Chapitre 51

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Laverna hocha la tête pour lui dire qu’elle était prête à se défaire, mais Héra fut projetée sur le mur opposé et resta inerte. Éris prit sa place et enfonça ses mains dans ses joues et la regarda dans les yeux.

— Si tu te défais de moi, tu seras triste durant toute ta pitoyable vie parce que la moindre émotion que tu ressentiras sera celle d’une pauvre humaine au cœur brisé.

Les paroles d’Éris étaient cruelles et prirent Laverna au cœur. Elle ne voulait pas être pitoyable et a ramassé à la petite cuillère toute sa vie. Et elle ne voulait pas abandonner ce petit sentiment qui la poussait à agir férocement, aussi petit qu’il soit.

Elle leva les yeux sur la déesse. C’était attrayant, ses yeux dorés reflétaient une Laverna heureuse marchant sur un champ de bataille au sommet de sa gloire. Elle posa sa main à terre, elle glissa sur son propre sang et sur le morceau de bouteille qui avait dû glisser jusqu’ici. Elle le serra dans sa main, sachant que ce qu’elle fera pourrait bien faire d’elle une pitoyable humaine. Elle leva le verre et le planta dans l’œil droit de la déesse. Cette dernière hurla. Le sol trembla et le ciel en fit autant.

Laverna recula, la peur qui la cloua sur place était indescriptible. Son corps entier tremblait et refusa de fonctionner. La porte s’ouvrit en fracas et les ombres de la nuit se faufilèrent dans la cabane capturant la lumière au passage ne laissant qu’une faible lumière sur leurs passages. Les ombres se faufilèrent jusqu’à la déesse effleurant Laverna au passage.

Les ombres semblaient murmurer sur leur passage. Au contact d’une d’elles, l’ombre lui ordonna de tuer, de massacrer et faire couler le sang. Elle serra le morceau de verre, l’idée lui semblait juste.

Le morceau de verre lui fut arraché et jeté plus loin. Elle fut arrachée de ses pensées laissant un sursaut dans son corps. Quelqu’un la tira puis la porta pour l’amener plus loin, en opposition à la déesse toujours agenouillée, la main sur sa blessure à l’œil.

— Je serais bien plus d’avis de foutre le camp, scanda Apollo alors qu’il posait Laverna contre le mur.

Laverna cligna des yeux et secoua la tête.

— Non, ce serait pire, lança-t-elle, elle compte embarquer avec Liamos pour vous tuer.

— Ta raison, ironisa Apollo, autant le faire ici.

Laverna ne l’écouta pas, bien trop secouée parce que son cerveau lui faisait voir. Ses souvenirs enfouis par Éris ressortaient en plusieurs images sous ses yeux, elle était enfin à nouveau libre. Elle tenta de prendre une inspiration. Mais quelque chose lui coupa le souffle. Ylio tombant à terre. Elle ferma les yeux et serra les poings. Il était mort sans qu’elle ne puisse rien faire ni être sauvé.

— Laverna, qu’est-ce qu’il compte faire ? demanda Mercure.

Elle rouvrit les yeux et tenta de chasser les souvenirs. Elle se redressa et chancela malgré elle. Son corps était fatigué et meurtri par tous ses coups. Il avait ses limites, et elle les avait largement dépassées. Elle prit appui sur le mur à côté d’elle et jeta un coup d’œil sur Éris. Les ombres avaient grossi et continuaient de s’accrocher à elle. Qu’est-ce qu’elle faisait ?

— Laverna, pressa Mercure.

Elle se tourna vers lui. Il était fatigué et du sang doré coulait de nombreuses blessures de son visage. Héra se tenait derrière lui dans un état aussi pitoyable, Diagon tentait de retirer le sang sur son visage pour anticiper les blessures sur son visage. Et Apollo, fier à lui-même, se tenait à ses côtés aussi blessés qu’eux.

Laverna avala sa salive qui avait un peu trop le goût du sang.

— Elle veut simplement que cette foutue vision de votre monde sombrant se déroule. Elle veut avec Vulcain et tout le reste des soldats corrompus, voir Liamos faire trembler votre monde. Ils veulent le voir marcher sur tes terres et vous regarder mourir, dit-elle en touchant une plaie à son abdomen.

Elle baissa les yeux dessus, du sang coulait. Elle ferma les yeux essayant de ne pas vomir. Elle était épuisée par tous ses coups et ses émotions qui la submergeaient.

— On ne peut pas la tuer, siffla Diagon en s’essuyant les mains sur son pantalon. Aucune lame ne peut la tuer.

Laverna leva les yeux sur Diagon.

— Répète ce que tu viens de dire, demanda-t-elle en sentant un peu d’espoir monter.

Diagon fronça les sourcils et grimaça.

— Aucune lame ne peut la tuer.

Laverna laissa échapper un rire éraillé.

— Merde, je suis la meilleure voleuse qui soit, lança-t-elle en touchant ses cheveux.

Mercure ferma les yeux sentant la fin arrivée et Apollo leva les yeux au ciel.

Un grondement sourd fit trembler la cabane. Le ciel tonna si fort que Laverna prit ça pour une réponse positive à ce qu’elle allait faire. Alors, ils étaient enfin de son côté ?

— Vous pensez réellement pouvoir semer la discorde ?

Éris laissa échapper un rire dangereux qui fit frissonner Laverna.

— Peut-être.

Laverna sentit son corps se remplir d’adrénaline comme elle l’avait toujours aimée. Elle se redressa et chancela malgré elle. Elle découvrit qu’ils s’étaient repliés derrière le bar. Elle posa ses deux mains sur le bar. Sa vue était trouble et l’un de ses yeux avait dû recevoir un mauvais coup, puisqu’il tombait et lui donnait une impression de voir à moitié.

Elle laissa échapper un soupir qui tenait plus du râle. Éris s’était dégagée de ses ombres, elle lui apparaissait sous forme humaine, son œil fermé. Plus loin, Vulcain était assis sur une chaise regardant la scène qui se jouait devant lui. Donc personne n’avait pris le temps pour le tuer ? Elle leva les yeux sur Liamos qui regardait la scène les mains posées sur la rambarde, un sourire aux lèvres.

Laverna répondit à son sourire. Elle avait oublié à quel point c’était si bon d’être une traitresse et une voleuse née. Elle tenta de passer par-dessus le bar, mais son corps refusa. Elle soupira et finit par rouler par-dessus et tomba malgré elle à terre. Elle ferma les yeux sachant que son corps était faible et douloureux. Elle se redressa en prenant appui sur le comptoir.

Mercure sauta par-dessus et prit place à ses côtés, fière comme un nouveau dieu.

La déesse se tourna vers eux chacun leur tour.

— Oh donc, vous comptez vous battre ensemble ? dit-elle d’une voix sournoise. L’un est désespérément amoureux et l’autre a le cœur brisé.

Laverna sentit Héra derrière elle qui posait une main sur son dos. Aussitôt, une douce chaleur envahit son corps entier et lui procura de l’adrénaline. Elle pouvait presque se sentir d’attaque pour tuer la déesse de la discorde à mains nues. Elle serra le comptoir sans ses mains.

— Sérieusement, Laverna. Qu’est-ce que tu feras après ça ? L’île est devenue inhabitable et tu n’as plus aucun bâtard pour t’aider à traverser l’océan. Tu restas désespérément seule.

Laverna eut un sourire et tira le collier de l’oracle qui avait miraculeusement survécu.

— Je ne pense pas.

Éris baissa les yeux sur le collier de sa sœur et laissa échapper un petit rire qui semblait surfait.

— Je t’en prie ! Oracle est stupide et pense toujours voir l’avenir. Je suis même sûre que l’avenir qu’elle t’a prédit est de tuer Mercure pour t’avoir trahi, je me trompe ?

Laverna fronça les sourcils.

— Parce que c’est ce qui s’est passé pour une fois Laverna, on t’a trahi. Tu as été piégé et je ne compte plus tous ses nouveaux dieux qui ont essayé de te tuer. Tu te rappelles la lame tranchant ta poitrine ? Ou cette fois où tu faillis mourir noyer dans cet océan ou peut-être la fois, où tu as été contrainte de tuer ?

Les paroles d’Éris prirent sens dans sa tête. Elle n’avait pas tort. Elle avait beaucoup perdu et c’était de sa faute à elle.

— Et quand la vague qui a menacé votre minable île est arrivée jusqu’à eux. Ils savaient pertinemment ce qui allait se passer, Laverna. Ils n’ont rien fait. Je suis même sûre que Mercure attendait le moment où ton cher Ylio meurt.

Laverna avala sa salive et prit une longue inspiration essayant de ne pas penser au meurtre de Mercure. Tout semblait plus facile quand Éris ouvrait la bouche.

— Et tu n’as pas oublié le jour où Héra est partie sans même te dire au revoir ? Où la fois…

— On a compris, siffla Apollo.

Éris se tourna vers lui, un sourire cruel aux lèvres. Elle comptait jouer avec son esprit, mais elle se tourna vers Mercure.

— Et toi Mercure, roi des nouveaux dieux, n’as-tu pas oublié la honte te submergeant quand tu as dû sauver Laverna de l’océan. De devoir t’allier à elle quand elle t’a proposée un marché alors même que tu mettais en péril ton règne et tes soldats à dos ? Quand elle t’a dépouillée de ta couronne et s’est assise sur ton trône ? Tu lui as offert ton royaume, et elle le prendra pour le détruire.

La mâchoire de Mercure se serra et Laverna conclut que quelque chose s’était produit dans son cerveau prétentieux. Elle leva les yeux sur la déesse.

— Tu essayes de me monter contre Mercure ? susurra la voleuse.

Éris eut un sourire.

— Peut-être bien.

Laverna soupira et leva les yeux au ciel.

— Tu peux me croire, il n’y a personne d’autre que je déteste plus que Mercure et les nouveaux dieux à cet instant, lança-t-elle d’une voix franche. Je les déteste tous. Et peut-être même que j’ai envie de prendre le trône et le faire sombrer à mon tour, mais j’ai décidé de voir plus grand.

Éris plissa les yeux et toucha le pli de sa robe. Son visage blêmit pour la première fois.

— Tu as oublié ? Tu m’as ordonnée d’être une voleuse ? Et j’aime tout ce qui est interdit.

Elle tira sur le poignard qu’elle avait réussi à attacher dans ses cheveux. Elle avait passé pas moins de deux minutes à enrouler ses longues mèches noires autour de la lame noire. Ses cheveux tombèrent en cascade sur le sol. Elle fit rouler le manche en argent entre ses doigts.

Éris eut un sourire mauvais.

— J’avais placé beaucoup d’espoir sur toi, sale petite humaine.

Laverna laissa échapper un petit rire et fonça sur la déesse, mais Mercure la retint par le coude.

— Laisse-moi faire, dit-il.

Laverna sentit la colère l’atteindre et se défit de sa poigne.

— On a un accord, cracha-t-elle.

— Laverna c’est notre unique chance, souffla Diagon.

La voleuse éclata de rire.

— Moi qui pensais que les nouveaux dieux étaient forts, je me demande encore pourquoi j’ai eu peur de vous.

Elle serra le manche de son poignard et s’avança vers la déesse.

— Tu penses réellement pouvoir me tuer ?

Laverna eut un sourire aux lèvres.

— On verra si les dieux sont de mon côté, dit-elle en levant les yeux au ciel.

Éris secoua la tête comme si son raisonnement ne tenait pas debout. Les humains recevaient rarement la bénédiction des dieux, encore moins depuis qu’ils étaient morts.

La discorde plongea sur elle, la fumée la suivant de près. Laverna ne bougea pas, elle resta debout attendant la déesse. Elles entrèrent en collision et roulèrent à terre, mais Éris se releva de toute sa hauteur. Laverna resta à la regarder, appuyée sur les coudes.

Éris eut un autre de ses sourires mauvais, mais Laverna baissa déjà les yeux sur sa poitrine. La déesse suivit son regard. L’horreur se teignit aussitôt sur son visage haineux.

— Comment ?

Éris trébucha et la fumée s’évapora aussitôt la laissant à son sort.

— La cupidité des dieux est la cause de votre éteinte. Peut-être auriez-vous dû vous méfier des faibles humains, tu ne penses pas ?

Éris leva les yeux et hurla de toutes ses forces à faire trembler la terre. Ses mains se dissipèrent en fumé. La terreur atteignit ses traits. Laverna en fut la première surprise, la déesse de la discorde pouvait avoir peur.

Elle tomba à genoux alors que ses jambes partaient en fumer.

— Je pense que le Tartare saura t’accueillir les bras ouverts, cracha Apollo avec un demi-sourire.

La déesse ne souleva pas les paroles d’Apollo. Elle leva les yeux sur Laverna.

— Tu feras appel à moi, s’écria-t-elle, tu es la noirceur de ce monde. Et il y en a toujours plus ! Tu en voudras plus de cette colère et de cette rivalité avec ces nouveaux dieux.

Laverna lui sourit cruellement

— Bon retour.

La déesse tenta de fondre sur elle, mais elle disparut à mi-chemin ne laissant qu’une volute de fumée s’évaporer dans le sol.

Laverna laissa échapper un gémissement avant de tomber sur le sol sali par toute cette bataille.

— Ne me remerciez pas surtout.

Elle ferma les yeux et posa son bras sur ses yeux. L’adrénaline venait de se consumer. Elle était meurtrie, blessée et fatiguée. Elle rêvait de manger et d’aller se coucher pour se réveiller des jours plus tard. Elle soupira. Elle savait que ça n’était pas fini, il restait Liamos et Vulcain.

Quelqu’un marcha près d’elle, puis d’autres pas suivirent.

— Je peux tout expliquer, tenta Vulcain.

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