Chapitre 47

5 minutes de lecture

Laverna traversa l’île sans garder une seule fois les mains dans ses poches. Malgré son esprit embrumé, elle ne quittait pas ses meilleurs réflexes. Elle traversa la Grande Allée, les poches lourdes et le cœur léger. Elle finit par se poser dans une ruelle sombre et vide. Elle bâilla malgré elle. Elle lutta contre ses paupières lourdes et sa bouche pâteuse. Elle avait l’impression d’être aussi fatiguée que la veille. Pourtant, elle avait dormi comme un bébé. Elle leva les yeux au ciel. Le soleil était au sommet. Elle jura. Elle allait se mettre en retard, elle devait rejoindre Ylio et les autres.

Avec un petit sourire, elle sortit de sa poche un long pendentif. Une fleur pendait de la chaine en or. Elle suivit le collier des yeux alors que la fleur se balançait dans le vide.

— Il aurait plu à Héra, songea-t-elle en le rangeant dans sa poche.

Elle n’était pas sûre de pouvoir lui envoyer par le navire. Elle se doutait que les soldats allaient commencer à la rechercher, mais elle était libre. Et elle se doutait qu’ils seraient vite débordés d’ici quelques jours. Si Ylio disait vrai, alors Liamos ferait couler leur royaume. Un sentiment de satisfaction fit frissonner son corps.

Elle passa une main lourde sur son visage, s’attardant sur ses yeux. Ils lui semblaient lourds. Elle l’ignora et s’avança dans les rues bondées de l’île. Les humains présents et les quelques soldats la regardèrent d’un mauvais œil. Elle ne s’était toujours pas changée. Elle savait qu’elle ne passait pas inaperçue en étant vêtue de la couleur du roi. Elle s’arrêta devant une boutique de robe. La robe noire lui sauta au visage. Elle eut un sourire aux lèvres. C’était la même qu’au royaume. Là même où elle avait supplié Apollo de lui acheter. Elle lâcha un rire. Elle avait gagné contre cet idiot, mais la robe avait été vendue pour son plus grand malheur. Elle tourna la tête sur le côté, prête à rencontrer le regard amusé d’Apollo. Elle s’attendait presque à voir Diagon, appuyé contre l’une des façades, aussi ennuyé qu’à l’habitude. Mais elle resta seule devant la vitrine. Peut-être bien que les deux princes lui manquaient, plus qu’ils ne le devraient. Elle leva les yeux sur la vitrine rencontrant son reflet. Elle constata qu’elle avait changé au cours de ses dernières semaines, et qu’elle détestait cette partie d’elle-même. Ça n’était pas elle. Elle avait été dupée par la richesse, ce qui était grotesque pour une voleuse comme elle.

Elle quitta la devanture de la boutique pour rejoindre le labyrinthe de fleurs. L’odeur lui agressa le nez et lui souleva l’estomac.

Elle suivit le chemin qu’elle avait pris la veille avec Ylio. Elle fut surprise de constater qu’ils étaient tous présents devant la maison d’Ylio. Ils tenaient tous une torche allumée à la main. Quelque chose fit tendre son corps et la colère l’envahit. Elle serra les mains et s’avança dans la mêlée et poussa les quelques personnes qui lui bloquaient le chemin. Elle continua de jouer des coups malgré les insultes et les menaces à son encontre.

Elle finit par rejoindre Ylio, il se tenait au milieu de l’assemblée, la colère visible sur ses traits et le soleil jouant avec ses cheveux. D’ici, il ressemblait bien plus à un dieu qu’à un bâtard sans le moindre le sou. Elle s’arrêta malgré la tension de son corps. Il parlait vivement avec un autre, allumant sa torche avec ferveur. Plus, il parlait, plus il avait du mal à gérer ses gestes. Quelque chose semblait être arrivé. Elle finit par chasser la part d’elle qui voulait le regarder sous toutes les coutures et s’avança pour entendre ce qui se passait.

— Ylio ?

Il releva les yeux de sa torche enfin allumée. Il se tourna pour en récupérer une et lui tendre. Elle la saisit et le laissa l’allumer.

— Je pensais que c’était ce soir ? demanda-t-elle, troublée.

— Térac est mort, assassiné, lança l’interlocuteur d’Ylio.

Elle fronça les sourcils, stupéfaite. Qui avait bien pu tuer Térac ? Il était presque oublié depuis qu’il avait perdu sa jambe. Il sortait très peu de la cabane de la forêt pour rejoindre le centre-ville.

— Qui ?

Ylio leva les yeux de sa torche.

— Pourquoi poses-tu la question ?

— Oh, laissa-t-elle échapper en repensant à Éris.

— Alors on a tous décidé de passer à la vitesse supérieure, conclut Ylio en approchant sa torche à la sienne pour l’allumer.

Laverna ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Ils comptaient vraiment mettre le feu aux fleurs. Ça n’était plus des paroles en l’air, ils allaient vraiment le faire. Ils comptaient brûler chacune des fleurs et biens plus. Avec le peu de chance qu’ils avaient tous. Ils allaient mettre le feu à l’île entière et tuer des tas d’innocents. Quelque chose au coin de sa tête lui rappela que ça n’était pas grand-chose. La vie humaine était considérée comme faible, alors un peu chaos ne changeait rien. Elle serra sa torche dans les mains et hocha la tête.

— D’accord.

Ylio hocha la tête, mais son regard se fit triste. Il semblait encore se battre contre le pour et le contre. Elle se tourna pour regarder la grande assemblée de cheveux gris. Ils étaient tous du même avis, déchirés dans leur choix. Il n’y avait pas d’autres choix que le chaos, songea Laverna. Ils n’avaient pas le choix de faire sombrer le monde.

— Elle nous le fera payer, prévint l’un d’eux, si Térac a payé le prix alors nous aussi.

Plusieurs têtes se baissèrent et Laverna sentit l’adrénaline se perdre quelque part dans son corps. Alors, ils baissèrent si vite les bras. Elle prit une inspiration.

— Il y a quand même un peu de chance que certains meurent dans l’incendie, fit-elle remarquer.

Ylio ouvrit la bouche et fronça les sourcils.

— Je t’ai connue bien plus rassurante, lança-t-il.

Elle sourit.

— Éris est une déesse et nous de simples humains, et si la seule façon d’en venir à bout et de bruler des fleurs alors je m’y résous. Et d’ailleurs, je pense que pour notre âge on a plutôt bien vécu.

Ylio laissa échapper un rire.

— C’est vrai, j’ai bien dû frôler la mort plusieurs fois, dit-il sous le ton de l’humour.

Une femme s’avança.

— On s’en fout ! s’indigna-t-elle. Nous avions tous déjà conclu qu’après cette mission on serait tous morts, et l’on était prêts à nous tuer pour accélérer la chose. C’est d’ailleurs ce qui nous restera sûrement à faire après ça.

Ylio hocha la tête.

— Tu as raison, on devrait commencer avant que tout le monde se demande pourquoi on se regroupe tous avec une torche à la main, dit-il comme pour apaiser la tension qui avait monté d’un cran.

Il se tourna et approcha sa torche à la première façade pour animer ses paroles. Les fleurs prirent aussitôt feu sous l’étonnement de Laverna. Ce serait un jeu d’enfant, se dit-elle sans le moindre scrupule.

Elle lança un dernier long regard à Ylio pour lui dire qu’elle partait dans son coin. Il lui sourit comme réponse et partit à son tour. Elle resta seule alors que les centaines de bâtards étaient déjà partis mettre le feu au reste du petit village créé sur mesure pour eux. Elle resta seule un instant à contempler les minces fumées qui se formaient déjà.

Elle cligna des yeux et partit à son tour. La fumée toxique des fleurs était bien pire que la fleur en elle-même. Elle toussa lorsque la fumée entra dans ses poumons, elle ne se sentait pas supérieure pour autant. Elle n’était même pas sûre que la fleur soit réellement capable de tel pouvoir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire littexastronaut ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0