3.
Sans se concerter, nous nous dirigeons tous vers le salon. La pluie n’a pas cessé. Lili ouvre la fenêtre, et allume sa clope. Marie l’imite. Moi, je me plante dans le courant d’air bienvenu.
— Eh bien, Freddy, tu ouvres pas ta boite mystère ?
Je souffle lourdement.
— Eugène, répété-je comme un perroquet.
Liliane rigole. Depuis qu'on entend Queen sur toutes les radios, elle a remodelé mon surnom. De mieux en mieux… ou pire, je ne sais dire. Un brin moqueuse, elle me tend l’objet de toutes les attentions. Elle l’a récupérée en même temps que m’avoir fait sortir. Les quatre filles Ménard me tiennent en joue.
— Je m’en fous, marmonné-je. Pas envie de fouiller ce truc alors que Maman est…
Ma voix s’éteint.
— Tu lui as promis.
Merci, Françoise. Elles sont pénibles ! J’allais répliquer, mais un grincement nous fait nous retourner. Notre père se tient dans l’encadrement de la porte. Son visage est grave, et c’est moi qu’il fixe. J’ai la désagréable impression de tenir l’objet du crime entre les mains.
— Je sais pas ce que c’est, me défendé-je.
Il balance la tête de haut en bas, puis s’approche, et me tend une enveloppe. Un rire benêt me secoue.
— Pourquoi vous avez plein de papelards à me donner, soudainement ? C’est ma fête ?
Il inspire gravement, avant de répondre d’un ton monocorde.
— Ce ne sera peut-être pas suffisant, mais on n'a pas mieux.
Je ne comprends pas plus son propos que celui de ma mère, mais je ne sais même pas quoi ajouter. Mes yeux descendent sur l’enveloppe. Vide, elle ne révèle qu’une adresse.
José
Grand Hôtel de Paris
Toulouse
— Toulouse ? C’est quoi, ces conneries ? C'est qui ?
— Je t’ai dit, Eugène. Je n’ai rien d’autre. Et évite d’en parler à ton grand-père.
— Mais qu’est-ce que c’est que…
— Il est temps de partir. Vos familles vous attendent, et votre mère a besoin de calme. Rentrez chez vous.
Ils se payent ma tronche ? Des promesses à l’aveugle, une vieille boite, une adresse à l’autre bout du pays, et rentre chez toi ? Docile, comme on m’a éduqué, j’obtempère à la suite de mes sœurs. La colère bouillonne à mes tempes. Cette soirée maudite, je m’en serais bien passé !
— Tu me déposes, frangin ?
C’est pas mon chemin, mais Liliane me fait la moue. De toute manière, avec ce temps de chien, je ne peux pas me résoudre à la voir rentrer à pied.
— Évidemment.
Le trajet dure à peine dix minutes, l'atmosphère est lourde. On échange un peu sur la condition de maman, mais ni elle ni moi n’avons l’envie de tirer la vraie conclusion. C’est quand je m’arrête devant son immeuble qu’elle désigne la boite.
— Tu vas regarder aujourd’hui ?
— Je ne sais pas. J’ai eu une grosse journée, j’ai à peine vu Maryse, je me lève tôt demain… Pas le temps.
— Déconne pas, Freddy. Il y a…
— Eugène !
— Oui, oh. Joue pas les saintes-nitouches. Tu détestes ton prénom.
— Peut-être, mais c’est ainsi que nos parents m’ont déclaré à l’état civil, alors faites l’immense effort de l’utiliser plutôt qu’un pseudonyme sorti de nulle part.
Elle me fixe, du même regard qu’avait maman tout à l’heure. Sans conteste, Lili est celle qui lui ressemble le plus. Elle insiste sans prononcer un mot. Arh ! Soupirant mon agacement, je m’empare du coffret démoniaque, et fais coulisser le couvercle vers le haut. À l’intérieur, comme attendu, un tas de vieux papiers. À priori, des lettres. Je déplie le premier.
Mon cœur bondit.
Un seul mot, à l’écriture enfantine.
« FEDERICO »
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Le Chapitre 1 commencera par :
Octobre 1936.
— Tout le monde a le plan bien en tête ?
Le groupe approuva. Il fit signe de se mettre en route, alors, ses compagnons le suivirent dans la nuit encore noire. Calculant d’être le dernier, José stoppa son fils d’une main sur la poitrine. Son gamin l’interrogea du regard.
— Écoute-moi bien. C’est plus de la rigolade, ce qu’on va faire. Ça peut mal tourner. N’essaies pas de jouer aux héros. Si tu m’entends chanter la Tierra bravía, tu te casses vers les montagnes, sans te retourner. Compris ?
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Note de l'autrice :
Est-ce que cette ébauche remplit les objectifs ?
- on esquisse le portrait d'Eugène, physique, caractère, état d'esprit ?
- on comprend de qui est composée sa famille, les prénoms, les noms ?
- on tâte le contexte socio-économique et la dynamique familiale ?
- on fait une/des conclusions/hypothèses en fin de prologue ?
- on a envie de lire la suite ?
Merci d'avance pour vos retour :D

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