Chapitre 56

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Héra se leva et se courba en signe de respect. Elle salua Mercure d’un regard compatissant. Elle tendit la main à Laverna en passant, cette dernière ne la refusant pas quitta la salle en saluant Pluton de la main qui lui répondit avec un rire égal à celui d’Apollo.

Héra ferma la porte derrière elle.

— Tu es sûre qu’Apollo et Diagon n’ont pas été changés à la naissance ? lança-t-elle en riant.

Héra la frappa au bras.

— Aie ! s’écria Laverna. Ça fait mal ! J’ai mal !

— Ils peuvent encore nous entendre ! dit-elle entre ses dents.

Laverna laissa échapper un rire nerveux.

— De toute façon, j’aurais fait la réflexion à Apollo, répondit Laverna en se laissant tirer par Héra avec un rire.

Héra la tira à travers le couloir du bureau de Mercure, elles ne s’attardaient pas et descendirent le premier escalier pour rejoindre un autre escalier qui ne semblait pas se terminer. Elles débouchèrent dans un grand couloir lumineux. Un petit hall servait de salon au bout du couloir. Les fenêtres laissaient entrer le soleil et inondaient les fauteuils vides. Héra passa la volée de portes et Laverna crut qu’elles allaient s’y asseoir et s’y laisser choir des heures, mais Héra ouvrit la dernière porte.

Une odeur de rose embauma la pièce et le soleil laissait passer une chaleur esquisse. Le nouveau dieu ferma la porte derrière elle. Une immense chambre s’offrait à eux. Un grand lit se tenait sur le côté opposé des fenêtres, une armoire importante de l’autre côté et un petit bureau devant l’une des fenêtres imposantes. Les étagères étaient pleines de livres reliés en cuir de toutes les couleurs. Laverna s’avança pour profiter du tapis moelleux sous ses pieds nus. Elle colla son nez devant la fenêtre et siffla d’admirations. Elle n’avait jamais vu le jardin, du moins, elle ne s’y était jamais intéressée. Des allées d’arbustes taillés à la perfection se dressaient de la terre et formaient des petites allées pour s’y promener. Des parterres de fleurs colorées ajoutaient de la couleur aux tons verts du jardin. Des fontaines d’or et d’ivoire étaient plantées un peu partout dans le jardin, le rendant bien plus olympien que n’importe quelle pièce du palais. D’immenses statues finement taillées semblaient naitre du sol, Laverna admira le travail minutieux des sculpteurs. Et au loin, elle remarqua des arbres fruitiers et se laissa imaginer d’autres hectares en contrebas.

— Tu penses qu’on pourra y faire un tour ?

Elle entendit Héra rire et refermer la porte de son armoire.

— Mais tu dois prendre un bain avant ça, dit-elle, parce que ta tenue paraît peu conventionnée pour avoir rencontré les trois rois dans la même pièce.

Laverna leva les yeux au ciel.

— Ce n’est pas comme si je n’y étais pas obligé, lança-t-elle. Le père d’Apollo est toujours comme ça ?

Héra ne répondit pas tout de suite et fit couler de l’eau dans la baignoire derrière un paravent à côté de l’armoire.

— Oui, dit-elle. Et je comprends pourquoi Apollo préfère rester ici que chez lui. Il ne supporte plus son père, et je plains sa mère qui doit rester au royaume et endurer tout ça.

— Qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour ? chuchota Laverna.

Elle recula de sa fenêtre et se tourna vers Héra, elle étendait une robe noire sur le lit. Simple, sans une trace de richesse. Elle levait les yeux vers Héra et lui sourit, un sourire triste.

— Mercure a accepté d’enterrer Ylio aujourd’hui, dit-elle, personne ne doit le savoir.

Laverna hocha la tête et baissa les yeux sur ses mains. Elle avait presque oublié qu’Ylio ne reviendrait plus. Il resterait dans son paradis en l’attendant. Elle se mordit l’intérieur de la joue et soupira.

— Je n’ai pas pensé une seconde à donner cette fiole à Ylio, dit-elle dans un murmure.

Héra lâcha la robe. Elle s’approcha doucement de Laverna et posa ses deux mains sur ses joues. Le contact froid des mains d’Héra la fit retourner sur terre.

— Il faut parfois faire des sacrifices, répondit Héra.

Laverna secoua la tête, mais Héra garda sa tête entre ses mains.

— Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? demanda-t-elle, en ne la quittant pas du regard. Mercure cache quelque chose, lui aussi et j’en suis presque sûre qu’il a dû l’avouer à Diagon puisque ce dernier change toujours de sujet. Je compte bien le cuisiner encore un peu parce que je trouve ça amusant de le voir fuir mon regard et tenter de trouver des excuses stupides, mais je vois bien que ça te rend malade.

Laverna voulut fuir, mais Héra était bien plus futée et bien plus forte qu’elle, aussi mentalement que physiquement.

— J’ai couché avec Mercure, répondit-elle dans un murmure. Je… Je ne sais pas ce qui s’est passé, c’était bien, expliqua-t-elle, on était bien. Et j’ai laissé ce moment continuer parce que j’en avais envie et je pensais ne plus revoir Mercure. Je pensais que faire face à mes sentiments et à mes envies ce soir-là était peut-être une bonne idée parce que je partirais après ça.

Héra tenta de ne pas paraître surprise à sa révélation. Elle lâcha Laverna et se passa la main au front.

— Ça fait de moi un monstre ? demanda Laverna.

Elle se sentait presque honteuse face à Héra, elle s’était promis de ne pas révéler à voix haute ce qu’elle avait fait avec Mercure, parce qu’elle pensait que c’était un pacte entre Mercure et elle, mais avec Diagon aussi apparemment.

Héra se laissa tomber sur le lit et tapota la place à côté d’elle.

— Je n’ai pas besoin d’en parler, s’énerva Laverna.

Héra laissa échapper un petit rire.

— Non, mais d’une discussion entre filles !

Laverna eut un petit sourire complice. Elles n’avaient pas eu de discussion de ce genre depuis des années, et ça réchauffait le cœur de Laverna. Elle avait besoin de ce genre de moment là pour faire face à la suite des prochains jours. À ces jours où elle allait devoir anticiper ce qu’elle deviendrait dans un monde où elle était la seule et unique humaine.

Elle s’assit sur le lit d’Héra, elle plia ses genoux devant elle et y posa sa tête.

— Je ne pensais pas que ça finirait de cette façon, avoua Laverna. Je pensais seulement à dépouiller Mercure et repartir les poches pleines, pas succomber sous son charme.

Héra laissa échapper un ricanement qui ne plut pas à Laverna.

— Je t’en prie Laverna dès ton arrivée au palais tu jouais à un jeu brûlant avec lui.

— Je joue avec tout le monde.

— Et le piège s’est refermé sur toi, conclut-elle.

Laverna ne répondit pas et soupira. Elle baissa les yeux sur la robe noire. Elle allait devoir dire adieux à Ylio pour la dernière fois.

— Depuis quand toi et Ylio êtes devenus si proches ? demanda Héra, curieuse. Vous étiez toujours du genre à être ami pour toujours.

Laverna repensa à son idée à l’embrasser avant son grand départ. Elle avait toujours eu envie de le faire depuis des mois déjà. Il avait toujours été là, et ne l’avait jamais abandonné. Elle avait commencé à le voir différemment depuis des mois. Elle appréciait sa présence et sa simple façon d’être avec elle. Ses sourires et ses remarques la faisaient toujours rire. Et elle avait voulu franchir la limite de leur amitié et elle avait aimé ça, elle avait pu mettre un goût sur ses lèvres.

Son cœur avait aimé ça, elle avait aimé ça aussi.

— Je ne sais pas, quelques mois expliqua-t-elle. Et je me suis décidé à l’embrasser avant de partir.

Héra se tourna vers elle les sourcils froncés.

— Il t’a embrassé en retour ?

Elle hocha la tête, un petit sourire aux lèvres, et Héra eut à son tour un petit sourire complice.

— Je savais bien que vous finiriez par vous embrasser un jour ou l’autre. Ylio avait toujours les yeux pour toi et pour personne d’autre.

Laverna prit une longue inspiration.

— Alors pourquoi, j’ai des sentiments pour Mercure ? demanda-t-elle d’une petite voix, comme si elle en avait honte. C’est Ylio que je veux aimer.

Elle pouvait sentir la tristesse et la perte d’Ylio revenir à grands pas. Elle se détestait d’aimer Mercure autant qu’Ylio. Pourquoi ne pouvait-elle pas être comme tout le monde ?

Héra posa un bras contre elle.

— Je sais, murmura-t-elle, mais tu devras te contenter de passer ta vie avec moi.

Laverna leva la tête pour attendre la réponse à la question qu’elle ne voulait pas laissée en suspens.

— Pourquoi est-ce que j’ai des sentiments pour Mercure ?

Héra fronça les sourcils.

— Je ne sais pas, avoua-t-elle. Tu ne les aimes peut-être pas de la même façon ?

Laverna baissa les yeux sur ses mains. La réponse d’Héra ne lui plaisait pas. Elle ne lui en demanda pas plus. Elle ne voulait pas y penser, parce qu’il n’y aurait plus rien entre Mercure et elle.

— Tu devrais te préparer, dit-elle d’une voix douce. On ne doit pas tarder.

La robe était grande, Héra avait dû user de petites pinces pour cheveux pour essayer d’ajuster certaines zones. Laverna regrettait amèrement d’avoir eu l’idée de cacher le poignard d’Éris dans ses cheveux. Ses derniers arrivaient maintenant au-dessus de ses épaules. Héra avait dû couper quelques mèches encore longues et égaliser le reste des mèches. Laverna avait l’impression de retourner des années en arrière, elle avait mis beaucoup d’années à les avoir de cette hauteur.

Elle laissa échapper un soupir alors qu’Héra quittait la chambre, Laverna la suivit en gardant le silence, le cœur lourd. Héra lui avait dit que les rois resteraient en réunion un bon moment et qu’elles avaient le champ libre pour deux heures.

Laverna anticipa. Elle ne savait pas ce qui allait se passer, mais Héra lui avait avoué qu’ils avaient dû brûler le corps d’Ylio pour qu’aucun des habitants ne se doute qu’il avait réussi à passer l’océan. Laverna avait ressenti de la colère pour ne pas avoir pu dire ses adieux à Ylio comme elle l’aurait voulu, et devoir le traité de cette façon, mais c’était peut-être mieux ainsi.

Elle savait où déposer ses cendres. L’idée lui était venue à l’esprit en regardant par la fenêtre, elle était certaine qu’il aimerait.

Héra descendit dans l’immense infirmerie. Laverna l’attendit dans le hall, les mains croisées. Elle pouvait sentir son cœur battre. Elle allait dire ses adieux à son meilleur ami, à son premier amour et à celui qui avait toujours cru en elle. Ylio allait lui manquer et sa mort laisserait des marques indélébiles sur son corps. Elle en était certaine. Aucune journée ne se passerait sans que sa personne ne lui manque. Il méritait bien mieux qu’un sacrifice. Il aurait dû avoir le monde à ses pieds et le soleil pour lui seul.

Le soleil ne manqua pas le rendez-vous, ce qui réchauffa le cœur de Laverna. Elle serra dans ses mains le vase en or massif dans ses mains. Elle avait l’impression de tenir le monde entre ses mains. Elle ferma les yeux, priant n’importe quels Dieux qu’il se rende au paradis et que sa prochaine vie soit meilleure et qu’il finisse aussi riche que n’importe quel dieu.

Elle leva les yeux sur Héra, elle resta à ses côtés ne lâchant pas son sourire des lèvres.

— Il aurait aimé cette vue, dit-elle.

Laverna répondit à son sourire et leva les yeux sur l’éternité de l’océan qui s’offrait à eux. Elle devinait derrière elle la porte par laquelle elle s’était infiltrée pour la première fois. Ici, le vent était agréable, le soleil toujours présent, l’odeur du sel marin toujours omniprésente et le bruit des vagues reposant. L’endroit était parfait, elle le savait.

Elle prit une longue inspiration et souleva le couvercle et s’avança au bord de la falaise.

— Que les portes du paradis s’ouvrent à toi, murmura-t-elle.

Elle laissa les cendres glisser et suivre la course du vent vers l’océan qui s’ouvrait à eux. Le soleil éclaira le chemin des cendres vers le ciel comme un accueil chaleureux qui fit sourire Laverna malgré les larmes.

Elle était certaine qu’il avait rejoint un paradis dont il était le roi.

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