire nerveux.

— Quoi ?

— Comme tu le sais, les bâtards ont eux aussi des pouvoirs, commença-t-il, et nous sommes beaucoup. Et si nous sommes beaucoup à travailler pour Liamos, c’est pour une chose simple et évidente.

— Laquelle ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

Il releva les manches de son éternelle chemise blanche. Deux bracelets pendaient à ses poignets. Deux fins filets d’or s’entrelaçaient l’un sur l’autre. Elle plissa les yeux, puis tira le bras d’Ylio pour mieux voir. Il y avait des reflets bleus.

Elle releva la tête pour l’interroger du regard.

— C’est grâce à ses bracelets qu’on a réussi à trouver nos pouvoirs. Les pouvoirs divins demandent quelque chose de divin et il n’y a rien de plus divin que de l’or, dit-il presque amèrement, notre sang est rouge et non doré comme ceux des nouveaux dieux.

— C’est stupide, conclut Laverna en relâchant le bras d’Ylio.

Ylio laissa échapper un petit rire.

— Aussi stupide que ce soit, ça a fonctionné, et on l’a tout de suite ressenti.

— Oh, et dis-moi pourquoi tu ne l’as jamais ressenti avant ? Tu touchais bien l’or avant de travailler pour lui. Tu l’aurais bien senti avant ça.

— C’est parce qu’ils sont trafiqués avec les fleurs du vieux marché et notre sang.

Laverna laissa échapper un petit rire. Les paroles d’Ylio semblaient dénuées de sens.

— Tu me fais marcher, c’est ça ? Si les bâtards avaient des pouvoirs, nous le saurions depuis des siècles.

— C’est pour ça qu’Éris est là.

Laverna se leva, ennuyée et surtout fatiguée de cette histoire tirée par les cheveux. Ylio la retint aussitôt par le bras.

— Crois-moi, Laverna c’est sérieux. Si Liamos achète tout l’or que les voleurs lui rapportaient, c’est pour fabriquer ces bracelets ridicules. Il nous pousse depuis des années à grandir nos pouvoirs. Il a rendu certains d’entre nous fous, et tu n’imagines même pas à quel point c’est pire depuis qu’Éris est arrivée. Elle mène Liamos à la baguette et se sert d’entre nous pour faire grossir ses pouvoirs. Ces mêmes pouvoirs qui t’ont permis de traverser l’océan sans recevoir la colère des dieux.

Laverna secoua la tête.

— C’est impossible, vous n’avez aucun pouvoir, persista-t-elle. Nous le saurions depuis des siècles.

— Mais tu n’écoutes pas ? s’énerva-t-il. C’est Éris ! Elle nous rend dangereux et veut nous forcer à aller plus loin, beaucoup d’entre nous sont morts parce que nous sommes incapables de contrôler ce que nous créons ! Et ça n’est pas le pire ! dit-il sous le bord de l’hystérie. Elle a commencé avec Liamos à l’expérimenter sur les humains ! Elle se sert de notre sang et de ces foutus bracelets pour éveiller un certain pourvoir chez nous. Et tu peux me croire, ça ne marche pas. Elle en a tué un bon nombre d’humains sans remords.

Elle secoua la tête.

— Par tous les dieux, Laverna ! Comment crois-tu que tu sois en vie après qu’Iliopé et son fils t’aient pratiquement coupé les poignets ? Je t’ai sauvée la vie, on t’a sauvée la vie ! s’écria-t-il. Si je n’avais pas ses pouvoirs, tu serais morte.

Sa respiration était rapide et un éclat de détermination brillait dans ses yeux. Elle pouvait apercevoir la colère étirer ses traits parfaitement tracés. Il était aussi perdu qu’elle.

— Pourquoi ne pas me l’avoir dit avant que je parte ? demanda-t-elle. On se connait depuis des années. Pourquoi le dire que maintenant ?

— On devait garder le secret, dit-il. Et aussi, parce que je ne savais pas que Liamos se servirait de toi, je ne pensais pas qu’il serait prêt à te sacrifier après ce qu’il venait de me dire.

— Il voulait expérimenter sa chose sur moi ?

Il hocha la tête.

— Il l’a fait en petite dose, mais je pense que ça n’a pas fonctionné, expliqua-t-il. Ça t’a seulement servi à passer l’océan, rien de plus.

Elle secoua la tête. Toutes ses informations se bousculaient dans son crâne. Elle sentait sa migraine revenir au galop.

Elle aurait voulu se rassoir sur la chaise ou s’allonger dans son lit moelleux au palais et passer une bonne nuit de sommeil pour réfléchir à ce qu’il venait de lui dire. Parce qu’elle savait que ça dépassait ce qu’elle pouvait imaginer. Elle voulait simplement retrouver sa vie de voleuse, et de future reine d’une île. Mais à mesure qu’elle y repensait et que les évènements venaient. Elle savait que rien ne se passerait comme elle l’avait rêvé de nombreuses fois. Elle pouvait dire adieux à sa vallée et à son titre. Elle ne savait même pas si elle pouvait se permettre une maison au bord de l’océan.

Elle leva les yeux sur Ylio, il n’avait pas cessé de la regarder, inquiet.

— Éris est déterminée à exécuter son plan. Elle veut forcer les bâtards à prendre le large et faire un coup d’État au roi Mercure.

Laverna se mordit la langue.

— Le royaume saura se protéger, tu peux me croire.

Il secoua la tête.

— Je n’en suis pas si sûr. Éris est douée, bien plus douée que nous. Et elle semble dotée de grands pouvoirs qui dépassent ceux des dieux. Elle se sert de nous pour attiser ses pouvoirs.

Laverna comprit quand leurs regards se croisèrent.

— Quoi, tu veux l’empêcher de faire sombrer le monde de Mercure ? dit-elle presque stupéfaite.

— Pas toi ?

— Ils ont essayé de me tuer.

Il posa ses deux bras sur ses épaules et la regarda droit dans les yeux.

— Laverna, ça n’est pas tes mots, dit-il avec sévérité, mais les siens. Elle réussit par n’importe quel moyen de rentrer dans la tête des gens. Ça n’était pas la déesse de la discorde pour rien.

Elle secoua la tête, mais il reprenait déjà.

— On a déjà pris notre décision il y a des semaines déjà.

La détermination dans sa voix la fit sursauter. Il était fier de lui, fier de sa bravoure.

— Nous ? Et quelle décision souffla-t-elle.

Il sourit.

— L’ensemble des bâtards. J’espère que tu seras de la partie pour le chaos prochain ?

Un sourire se dessina sur ses lèvres. Elle était toujours prête pour le chaos.

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