Chapitre 54

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L’eau était froide et réveilla chacun de ses muscles et chacune de ses blessures. Un sifflement incessant hurlait dans sa tête. Elle l’ignora aussi longtemps qu’elle le put. Elle n’allait pas y arriver. La panique prit aussitôt possession de son corps. Elle était fatiguée et se battre contre Liamos était plus dure qu’elle ne l’aurait cru. Sa tête était du même avis.

« Tu t’es bien battue aujourd’hui, tu peux te reposer. Tu l’as mérité, personne ne t’en voudra. »

Elle repoussa la voix et cessa de nager. Elle resta un instant sans mouvement dans l’océan. Tout était calme ici. Il n’y avait plus aucun bruit parasite ni de jour. Il n’y avait personne pour la déranger et la tuer. Elle se sentait bien ici. Son corps coulait comme une pierre. Le manque de l’oxygène ne l’effleura même pas. Elle cessa de penser au monde réel pour poursuivre dans un monde où elle était encore sur l’île. Le soleil courant sur sa peau et le vent marin passer dans ses cheveux longs. Un sourire étira ses lèvres. Il n’y avait pas mieux comme paradis.

— Tu comptes vraiment me laisser, tomber ?

Elle tourna la tête. Mercure la regardait. Il portait un costume sombre et son écharpe dorée lui barrait la poitrine. Il s’assit à côté d’elle sur le sable. Sa couronne bascula dangereusement. Il soupira et la retira pour la poser à côté de lui avec une moue boudeuse.

— Je ne pensais pas que tu abandonnerais facilement, dit-il avec amusement. Il se pourrait que je me sois trompé lourdement sur toi. Moi qui te trouvais comme un défi à surmonter, je suis déçu.

Laverna se tourna vers lui, les sourcils froncés.

— J’en ai marre de prendre des coups, répondit-elle en s’énervant. Je pense que je t’ai assez sauvé les fesses à toi et à ton stupide royaume. Tu es mort. Tu es un défi bien plus facile à surmonter.

— C’est vrai, et j’ai aimé cette partie.

Ils partagèrent un sourie complice et Laverna sentit son cœur se serrer.

— Et cette fiole ? Je suppose que tu es en train de couler dans l’océan, non ? Cette fois-ci, je ne serais pas là pour venir te sauver. Et les autres sont fermement attachés dans les cales. Tu es seule sur ce coup-là.

— Je suis fatiguée Mercure, répondit-elle. Je pense que j’ai assez donné sur ce royaume. C’est vous les nouveaux dieux, pas moi, je reste une faible humaine.

Il laissa échapper un petit sourire.

— Je t’avais dit de rester auprès de moi. Tu aurais vécu une vie de rêve, dit-il avec nostalgie. Je me serais enfin décidé à te dévoiler mes sentiments…

Elle le coupa.

— Tu l’as fait dans cette clairière.

Un sourire étira ses lèvres.

— C’est vrai, admit-il, l’une des meilleures nuits de ma vie.

Elle se tourna vers lui faussement choquée.

— Parce qu’il y en a eu d’autres ?

Il sourit.

— La nuit où l’on a dansé.

Elle éclata de rire.

— Bien rattrapé.

— Je sais, se vanta-t-il.

Il étira ses jambes et leva les yeux au ciel.

— Alors, Laverna, tu comptes rester ici avec moi ?

Elle ouvrit la bouche et baissa les yeux sur ses mains.

— Je suis bien ici, admit-elle.

Il sourit et retira son écharpe.

— C’est à toi de voir.

Il ne cessa de sourire même quand son sang s’écoula de sa poitrine. Là où Liamos l’avait froidement tué.

— Est-ce que tu continueras à m’en vouloir ? demanda-t-il au bout d’un certain temps.

— Attends, tu te sers de ta mort pour que je te pardonne ? s’étonna-t-elle.

Il éclata de rire, mais ce dernier se transforma en gémissement de douleur. Il se redressa sur ses genoux et toussa. Laverna se leva pour l’aider, mais quelque chose l’empêcha. Mercure ne cessa pas de tousser avant de s’écrouler à terre.

— Mercure ? appela-t-elle inquiète. Mercure ?

Elle rouvrit les yeux alors que la pression n’était plus supportable. Quelque chose tapa contre son œil. Elle ouvrit les yeux, désemparée. La fiole flottait près d’elle, projetant une douce lumière autour d’elle.

Elle récupéra la fiole, et poussa sur ses jambes, tirant sur ses dernières forces pour rejoindre la lumière qui commençait à se dessiner dans l’eau. Ses os craquèrent et ses articulations protestèrent.

Elle émergea enfin de l’eau, prenant aussitôt de grandes inspirations. Elle ne cessa pas de bouger, elle savait que si elle s’arrêtait, jamais, elle n’aurait assez de force pour rejoindre le bateau.

Le bateau était à quelques mètres d’elle. Elle força ses muscles froids à continuer de fonctionner encore un peu. Elle toucha la coque du bateau et sentit l’échelle creusée dans le bois. Elle usa de ses dernières forces pour se hisser durement. Elle s’écroula sur le pont dans un bruit sourd.

— Merde. Laverna ? demanda Vulcain. Je n’y crois pas, tu l’as ?

Il éclata de rire en lançant une prière à ses dieux.

Laverna resta un instant sur le pont, incapable de bouger. La main tendue devant elle. Le liquide toujours présent dans la petite fiole. Elle le secoua dans tous les sens. Il n’y avait rien de magique là-dedans.

Elle sentit sa bouche se dessécher. Elle ne voulait pas boire ce truc et devenir un monstre comme Liamos. Elle sentit son estomac se serrer. C’était le seul moyen de sauver le royaume de Mercure.

À cette simple pensée, elle posa son regard sur lui. Toujours étendu devant elle, le sabre encore planté dans la poitrine et le regard rivé sur le ciel faiblement éclairé.

Elle repensa à son rêve. Elle doutait qu’il soit réel. Elle baissa les yeux sur la fiole puis sur Mercure. Quelque chose vibra dans son estomac face à cette mauvaise idée. Ça ne pouvait pas être pire. Si ça ne fonctionnait pas, ils perdaient tous la vie.

Elle leva les yeux sur le ciel cherchant le moindre signe.

Elle tenta de se relever, mais son corps n’écouta pas cette fois-ci. Elle resta à terre sans la moindre énergie. Elle décida de se trainer sur le sol en grimaçant, s’agrippant chaque fois aux petits espaces entre les planches. Elle se cassa un ongle puis deux. Ses mains froides lui faisaient mal et le sifflement dans sa tête s’accentuait chaque seconde. Elle y mit ses dernières forces.

— Qu’est-ce que tu fais ? beugla Vulcain. C’est toi ! hurla-t-il.

Elle l’ignora ouvertement et agrippa le bras froid de Mercure. Elle tira dessus pour avancer une dernière fois. Elle posa la fiole et se hissa doucement pour retirer le sabre et le lancer plus loin. Elle tomba mollement sur la poitrine de Mercure. Il était froid et rigide. Elle ignora la nausée et ouvrit la fiole difficilement.

— Ne fais pas ça Laverna, supplia Vulcain.

Elle eut un sourire alors que le liquide coulait dans la gorge de Mercure.

— Si je le prenais, Liamos aurait gagné, dit-elle avec un dernier sourire. Je ne suis pas dupe, Vulcain. Je joue à ce jeu depuis plus longtemps que toi.

Sa réponse se noya dans le vide. Elle sentit sa tête sifflée si fort que la douleur la fit fermer les yeux. Ce fut une erreur, elle fut incapable de les ouvrir à nouveau. La fatigue la prit au piège. Son corps se tendit une dernière fois avant de ne plus lui obéir. Elle était arrivée à sa limite. Même le ventre vide depuis des jours, jamais elle n’était arrivée à un tel stade.

Elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle ne pouvait rien faire d’autre que se laisser bercer par les vagues.

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