Chapitre 55

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L’île était bondée comme tous les jours. L’odeur des poubelles fit retrousser le nez de Laverna. Elle s’engouffra dans le marché du pauvre. Des gens s’agglutinaient en usant des coudes pour traverser la longue et étroite allée. Elle passa si près des personnes qu’ils ne sentirent même pas ses mains dans leurs poches. Personne ne la regardait ou ne faisait attention à elle dans cette tunique délavée et usée. Ils ne se doutaient pas une seconde qu’elle volait tout ce qu’ils avaient en poche pour remplir les siennes et pouvoir manger le soir et dormir dans un lit acceptable.

Elle déboucha rapidement, le cœur débordant d’adrénaline, dans une ruelle sombre qui menait à une autre place plus petite et moins fréquentée. Entourée de maisons en ruines d’un côté et de la forêt de l’autre. La forêt était menaçante sous cet angle, mais le soleil éclairait faiblement à travers les branches cassées et les feuilles vertes.

Elle s’avança prudemment, puis aperçut Ylio, le dos appuyé contre un arbre. Il ne perdait jamais sa posture ennuyée, mais élégante. Il leva aussitôt les yeux sur elle. Un sourire étirait ses yeux.

— Je t’ai attendu longtemps, fit-il remarquer en croisant les bras sur sa poitrine.

Laverna sourit et lui montra ses poches pleines.

— Peut-être, mais j’ai ramené des trésors, beaucoup de trésors, renchérit-elle avec un sourire qui en disait beaucoup.

Il sourit et quitta sa position pour s’avancer vers elle.

— C’est mal de voler les morts, Laverna.

Elle fronça les sourcils et leva les yeux au ciel.

— Arrête tes bêtises, dit-elle en frissonnant.

Ylio la regarda comme si elle était tombée sur la tête, mais sourit et posa un bras autour de son cou.

— Les choses vont devenir compliquées, dit-il avec la moue. Mais je compte savourer mon petit paradis un petit bout de temps avant que tu ne daignes venir me voir. Et je suis même prêt à partager une part de toi avec cet imbécile…

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu as pris quelque chose ? Elle écarquilla les yeux. Tu as laissé Térac te faire essayer ses champignons, bizarre ?

Il se posta devant elle. Un sourire charmeur aux lèvres. Le soleil creusa les nuages persistants et vint baigner Ylio d’une chaleur rassurante.

— Fais que cette vie mérite d’être vécue dans un palais d’ivoire.

Laverna le regarda comme s’il avait consommé des champignons que Térac aimait manger parfois. Elle ouvrit la bouche, mais quelque chose la tira hors de lui et l’image qu’elle avait de lui s’effaça.

Elle rouvrit les yeux et regretta aussitôt et posa sa main sur ses yeux. Ses doigts touchèrent un morceau de tissu râpeux. Elle leva la main et toucha un peu plus en profondeur le tissu. Elle gémit. Elle venait de réveiller une douleur dans son crâne. Elle laissa tomber le tissu et voulut redressa, mais un éclair de douleur envahit dans son corps entier. Elle resta allongée et laissa échapper un long soupir. Elle avait soif.

La voleuse leva la main et chercha quelque chose à l’aveugle. Elle renversa plusieurs choses, dont quelque chose en métal qui fit un bruit interminable. Elle grimaça et chercha plus loin, et ne trouva rien d’autre. Elle avait tellement soif.

Elle leva les yeux sur le plafond, il lui rappelait vaguement quelque chose. Elle écarquilla les yeux. Elle était à l’infirmerie, au palais, chez Mercure. Elle se redressa pour de bon oubliant toute douleur. Elle était toute seule, il n’y avait personne d’autre que des lits défaits et du sang doré sur le sol.

L’humeur grimaça en découvrant qu’elle avait fait tomber un verre d’eau. Elle fit basculer doucement ses jambes en dehors du lit. Elle constata avec surprise qu’elle ne portait plus sa tunique, mais une simple robe blanche à longue manche. Elle posa lentement un pied sur le sol mouillé puis l’autre. Ses jambes semblaient encore en état de marche, mais le premier pas qu’elle fit tira sur plusieurs muscles et la fit grimacer. Elle essaya un autre pas en lâchant le lit cette fois-ci. Ce fut une réussite. Elle fut surprise de ne pas tourner de l’œil ou ne pas s’évanouir après tous les coups portés sur sa tête.

Elle s’avança doucement dans le hall de l’infirmerie et découvrit le bureau du médecin. Un verre d’eau y était déposé. Elle laissa échapper un petit gémissement et s’avança rapidement vers lui. Elle le but d’un trait. Elle trouva une cruche d’eau et la vida aussitôt. L’eau fraiche la revigora. Assez pour sortir de l’infirmerie. Elle se retrouva dans le hall vide et froid. Elle croisa les bras sur sa poitrine pour se réchauffer.

Elle monta doucement l’escalier et déboucha dans un hall familier. Elle descendit un autre escalier et se trouva dans le hall principal. Il n’y avait aucune voix. Elle s’approcha de la porte fermée et aucun garde pour la garder. Elle soupira et sentit l’affolement la gagner. Liamos avait-il gagné ?

Le salon où ils avaient l’habitude de manger, était également vide. Tout était vide et sans bruit. Elle fit un effort pour s’avancer vers la première fenêtre donnant à la rue. Certaines maisons avaient été détruites et quelques colonnes de fumée montaient vers le ciel. Liamos avait gagné.

Elle recula de quelques pas pour quitter le spectacle funeste qu’elle avait sous les yeux et trouver une issue.

— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée papa, protesta une voix.

Des pas arrivèrent rapidement dans le salon. Elle tenta de reculer, mais ses pieds restèrent collés au sol comme pour regarder ce qui arrivait finalement ici et recevoir des réponses qu’elle attendait depuis qu’elle était réveillée.

Son cœur tapa si fort qu’elle faillit tourner de l’œil quand Apollo rentra dans le salon accompagné d’un homme imposant.

— Tu ne peux pas arriver et le mener à la baguette. Tu sais très bien que Pluton ne te laissera pas faire.

L’homme ressemblait trait pour trait à Apollo en plus vieux. Ses cheveux longs tombaient sur ses épaules. Ses traits étaient autoritaires et retiraient toute envie à Apollo de plaisanter sur tout et n’importe quoi. Il portait une armure imposante qui lui rappelait celle d’Éris, mais la sienne était bleu marine.

— Je ne peux pas laisser ça sans suite, répondit Neptune d’une voix forte. Je me dois de faire mon devoir pour Jupiter, du moins.

Apollo secoua vivement la tête.

— Tu n’es pas en tête de ce royaume ! s’énerva Apollo.

— Mais en tête du mien, claqua Neptune.

Neptune secoua à son tour la tête comme pour se défaire de la chose qui le mettait en colère. Le roi devait sentir sa présence puisqu’il leva les yeux sur Laverna. Aussitôt, elle fut transpercée par le regard noir du roi. Elle avala difficilement sa salive. Le père d’Apollo était une terreur.

— Je vois que l’humaine n’est finalement pas morte.

Sa voix fit reculer Laverna.

Apollo se tourna aussitôt vers elle. Il était habillé comme son père et plus aucune blessure ne barrait son visage. Il semblait ne même pas avoir connu la même chose qu’elle sur l’île et sur le bateau. Il traversa le salon pour s’avancer vers elle. Elle crut une seconde qu’il la prenne dans ses bras.

— Où est Liamos ? coupa-t-elle.

Neptune éclata de rire et s’approcha à son tour et bouscula Apollo sur le côté.

— Papa ! Elle parlera, tu n’as pas besoin de ça.

— Je le déciderai moi-même.

Laverna ouvrit la bouche, mais Apollo secoua la tête à son attention. Elle se laissa trainer dans le hall. Ils montèrent le grand escalier. La voleuse crut qu’ils allaient dans le bureau de Mercure, mais ils passèrent devant sans s’y arrêter. Ils passèrent un balai important de fenêtres et de portes. Elle aperçut enfin de la vie. Des domestiques allaient et venaient.

Neptune passait devant les domestiques sans s’accommoder de ses manières. Elle vit enfin deux gardes. Elle avala difficilement sa salive en les regardant sans baisser les yeux.

— Ouvrez, ordonna-t-il aux gardes sans ciller.

Ces derniers hochèrent la tête et ouvrirent la porte à double battant. Laverna fut presque jetée dans le grand hall en marbre. Elle tenta de se défaire de la poigne de Neptune.

— Mais qu’est-ce qui cloche chez vous ? lança-t-elle finalement.

Elle tenta de se défaire de sa poigne, mais il serra son bras un peu plus. Il ordonna d’un simple geste aux autres soldats d’ouvrir une autre porte. Ils ouvrirent aussitôt la porte. Laverna reconnut aussitôt Héra, assise dans un fauteuil, les yeux rivés sur la fenêtre.

Le nouveau dieu la força à passer la porte et la lâcha que lorsque la porte fut refermée et Apollo entré. Elle lui lança un long regard, mais Neptune l’ignora ouvertement.

Laverna jura en silence et se tourna vers Héra. Elle se leva, mais un soldat lui ordonna doucement de rester assise. Elle leva les yeux sur le soldat. Il portait une armure verte. Elle découvrit Diagon aux côtés d’Héra, vêtus de la même armure. Il ne portait plus aucune blessure tout comme Héra.

Elle ouvrit la bouche, mais quelqu’un lui coupa la parole.

— Vous n’étiez pas obligé de la lever de son lit, fit remarquer une voix.

Elle se tourna vers Mercure, alité. Il portait sa légendaire tunique bleue. Lui semblait avoir porté tous les coups du monde. Il tenait un papier dans sa main et un crayon dans l’autre.

— Elle était déjà réveillée, répondit Neptune d’une voix calme.

Laverna cligna plusieurs fois des yeux vers Mercure et fronça les sourcils avant de reculer d’un pas puis d’un autre. Elle leur tourna le dos et prit une longue inspiration. Elle ne croyait pas au fantôme. Elle avait vu Mercure se faire tuer par Liamos.

Elle se retourna à nouveau. Mercure ne l’avait pas lâché du regard et semblait même soucieux.

— Je… Elle se passa une main sur le visage. Tu n’es pas mort ? demanda-t-elle d’une petite voix.

Il sourit.

— Si je me rappelle bien, tu étais sur moi quand je me suis réveillé.

— C’est à toi de dire ce que tu as fait.

Elle se tourna vers un autre homme imposant. Elle se sentit vulnérable sous son regard glacial. Elle ouvrit la bouche, mais perdit toute envie de parler de ce qui s’était passé.

L’homme haussa un sourcil et s’avança dans sa direction, elle recula aussitôt et leva les mains en signe de paix.

— C’est Liamos qui m’a donné la fiole, dit-elle.

— L’essence d’Éris ? demanda Mercure en portant une main sur sa poitrine.

Elle prit une inspiration.

— C’est lui qui t’a demandé de le faire ? lui demanda l’homme glacial.

Elle secoua la tête en repensant à Vulcain.

— Non, elle m’était destinée pour aider à anéantir le royaume.

— Comment être sûr ? lui demanda-t-il.

— Parce que Vulcain voulait à tout prix que je la prenne. Un traître, reste un traître, renchérit-elle.

L’homme laissa échapper un petit rire et s’approcha rapidement d’elle.

— Mon oncle, claqua Mercure, Vulcain est un traître et plusieurs témoins en témoignent.

Il se tourna vers Mercure, furieux.

— Vulcain ne peut pas avoir fait ça, s’écria-t-il. Je n’en ai pas fini avec cette histoire.

Il quitta la chambre et claqua la porte sur ces derniers mots.

— Donc tu n’étais pas sûr de toi ? demanda Neptune.

Elle secoua la tête.

— Pourquoi alors ?

Elle soupira, fatiguée.

— Parce que ça n’aurait pas pu le tuer plus que ça ! s’exclama-t-elle, elle entendit Mercure murmurer un « merci » dans son coin. Et aussi parce que si Éris avait besoin des fleurs pour faire grossir son pouvoir, alors je me suis dit que ça aiderait Mercure avec une essence divine. Et ça a plutôt bien fonctionné ! s’exclama-t-elle avec un sourire forcé.

Neptune ne répondit pas et jeta un coup d’œil à sa montre.

— Pluton devrait être là d’une minute à l’autre, dit-il, il voudra entendre cette version. Il se tourna vers Diagon. Tu m’accompagnes ?

Ce dernier hocha la tête et posa sa main sur l’épaule d’Héra et quitta la chambre avec Neptune. Laverna s’autorisa à souffler et se détendre.

— C’est lui ton père ? demanda-t-elle en grimaçant à Apollo.

Il hocha la tête et se laissa tomber dans le fauteuil derrière lui.

— Il fait peur, avoua-t-elle en s’accordant une pause pour rejoindre un fauteuil pas loin d’Héra, sous le regard du soldat qui la surveillait.

— Tu as inventé ta dernière argumentation ? lança Héra.

Laverna se tourna vers elle.

— Oui, avoua-t-elle en laissant échapper un petit rire nerveux. Je ne pensais pas que ça fonctionnerait.

Elle leva les yeux sur Mercure. Il passa une main sur son visage et repoussa le papier qu’il tenait depuis le début.

— Et ça a fonctionné avec brio, dit-il.

Laverna le coupa dans sa réflexion.

— Il est mort, n’est-ce pas ?

Mercure se tourna vers elle. Quelque chose dans son regard passa, il semblait en colère, mais soupira et hocha la tête.

— Il avait déjà commencé à détruire une partie du royaume, mais je suis arrivé à temps pour sauver ton royaume.

Les lèvres de Laverna se fendirent dans un sourire.

— Ce serment ne tient plus, répondit-elle. Tu es mort, et le serment aussi. Dommage, j’aurais créé une monarchie digne de ma personne.

Elle laissa échapper un sourire et s’assit sous ses genoux. Un nuage laissa entrer le soleil dans la pièce et réchauffer l’atmosphère glaciale qu’avait provoquée le père d’Apollo.

— Alors, dit-elle après un certain, qu’est-ce que j’ai manqué ? demanda-t-elle en grimaçant vers Mercure.

Il soupira et jeta le papier qu’il avait repris. Il semblait fatigué par tout ce qui s’était passé, et semblait ennuyé que beaucoup de personnes viennent empiéter dans ses quartiers privés.

Laverna en profita pour chercher la porte qui menait à la salle aux trésors. Il n’y avait aucune porte visible, elle se doutait qu’elle serait sûrement l’une des inondables portes dans le petit hall que Neptune l’avait forcée à traverser en courant.

Elle leva les yeux sur le plafond, un large dôme était incrusté sur une fresque représentant des anges et sûrement les dieux primordiaux. Elle fut déçue, il n’y avait rien d’autre qu’un lit et des meubles sans importance, la seule chose qui la réconforta c’était la richesse qui s’en échappait. Il y avait des moulures d’or dans chaque recoin et le papier peint semblait avoir été fait à la main.

Mercure la ramena sur terre.

— Je me suis simplement réveillé avec un affreux goût dans la bouche, dit-il en la regardant.

La porte claqua et Laverna sursauta. Neptune et Diagon étaient revenus. Un homme aussi imposant passa la porte. Il ne portait aucune armure, mais une simple tunique bleue. Il semblait inquiet et surpris de trouver Mercure de cette façon.

— Tout va bien ? demanda-t-il. J’ai fait aussi que j’ai pu, mais l’océan était agité et je ne m’y suis pas risqué.

Mercure hocha la tête et Laverna devina un mince sourire qui semblait presque le mettre de bonne humeur.

— Alors ? Que s’est-il passé ? demanda-t-il alors que Neptune se posta aux côtés de son fils. J’ai entendu dire que ce Liamos avait fait un massacre !

Mercure hocha la tête et soupira en jetant un coup d’œil à la fenêtre.

— Il en a détruit une partie, affirma-t-il d’une voix lourde, j’ai réussi à le tuer à temps, avant que l’évènement ne survienne.

— Donc vous avez sauvé votre royaume ? s’étonna Pluton. Par les dieux ! Ta naissance est une vraie bénédiction des dieux eux-mêmes !

Il s’avança pour féliciter le roi, mais s’arrêta de lui-même, il devait avoir oublié que ce dernier était alité.

— Je n’aurais pas pu le faire sans Apollo et Diagon, glissa-t-il pour faire honneur à ses camarades.

Pluton laissa échapper un rire fier et tapa l’épaule de Diagon fièrement et la serra.

— C’est bien mon fils, ça !

Diagon sembla gêné et hocha la tête pour répondre à son père.

Neptune fut moins physique avec son fils, mais son regard n’en était pas moins peu fier.

— Et à Laverna qui m’a sauvé la vie à plusieurs reprises.

Laverna écarquilla les yeux et grimaça. Elle avait toujours aimé l’attention portée sur elle, mais à ce moment précis, elle n’en avait pas envie. Encore moins quand le père d’Apollo la fusillait du regard. Elle lui rendit le même avant de lui sourire de toutes ses dents.

— Je suppose que vos dieux ont aussi béni ma naissance pour réaliser un tel exploit, lança-t-elle à l’attention de Neptune d’une voix élogieuse.

Il haussa les sourcils.

— Je ne pense pas. Un simple coup de chance.

— Qui nous a sauvé la vie ! s’exclama Pluton.

Il laissa échapper un rire.

Il se tourna vers Héra et laissa glisser son regard vers elle.

— Je vais devoir vous congédier mesdames, mais un conseil de rois est demandé.

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