Chapitre 57

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— Si tu veux vraiment savoir, commença Apollo en entrant dans le salon privé, nous n’avons pas été échangés à la naissance.

Laverna ricana et laissa tomber le livre qu’elle tenait, même si elle ne savait pas lire, les dessins y étaient somptueux. Héra lui avait d’ailleurs proposé de l’aider à lire cet après-midi. Elle avait accepté et elle avait vite regretté. C’était compliqué, ennuyant et ça lui donnait la migraine.

Elle leva les yeux sur Apollo. Il ne portait plus son armure de la veille, mais un élégant costume rouge.

— Ce n’est pas l’impression que m’a donnée ton père, répondit-elle, l’image d’un gros con.

— Je te l’accorde, dit-il en laissant tomber sur le canapé.

Il semblait fatigué par toutes les réunions qu’ils avaient depuis la veille. Ils n’avaient assisté à aucun des repas depuis hier soir. Laverna mangeait souvent avec Héra et parlait souvent de ce qui s’était passé quand Mercure avait tué Liamos de sang-froid. On lui avait enfin expliqué ce qui s’était passé.

Mercure s’était réveillé après avoir reçu l’essence divine d’Éris, et Laverna avait eu raison. L’essence avait stimulé ses pouvoirs et l’avait rendu à la vie. Il était devenu si puissant que rien ne pouvait l’arrêter. Quand il avait demandé aux dieux des vents de faire naviguer le bateau, ce dernier était déjà arrivé au port. Et Mercure ne s’était pas arrêté pour voir ce que Liamos avait entamé dans la ville. Il avait créé déjà plusieurs incendies et détruit plusieurs boutiques et maisons, tuant même sur son passage. Mercure s’était contenté de trouver Liamos alors qu’il entrait au palais. Avec la force et des pouvoirs comparables à Jupiter, il avait invoqué la foudre et avait tué Liamos sous le coup.

Laverna avait sifflé d’admiration, mais l’essence ne l’avait pas complètement guérie, laissant quelques traces. Et personne n’était sûre que l’essence ne soit pas nocive pour lui. Ils se contentaient d’attendre que quelque chose arrive, mais Laverna doutait que quelque chose se passe. L’essence agissait comme une de leurs fleurs, mais avec bien plus de puissance. Mercure allait sûrement être plus qu’un nouveau dieu à présent.

— Moi qui pensais que vous vous entendriez, s’amusa-t-il.

Laverna leva les yeux au ciel.

— Non, ton père est le genre de personne que je dépouillerais jusqu’aux moindres centimes, répondit-elle en lui offrant son plus beau sourire.

Apollo parut faussement étonné.

— Je ne doute pas de ton talent après t’avoir vu tuer une déesse et être resté debout après avoir reçu autant de coups. Tu as gagné, là où nous avons échoué.

Laverna toucha sa poitrine, faussement émue.

— Tu peux répéter ce que tu viens de dire, je crains de ne pas avoir assez entendu.

Apollo se leva et se pencha pour récupérer une boîte en velours et lui tendre.

Laverna plissa les yeux sur la boîte rouge. Elle avait la taille d’un énorme livre de la bibliothèque.

— C’est quoi ? Tu comptes me demander en mariage avec un énorme diamant ?

Il sourit.

— Je ne pense pas que mon père approuverait.

Laverna pouffa.

— Oh, je m’en donnerais un cœur joie pour voir sa tête.

Elle prit la boîte avec délicatesse. Le ruban en soie bleu nuit lui parut bien plus important que le contenu de la boîte. Elle le défi et le poussa sur le côté.

— Ça ne va pas m’exploser au visage ? demanda-t-elle alors qu’elle ouvrait la boîte.

Elle repoussa les papiers de soie fins, et découvrit avec surprise une robe noire. Elle n’était pas la même qu’elle avait vue à la boutique des semaines plutôt, mais elle était bien plus magnifique, du moins, elle l’espérait de la part d’Apollo.

— Parce que je paie toujours mes dettes, dit-il, même si ce n’est pas la même que celle dont tu es tombée follement amoureuse, je sais qu’elle fera l’affaire pour ce soir.

Laverna sentit son sourire naitre sur ses lèvres alors qu’elle touchait le tissu entre ses doigts. Il était doux et semblait fin.

— Qu’est-ce qu’il y a ce soir ? demanda-t-elle enfin.

— Un diner royal et des remerciements, un truc comme ça, sourira-t-il. Quelque chose d’ennuyant pour le prince que je suis. Je suppose que tu veux m’accompagner, pour ne pas être seule ?

Laverna éclata de rire.

— Attends, j’ai le choix entre faire une entrée seule explosive ou apparaître à tes côtés et mettre en rogne ton père… Le choix est difficile, protesta-t-elle.

Apollo leva les yeux au ciel. Et prit le chemin de la sortie.

— Laisse tomber, débrouille-toi. Je n’ai pas le temps, le devoir m’appelle.

Laverna ricana.

— Attends-moi dans le hall, lança-t-elle avec un sourire amusé.

Laverna resta assise devant la robe étalée à terre. Apollo avait vu juste. La robe était à son goût. Le bustier semblait serrer et épouser chaque forme possible et inimaginable. La jupe était simple et faite d’un tissu noir aussi fin que de la soie. Des détails en or y étaient brodés et rendaient la robe majestueuse. Elle allait faire sensation. Elle pouffa en imaginant la tête du père d’Apollo. Elle soupira et se laissa tomber sur le lit et ferma les yeux.

Ylio avait hanté ses pensées toute la matinée, elle s’était laissée tenter d’aller lui rendre visite dans l’après-midi. Elle s’était contentée de s’asseoir au bord de la falaise et rester deux heures sans bouger à regarder l’océan se perdre et le ciel changeant de couleur. Elle aimait cet endroit un peu plus. Elle savait qu’il ferait toujours partie d’elle et qu’il garderait une partie de son cœur. Qu’il y resterait toute l’éternité même après sa mort.

L’humaine soupira et se décida à sortir de son lit et enfiler sa robe. Elle fixa le miroir à la recherche de traits similaires avec Liamos, elle n’y vit rien d’autre que la couleur de leurs cheveux. Elle se demandait si Liamos lui avait dit la vérité. Elle ne le saurait jamais. Et elle n’avait aucun souvenir de sa mère, rien. Elle n’avait jamais eu de famille en dehors d’Héra et d’Ylio, et ça lui convenait très bien.

On frappa à la porte. Elle sursauta, elle n’eut pas le temps de répondre que cette dernière s’ouvrit. Laverna ouvrit la bouche, mais Héra claquait déjà la porte derrière elle. Un sourire étirait ses lèvres et faisait ressortir ses joues roses.

— Je…

— Je ne comprenais pas pourquoi Diagon avait mis tous ses gardes officiels sur mon dos ! coupa-t-elle. Je pensais que j’avais fait quelque chose de mal ou qu’il avait sûrement peur que Mercure pète un plomb et tue tout le monde, mais non ! s’exclama-t-elle en ne quittant pas son sourire.

Laverna ouvrit la bouche, mais Héra la coupa encore une fois.

— Il voulait simplement me protéger, du moins, les soldats. Merde. Il l’a dit à ses soldats avant de me le dire à moi ! Il était vraiment sûr de lui !

Laverna hocha la tête comme si elle savait de quoi elle parlait.

— Il m’a demandé de l’épouser ! s’exclama-t-elle. Merde. Son visage se tendit et son teint pâlit en quelques secondes. Merde, Laverna, je vais me marier.

Laverna fronça les sourcils et tenta de faire face aux émotions d’Héra qui la rendait aussi confuse qu’elle.

— Félicitations ! encouragea Laverna avec un sourire.

Son sourire se fana en voyant qu’Héra ne réagissait pas.

— C’est mal ? grimaça-t-elle.

— Mais je n’ai que dix-sept ans.

— Et alors ? Elle écarquilla les yeux. Attends, il est plus vieux ? Quel âge ? Vingt ? Trente… ? Quarante ! s’écria-t-elle.

Héra chassa ses paroles d’un revers de main.

— Tu penses réellement que Diagon a quarante ans ? Il n’a que dix-neuf ans, je crois.

— Tu crois ?

Héra passa une main dans ses cheveux blancs, ses joues avaient repris de la couleur et son sourire s’étira malgré la confusion.

— Tu penses que j’ai le droit ?

Laverna ricana.

— Qui t’en empêcherait ? Ta mère ? se moqua-t-elle, elle finit par grimacer en pensant que ses paroles n’étaient pas appropriées. Fais ce que tu veux, où tu veux et quand tu veux. C’est ton droit.

— Et toi ?

Laverna soupira. Elle ne comptait pas laisser Héra gâcher sa vie sentimentale pour elle. Sa vie sentimentale ne valait plus rien.

— Moi je compte trouver un homme beau et riche, dont le prénom n’est absolument pas Mercure, je sais à quoi tu penses.

— Laverna…

La voleuse sourit.

— Je n’ai besoin que de moi-même pour être heureuse. Et je suis heureuse, dit-elle, même si Ylio laissera ce manque que je ne pourrais jamais combler. Maintenait, j’ai de quoi faire ici, dit-elle avec une pointe de tristesse, et je pense en profiter jusqu’à ce que la vieillesse vienne à moi.

Héra eut un petit sourire et la serra dans ses bras.

— Je suis heureuse que tu sois entrée avec nous, j’ai pensé une seconde que tu resterais sur l’île. J’ai pensé que tu ne voudrais plus jamais me revoir après mon abandon. Si tu savais à quel point j’ai honte et que je regrette. Je t’aime, dit-elle à demi-mot.

Laverna la serra à son tour dans les bras, savourant le contact d’Héra.

Diagon avait réussi à la duper pour qu’elle rentre ici, et qu’Héra reste avec lui pour l’épouser oubliant ce qu’elle pouvait ressentir. Ça lui laissait un goût d’amertume. Mais elle savait qu’elle devait faire un effort, une nouvelle vie s’offrait à elle, elle ne pouvait pas la gâcher. Elle comptait en savourer chaque instant, respectant ce qu’Ylio lui avait dit. Elle comptait vivre cette vie précieusement et se laisser guider par sa destinée. Elle avait hâte de créer une autre vie, une vie dont elle était la maitresse et profiter de toutes les richesses qu’on lui offrirait sur un plateau d’argent. Et peut-être s’autoriser au chaos quand la vie commencerait à être ennuyeuse.

Après tout, elle était Laverna.

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