6. Une machine capricieuse

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— Comment ça, « coincés ici » ?! criai-je alarmé.

— Dans l’immédiat, oui c’est bien ce qui nous arrive. Le magasin refuse de bouger, confirma le libraire.

Il avait l’air presque enjoué par cette situation.

— Mais si je ne rentre pas ce soir, mes parents vont me tuer ! Ils vont appeler la police, lancer l’alerte enlèvement ! Paniquai-je.

— Ils se donneraient bien du mal pour t’assassiner, je trouve, plaisanta-t-il en tentant vainement de me rassurer.

Il me tapa amicalement sur la tête en signe d’apaisement avec son habituel sourire.

L’homme se redressa et m’invita à le suivre en direction de la cave. Je n’y étais jamais allé en y repensant. Nous descendîmes un escalier plutôt étroit, en colimaçon. En raison du faible éclairage, je manquai de glisser sur une des marches. Nous arrivâmes dans une grande pièce sombre où je n’entendis qu’un léger vrombissement.

Le gérant activa un interrupteur, et le sous-sol s’illumina. Moi qui m’attendais à trouver la même chose que chez mes parents, à savoir une machine à laver, une chaudière, et du bordel entassé, je ne fus pas au bout de mes surprises. Au milieu se dressait une colonne composée de tuyaux entrecroisés qui semblait pousser du carrelage comme les racines d’un arbre et se fondre dans le plafond. D’autres câbles devaient avoir été déroulés pêle-mêle, un véritable bric-à-brac. Autour, un agencement de consoles avec des touches, des manettes, disposées aléatoirement. Cela tenait du bricolage d'un savant fou. Quelques lumières clignotaient de différentes couleurs, d’une façon plus ou moins lente.

Finalement, je revenais sur ma première idée : cette cave partageait bien un point commun avec celle de mes parents. C’était un vrai foutoir.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je en toute candeur.

— Une machine capricieuse, annonça le libraire.

Il porta un regard sévère sur le tas de câbles et tuyaux qui se trouvait devant nous.

Il pressa quelques interrupteurs qui produisirent des sons incommodants. Pendant un instant, cela me rappela le jouet pour bébé de mon petit frère à l’époque. Avec des boutons et des roulettes qui émettaient des cris d’animaux ou des sonneries. Ce truc m’avait bien tapé sur les nerfs, et certainement de mes parents aussi.

— Bon… exprima le patron d’un ton résigné. Nicolas, peux-tu me passer la clé à ta droite s’il te plaît ?

— Celle-là ? demandai-je en prenant une grosse clé à molette posée sur une vieille commode.

Le libraire s’en empara et tourna quelques écrous avec, puis des bagues de serrage de tuyaux. Ses gestes et tentatives me paraissaient aléatoires. Tandis qu’il opérait ses réparations, je supposais, quelques gloussements provinrent de la machine.

PAF !

Il tapa violemment sur cette sorte de tableau de bord avec sa clé. Un gémissement plaintif s’échappa de l’installation. J’assistais ici à une scène presque comique.

Le tintement de la clochette de l’entrée vint me rappeler que le magasin était toujours ouvert. Je proposai au gérant d’aller voir pendant qu’il continuait de s’occuper de… réparer son étrange appareillage.

De retour au niveau principal, deux personnes se trouvaient dans l’allée centrale du rayonnage d’étagères. J’eus comme une impression d’observer des policiers. Ils portaient un genre d’uniforme avec une casquette évoquant les képis des gendarmes terriens. Nous avions beau demeurer sur Denusia, leur apparence différait de celle de ses habitants. Ils semblaient étrangers à ce monde, tout comme nous. Ils avaient la tête ronde noire, sans visage, tel un ballon. Ce que je croyais être leurs yeux se présentait sous la forme de deux faibles lueurs jaunâtres.

Pendant un instant, je craignis que le déguisement ne fonctionne pas en raison de la panne. Mais mon reflet dans une vitrine confirma mon allure de Denusien.

— Bonjour, puis-je vous renseigner ? demandai-je à mes deux visiteurs.

— Bonjour, police du secteur Alpha. Nous avons reçu des signalements concernant la présence d’un dangereux terroriste sur ce monde, énonça l’un des deux officiers.

— Un terroriste ? répondis-je, à la fois inquiet et surpris.

L’autre me tendit un document plié.

— Si vous identifiez cette personne, merci de la dénoncer dès que possible aux forces de l’ordre. Nous comptons sur votre coopération, citoyen, me lancèrent-ils.

— D-d’accord… confirmai-je d’un ton peu convaincu.

Ils me saluèrent puis quittèrent le magasin. J’ouvris le papier qu’ils avaient laissé. Curieusement, il était rédigé en français. Cela me rappela un avis de recherche comme dans les films de cowboys.

Recherché : Terroriste

Motifs d’inculpation : acte de rébellion, vandalisme, vol, insultes contre la famille royale de Begnalvris V, destruction de biens matériels, enlèvement de personnes, stationnement impayé.

— Nicolas, j’ai trouvé ce qui cloche ! annonça fièrement le libraire.

Cela interrompit ma lecture.

— Ce n’est qu’un petit souci de conjoncture, rien de plus. Il s’avère que la deuxième et la troisième planète du système Denusia sont entrées en éclipse face à leur étoile. Un fascinant ballet cosmique si tu veux mon avis. Bref, cet alignement détraque le dispositif de repérage dimensionnel. Une fois terminé, tout va rentrer dans l’ordre, expliqua-t-il sur le ton d’un professeur.

Mes yeux se posèrent de nouveau sur l’avis de recherche pendant qu’il me racontait tout ça.

TOUT SIGNALEMENT DOIT ÊTRE ADRESSÉ AU PLUS TÔT À LA POLICE.

Un portrait-robot accompagnait la note. Je me sentis blêmir à cet instant précis.

— Nicolas ? s’inquiéta le vieil homme.

Je retournai le document pour lui montrer ma découverte. Son apparence humaine se trouvait en dessous des chefs d’accusation. Le mien devait certainement exprimer une autre émotion.

— Ah… lâcha le gérant à voix basse.

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