Le vote de carnaval

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Je crois que j’avais environ sept ans. Au moment de carnaval. Ou peut-être mardi gras. Mes souvenirs sont flous. Tout comme la différence entre les deux.

Mais ce jour-là se tenait le défilé. Nous étions tous costumés. Je crois que j’étais en mousquetaire. Ou bien en coccinelle. Ce n’est guère important.

Je me souviens en revanche très nettement de la fanfare, en tête de cortège. Puis des majorettes et de leurs lancers de bâtons.

À la fin de l’évènement, peu avant la dégustation des crêpes, nous devions procéder au vote pour élire le plus beau costume.

Une urne en carton, enveloppée de papier cadeau et décorée des créations très personnelles des enfants, avait été installée sur une table devant la mairie.

L’édile du village, pour la solennité de l’évènement et afin de garantir l’impartialité du vote, supervisait l’opération aux côtés des conseillers municipaux, eux aussi déguisés pour l’occasion.

Le vote compta plusieurs tours. Un premier pour garder les costumes les plus plébiscités. Puis un second, avec une liste plus réduite.

J’avais voté pour mon amie Céline. Plus par affection que par conviction. Non pas que son costume de pirate n’était pas réussi. Mais ce n’était pas mon préféré.

Fidèle à notre amitié, je glissai mon bulletin dans l’urne.

Céline ne remporta pas l’élection.

Je me souviens encore de l’heureux élu, que j’exécrais déjà à l’époque. Et que, d’ailleurs, je n’ai jamais cessé d’exécrer.

Cet arrogant, imbécile, m’as-tu-vu de Quentin.

Ironie du sort, devinez qui se présente aujourd’hui aux élections municipales ?

Quentin… et Céline.

Bien que nos avis, y compris politiques, aient divergé en grandissant et que nous nous soyons un peu perdus de vue, je voterai de nouveau pour elle.

Certes, elle ne porte pas exactement mes idées. Mais je sais, du plus profond de mon cœur, qu’elle tiendra ses engagements. Sans chercher la gloire. En faisant passer les intérêts de notre modeste bourgade avant les siens.

Je voterai ainsi en mon âme et conscience pour ma vieille amie d’école primaire.

Aujourd’hui Céline est passée. Elle fait du porte-à-porte dans la commune. Elle connaît mes idées. Moi les siennes.

Je ne lui dirai pas que je voterai pour elle. Pas aujourd’hui. Pas encore.

Aujourd’hui je préfère lui offrir des crêpes. Boire un grand bol de chocolat. Mettre une musique de fanfare et défiler dans mon jardin à ses côtés, lançant de faux bâtons de majorette improvisés.

Aujourd’hui je veux simplement retrouver mon enfance.

Car finalement, la politique se porterait peut-être mieux avec nos yeux d’enfants.

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