Chapitre 52

6 minutes de lecture

Mercure reprit connaissance au bout de dix minutes. La douleur toujours collée à la poitrine. Apollo l’aidait à monter sur le pont. Ils prenaient déjà le large, ils ne perdraient pas une seconde de plus. Diagon emballa ce qui restait à prendre sur l’île. Il s’arrêta devant elle et lui donna son sabre.

— C’est tout ce que tu souhaites emporter avec toi ?

Elle reprit le sabre et buta sur ses dernières paroles.

— Je ne pars pas avec vous, dit-elle.

— Quoi ? demanda-t-il, surprit.

Il leva les yeux sur l’île, malgré la nuit, il pouvait voir les débris de l’incendie et le vide de la disparition des humains. Il n’y avait plus rien qu’elle que la désolation. Les maisons qui n’avaient pas été touchées resteraient vides et disparaîtraient avec le temps. D’ici quelques années, l’île resterait à l’abandon et rongée par la nature qui reprenait ses droits.

— Tu ne peux pas rester seul ici.

Elle prit une longue inspiration et leva les yeux au ciel. S’il continuait, elle se mettrait à pleurer. Elle ne voulait pas rester, seule ici. Elle savait qu’elle ne s’en remettrait pas. Lorsqu’elle était restée en retrait alors qu’ils soignaient Mercure. Elle avait été seule avec ses pensées et elles avaient été cruelles. Elle savait qu’elle devait récupérer le corps d’Ylio et l’enterrer. Mais où ? Il ne lui avait jamais dit où il souhaiterait être enterré. Ils auraient dû en parler avant de se décider à brûler l’île.

Elle pouvait sentir un poids peser sur ses épaules.

— Quoi ? Tu as peur que je fasse exploser cette île ? répondit-elle avec un mince sourire.

Diagon jeta un coup d’œil en direction d’Héra.

— Non parce que je sais qu’elle ne te laissera pas seule ici, ou pire, elle déciderait de rester avec toi, dit-il sérieusement, et je ne peux pas me permettre de la laisser ici. Tu sais aussi bien que moi que ça n’est pas son destin ni le tien.

Elle sentit son corps peser une tonne.

— Ça n’était pas le destin de tous les humains de disparaître, dit-elle d’une petite voix. Ni de toutes les autres victimes.

Diagon ne répondit pas, il semblait enfin prendre en compte qu’ils ne restaient qu’eux sur cette île. La déesse avait tout emporté sur son passage.

Il soupira et se gratta le front.

— Je ne peux pas te laisser, ici, seule.

— Tu me détestes, répondit-elle.

Il eut un faible sourire.

— C’est vrai, mais je me dois de faire mon devoir envers celle que j’aime. Et je ne la laisserai jamais vivre ici seule, et tu le sais. Sinon, elle n’aurait pas embarqué la première sur ce bateau. Elle était prête à partir seule pour savoir si tu allais bien.

— Et je vais bien, assura-t-elle.

— Ah oui ? fit-il d’une voix espiègle. Et Ylio ?

Elle se sentit presque faiblir l’espace d’un instant. Elle cligna des yeux. Il était si simple de pleurer à la simple énonciation de son prénom. Elle ne pourrait même plus le dire à voix haute. Sa tête n’arrivait pas à se défaire de lui ni de sa mort qui ne cessait de surgir sous ses paupières closes. Il avait été si simple de le quitter des semaines plutôt.

Elle baissa les yeux sur ses bottes sales.

— Je te déteste, finit-elle par dire.

Diagon posa une main sur son épaule. Elle ne releva pas la tête, sachant qu’elle pleurait.

— Je sais ce que ce ça fait, dit-il d’une voix plus faible, mon frère est mort il y a cinq ans. Il avait eu l’idée d’aller voir les baleines à des kilomètres de la terre ferme. Et cet idiot n’a pas pensé une seule seconde que la baleine pourrait faire couler le bateau. Il marqua une pause. C’était lui le prince du royaume. Un bel emmerdeur qui dépassait même les compétences d’Apollo. Je comprends ta douleur qui creuse ton estomac et qui t’empêche de faire un pas sans penser une seule seconde à sa disparition. Et puis un jour, il t’arrivera de perdre le sourire dans un moment de joie parce que tu as oublié pour une seconde qu’il est mort. Et ça t’empêchera d’avancer, parce que tu mérites tous ces moments avec lui.

Laverna prit une longue inspiration et essaya de faire entendre raison à Diagon. Elle leva les yeux sur le nouveau dieu. Il était sérieux et ne semblait pas cacher de mauvais sourire qui signifierait une autre de ces blagues stupides qu’il aimait lui retourner.

— Et comment passes-tu à travers ? demanda-t-elle d’une voix si faible qu’elle crut qu’il ne l’a pas entendu.

Il haussa les épaules.

— Tu ne peux pas, répondit-il d’une voix ferme. Tu vis avec et tu essayes d’accepter. Tu ne peux pas t’emmurer dans un silence et rester seule parce qu’il est mort. Tu dois avancer pour toi et pour lui. Vivre la vie qu’ils ont toujours rêvé de vivre et les rendre heureux.

Mais la vie que voulait vivre Ylio, c’était vivre avec elle au bord de l’océan. Elle ferma les yeux et prit une longue inspiration.

— Je me dois de réaliser ce qu’il voulait faire ici, dit-elle.

Le regard de Diagon se décomposa. Il s’attendait réellement à ce qu’elle rentre avec lui et soit aux côtés d’Héra. Et peut-être même, les aider avec Liamos, mais elle n’avait plus la force de faire la moindre chose pour les autres.

— Héra a besoin de toi. Mercure a besoin de toi, finit-il par dire comme dernier recours. S’il sait ce que je vais te dire, il me tuera.

Elle se décala de lui et partit en sens inverse.

— Alors, je ne veux pas le savoir, dit-elle en reprenant le chemin inverse. C’est plus mon problème.

— Attends, Laverna ! s’écria Héra sur le pont du bateau.

Diagon jura et se tourna vers Héra qui accourait vers eux. Ils avaient tous repris des forces en buvant de l’eau mélangée à la fleur. Laverna avait trouvé ça étrange, elle pensait les voir manger la fleur entière. Visiblement, elle avait caricaturé la chose.

Diagon se tourna vers elle.

— Ne la laisse pas détruire sa vie pour ça.

« Pour ça », les mots de Diagon attisèrent sa tristesse.

Laverna laissa Héra arriver, déjà essoufflée. Elle était encore tachée de sang et la fatigue étirait ses traits. Elle semblait tout à coup soucieuse et inquiète.

— Où vas-tu ? lui demanda-t-elle.

Laverna laissa échapper un petit rire.

— Je… elle ferma les yeux, certaine qu’elle ferait la pire erreur de sa vie. Diagon m’a dit qu’Ylio pouvait venir avec nous, dit-elle. Je suppose que les morts passent les océans.

Héra ne parut pas surprise et hocha la tête, prête à pleurer quand Laverna se détourna pour suivre un chemin battu. Elle retint un sanglot, mais ne put retenir les larmes qui ne semblaient jamais s’épuiser.

Elle entendit les pas presser de Diagon derrière elle et ceux d’Héra.

— Il aura toujours une place face à l’océan, lui glissa Héra à l’oreille.

Laverna hocha la tête et faillit éclater une nouvelle fois en sanglots.

Elle arriva devant la lisière de la forêt, le chemin menant au sommet de la montagne se tenait devant eux. Mais les corps étaient étalés devant eux. Laverna baissa les yeux sur Ylio. Elle n’y arriverait pas finalement. Elle se détourna et éclata en sanglots. Elle sentit Héra la prendre contre elle, mais même elle n’arrivait pas à la calmer. Elle sentit son corps se vider de toutes énergies ou de toutes forces. Elle s’effondra sur le sol de la forêt. Ça la faisait tellement souffrir, la douleur devenait de plus en plus intense et ne cessait de continuer. Son corps refusa de fonctionner. Tout la faisait tellement souffrir.

Elle resta bercée, pour ce qui lui sembla des heures, dans les bras d’Héra. Elle était épuisée, meurtrie et avait le cœur brisé.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire littexastronaut ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0