[Partie I - La Providence] Chapitre 12 : La connexion du corps et de l'esprit

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Chapitre 12 : La connexion du corps et de l'esprit

La musique retentit après que chaque membre du groupe eut pris place face à des miroirs gigantesques reflétant la détermination de chacun. Aux premiers sons émis par les haut-parleurs, chacun enchaîna ses mouvements, appris de longue date, sous l’impulsion de la chef de file, Sulina.

La chorégraphie, savamment étudiée, était un mélange de pas empruntés aux arts martiaux et de gestes saccadés beaucoup plus festifs rendant le tout harmonieux et agréable à regarder. Chacun des 6 membres s’investissait à hauteur de ses capacités, les plus faibles entrainés par ceux qui maîtrisaient les techniques apprises, à commencer par Lony qui excellait dans cet art extrêmement physique. L’entrainement était considéré avec beaucoup de sérieux par les adolescents conscients que cette chorégraphie serait présentée lors de la parade de fin de séjour et de l’évaluation terminale au cours du grand Examen.

Ce dernier était le point d’orgue de ces années de dur labeur et d’apprentissage mais surtout le symbole de l’entrée de ces jeunes gens dans la vie au-delà des murailles. C’est, en effet, à l’issue de cette manifestation et des différentes épreuves qui l’accompagnaient que chaque adolescent prendrait connaissance de son affectation qui scellera à jamais sa vie d’adulte. La perspective du départ de la Providence au sein de laquelle ils avaient grandi, la confrontation avec la vie réelle et tout ce qu’elle comporte de difficile et de mystérieux étaient redoutés par certains, désirés par d’autres.

Les six membres avaient tous en tête les différentes perspectives qui s’offraient à eux lorsqu’ils enchainaient leurs pas avec détermination et espoir. La musique guerrière qui suivait leurs mouvements, tonitruante, brutale et quasi-expiatoire, raisonnait dans chacun de ces corps moites avec cette toute-puissance des sons sur l’âme.

L’osmose du groupe au cours de cet exercice était indéniable et chacun avait trouvé sa place au cœur de cette chorégraphie. Malgré tout, le perfectionnisme de Sulina ne pouvait que l’amener à déceler la faille dans l’infiniment petit. Attentive aux mouvements de ses camarades, elle arrêta brusquement sa danse tout en s’écriant, agacée :

– STOOOOOOOOOOP ! Arrêtez tout !

D’un geste de la main, elle mit fin à la musique qui les enveloppait et poursuivit en s’adressant essoufflée à ses camarades :

– Ca ne va pas. On ne sent pas l’étincelle. Tout le monde a fait des progrès, c’est évident mais c’est trop machinal. On dirait des robots sur un champ de bataille…

– En même temps, on ne pourra pas nous reprocher notre manque de technicité, lui répondit Lony.

– Ce n’est qu’une partie de la note, tu le sais, la dimension artistique peut faire toute la différence.

Connor se mêla à la conversation avec subtilité et confusion :

– Je suis d’accord avec toi, Su. Ça manque d’émotions et de…contacts. Sur un groupe de 6, ne pourrions-nous pas prévoir un passage en binôme avec plus de rapprochements sur un rythme ralenti ?

Xéïa, qui ne faisait pas partie des plus performantes dans cet exercice, ne cacha pas ses appréhensions :

– Revoir la chorégraphie en cours de route c’est un peu dangereux non ? Je n’ai pas le même niveau que vous et je ne suis pas certaine d’être capable d’apprendre de nouveaux pas…

Balayant d’un revers de la main les arguments de sa camarade, Sulina renchérit :

– Nous n’aurons pas le choix de toute façon. Je vote pour cette idée de duos mais on doit l’utiliser avec parcimonie. Si tout le monde est d’accord on reprend depuis le début avant de définir les modalités de ces nouveaux pas. On s’arrêtera après la partie salto arrière.

Des « OK » plus ou moins enthousiastes se firent entendre alors que chacun reprenait machinalement sa place initiale.

De nouveau, les tambours tels des tonnerres retentirent dans la salle faisant vibrer meubles et corps organiques avant que Sulina n’entame le premier pas pour ouvrir la chorégraphie, décidément fort stimulante.

La fatigue qui commençait à se faire sentir donnait aux gestes une amplitude beaucoup plus aérienne qui ne retirait rien au charme de cette danse.

Les 6 jeunes gens amorcèrent comme convenu leurs saltos arrière avant de s’arrêter net.

– Bravo les gars, on arrête là.

Véritable maestro de cette chorégraphie, Sulina avait pris très rapidement les commandes de cette dernière, ce qui n’était pas pour déplaire à ses collègues aux caractères beaucoup plus mesurés sans réelle aptitude au leadership.

– Comment souhaitez-vous constituer les binômes ? Par affinité ? Par compétences ? Aléatoirement ? Mélange mixte ou pas ?

Volontairement, Lony et Sulina décidèrent de ne pas se mettre ensemble. D’un niveau supérieur, ils savaient que cela n’aurait été ni dans leur propre intérêt ni dans celui du groupe. Lony s’associa à Xéïa, Sulina à Hamber et Connor à Joris.

Tous s’entraînèrent jusque tard dans la soirée avant de se rendre dans leurs chambrées respectives pour un repos bien mérité.

Le lendemain matin, les visages fatigués trahissaient la difficulté de l’entrainement de la vieille. Seule satisfaction, la perspective d’une journée sans réel effort physique puisqu’entièrement consacrée à l’étude et la connaissance. Après un long monologue de Kaïus qui semblait interminable pour une grande majorité de son auditoire, Sulina, Lony, Connor et Hamber se retrouvèrent à la bibliothèque du Savoir afin de préparer divers travaux qui leur avaient été assignés. L’architecture de ce bâtiment circulaire étonnait par son audace et notamment par ces deux énormes escaliers centraux en double hélice qui s’entrelaçaient autour d’un ascenseur transparent. Les planchers des différents étages circulaires qui ne semblaient pas parallèles donnaient au bâtiment une dimension déstructurée. La couleur ocre des murs intérieurs, qui contrastait avec le bleu nuit de la moquette au sol, évoluait au gré des différents changements de la luminosité extérieure grâce à un système d’adaptation en temps réel de la teinte des vitres de la bibliothèque. Ce procédé était une mesure de conservation des livres et objets, certains précieux, abrités par cet édifice mais également une manière de garantir des conditions de travail optimal. La luminosité si particulière sur la planète Giorgia était enrichie par sa propriété circumbinaire puisque cette dernière tournait autour de deux soleils distincts.

Installés à une table au 3ème étage, les quatre jeunes gens s’afféraient avec difficulté et sans réelle motivation à la tâche. Hamber semblait être la plus motivée. Grande et mince aux cheveux d’un noir intense, aux yeux d’un vert profond et à la peau pale, son physique froid ciselé dans du marbre ne reflétait pas sa personnalité relativement conviviale, ouverte et spontanée. D’un contact facile, elle s’entendait bien avec tout le monde et avait pour coutume de ponctuer beaucoup de ses phrases par un proverbe dont elle ne comprenait pas toujours la signification et qu’elle avait la fâcheuse tendance d’amalgamer.

Chacun devait préparer la présentation, sous forme d’une conférence, d’un thème qu’il avait tiré au sort. Ces thèmes, aussi bien scientifiques que philosophiques, étaient de nature et d’intérêt variés, allant de l’influence de l’environnement sur l’organisation humaine au concept de grégarité dans la littérature en passant par l’histoire des frères Pandoc, martyrs du Royaume ou encore le rôle des pluies riches en acide biotixique sur les plantes protocarnivores.

Sulina avait la lourde tâche de devoir présenter en un peu moins d’une heure l’influence du champ magnétique giorgian sur la rotation des satellites naturels selon la loi de Kano. Consciente de la complexité du sujet, la jeune fille ne pouvait que s’investir au maximum afin de préparer au mieux son exposé dont la note entrerait dans l’évaluation terminale. Chaque adolescent s’était vu attribuer une bibliographie non exhaustive afin de l’aider dans ses recherches. Sulina avait sélectionné dans cette liste quelques ouvrages qu’elle pensait être les plus pertinents et envisageait de partir des plus généraux pour terminer avec les plus pointus. Elle ne savait alors pas, à ce moment-là, que cette loi bouleverserait le courant de sa vie...

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