Mes potes
Je pris mon temps pour aller à la fac, marchant lentement, car j'avais un mal de chien.
Une douleur sourde, profonde, qui remontait à chaque pas.
La clé de l’appartement de Raph était là, dans ma poche. Mes doigts la cherchèrent, la trouvèrent. Ma main se referma sur elle comme on s'aggripe à une une bouée. Je la serrai jusqu’à ce que ses crans s’impriment dans ma paume .
J’arrivai à 13h20, un peu avant le début du cours.
Je n'avais pas mangé, mais je n'avais pas faim.
Quand j’arrivai devant le bâtiment, je vis Lucas, Mehdi et Emma qui attendaient devant l’entrée.
Mehdi fumait, adossé au mur.
Je m’approchai d’eux.
Je devais avoir une tête terrible.
— Ça va pas, Clément ? demanda Lucas aussitôt.
— Non, répondis-je. Je viens d’être sanctionné.
— Quoi ? dirent-ils presque en même temps.
— Et j’ai pris double… parce que j’avais déjà été sanctionné il y a moins de quinze jours.
Ma voix se brisa. Une larme m’échappa.
Je ne savais même plus si c’était la douleur, la colère ou l’humiliation.
— Qu’est-ce que tu as fait ? demanda Mehdi.
— La semaine dernière, entre le stade et la fac… il y a eu une fouille. Ça m’a retardé. Je suis arrivé en retard au cours du vendredi matin. Et vous vous souvenez, il y avait eu un contrôle d’assiduité ce jour-là.
— Putain, mais c’est pas ta faute, s’emporta Lucas. C’est la leur.
Je hochai la tête, amer.
— L’OSD m’a dit que j'aurais dû sprinter pour être à l’heure. Retard non justifié.
Je m’arrêtai un instant, repris mon souffle.
— Un retard injustifié, c’est une infraction de niveau 1.
Puis, plus bas :
— Et comme j’en avais déjà une dans les quinze derniers jours… la sanction est doublée. J’ai pris dix coups.
— Quoi ? Dix coups de pagaie ? demanda Mehdi, livide.
Je baissai les yeux.
À ce moment-là, Léa et Manon arrivèrent.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Manon en voyant nos têtes.
— Clément a pris dix coups de pagaie, dit Lucas.
— Quoi ? Sérieux ?
Je racontai encore une fois. La fouille. Le retard. La décision.
Léa ne disait rien.
Elle, qui trouvait le CCSEG « nécessaire ».
Elle resta silencieuse.
Je demandai si Sam était venu ce matin à l’habituelle séance de travail du lundi à la bibliothèque, et Lucas répondit négativement.
C'était inquiétant.
Nous entrâmes dans la salle de cours.
Je ne pouvais pas m’asseoir sur la chaise dure.
Alors j’enlevai mon pull, le pliai, le posai sur la chaise et m’assis dessus.
Il faisait froid pour rester en t-shirt, mais la douleur était trop forte.
Lucas et Mehdi me regardèrent.
Ils comprirent sans un mot.
Ils retirèrent leurs pulls à leur tour, restant en t-shirt dans la salle mal chauffée, et me les tendirent.
Je les pris.
Merci, mes potes.

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