Chapitre 51

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Mercure laissa échapper un rire qui ressembla à un grognement.

Laverna rouvrit les yeux. Le plafond poussiéreux était encore debout. Elle finit par se redresser pour faire face à Mercure et Vulcain. Elle resta sur ses genoux afin d’admirer la fin de Vulcain.

— Tu ne peux rien contre moi, s’amusa-t-il avec un sourire mielleux. Papa ne te laissera jamais me tuer. Et si Laverna le fait, elle sera tuée. Si Apollo ou Diagon le font, ton royaume sera obligé de rentrer en guerre contre leur royaume. Et aucun des deux ne se relèvera. Oh, mais j’oubliais Héra. Elle, elle subira au pire la mort, mais nous savons très bien qu’elle aura le droit à l’exil. Peut-être que papa la laissera vivre ici, seule.

Diagon fit un pas en avant, mais Mercure leva un bras pour l’arrêter.

— Tu as vu Mercure, tu ne peux rien contre moi. Je suis intouchable.

— On peut toujours le balancer dans l’océan, proposa Apollo, on dira à ton papa que tu as glissé.

Vulcain eut un sourire triomphant.

— Je suis intouchable, chantonna-t-il.

Mercure finit par ranger son sabre.

— On verra ce que pense ton père de tout ça, se contenta de répondre Mercure.

Vulcain haussa les épaules comme un enfant.

— Tu penses réellement que papa va te croire ? Penser que j’ai aidé ce vieil humain et la déesse de la discorde ? Il penserait que tu es fou et fera tout pour récupérer le trône.

Laverna eut un sourire triomphant, et se pencha pour le regarder.

— Trop tard, lança-t-elle joyeusement, le trône est à moi !

Apollo se tourna vers elle, et semblait lui « tu penses vraiment que c’est le moment ? ». Elle ne quitta pas son sourire triomphant. Elle aurait au moins gagné quelque chose aujourd’hui.

Héra se posa à ses côtés et l’aida à se relever. Elle était aussi fatiguée et blessée qu’elle.

— Tu vas bien ? lui demanda Héra d’une faible voix.

Laverna grimaça en sentant son corps souffrir au moindre mouvement. Elle avait l’impression que sa tête allait exploser et que son corps pouvait même avoir développé la capacité de tomber en morceaux. Elle renifla et le regretta aussitôt, le sang enfla sa bouche et sa gorge.

Elle n’allait pas bien physiquement et mentalement. Elle avait envie de rester à terre et pleurer la perte de son meilleur ami, de son premier amour et ce qu’elle avait de plus important dans cette foutue vie.

Elle réussit à sourire à Héra malgré la douleur qui parcourait son corps.

— Non, finit-elle par dire.

Héra eut un sourire triste comme si elle comprenait la tristesse de Laverna. Elle avait aussi grandi avec Ylio, le charriant chaque fois qu’il visait trop haut dans ses rêves irréalistes. Ils avaient grandi ensemble.

— Je sais, murmura-t-elle en la prenant dans ses bras.

Laverna ne sut pas qui retenait l’autre. Le corps d’Héra était faible entre ses bras, et le sang doré s’était infiltré partout. Elle regarda par-dessus l’épaule d’Héra. Diagon la fixait avec une intensité incertaine alors qu’Apollo s’approchait de Vulcain pour l’attaché. Ils étaient aussi blessés qu’elle. Elle n’avait pas vu les nouveaux dieux se battre. Elle se doutait que la déesse leur en avait fait baver, et qu’ils n’avaient pas été préparés le moins du monde.

Elle ferma les yeux, et plongea son visage dans les cheveux d’Héra. Elle avait besoin de confort et savoir qu’elle n’était pas seule, que peut-être la tristesse pouvait partir un jour ou l’autre.

Quelque chose gicla sur son visage et un cri l’interpela aussi vite. Elle se recula et découvrit Mercure à terre et inconscient, une flèche plantée dans la poitrine.

— Merde, cria Diagon en courant pour monter les escaliers.

Héra laissa échapper un cri à son tour et se pencha par-dessus Mercure. Elle posa sa tête sur sa poitrine. Son visage se détendit et elle tira sur la flèche.

— Attends ! s’affola Laverna. Si tu la retires, le sang risque de couler plus vite et il pourrait mourir.

Le regard d’Héra se tendit aussitôt et ses doigts se crispèrent sur le bois de la flèche. Laverna constata que Mercure avait ouvert les yeux, les traits tendus par la douleur. Elle s’agenouilla et posa ses deux mains sur la plaie pour arrêter le sang. Elle leva les yeux sur Apollo qui finissait d’attacher Vulcain qui grimaça lorsque Apollo tirait férocement les deniers liens.

— Vous ne l’avez pas vu venir, celle-là, ria-t-il. Merde, il a tué le roi ! Maintenant, il va prendre le large pour le royaume et le faire sombrer. Et rien ne pourra l’arrêter.

Apollo l’assomma avec son pied. Laverna crut qu’il l’avait tué. Le coup avait été si violent que Vulcain était tombé à terre emportant la chaise avec lui.

Apollo accourut aussitôt et poussa Laverna sur le côté pour prendre sa place.

— Tu ne peux rien faire, lança Héra en ne lâchant pas la flèche, son autre main tenait celle de Mercure. Nous sommes trop faibles.

Apollo jura et retira son bracelet pour le lancer plus loin. L’amusement quitta pour de bon son visage et la peur s’envahit. Laverna n’aurait jamais cru voir ça une seule seconde.

— Il faut que vous preniez le large et tuer Liamos, dit Mercure d’une voix faible.

Apollo laissa échapper un rire.

— Si tu penses qu’on va laisser notre roi mourir, tu peux oublier.

Mercure grimaça et serra le poing de sa main libre. Son visage était marqué par la douleur, mais il semblait calme, comme si mourir ne l’effrayait pas. Elle baissa les yeux sur ses mains pleines de sang doré. Elle sentit l’amertume couler dans sa bouche, elle avait échoué sur tous les plans possibles. Elle était bien l’humaine de la prophétie. Elle avait été le début de toutes les erreurs qu’elle avait commises. Tous lui revenaient au visage, elle s’était laissée duper aussi bien par Mercure que par la déesse ou Liamos.

Diagon claqua la porte de la cabane, la sueur perlait sur son visage. Il jura.

— Il a pris un bateau.

Laverna ferma les yeux. Le bateau d’Ylio.

— Le temps presse, répéta Mercure en grimaçant.

— Tu es le roi, s’indigna Diagon, tu dois mener ce combat.

Mercure laissa échapper un petit rire.

— J’ai donné le royaume à Laverna, c’est elle la reine à présent.

Ils se tournèrent vers elle aussitôt. Elle sentit la colère des nouveaux dieux sur elle.

— C’était un piège, lança-t-elle. Je devais avoir plus de pouvoirs…, sa voix se brisa.

Elle ne pensait pas qu’ils en arriveraient là. La seule chance qu’elle avait eu avait été de duper la déesse en échangeant son arrangement avec un arrangement plus juteux comme elle l’avait fait avec Liamos. Et Mercure avait été le seul à comprendre, donner son royaume avait été la chose à laquelle il tenait le plus.

Elle s’essuya les mains sur son pantalon.

— Vous êtes les descendants des dieux, pesta-t-elle. Comment se fait-il que vous soyez si faible, hein ? Vous êtes supposé nous regarder de haut ? Une simple blessure ne peut pas vous affaiblir !

La tristesse pesait dans sa voix.

— La fleur, lança Héra sous les regards Diagon et Apollo, c’est les fleurs qui nous rendent plus forts. C’est grâce à ça que nous gardons notre force, expliqua-t-elle, même si nous possédons de grands pouvoirs, il y a des limites même pour des descendants de dieux. Les dieux savaient la destruction qu’ils pouvaient provoquer avec leurs pouvoirs alors ils ont décidé de modifier quelque chose avant de mourir. Et cette fleur que tu détestes maintient nos pouvoirs, du moins, elle leur donne de la force. Et c’est ce qui peut sauver Mercure.

Laverna laissa échapper un sanglot.

— Mais on les a toutes brulées, dit-elle en sentant le monde tourner.

Apollo perdit toute sa patience et sa bienveillance.

— Mais pourquoi ? hurla-t-il.

Elle ravala ses larmes.

— Parce que Liamos prévoyait d’envoyer vos rejetons faire sombrer votre foutu royaume, s’énerva-t-elle. Parce qu’ils pensaient que le meilleur moyen de vous sauver et de se sauver eux-mêmes, une mission suicide. Ils pensaient qu’en les brûlant ça résoudrait tout. Ils pensaient que ce serait plus simple, hurla-t-elle à son tour.

Apollo passa une main sur ses cheveux et donna un coup de pied dans une chaise.

— Pourquoi n’étions-nous pas au courant ? demanda Diagon, tendu.

— Parce que la déesse avait tout prévu.

Diagon prit une longue inspiration et jeta un coup d’œil à Mercure qui semblait vouloir accueillir le dieu de la mort.

— Les dieux sont supposés être morts, dit-il, pourquoi ?

Laverna aurait voulu lui dire qu’ils n’avaient pas le temps pour ça, mais son regard lui intimait le contraire.

— Je pense que la discorde n’est jamais loin, tout comme la mort, dit-elle. Éris a ressuscité grâce à la noirceur que produit l’île depuis des lustres. Une île à l’abandon couvert de tueurs, de voleurs et j’en passe. Un paradis pour la déesse de la discorde.

Diagon ne répondit pas.

— Laverna, il doit rester des fleurs, dit-il sérieusement. Il faut que tu réfléchisses.

— Vous n’en avez pas pris dans votre bateau magique ? demanda-t-elle ironiquement.

Personne ne répondit. Elle ferma les yeux essayant de se rappeler où elles pouvaient bien pousser. Elle pensa aussitôt à la forêt, mais elles poussaient du côté de la forêt qui avait pris feu. Elle repoussa ses cheveux de son visage comme pour s’éclaircir l’esprit. Les sanglots d’Héra ne l’aidaient pas.

Elle s’avança vers la fenêtre pour réfléchir, elle colla son front contre le morceau de verre déjà fissuré.

— Laverna, on n’a pas le temps, s’énerva Diagon, dépêche-toi.

— Derrière la montagne, dit-elle, je n’y suis jamais allé. Je pense…

Apollo la coupa.

— Merde, Laverna, tu ne peux pas partir comme ça rien qu’en pensant en trouver. Si l’on n’en trouve pas, Mercure va mourir, et le monde sombrera à son tour.

— Je sais ! s’écria-t-elle. Je ne suis pas stupide.

Elle tapa doucement sa tête contre la vitre. Elle ferma les yeux instants.

— Merde.

Laverna leva les yeux au ciel et monta les marches à toute vitesse. Elle fouilla le bureau en mettant les papiers à terre. Diagon arriva.

— Pourquoi aurait-il ces fleurs ?

— Parce que quelque chose me dit que c’est lui qui fabriquait ses bracelets, dit-elle en ouvrant les tiroirs.

Diagon retourna l’étagère en mettant chaque objet et feuille à terre.

— Tu es certaine ? demanda-t-il en s’approchant d’une autre étagère.

Laverna ouvrit la porte de sa chambre et eut un sourire.

— On sait tous qu’il ne faut jamais faire confiance à personne sur cette île.

Elle repoussa les couvertures odorantes du pied et attrapa une poignée de fleurs sur le bureau. Elle retroussa le nez et pensa à Ylio et à son acte héroïque qui lui avait valu la mort. Elle serra les fleurs et regarda le bureau. La vieille bague d’Alsane y était encore posée. Des instruments s’étalaient partout. Il y avait encore des bracelets non terminés, et de l’or fondu dans un verre en métal. Elle fut stupéfaite de voir autant d’instruments qui étaient pour certains réservés à la cuisine. Liamos n’avait pas été si fou, il savait ce qu’il faisait. Elle leva les yeux sur la fenêtre qui donnait sur l’océan. Il allait achever sa mission.

Elle se retourna et donna les fleurs à Diagon qui partit aussitôt.

Laverna prit une inspiration et jeta un œil sur la chambre. Un simple lit et son bureau en désordre, il n’y avait rien d’autre. Elle soupira. Liamos ne possédait rien d’autre que sa détermination pour faire sombrer le monde des nouveaux dieux.

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