Chapitre 48

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Le chaos régnait depuis les premières flammes. Certains avaient déjà lâché les torches et étaient partis se réfugier en dehors des habitations et regardaient avec satisfaction l’entrée du village et les fleurs brûler. Laverna finit par lâcher sa torche et rejoindre Ylio, déjà posté devant les maisons.

Chacun était couvert de suie et sentait la fumée. La suie lui piquait déjà la gorge et les yeux. Elle avait allumé chaque façade et chaque fleur par simple plaisir. Quelque chose au fond d’elle aimait le spectacle devant elle. Les flammes prenaient de la hauteur et semblaient même pouvoir toucher le ciel dorénavant gris et orageux. Les maisons avaient pris feu avec facilité, elle doutait que chacun avait dû enduire sa maison d’huile. Les fondations d’une maison tombèrent dans un bruit de tonnerre. Les bâtards agglutinés reculèrent d’un même pas, le sourire aux lèvres de regarder l’espoir de Liamos et d’Éris partir en fumée. Ils semblaient presque soulagés de ne plus à avoir à s’entrainer pour faire sombrer le monde.

Un bruit assourdissant fit trembler la terre, mais aucune maison ne sombra cette fois-ci. Elle sentit la main d’Ylio enlacer la sienne. Elle se tourna vers lui. Il avait de la suie sur le visage et ses cheveux en désordre. Il ressemblait à un fou. Laverna lui sourit.

— Les choses vont se compliquer, Laverna.

Elle cligna des yeux encore une fois. La tension sur ses yeux semblait plus forte et elle secoua la tête et posa ses mains sur ses oreilles alors que l’orage se fit plus forte. Des cris cruels s’élevèrent dans les montagnes et semblaient faire échos jusqu’à l’océan. Laverna sentit la peur lui clouer l’estomac. Autour d’eux, les habitants affolés ne jetaient plus d’eau sur les maisons et regardaient, tendus, les montagnes devant eux. De longs nuages noirs et orageux venaient vers eux avec cruauté. Le vent se leva brutalement. Laverna dut faire un pas pour ne pas tomber face à la force surnaturelle qui descendait des montagnes. Le tonnerre gronda encore plus fort, et Laverna sentit le sol trembler. Elle tomba en avant, la tête la première.

Elle ferma les yeux un instant, en sentant son ancienne blessure s’ouvrir à nouveau. Ses oreilles sifflaient et ses poumons semblaient bruler de l’intérieur. Elle serra des poings alors que deux mains la relevaient.

Elle rouvrit les yeux en sentant son mal de tête devenir plus violent. Elle ferma à nouveau les yeux, cette fois-ci, elle fut surprise de voir Térac à terre, la tête tournée dans un angle anormal. Elle rouvrit les yeux et se redressa malgré la douleur alarmante. Tout semblait tourner autour d’elle. Le chaos se jouait devant elle. Les habitants en paniques de l’île couraient dans tous les sens à la recherche d’un abri contre la tempête qui affublait au-dessus d’eux. Ylio la releva avec force et la força à se mettre sur ses pieds. Elle obéit malgré la douleur de son corps entier. Une chaleur cuisante fit presque bruler les poils de ses bras et ses cheveux. Elle observa avec horreur, un feu immense. Elle se tourna pour regarder Ylio. Qu’est-ce qu’ils avaient fait ? Le feu commençait à atteindre la forêt et une partie de la ville.

— Laverna, il faut partir !

Pour aller où ? Allait-elle demander. Il n’y avait aucune cachette possible. Tout le monde courait en poussant des cris effrayés. Sa vision se troubla. Elle vit la déesse devant le corps de Térac lui soufflant quelque chose aux oreilles. Que lui avait-elle dit ? Elle n’en avait plus aucun souvenir, mais elle était certaine qu’elle avait fait d’elle un jouet comme elle l’avait fait avec Liamos. Elle n’avait plus aucun souvenir depuis la mort de Térac.

Ylio la força à avancer vers un lieu précis, quelques têtes grises suivaient le même chemin. Elle serra main chaude du jeune homme dans la sienne. Certaine qu’il la protègerait de tout danger. Le tonnerre gronda encore plus haut dans le ciel, et son corps entier vibra avec la terre.

— On y va arriver, dit-il avec un sourire à faire tomber ces dames. On va rejoindre le port de l’autre côté.

Laverna sentit l’espoir la quitter. Éris se tenait derrière lui et tenait en joue un bâtard. Elle lui trancha la gorge sans attendre une seconde de plus.

Ylio se retourna au hurlement de sa victime. Elle vit les muscles de son dos se tendre. Il perdait lui aussi espoir. Elle recula d’un pas. Il n’y avait aucune chance pour eux.

La déesse était couverte de sang et semblait s’en prendre uniquement aux bâtards. Elle attrapa une autre victime et lui réserva le même sort.

— Vous pensiez m’être utile ? cria-t-elle. Non, je ne faisais que me servir de vous, lamentable petite merde.

Laverna quitta des yeux la déesse pour regarder derrière elle. La mer ne venait plus lécher le sable ou frapper avec ferveur les bords de la plage. Il n’y avait plus d’océan. Il ne restait que le sabre brun et quelques poissons échoués. Elle sentit son corps se briser en morceaux, il n’y avait plus de peur, non cette émotion lui semblait bien plus douce. Elle distingua malgré elle, l’énorme vague qui commençait à arriver.

— Ylio.

— Je sais.

La déesse leva les yeux sur Ylio, un sourire cruel étira ses lèvres. Ses yeux dorés n’étaient plus que deux fentes brillantes qui clouèrent Laverna sur place.

Ylio recula puis prit la fuite en serrant la main de la voleuse si fort qu’un craquement lui fit mal dans le bras. Ils couraient à travers la vague humaine aussi apeurée qu’eux. Les bâtards encore vivants les suivaient, la peur collée au visage.

— On n’y arrivera pas, lança Laverna.

Ylio ne se tourna pas vers elle pour la rassurer ou pour lui lancer un sourire. Il continua de courir à travers la fumée de l’incendie qui commençait à s’épaissir. L’obscurité de la tempête rendait leur course difficile.

— On y arrivera, dit-il certain.

Il tira Laverna avec ferveur. Ils couraient au sommet de la montagne. Ils n’étaient pas les seuls, tout le monde avait eu cette idée. La vague se rapprochait à une vitesse effrayante. Ils étaient perdus, et puisque ça n’était pas encore assez dangereux, la déesse de la discorde allait venir les tuer.

Ylio poussa les quelques humains et bâtards devant lui, ils reçurent des coups et des insultes. Mais Ylio s’arrêta au sommet d’une longue pente. Ses épaules s’affaissèrent et il lâcha la main de Laverna.

— On n’y arrivera pas.

Il n’y avait aucune émotion dans ses paroles. Si Ylio le disait alors c’était vrai. Elle essaya de se frayer un chemin pour se mettre à ses côtés, mais fut repoussée par un vieil homme. Elle se contenta de rester derrière lui, les doigts accrochés à sa chemise.

— Le bateau est parti, souffla Ylio, perdu.

— Qui ? demanda un homme aux cheveux gris à ses côtés.

— Va savoir.

Il prit une longue inspiration et se tourna vers Laverna. Aucun sourire ni aucune joie n’embellissait son visage.

— Je suis désolé, dit-il d’une voix rauque. J’ai pensé à tous sauf aux traitres.

Laverna eut un sourire triste.

— Mais c’est nous les traitres.

Il laissa échapper un sourire qui semblait le rassurer ou même garder une lueur d’espoir alors qu’une vague haute de plusieurs mètres avançait à grande vitesse vers eux.

Il finit par s’approcher d’elle et s’enlacer.

— J’aurais voulu faire plus et te sauver la vie.

Elle sourit et l’agrippa un peu plus. Chaque seconde était précieuse et elle comptait bien les passer avec lui.

— Tu l’as déjà fait, lui rappela-t-elle, et sans ça je n’aurais pu vivre mon rêve et visiter le palais.

— Tu aurais dû rester là-bas, dit-il avec une légère colère.

Elle le serra un peu plus fort, la fumée émanait de lui gâchant son parfum de sel marin.

— Vivre cette vie sans toi aurait été un gâchis.

Il se redressa et l’embrassa. Elle sentit son cœur faire un bond et elle savait que ça n’était pas à cause de la peur. Elle sentit son corps revivre et recevoir assez d’adrénaline pour affronter la mort sans la moindre peur. Avec un peu de chance, ils se retrouveraient dans le même paradis.

Puis, soudain, les cris apeurés des personnes autour d’eux, se turent. Laverna sentit Ylio se reculer de leur baiser et lever les yeux. Elle suivit son regard. La déesse se trouvait devant eux, du sang tachait son armure noire. Les humains disparurent par magie, sans laisser la moindre trace.

La déesse laissa échapper un long soupir.

— Vous voyez ce que vous me forcez à faire ?

Une dizaine d’humains, encore présent, s’avancèrent vers eux, une lueur menaçante dans le regard. Chacun tenait des sabres tranchants dans les mains. La déesse se tenait fièrement derrière eux.

— C’est fini, conclut-elle, je pense que j’en ai assez vu.

Elle claqua des doigts. Et un bruit d’eau claqua férocement attirant l’attention de Laverna. La vague avait disparu et la mer se jetait férocement contre le sable et les habitations aux alentours, détruisant tout sur son passage. Elle cligna des yeux et recula alors que les humains avançaient toujours les paupières tombantes. La voleuse devina avec amertume ce qu’ils ressentaient. Ylio la força à reculer un peu plus et tira sur le sabre de Laverna.

— N’approchez pas, menaça-t-il en faisant passer la jeune femme derrière lui.

La déesse éclata de rire.

— Tu penses réellement que c’est toi qui vas me tuer ? Personne ne peut me nuire.

Elle ria à gorge déployée et fit basculer sa tête en arrière. Ses ailes noires suivirent le geste de son corps.

Elle se redressa, le regard encore plus féroce.

— Attrapez-les.

Son ordre claqua si brutalement que Laverna fut même tentée de se rendre elle-même. Ylio serra un peu plus le sabre et leva plus haut devant lui. Les hommes et les femmes passèrent aussitôt à l’action. Ils se jetèrent sur les autres sans les blesser. Laverna sentit un homme venir à elle, elle lui donna un coup dans les genoux, mais ce dernier ne réagit même pas. Elle entendit Ylio se battre derrière elle, et les autres se joindre à eux. Elle ne sentit aucune émotion de la part de l’homme, il se contentait de suivre les autres, les yeux dans le vide. Elle lui colla son poing dans le nez, et sentit l’os se casser sous la pression de son coup. Il ne cilla pas, mais la colère inonda ses traits malgré le sang qui coulait de son nez. Il lâcha son sabre et se jeta littéralement sur elle. Elle roula sur le côté pour se défaire de lui, mais d’autres mains s’arrachèrent à elle et elle fut presque assommée par le coup de la femme qui la retenait prisonnière dans ses bras. Elle tomba sur les genoux et fut prise de nausée. La femme lui attacha les deux mains avec une corde plus épaisse et lui emprisonna ses bras. Elle fut vite à court d’air par la pression de la corde sur sa cage thoracique.

C’est avec la bouche sèche qu’elle leva les yeux pour regarder les autres. Ils étaient dans la même position. Elle posa aussitôt les yeux sur Ylio. Son regard mauvais était rivé sur la déesse qui souriait de toutes ses dents face à cette scène. Elle ouvrit la bouche, mais la femme et ses acolytes les forçaient à former une ligne qui faisait face à la déesse. Ylio lui semblait si éloigné.

— Vous auriez pu avoir la vie sauve, commença-t-elle d’une voix pleine de douceur, mais visiblement vous avez choisi un autre chemin. Comment dirait Zeus ou Jupiter, déjà ? Une autre destinée ! ria-t-elle en frappant des mains. Nous, les enfants de Nyx savons très bien que les destinées se concluent toutes à la mort.

Elle planta son regard dans celui de Laverna.

— Elle fait si mal qu’on ne se relève pas et l’on garde une haine intense, brûlante et brutale. Je veux que cette haine t’apporte beaucoup.

Éris ordonna à la femme de lui ramener un premier bâtard. Cette dernière quitta Laverna pour s’avancer au début de la file qu’ils formaient, elle prit le premier et le força à se relever. Il se débattit, mais sa tentative fut vaine. La femme le jeta aux pieds de la déesse. L’épaisse fumée noire, qui suivait la déesse depuis le début, s’enfonça dans la gorge du prisonnier et ce dernier laissa échapper un cri effrayant. Laverna leva aussitôt les yeux au ciel. Alors, c’était ça, la fin ?

Elle allait mourir des mains de la déesse de la discorde encore en vie par toutes les horreurs qu’ils avaient tous commises, qu’elle avait commises en volant et dupant les autres. Quelque chose en elle approuvait cette punition.

Le suivant fut trainé à terre, ce dernier se débattit corps et âmes, mais ça ne suffit pas. Éris le prit les cheveux et poignarda. Le suivant eut plus de chance, ce fut la femme qui le tuera en plongeant son sabre dans la poitrine.

Le prochain était Ylio. Laverna sentit le danger de la situation l’alarmer.

— Non, hurla-t-elle à plein poumon.

Éris eut un sourire cruel aux lèvres.

— Tu peux me croire, je vais me délecter de cette mort.

Laverna secoua la tête. La raison se perdit rapidement quand Ylio fut obligé de suivre la femme. Il se débattit férocement et tenta même d’user de ses pouvoirs. Mais il n’y arriva pas. Il jura et hurla comme pour se donner assez de force pour lutter contre la femme. Il lui donna un coup de tête alors qu’elle se baissait pour le relever. Il lui donna un autre coup dans la jambe et elle chuta à terre. Il se releva rapidement et s’avança vers elle. Il tomba presque sur elle.

— Ça va aller, dit-il rapidement, se sera rapide.

Il lui sourit, un sourire agréable digne d’un coucher de soleil au bord de l’océan. Elle secoua la tête en sentant les larmes couler. Elle avait cru l’espace d’une seconde que Mercure viendrait le sauver ou même un autre dieu qu’elle ne connaissait pas, mais rien. Elle commença à se débattre quand elle sentit tout espoir la quitter. Elle avait réussi à faire tomber les menottes de Mercure alors pourquoi les cordes persistaient ? Sa vue se brouilla sur Ylio. Il ne quitta pas un instant son sourire.

— Je suis heureux d’avoir pu passer mes derniers instants avec toi et peut-être qu’à l’aube de notre seconde vie je la passerai entièrement avec toi au bord de l’océan.

Laverna éclata en sanglots devant lui. Elle cessa de se débattre en comprenant qu’il n’y avait plus d’issu que ce serait leur fin à eux, aussi triste qu’elle soit. Elle renifla et hocha rapidement la tête.

Elle aurait voulu le tenir contre lui et l’embrasser une dernière fois, mais la femme tirait déjà sur les liens d’Ylio qui ne chercha plus à se défendre.

— Je t’aime Laverna, cria-t-il à travers ses sanglots.

Laverna secoua la tête et se débattit pour se relever et le rejoindre, mais une main ferme tira sur les liens et la fit se remettre à genoux. Elle protesta, mais ses forces étaient vaines.

— Ylio, hurla-t-elle.

— C’est bon, Laverna.

Elle secoua la tête. Elle se débattait encore alors que la déesse prenait Ylio par les cheveux. Elle cessa de se débattre sentant qu’Ylio avait déjà baissé les bras. Elle resta figée en sentant les larmes chaudes glisser sur ses joues. Ylio se tenait malgré lui, fier comme à chaque fois. Un mince rayon de soleil se dégagea du ciel noir et éclaira une dernière fois son visage. L’inondant de sa beauté et sa chaleur.

La déesse laissa échapper un petit rire et leva les yeux ciel et laissa glisser quelques paroles d’une langue qu’elle ne connaissait pas.

Elle sortit son poignard et Laverna sentit le monde tourner autour d’elle. Elle resta immobile à regarder Ylio dans les yeux qui ne perdaient pas son sourire malgré la morte présente.

— Je t’aime, souffla-t-elle comme dernier au revoir.

Il hocha la tête, heureux de l’avoir entendu une fois dans sa vie.

Éris eut un autre de ces sourires triomphants alors que la fumée autour d’elle grossissait et elle planta la lame dans la poitrine d’Ylio.

Laverna tomba d’elle-même, alors que les autres prisonniers furent transpercés eux aussi. Elle resta inerte attendant elle aussi d’être tuée et revoir Ylio. Mais ce moment tarda. Elle sentit d’odeur du sang devenir oppressante et la douleur lui couper toute envie d’exister sur terre. Les larmes lui brulaient les yeux et sa gorge serrée refusait à crier de nouveau. Son corps entier se contracta comme s’il recevait une douleur physique, c’était tout comme.

On la redressa malgré son corps lourd. Ses yeux se baissèrent aussitôt sur le corps sans vie d’Ylio. Les yeux fermés et le sourire toujours aux lèvres. Comme si, même dans sa mort, il était certain de vivre une meilleure vie. Elle ferma les yeux alors que les larmes redoublèrent.

— Voyons Laverna.

Même les mots de la déesse ne suffirent pas à réveiller une colère brulante, rien qu’un désespoir d’avoir perdu Ylio.

La déesse posa une main sur son visage inondé de larmes qu’elle essuya avec son pouce et soupira.

— Je t’ai dit de suivre ce que tu es, mais visiblement tu as du mal.

Laverna rouvrit les yeux insensibles aux paroles d’Éris. Cette dernière plissa les yeux.

— J’y suis peut-être allé fort en le tuant, grimaça-t-elle, mais je devrais faire grossir ta haine ! Renier les dieux incompétents et hurler à la vengeance à mon encontre et aux nouveaux dieux.

Laverna ferma les yeux et ne cessa pas de revoir le visage souriant d’Ylio, ce qui redoubla sa tristesse et son désespoir. Elle n’y arriverait pas.

— Très bien.

La déesse laissa tomber Laverna sur la terre humide et se recroquevilla du mieux qu’elle put, sombrant dans un état comateux qui semblait bien plus confortable que le monde réel.

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