Chapitre 49

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Laverna n’avait aucune idée d’où elle se trouvait et pourquoi elle n’avait toujours pas rejoint Ylio. Elle était fatiguée. Son corps refusait d’obéir à la moindre demande, la tristesse et les larmes lui demandaient plus d’efforts qu’elle ne l’aurait cru. Elle n’arrivait pas à ressentir autre chose que le vide et la tristesse. Elle savait qu’elle aurait dû se battre, mais elle n’y arrivait pas. Alors c’était ça le désespoir ? C’était ce qu’avait ressenti Éros quand elle lui avait tout pris et forcé à quitter la famille qu’il aimait ? Elle ferma les yeux tentant de faire disparaitre cette douleur.

Une porte s’ouvrit laissant entrer une odeur de fumée. Elle fut tentée de lever les yeux, mais son corps refusa et elle était bien, ici, couchée sur la paille.

Un soupir et le bruit du métal ne firent pas à la faire revenir dans le présent.

— Il a fallu qu’on aille jusque-là ? demanda Liamos d’une voix lasse.

Elle leva les yeux sentant peu à peu la colère remplacer la tristesse comme un raz-de-marée. C’était plus simple que prévu quand la personne qu’on détestait le plus au monde se pointait. Elle leva les yeux sur Liamos. Même derrière les barreaux, elle avait l’impression que c’était lui le prisonnier dans cette histoire. Ses paupières semblaient lourdes et il n’y avait aucune expression dans son visage.

— Pourquoi a-t-il fallu que cet idiot se croie le roi de ce monde ?

Les yeux de la voleuse semblaient y tenir toute la haine du monde puisque Liamos fit un pas en arrière.

— Je ne te tuerais pas, dit-il simplement comme si la haine de Laverna ne suffisait pas à l’effrayer.

— Je te tuerais Liamos, dit-elle d’une voix rauque, Éris aussi. Je vous tuerais tous les deux, et montrerais à ces dieux ce que je vaux.

Elle entendit la déesse éclater d’un rire glaçant. Laverna se redressa d’elle-même. Son corps était rigide et faible. Elle posa les yeux sur le côté, mais quelque chose attira son attention alors que la déesse arrivait. La vieille oracle se tenait dans l’ombre. Son collier éclairerait son visage ridé et fatigué. Elle hocha la tête et tout devin lents, un léger brouillard blanc effaça tout ce qui l’entourait dont Liamos.

— C’était le destin que t’avaient choisi les dieux, dit-elle d’une voix compatissante. Mais tu n’as pas fini, tu dois te venger. Garde tes propres yeux, et ne perds pas ton intelligence de voleuse et toutes ses qualités qui font que tu te sois toujours sortie des pires situations.

Elle retira son collier et se leva pour le mettre autour du cou de Laverna.

— L’air des dieux touche à sa fin comme celles des humains, les nouveaux dieux régneront finalement seuls sur ce monde.

Elle cacha le collier sous les plis de la tunique de Laverna.

— Il t’aiderait à marcher dans l’avenir le plus sombre.

L’oracle la regarda de ses yeux tristes. Elle donnait l’impression de connaitre sa douleur et de compatir. Elle posa une main sur le front de Laverna.

— Une dernière bénédiction des dieux pour que ton voyage au royaume se passe sans encombre, parce que vivre seule au monde dans un morceau d’île est cruel, même Calypso le savait.

Elle s’effaça dans l’ombre. Liamos s’avança doucement sans penser une seule seconde que l’oracle venait de disparaître à quelques mètres. Éris s’avança le regard brûlant, heureuse d’avoir semée le sang et le chaos.

Laverna essaya de ne pas penser à ce qui venait de se passer. Elle était certaine que si elle y pensait, Éris le saurait et elle perdait toute surprise de l’aide qu’elle venait de recevoir.

La déesse ouvrit la porte de la prison, elle mesura à quel point elle devait être minable puisque la porte n’était même pas fermée à clé. La déesse avait abandonné son armure en métal et ses ailes pour laisser place à une robe blanche. Laverna se sentit déglutir quand Éris prit son visage entre ses mains.

— J’espère que tu as réfléchi, dit-elle d’une voix légère.

Laverna ne répondit pas, les yeux rivés sur ceux de la déesse. La colère commençait à repousser la tristesse pour s’étendre à travers ses muscles et affluer dans son sang. Elle avait l’impression de devenir quelqu’un d’autre l’espace d’un instant. Une personne poussée à tuer pour se venger, et elle comptait bien être cette personne pour venger Ylio et les autres.

Elle serra les poings, mais la déesse glissa son autre main dans les plis de sa robe blanche et sortit quelque chose que Laverna ne vit pas. Son corps se tendit prêt à la bataille. Les cordes de ses poignets se décrochèrent. La tension sur ses poignets et ses bras la fit grimacer. Elle sentait déjà les courbatures ralentir ses mouvements. Elle bougea doucement les bras pour tenter de repousser les fourmis dans ses deux bras.

Éris se recula de quelques pas et rangea son poignard dans les plis de sa robe et fixa Laverna. Elle caressa sa joue encore humide de larmes.

— Garde ta haine, elle pourrait te servir à faire de grandes choses comme me tuer, lança-t-elle sous un ton de défi.

Laverna tenta de se défaire de la prise de la déesse. Elle la repoussa et profita de l’ouverture pour laisser sa main effleurer le tissu de la robe.

— Pas ce jeu avec moi, Laverna.

Elle laissa échapper un rire et lui montra son poignard de son autre main.

— Tu penses pouvoir me berner, moi ? Elle secoua la tête. Je n’ai peut-être pas inventé le vol, mais il faut que tu saches que je peux faire pire. Je pense qu’Ylio le sait déjà, non ?

Laverna lui planta son poing dans le nez. La déesse chuta par mégarde, elle repoussa Laverna de toutes ses forces, Laverna tomba sur les fesses. Elle en profita pour lui lancer son pied contre sa poitrine. Éris poussa un cri de surprise. La voleuse se releva oubliant toutes courbatures et toute colère envers la déesse.

Une fumée épaisse s’enroula autour d’Éris, et aussitôt, son armure lui colla à la peau. Elle s’approcha rapidement de Laverna et la prit par le cou. Leurs visages étaient si près que Laverna pouvait sentir l’odeur nauséabonde se dégager de la déesse.

— Tu as beaucoup de chance, Laverna. Je ne compte pas te tuer, mais plutôt me servir de toi. Elle marqua une pause qui fit grossir la fumée autour d’elles et ses yeux semblaient même briller à travers l’obscurité qu’elle avait créée. Je veux que tu voles, que tu trahisses, que tu tues, ambitieuse Laverna. Soit le chaos pour moi, pour toi et Ylio. Je veux que tu deviennes la déesse des voleurs et que tu montres à ces nouveaux dieux la peur qui pensait ne jamais connaitre.

Laverna sembla reconnaitre les paroles d’Éris. Elle se revoyait regarder la déesse dans les yeux alors que son pied foulait le corps de Térac.

Elle sentit son corps trembler et la nausée la tenir, il se débattait envers quelque chose de contre nature. Elle ferma les yeux pour se protéger de quelque chose qu’elle ne voyait pas. Le rire de la déesse la déstabilisa.

— Oh crois-moi, si ça a fonctionné une fois, ça fonctionnera encore et encore.

Laverna secoua la tête, mais les doigts de la déesse s’enfoncèrent dans ses joues. Elle repensa l’effroi qu’elle avait eu en regardant le labyrinthe de maisons brûlé sans avoir le moindre souvenir d’y avoir été.

Éris lui ouvrit un œil de force, son deuxième œil s’ouvrit. Les yeux d’Éris étaient braqués sur elle.

— Soit Laverna.

Laverna avala sa salive et hocha la tête.

Le sourire de la déesse s’élargit faussement et elle laissa Laverna tomber contre le mur. Son corps tremblait comme une feuille.

Elle regarda la déesse revêtir sa robe blanche, elle passa une main dans ses cheveux blonds.

— Oh ! s’exclama-t-elle, soudaine revenue une simple humaine. Nous avons des invités ! Tu vas adorer.

Elle passa la porte de la grille et lui lança un regard amusé.

— N’oublie pas ton sabre.

Laverna la regarda quitter la prison le pas léger.

Liamos se racla la gorge et la suivit.

— Alors, c’est ça que tu veux ?

Liamos marqua un arrêt et ne tourna même pas la tête pour la regarder.

— J’ai choisi le bon bateau Laverna, comme tu sais si bien le faire. Tu es comme moi maintenant, suspendu à sa chaine.

Elle le laissa partir et resta un instant à regarder le mur. Peut-être devait-elle rester ici et attendre. Seuls ses actes pouvaient la sauver. Elle prit son sabre et passa la porte.

Une île en désolation se tenait devant elle. Le feu avait ravagé une bonne partie de l’île avant que les vagues enfin calmes ne l’éteignent ou peut-être était-ce Éris ? Il n’y avait plus rien. Le feu avait ravagé toutes les habitations, certaines ruines encore fumantes tenaient docilement debout. Il ne restait que la forêt derrière et cette prison en ruine. Le vieux port avait été ravagé par les vagues violentes. Un navire à trois-mâts se tenait fièrement devant eux.

Laverna s’avança pour se mettre à hauteur de la déesse et de Liamos. Cinq humains sortirent de la prison et se postèrent derrière Éris. Laverna tourna la tête pour apercevoir la femme qui les avait trainés et envoyés plusieurs de ses amis à la mort. Elle sentit la colère l’envelopper presque aussitôt. Elle voulait dégainer son sabre et la planter dans sa poitrine. Elle en tremblait de plaisir.

— Mon roi.

Les deux mots frappèrent Laverna en plein cœur. Elle se tourna aussitôt vers eux. Mercure en tenue de combat s’avançait d’un pas sur et dur. Il balaya l’île du regard et son visage fut submergé par la tristesse. Il posa les yeux sur elle, mais la jeune femme détourna le regard en tenant fermement son sabre.

Laverna reconnut aussitôt Héra sur sa gauche, et sur sa droite Apollo et Diagon. Elle entrevit derrière tout ce beau monde, Éva et Vulcain. Elle sentit la fureur la tenir, elle serra le sabre si fort dans sa main qu’elle manqua de le casser.

— Garde ta haine Laverna, gloussa Éris.

Sa voix l’apaisa presque. Elle relâcha le manche de son sabre et prit une légère inspiration. Quelques soldats sortirent du pont de l’embarcation.

— Que s’est-il passé ? demanda Mercure d’une voix calme, mais forte. Et qui es-tu ?

Éris eut un sourire chaleureux.

— Éris, déesse de la discorde.

Le groupe écarquilla les yeux, et Laverna conclut qu’il avait tous ressenti cette peur au fond d’eux.

Mercure glissa les yeux sur elle. Il attendait qu’elle le confirme. Elle coupa leur contact et regarda dans l’infinité de l’océan comme elle aimait toujours le faire. Le soleil commençait à peine à traverser les épais nuages de la tempête précédente. La couleur rougeoyante lui indiquait qu’il commençait à décliner. Cette nuance lui rappelait étrangement quelqu’un.

Elle cligna des yeux et revient sur terre pour écouter ce qu’Apollo avait à dire.

— C’est impossible, dit-il, les dieux sont morts depuis des siècles.

Éris éclata de rire et pencha la tête sur le côté pour le regarder.

— J’ai rencontré Apollon, tu ne mérites en rien son nom. Il était peut-être beau, mais son pouvoir était presque futile.

Apollo leva les yeux au ciel, comme si les paroles de la déesse ne l’intéressaient pas.

— Si tu étais cette déesse…

— Rien n’existerait que le chaos ? coupa-t-elle. Regarde autour de toi. Il n’y a plus personne que le chaos et quelques idiots venus mourir.

Apollo perdit toute sa chaleur habituelle et regarda autour de lui. Il ne reste plus que des ruines et de la fumée. Il finit par regarder Laverna à la recherche de réponse comme Mercure l’avait fait.

— C’est ce que vous cherchiez non ? lança Laverna à Éva et Vulcain. Voir le monde sombrer. Elle eut un sourire qui défiait celui d’Éris. Vous cherchiez le chaos ? Vous l’avez.

Les deux intéressées la regardèrent sur leurs gardes et semblaient presque interroger la déesse du regard.

Mercure se tourna et abandonna la déesse du regard pour les regarder.

— Qu’est-ce que vous avez fait ?

Éva ferma les yeux, prise au piège, mais Vulcain levait son sabre et le planta dans la jambe de Mercure qui tomba sur le sol. Vulcain, rapide, fit tourner son sabre entre ses mains et pointa la poitrine du roi.

— Tu n’imagines même pas.

Diagon sortit son sabre et désarma Vulcain d’un simple coup. Héra sortit son sabre et prit en joue Éva.

Éris sauta en l’air comme une enfant.

— C’est ça, murmura-t-elle.

Les soldats tirèrent à leur tour leurs sabres et poussèrent Vulcain sur le côté qui tombait à terre, ils firent de même avec Éva. Le premier soldat attaqua Diagon avec fureur. Surpris, Apollo tira son propre sabre et rentra dans la mêlée.

— Leurs pouvoirs leur servent à quoi ? demanda Éris, déçue.

— À se vanter, cracha Laverna en regardant Héra repousser un soldat.

Héra glissa sur le sol déjà souillé par le sang doré de Mercure, déjà debout prêt à se défendre. Apollo hurla. Le sabre du soldat s’était planté dans son pied. Diagon arriva à sa rescousse et tua le soldat sur le coup.

Héra reçut un coup de sabre dans l’abdomen. Laverna fit un pas en avant, mais la déesse posa son bras sur sa poitrine pour lui barrer le chemin.

— Reste à ta place voleuse.

Elle serra les mains et se dégagea de l’emprise d’Éris.

Diagon repoussa les trois soldats restants, les autres gisaient dans une mare de sang doré.

— Comment osez-vous ? lança Mercure, les dents serrées.

— Le marché était plus juteux, rit l’un.

Diagon lui tranchant la gorge sur le coup et sauta dans le tas. Il tua les deux autres d’un seul coup de sabre. Laverna savait bien que ce nouveau dieu était égal à un monstre. Il se pencha pour relever Héra encore à terre.

Laverna sentit quelque chose nouer son estomac quand Éva leva les mains, une dague à la main, et l’abattit dans le dos de Diagon. Héra hurla. Mercure plaqua Éva sans difficulté à terre. Il hésita une seconde et enfonça son sabre dans la poitrine de celle-ci. Ce fut, Vulcain qui hurla. Le regard que lui lança Mercure le fit taire aussitôt. Laverna était sûre qu’il suivrait le même sort, mais Éris tapa dans ses mains, heureuse.

— Par tous les dieux ! s’étonna-t-elle. Même elle n’a pas su me divertir autant. Le sang, encore du sang ! J’aime ça !

Elle glissa un regard complice à Liamos.

— Comment oses-tu ? gronda Mercure.

Il s’avançait en lâchant le cadavre d’Éva pour venir à eux. La colère déformait ses traits et la blessure à sa jambe ne semblait même pas le faire hésiter.

— Oh, dommage, ça avait si bien commencé, se lamenta-t-elle.

Elle tapa des mains et la fumée des ruines s’approcha d’elle rapidement et la couvrit de toute sa hauteur. Laverna toucha sa poitrine en sentant la fumée l’intoxiquer. Elle fronça les sourcils en sentant quelque chose à travers sa tunique. Elle baissa les yeux et remonta le col de sa tunique. Le collier de l’oracle pendait sur sa poitrine. Quelque chose de chaud et une tristesse envahirent son cœur. Elle manqua de suffoquer l’espace d’un instant. Elle se concentra pour regarder à travers le collier. Le visage d’Ylio lui réchauffa le cœur. Il fut vite remplacé par la mort d’Éris. Elle leva les yeux sur Mercure marchant vers elle, la haine flottant sur ses traits. Elle détourna les yeux. La fumée commençait à s’effacer laissant la déesse vêtue de son armure.

Elle trébucha sur la déesse quand Vulcain jeta son sabre vers elle. Elle emporta la déesse dans sa chute. La déesse laissa échapper un grondement terrifiant qui cloua Laverna sur place. Éris se releva sans mal et ses yeux se plantèrent dans ceux de Mercure.

— Prier pour que la discorde soit clémente.

Laverna ne vit pas le visage de la déesse quand elle claqua une seconde fois des mains, le visage terrifié de Mercure parla pour lui-même. La fumée se dispersa aussitôt et alla se frayer un chemin à travers eux. Le roi fut le premier à tomber comme une mouche puis les autres suivirent sans mal.

Laverna avala sa salive. Elle leva les yeux sur Éris, elle se tenait debout à quelques mètres du sol.

— La discorde n’est jamais clémente.

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